Le cours d’Éthique et Culture Religieuse (ÉCR) est une honte pour le Québec et doit être aboli !

par Juil 17, 2015Articles de fond, Esprit Critique, Laïcité, Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

Daniel Baril

Daniel Baril

Daniel Baril a été journaliste à l’hebdomadaire Forum de l’Université de Montréal pendant près de 23 ans. Il a aussi été président du Mouvement laïque québécois pendant deux décennies et est actuellement membre du conseil d’administration de l’Association humaniste du Québec. Il est le cofondateur du groupe Les Intellectuels pour la laïcité et co-rédacteur de la Déclaration pour un Québec laïque et pluraliste.

NDLR Le cours d’Éthique et de culture Religieuse (ÉCR) fut instauré en 2008 par la ministre (parti libéral) de l’Éducation Michèle Courchesne pour « moderniser » l’enseignement de la religion au Québec [1].Ce cours était l’une des principales recommandations du rapport Proulx. Auparavant, les parents avaient le choix entre enseignement religieux (catholique ou protestant) et enseignement moral.

L’immigration multi-confessionnelle rendait le volet religieux fortement caduc et favorisait une réforme. Un autre facteur, relevé
par Marie-Michèle Poisson dans son mémoire sur ÉCR [2], était que les classes d’enseignement moral devenaient de plus en
plus populaires, majoritaires même dans des écoles plus « sophistiquées » de la province, rendant les professeurs de théologie,
les prêtres, les animateurs spirituels fort nerveux et inquiets pour leur avenir.

Arriva un porte-parole improvisé d’une réforme promulguée par l’establishment catholique du Québec, philosophe se présentant
comme sans parti pris et modernisateur, professeur à l’UQAM, Georges Leroux, qui inventa un programme de formation visant
le vivre ensemble par l’enseignement non doctrinal, plutôt factuel et multiconfessionnel, des diverses religions. L’implantation du
programme ÉCR en fit une composante très lourde et envahissante des cycles tant primaire que secondaire.

Le Collège catholique privé Loyola a obtenu une dérogation afin de ne pas diluer son confessionnalisme doctrinaire. Aucun
aménagement n’est toutefois prévu pour les parents ou écoliers agnostiques, athées, sans religion, ou anti-religion. Sept ans après
l’implantation de ce programme, on peut faire un bilan de ce à quoi ressemble réellement le programme ÉCR dans les manuels et
sur le terrain. C’est une interminable litanie de croyances religieuses, les unes rivalisant avec les autres en stupidité. L’éthique
n’a pas une chance de se faire entendre ou apprendre. Dans le cours d’ÉCR l’option de vivre sans religion est constamment
discréditée par le mantra voulant que tout s’exprime en termes religieux, qu’il n’existe que des explications religieuses des
origines du monde, de la vie, de l’humain, de l’éthique. De surcroit, ce cours est dispensé chaque semaine de chaque année du
début du primaire jusqu’à la fin du secondaire, ce qui force les professeurs à beurrer épais. On y enseigne aussi le rituel religieux
dans de tels détails que l’écolier aura peine à imaginer que la vie puisse se dérouler, que les rapports sociaux puissent exister,
sans religion. Ce programme est une véritable honte pour le Québec, une abomination pour les très nombreux agnostiques, athées
et humanistes et sans-religion de la province. C’est le contraire d’une « modernisation », c’est une lourde propagande pour la
bêtise, particulièrement la bêtise archaïque. Pour une « modernisation » du programme scolaire on repassera..

Le texte qui suit est l’introduction d’un mémoire préparé par Daniel Baril, anthropologue des religions, membre des conseils
d’administration du Mouvement laïque québécois (MLQ) et de l’Association humaniste du Québec. (AHQ). Ce mémoire consiste
en une analyse des contenus et des styles d’enseignements auxquels les écoliers du Québec sont exposés via le programme ÉCR.
Cette analyse montre que le MLQ et l’AHQ ont bien raison de réclamer l’abolition de ce programme.

Nous vous invitons à prendre conscience de ce dossier-choc à l’adresse internet suivante :
https://ahqv3.assohum.org/wp-content/uploads/2020/12/Analyse-ECR.pdf
1. http://www.education.gouv.qc.ca/programme-ethique-et-culture-religieuse/historique-du-programme-dethique-etculture-religieuse/
2. https://fr-ca.facebook.com/permalink.php?story_fbid=10152238283070086&id=142722009096582&stream_ref=10

 

 

Introduction du mémoire

Nous avons analysé les fondements et objectifs du programme Éthique et culture religieuse (ÉCR) ainsi que les contenus d’une vingtaine de volumes et cahiers destinés aux élèves du primaire et du secondaire. Il en ressort que les contenus d’enseignement transmis aux élèves sont manifestement et même explicitement confessionnels. La juxtaposition de diverses religions ne change en rien ce caractère. L’exclusion de personnes sans religion des contenus de ce programme (sauf une mention en secondaire 4) donne une image déformée de la réalité socioreligieuse et, à première vue, semble contrevenir au droit à l’égalité reconnu dans les chartes québécoise et canadienne puisque ces citoyens ne sont pas traités de façon égale par ce programme scolaire obligatoire pour tous.

À la lumière du récent jugement de la Cour suprême du Canada sur les prières dans les assemblées municipales, il semble bien que ce cours ne passerait pas plus le test des droits à la liberté de conscience et à la liberté de religion ni l’obligation de neutralité religieuse de l’État. Dans ce jugement, la Cour a en effet affirmé à plusieurs reprises que :

« L’État ne doit pas s’ingérer dans le domaine de la religion et des croyances. L’État doit plutôt demeurer neutre à cet égard, ce qui exige qu’il ne favorise ni ne défavorise aucune croyance, pas plus que l’incroyance. » (p. 7 de la version PDF)

Manifestement, il y a exclusion de l’incroyance dans le programme ÉCR et cette exclusion est intentionnelle. La prétendue approche culturelle du religieux, qui ne résiste pas à l’analyse des contenus, ne saurait non plus servir de caution. La Cour affirme en effet que

« Si, sous le couvert d’une réalité culturelle, historique ou patrimoniale, l’État adhère à une forme d’expression religieuse, il ne respecte pas son obligation de neutralité. » (p. 8)

Il ne nous apparaît pas souhaitable de rétablir le droit à l’exemption de ce cours même si la situation apparaît, sous certains égards, pire qu’à l’époque du régime d’exemption. Ce serait un pis aller augmentant encore plus l’effet d’exclusion. Bien que la preuve semble avoir été déficiente, une telle disposition a d’ailleurs été refusée par la Cour suprême aux parents de la Commission scolaire des Chênes. Saupoudrer des contenus humanistes incroyants ici et là ne nous semble pas la solution non plus. Nous préconisons plutôt le retrait pur et simple du volet culture religieuse et l’enrichissement du volet éthique. Nous présentons ici l’ensemble des éléments qui nous conduisent à cette conclusion.

 

 

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