Assimiler la diversité culturelle aux religions

par Déc 15, 2017actualités, Laïcité, Québec humaniste, Religions0 commentaires

NDLR Se peut-il qu’en 2017 il existe un gouvernement qui réduit systématiquement et exclusivement les cultures et ethnies, la citoyenneté, et même l’éthique, aux religions, et qui occulte la diversité linguistique de la même façon ? Comme si les cultures et les groupes ethniques et les groupes linguistiques ne pouvaient se définir que par leurs religions respectives ? Comme si la moralité venait de Dieu ? Oui cela se peut ! L’Arabie saoudite fonctionne comme ça. Et au Québec c’est le parti libéral du Québec qui se fait le chantre le plus radical d’une telle approche incroyablement réductrice, pour ne pas dire dinosauresque comme si l’on se retrouvait encore au 14e siècle en Europe où rien ne pouvait être conçu autrement qu’en termes religieux. Le gouvernement libéral présentement au pouvoir au Québec a démontré cette vision en œillères par trois fois maintenant : il a d’abord créé, lorsque Jean Charest en était le chef, un lourd programme scolaire intitulé « Éthique et culture religieuse » qui réduit la citoyenneté, l’intégration des immigrants, voir même l’éthique, à la religion. Il a ensuite crée, et maintenant imposé,
son projet de loi 62 sur la neutralité de l’État qui garantit l’accommodement religieux, qui banalise l’extrémisme religieux, qui écarte la laïcité, qui rejette la séparation des églises et de l’État, qui finalement n’admet qu’une « neutralité religieuse » de l’État ressemblant davantage à une « foire religieuse de l’État ». De plus, comme l’explique ci-dessous Nadia El-Mabrouk dans le quotidien La Presse du 24-10-2017, il a sournoisement transformé la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) du Québec en une machine visant à protéger l’expression religieuse, comme si aucun droit ne pouvait relever d’autre chose que des religions. À notre humble avis, ceci représente probablement une manoeuvre du PLQ pour élargir sa base électorale au-delà des néolibéraux économiques, des immigrants, des groupes ethniques, des personnes âgées, afin de compétitionner avec le PQ et lui « ravir » sa base croyante catholique en l’amalgamant dans une base « religieuse » tous azimuts.

LA RELIGION REPREND DU GALON

Reprise d’un texte d’opinion publié récemment par Nadia El-Mabrouk dans le quotidien La Presse

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) vient de se voir retirer, par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), le mandat de mener une consultation sur la discrimination systémique et le racisme. On ne peut

que se réjouir de ce changement de cap, et pour cause !

Au-delà de la mécanique des consultations et des crises internes graves à la Commission, c’est bien l’orientation idéologique choisie par la CDPDJ qui est le plus problématique.

En consultant les deux documents élaborés par la CDPDJ à l’attention des organismes à but non lucratif (OBNL) sélectionnés pour récolter les témoignages des victimes de discrimination, on constate un biais en faveur de la religion, qui était absent de l’appel d’offres
lancé au mois de juillet par le MIDI. Il était alors très clair que les discussions porteraient « seulement sur la discrimination sur la base de la « race », de la couleur, de l’origine ethnique et nationale ». Or, dans les documents de la CDPDJ, voilà que la religion est promue comme motif principal de discrimination ! De plus, la religion est systématiquement présente dans toutes les phrases parlant de discrimination sur la base de la « race » ou de l’origine ethnique. Ce faisant, la Commission contribue à associer toute critique de la religion à du racisme.

UN GLISSEMENT DE SENS

La CDPDJ serait-elle en train de dénaturer l’esprit des chartes en considérant l’affichage de son appartenance confessionnelle, au même titre que l’appartenance ethnique, comme un élément constituant du citoyen ?

La Charte des droits et libertés de la personne, rédigée au moment où le Québec se libérait du contrôle excessif de l’Église catholique, a permis que la religion ne soit plus un marqueur de la personne.

Elle a fait en sorte qu’un employeur ne puisse plus demander la religion de son employé. Cet anonymat religieux est une avancée et un élément de progrès dans une société.

La Commission prône-t-elle maintenant le rétablissement de la religion comme critère d’embauche ? Devra-t-on bientôt demander la religion des personnes pour assurer la représentativité des groupes religieux dans les services publics ? Et comment va-t-on s’assurer de bien montrer cette représentativité ? En demandant à chacun d’afficher ostensiblement ses croyances religieuses ?

VERS UNE HIÉRARCHIE DES DROITS

Les directives de la CDPDJ suggèrent une nouvelle hiérarchie des motifs de discrimination, à savoir le motif religieux au-dessus des autres motifs prévus par la Charte, dont le sexe, l’âge ou le handicap.

Curieusement, en novembre 2016 lors des travaux parlementaires concernant le projet de loi 62 sur la neutralité de l’État, la CDPDJ s’était opposée au fait qu’un accommodement religieux soit soumis à la contrainte de respecter le droit à l’égalité entre les femmes et les hommes. Isoler un motif de discrimination risquait, selon le représentant de la CDPDJ, de créer une hiérarchie des droits. N’est-il pas paradoxal que la Commission se soit opposée à la primauté du droit des femmes, mais consacre maintenant la primauté de la religion ?

Est-ce là un autre exemple du détournement de l’esprit de la  charte qui s’opère par l’entremise de la CDPDJ ? Rappelons que l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe fondateur de notre société et figure même en préambule de la Charte québécoise.

L’égalité des sexes et celle des non-croyants avec les croyants sont des valeurs non négociables de notre société et le fondement de notre démocratie. 

C’est ce qui en fait sa force, assure un mieux vivre ensemble et attire de nombreux néo-Québécois.

UNE VIGILANCE DE MISE

Avouons qu’il y a de quoi mettre en doute la crédibilité de la Commission dont l’errance idéologique n’a échappé à personne. Comme l’a déclaré le ministre David Heurtel, « ce n’était pas le véhicule approprié » permettant d’aboutir à des mesures concrètes en matière d’emploi. On ne peut donc que se réjouir du retrait du mandat à la Commission, et du « recadrage » de l’exercice autour de la question de l’emploi. Mais bien des inquiétudes demeurent

Il faut savoir que les 31 OBNL sélectionnés pour récolter les témoignages, dont certains ont été fortement contestés en raison de leur manque de neutralité, conserveront leur mandat. De plus, dans un communiqué du 20 octobre dernier, la CDPDJ annonce son intention de poursuivre ses travaux visant à lutter contre la discrimination systémique et le racisme. Peut-on espérer que ces travaux se feront sur une base scientifique et non pas idéologique ?

Pourrait-on enfin, au-delà de toute récupération politique, passer à l’action et mettre en œuvre des solutions concrètes pour résoudre les problèmes de discrimination à l’emploi et favoriser l’intégration de tous, dans le respect de la société d’accueil ?

 

 

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