Compte rendu de lecture du livre « How to defeat religion in 10 easy steps » de Ryan T. Cragun

par Nov 22, 2020Athéisme, Livres, Québec humaniste, Religions0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Ryan Cragun est professeur à l’Université de Tampa Bay spécialisé en sociologie des religions et en moeurs sexuelles. Il est l’éditeur du seul et unique périodique scientifique, Journal of Non-Religion, dédié à la recherche sur les religions où les auteurs doivent soumettre leurs recherches scientifiques sans prosélytisme religieux.  Il faut comprendre que beaucoup de périodiques académiques sur la religion ou la spiritualité servent de conduit pour des auteurs qui, sous guise de neutralité académique, et avec un jargon semblable à celui des sciences, accréditent sans fondement des dogmes religieux ou des croyances sur de quelconques bienfaits de la religion…

Il a rédigé ce livre, explique-t-il dans sa préface, pour contrer, et autant que possible faire disparaître, le fondamentalisme religieux. Plus spécifiquement, il propose un guide pour les activistes et militants laïques, libres penseurs, athées, agnostiques, laïcistes et humanistes. Sa perspective se limite, il faut le dire, à la situation américaine. Par fondamentalisme, il entend l’adhésion stricte à la révélation biblique, envers et contre les sciences (ex. monde créé il y a 6000 ans).  Il se dit tolérant à l’égard de la posture religionniste libérale, qu’il définit comme celle qui s’accommode des démonstrations des sciences.

Toujours dans sa préface, il exprime une attitude que la plupart d’entre nous (humanistes) adoptons spontanément à l’égard des fondamentalistes que nous croisons. Il préconise purement et simplement de ne pas engager de dialogue sur la bible, sur Dieu, sur le ciel, ni quoi que ce soit de religieux. Cela fait plus de tort que de bien écrit-il, car cela ne fait que renforcer leurs croyances et leur militantisme.  Cependant, l’auteur constate qu’il existe une puissante sécularisation dans de nombreux pays,  c’est-à-dire un abandon de la religion, et il s’attarde à traduire les explications des sociologues et historiens de la sécularisation « boîte à outils » pour les activistes d’Amérique du Nord. Je résume les chapitres comme suit :

  1. Promouvoir et défendre l’éducation laïque
  2. Autonomiser les minorités de genre, sexuelles et raciales
  3. Assurer la sécurité dans « cette vie »
  4. Encourager la libération sexuelle pour tous
  5. Bloquer le subventionnement de la religion et déréglementer les religions
  6. Encourager le capitalisme réglementé
  7. Soutenir l’éducation, l’art et la science
  8. Syncrétiser les fêtes et les rituels
  9. Changer la société pour valoriser la pensée critique et la recherche scientifique
  10. Enseigner l’éthique humaniste à l’école

Cela ressemble à un programme combinant la social-démocratie d’une province comme la nôtre ainsi que l’humanisme laïque d’organisations comme la nôtre. La plupart des titres de chapitres nous laissent deviner à peu près à quoi retourne le chapitre. Cependant, quelques-uns pourraient laisser nos lecteurs un peu perplexes, et nous n’éclaircirons que ceux-là.

En quoi l’autonomisation des minorités de genre, sexuelles et raciales serait-elle un antidote au fondamentalisme ? (Chapitre 2).  Cragun insiste et explique longuement pourquoi ces catégories de gens sont peu présentes dans les mouvements laïques, sceptiques, libre penseurs et humanistes. Et il croit que les femmes, les LGBTQ, les minorités ethno-culturelles et « raciales » sont des victimes évidentes des religions et devraient être faciles à recruter pour la cause anti-fondamentaliste.

Ensuite, en quoi la liberté sexuelle ferait-elle reculer le fondamentalisme religieux (chapitre 4) ? Dans la tête de Cragun, c’est très simple. Le fondamentalisme chrétien interdit strictement le sexe hors mariage. Le sexe avant mariage est, selon Cragun, une bonne chose, et surtout, il crée une dissonance cognitive majeure chez le croyant fondamentaliste : continuer à jouir et quitter la religion ou abandonner le sexe et garder sa religion.

Pourquoi Cragun préconise-t-il, au chapitre 5, de dérèglementer les religions ? Quelle est cette règlementation des religions que nous devrions démanteler ?  Cragun est peu loquace sur cette question, mais on comprend qu’il cible toute législation ou tout accomodement ayant pour effet pour l’État de partager son pouvoir de gouvernance avec les religions : comités ministériels sur la religion, comités déontologiques où siègent d’office des religieux, certificats de naissance ou de mariage, etc.

Un autre titre de chapitre pourrait nous surprendre, celui du chapitre 8 où il préconise de « syncrétiser » les fêtes et rituels. Ce qu’il entend par là est que les militants anti-fondamentalistes devraient exiger que les journées fériées ne soient pas reconnues par l’État comme étant à teneur religieuse, ce qui n’est pas difficile à justifier puisque les fêtes religieuses ont toutes été empruntées des « paiens » par les religions au départ. Le syncrétisme dont parle Cragun est donc l’hypostasie des « histoires » derrière les fêtes populaires ainsi que leur instrumentalisation. Il en va de même pour les rituels religieux qui ne sont pas en soi des fêtes et qui ne comportent pas de journée fériée. Par exemple, l’action de grâces est considérée comme un remerciement adressé à Dieu chez les chrétiens nord-américains. Mais toutes les cultures ont eu de tels rituels bien avant le christianisme : « Ouf ! La récolte fut bonne ! Incantons pour qu’elle le soit l’an prochain ! ». Cragun préconise donc que les militants anti-fondamentalistes n’hésitent pas à ritualiser tout ce qui pourrait les inspirer, sur une base païenne. Il y voit même un puissant moyen de souder les communautés, de rendre la vie sociale plus agréable, et de désaliéner les émotions humaines.

Au-delà de ces quelques clarifications, sachez que si vous ne siégez pas à la tête d’une organisation militante comme les Sceptiques du Québec, Info-Sectes, la Libre-Pensée Athée du Québec, le Mouvement Laïque Québécois, Center for Free Enquiry ou l’Association Humaniste du Québec, mais que vous cherchez une action militante concrète qui convienne à votre personnalité et à votre expérience, et qui risque de faire reculer le fondamentalisme religieux, vous pourriez la trouver dans ce livre.

* Ryan T. Cragun, « How to defeat religion in 10 easy steps ». (2015). Durham, North Carolina : Pitchstone Pulishing.

 

 

« Nous savons bien que les gens qui sont méchants le seront encore; mais nous croyons que la communication et les relations basées sur une base neutre élimineront au moins la grande masse de brutalité et de crimes qui ne sont pas causés par la mauvaise volonté, mais simplement par des incompréhensions et des impositions mutuelles ». L.L. Zamenhof

« Tant que le Juif n’est pas devenu le maître des autres peuples, il faut que, bon gré mal gré, il parle leur langue ; mais sitôt que ceux-ci seraient ses esclaves, ils devraient tous apprendre une langue universelle (l’espéranto, par exemple), pour que, par ce moyen, la juiverie puisse les dominer plus facilement » A. Hitler

 

 

 

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