Compte-rendu de lecture du livre « Décadence » de Michel Onfray

par Juil 15, 2017actualités, Livres, Québec humaniste0 commentaires

André Joyal

André Joyal

André Joyal est membre de l’AHQ, économiste, professeur retraité de UQTR, auteur de plus de 300 recensions dans diverses revues académiques. 

Pour paraphraser Françoise Sagan à propos de Brahms, je vous demande : Aimez-vous Onfray? Moi, oui, pour avoir lu son Traité d’athéologie et plus récemment son Sur l’Islam. Ce à quoi s’ajoutent ses nombreuses entrevues lues dans Le point ou écoutées sur YouTube (elles sont nombreuses). Et voilà, que je n’ai sauté aucun passage de son volumineux Décadence, deuxième ouvrage qui fera partie d’une trilogie en voie de parachèvement et intitulée Brève encyclopédie du monde. Écrit-il trop ? Comment fait-il ? N’ayant pas recours à l’armée de collaborateurs d’un Ken Follet qui, œuvrant dans la fiction n’a pas à donner ses sources, le controversé fondateur de l’Université populaire de Caen s’astreint souvent à le faire. Oui, j’écris controversé, car certains ne se cachent pas pour avouer ne pas l’aimer (trop critique d’une certaine gauche qui, pourtant, mérite la critique). Trop médiatisé ? Aussi érudit puisse-t-il être, il dirait trop de…niaiseries selon d’autres. Choses certaines, les inconditionnels de Saint-Paul, de Constantin, des papes du temps des Croisades, de Rousseau, de la Révolution française, de Marx et Lénine, de Pie XII, des chantres de mai 68, en prennent ici pour leur rhume.

Le lecteur, une fois n’est pas coutume, aurait intérêt à entamer la lecture par la conclusion, où Onfray, en écrivant « Si le réel donne tort à l’idéologie, c’est l’idéologie qui a tort, pas le réel (p. 573) ». Il avoue ainsi donner raison à Samuel Huntington dont Le choc des civilisations fut très  critiqué à sa sortie en 1996. On sait, comme le rappelle l’auteur, qu’Huntington a évoqué la fin des États qui ne contrôlent plus la monnaie, la technologie, la circulation des biens et des personnes (Trump peut toujours essayer…), tout ceci sur fond de déclin de l’autorité  gouvernementale, d’intensification des conflits ethniques et religieux, d’avènement de dizaines de millions de réfugiés, d’expansion du terrorisme, etc. Onfray poursuit avec un clin d’œil à Aldous Huxley qui, en 1957, aurait inventé le mot transhumanisme. Nous serions rendus là, à la fin de la civilisation judéo-chrétienne laissant place progressivement à une civilisation déterritorialisée avec à la fois la fin de la fiction communiste et la non moins fiction libérale. Fukuyama et « sa fin de l’histoire » (le meilleur essai que j’ai lu dans les années 90) peut se rhabiller.

Puisqu’il s’agit de traiter de la décadence de la civilisation judéo-chrétienne, la thèse débute donc avec l’émergence du christianisme. « Toute civilisation est d’abord le fait de barbares. La qualification s’inverse : quand le barbare a réussi » (p. 32). À propos de réussite, à deux reprises (les répétitions sont nombreuses), Onfray écrit qu’une religion n’est rien d’autre qu’une secte qui a réussi (selon Michel
Virard, cette affirmation ne lui revient pas). Après un premier chapitre sur la curieuse enfance qu’aurait connue Jésus (pour autant qu’il ait existé, selon Onfray), c’est Saint-Paul qui passe à la casserole au chapitre suivant. Ouf ! On lui doit tout ce que les chrétiens, pendant deux mille ans, n’ont jamais osé demander à propos du sexe. Le glaive, symbole du treizième apôtre, saura compenser les frustrations induites. Que voulezvous ! pour parler comme Jean Chrétien (un patronyme qui vient à point nommé), Saint Paul, qui en plus d’être laid, donc point séduisant, était vraisemblablement (sic) impuissant aurait… « véritablement voulu faire de l’impuissance la
puissance des chrétiens » (p. 70). Saint Paul imposera donc un comportement qui fera du sexe un pis-aller puisqu’il faut bien se reproduire, Jésus l’a d’ailleurs ordonné. Ne cherchons pas d’autres origines à la vision pas très Monsieur Net de la sexualité. Nos grands-mères, à la veille du mariage de leurs filles, ne leur disaient-elles pas : « Quand ça viendra, offre ça au Bon Dieu ! ». Sapré Saint-Paul ! Pour notre auteur, notre civilisation s’est construite sur le refoulement paulien de la chair (p. 103).

Cependant, pour qu’une religion se répande, rien de plus utile que la puissance… militaire. Constantin la possédait et en profitera pour créer l’Occident chrétien profitant de l’affirmation de son mentor qu’inspira sa chute en route vers Damas, pour qui tout pouvoir est d’origine divine. Reouf ! Ceux qui trouvent, non sans raison, que le Coran est parsemé de violence, verront en parcourant ce chapitre que
si Mahomet avait eu besoin d’inspiration, il l’aurait trouvé dans « le Livre ». Matthieu (10,34-36) cite Jésus : « je ne suis pas venu porter la paix, mais l’épée ». En conséquence : « L’Église sera l’épée avec laquelle la civilisation se trouve taillée dans le vif de l’Histoire » (p. 78)

Un bon disciple de Saint-Paul doit se mortifier. Onfray consacre sur cette obligation tout un chapitre en contribuant à élargir notre vocabulaire par la présentation des « encratites » (secte attribuée à Justin de Naplouse). Le « monachisme » s’y trouve relié en donnant lieu aux « anachorètes » qui se réunirent en « cénobites ». Saint Antoine, au IV siècle va donner l’exemple en s’enfermant à vingt ans
dans un sépulcre. Il en sortira pour aller dormir dans le désert, deux heures par nuit seulement, afin d’avoir plus de temps pour prier, mangeant et buvant moins que rien. Saint Pacôme voudra le surpasser en portant des pierres, toujours dans le désert, pour se maintenir éveillé. À ses bouillies d’herbes, il ajoutait des cendres pour leur donner mauvais goût « pas question que le corps ait du plaisir » (p. 113).

On connaît l’adage : « Bienheureux les creux, le royaume des cieux est à eux » Oui, les riches peuvent dormir en paix, la religion s’occupe des pauvres, Mère Teresa en fut la preuve en préparant leur passage vers un monde présumé meilleur. Tout découle du Sermon sur la montagne. « Heureux les affligés, car ils seront rassasiés » aurait dit le Christ. Ainsi la pauvreté est non seulement légitimée, mais justifiée : le riche peut donc s’enrichir encore plus sur le dos des pauvres (p. 123). Merci à Constantin. Et les militants Occupy Wall St peuvent toujours s’émoustiller en lisant Eusèbe de Césarée qui a vu en Constantin un roi sage, bon juste, etc. On sait que l’empereur a pris soin de se convertir après avoir fait ébouillanter sa femme non sans épargner son fils (p. 149). C’est en bon chrétien qu’il fera
massacrer des milliers de païens. Son exemple sera suivi plus tard par le patriarche chrétien Cyrylle d’Alexandrie qui fera torturer la sage Hypathie (pour les détails horribles : p. 161). Mais les chrétiens n’auront pas longtemps le monopole de la violence, car vint Mahomet.

Un paradis à l’ombre des épées est le titre du chapitre consacré au « premier intermède islamique ». Inspiré, le prophète a écrit la fameuse sourate : « Ce n’est pas vous qui les avez tués; mais Dieu les a tués » (8-17) (p. 175). D’autres sourates pourraient avoir, à leur tour, inspiré Kessel et Druon pour Le chant des partisans… (Tuez vite !). Pour Onfray, l’esprit et la lettre du Coran légitiment le projet d’empire. Le texte sacré ne propose en effet comme fin rien de  moins que l’Umma politique. Nous sommes prévenus.

En attendant, parlons de la transsubstantiation. Le chapitre Le corps du Christ dans l’estomac d’un rat soulève des questions qui frôlent le niaisage : Qu’advient-il du vrai corps une fois mangé, digéré par les sucs gastriques, contraints de « passer au retrait » (sic) en tombant dans la fosse d’aisances ? Et si un rat, dans la sacristie, s’avise de dévorer une hostie (consacrée, faudrait le préciser) ? Que
faudrait-il penser des excréments du dit rongeur ? Et ainsi de suite (p. 211). Ne serait-il pas plus pertinent d’avouer ne pas avoir la foi plutôt que de s’adonner à d’aussi insipides considérations ? À la décharge de l’auteur, il faut reconnaître qu’il ne fait que reprendre ici le questionnement d’un certain Béranger de Tours (qui devait habiter pas loin de Jouez-les Tours…) né en 1000. Et, arrive le temps des  Croisades : Dieu le veut ! Luc (19-27) n’a-t-il pas écrit souhaiter voir les ennemis du Christ égorgés en sa présence ? Que penser de Saint-Bernard à propos des païens (nos mécréants) qui, inspiré du Deutérénome, affirme : « La meilleure solution est de les tuer ». En effet, le Deutérénome dit : « Contre les Cananéens : hommes, femmes enfants, nous n’avons pas laissé de survivants (2,34) ». À chacun sa solution finale…

Ainsi, la guerre sainte devint une guerre juste. Mahomet l’a compris. De Constantin aux deux Bush, le sang se verse au nom de Dieu (p. 225). Onfray consacre tout un chapitre à l’Inquisition en centrant toute son attention sur les écrits de Bernard Gui (1323) et de Nicolas Eymrich (1376) et sur le Marteau des sorcières (1486) qui intègre la sorcellerie dans les hérésies. Avec ces textes, on…« rend à Ève la
monnaie de sa pièce en faisant payer à toutes les femmes le péché d’être nées femmes, donc sorcières » (p. 237). Ce chapitre nous apprend que l’on faisait aussi des procès aux…animaux, dont, entre autres, sangsues et truies, qui furent excommuniées par un tribunal qui a eu la décence de  débattre à huis clos. Un regret : aucun chiffre sur le nombrede victimes de l’Inquisition. L’auteur se reprendra en traitant de la Révolution française. Mais avant d’y arriver, le lecteur a droit à nouveau au Marteau des sorcières à la faveur de tout un chapitre où, à partir de la Genèse, on comprend l’origine de la condition féminine. « Être femme… je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi » m’a dit une étudiante très féministe  lors de mon séjour d’étudiant à Louvain. Onfray nous fait voir comment c’était d’être femme au moyen-âge quoiqu’en pense Jeanne Bourin avec ses récits à l’eau de rose.

Dans la seconde partie : Le temps de l’épuisement, après un chapitre sur ces drôles de papes qui étaient loin de prêcher par l’exemple, Onfray nous transporte en Amérique latine accompagné de Montaigne qui s’est intéressé aux Indiens… cannibales. Oui, Bartolomé de las Casas, à défaut de sauver les Indiens, va sauver, autant que faire se peut, l’honneur de l’Église. Cette fois, l’auteur donne des chiffres : les très catholiques représentants de la péninsule ibérique vont massacrer douze millions d’individus…« à cause de la tyrannie et des oeuvres infernales des chrétiens » (p. 341). Pour chaque chrétien tué, cent Indiens sont supprimés. Les cuire à feux doux sur des bûchers, pourquoi pas ? Qui est le barbare ? s’interroge Onfray.

Mais, puisqu’il évoque Montaigne, il ne peut se priver de se  rapporter à La Boétie dans le chapitre qui suit portant sur la Réforme. Il fait allusion au rêve du grand ami de l’auteur des Essais : une réforme de l’Église catholique qui ferait un pied de nez aux protestants. Ainsi prit forme un courant de pensée auquel Érasme à associé son nom l’érasmisme. La Saint-Barthélemy fera disparaître cette belle idée selon l’auteur. Suit un chapitre où Onfray s’attarde à l’œuvre de l’abbé Meslier à travers son Testament (familier à certains d’entre nous qui avons bénéficié d’une conférence sur ce religieux pour le moins atypique). Le chapitre dont le sous-titre est Philosophie du tremblement de terre, débute par une date et un lieu : 1er novembre 1755, Lisbonne. Un terrible tsunami suivi d’un incendie fait 50 000 victimes. S’agit-il d’un signe de Dieu ? s’interroge-t-on. Que peut bien vouloir Dieu en décidant une pareille chose le jour de la Toussaint ? L’œuvre du diable peut-être ? Selon Onfray : « Le fissurage de Dieu annonce son effondrement » (p. 375). Dieu aurait contracté
la maladie qui va l’emporter. Peut-être, mais à mon avis Allah n’est pas loin. Pensons au tsunami qui a balayé le SudEst asiatique en 2001 faisant plus de 100 000 victimes. J’ai en tête ce reportage télévisé montrant une femme qui rend grâce à Allah étant la seule de son village dont la maison fut épargnée. On l’entend dire ses Allahalou Ackbar comme sait si bien le faire Philippe Couillard (sic). Dommage que le journaliste n’ait pas demandé ce qu’en pensent ceux qui n’ont pas eu la chance de cette dame… Passons !

Revenons à Meslier. Pour Onfray : « Nul doute qu’avec ces trois noms (Montaigne, Descartes et Meslier) la France joue un rôle majeur dans la destruction de la religion chrétienne en Europe» (p. 385). Cet abbé, qui ne devait pas lire son bréviaire, a laissé à sa mort 150 copies de son Testament qui se seraient vendues très cher (disponible sur le Net). La porte est ouverte pour la Révolution française qui
va dévorer ses enfants. Tous les personnages y passent. Onfray ne cache pas ses couleurs : à l’instar de l’auteur de ces lignes, ses sympathies vont aux Girondins; la tête de Brissot s’avérant plus sympathique que celle de Danton. Le couperet, manié par Samson, ne fera pas, lui, de distinction entre l’une et l’autre. Si Onfray épargne Voltaire, il s’attarde longuement à écorcher l’atrabilaire (sic) Rousseau dont toute la vie se serait placée sous le signe de la contradiction (cf. Émile, rédigé alors qu’il abandonne ses cinq enfants).
Ce névrosé (lui aussi !) citoyen de Genève aurait précédé l’actuel résident de la Maison-Blanche en écrivant dans son Discours sur l’origine…« Commençons par écarter les faits » (alternatifs ?). « Avec le Contrat social, Rousseau produit la matrice de ce qui deviendra le…totalitarisme » (p. 415). Conséquence : les Fouché (à Lyon), Robespierre et Saint-Just (à la future Place Concorde), Carrier (à Nantes) et surtout Turreau en Vendée avec ses colonnes infernales, vont justifier leurs massacres au prétexte de l’avènement d’un homme nouveau. Beau programme. Bilan global de ces « exercices de fraternité » : entre 200 000 et 300 000 morts (p. 425). Les pages qui suivent contiennent des descriptions qui pourraient heurter les lecteurs trop sensibles. 

On passe à Marx qui, aux yeux d’Onfray, a su, à son tour, écarter les faits avec Le manifeste communiste. « De la même manière que la fiction nommée Jésus rend possible le judéo-christianisme sur la planète entière (?), la fiction nommée prolétaire génère le marxisme-léninisme sur la totalité (?) du globe » (p. 439). Les « ? » sont de moi, car Onfray ne fait pas dans la nuance, mais comment lui
donner tort quand il affirme que Lénine (avant Staline) est l’inventeur du totalitarisme moderne. Le Goulag aurait été responsable de 20 000 000 de victimes et Onfray accrédite Le livre noir du communisme affirmant que 100 millions de personnes sont passées aux pertes et profits. Oui, il arrive à Onfray de chiffrer ses affirmations. Et l’on se retrouve en plein second conflit mondial avec ici un Pie
XII à qui l’auteur affirme d’avoir eu à choisir entre la peste (Staline) et le choléra (Hitler). C’est le deuxième qui aura la faveur du successeur de Saint-Pierre au prétexte que l’ennemi de votre ennemi peut s’avérer un allié. On sait que Pie XII avait une très grande phobie du communisme. Or, en plus de s’opposer au communisme, le fascisme a également comme ennemis les matérialistes, les athées et, souligne Onfray : les juifs. Oui, ces derniers, jusqu’à Vatican II, sont toujours considérés comme responsables de la mort du Christ. «L’antisémitisme était une aubaine pour l’Église» (462). Fallait donc pas s’attendre à ce que Pie XII, lors de son discours de Noël 1943 évoque les camps de la mort dont il était informé. Ici, on aurait aimé qu’Onfray qui a tout lu, se réfère à tout le moins au livre
du rabbin David Dalan Pie XII et les Juifs : Le mythe du pape d’Hitler paru en 2007.

Hitler ! Puisqu’il est question de lui. Onfray écrit qu’il croyait en Dieu : …« cela ne fait aucun doute »… « le christianisme est moins soucieux d’imiter le Jésus de paix qui pardonne et aime ses ennemis que le Paul de guerre qui allume des bûchers et associe son nom à une arme » (pp. 470, 471). Onfray reproche à l’Église de ne pas avoir mis Mein Kampf à l’index alors qu’elle ne se s’est pas gênée pour
des auteurs tels Montaigne, Montesquieu, Hume, Hobbes, Voltaire, Rousseau, Pascal, etc. Mais, l’auteur reconnaît que PieXI, lui, n’a pas craint de fustiger les thèses nazies. Hélas, il mourra de causes naturelles (?) le 2 mars 1939 à la veille d’un discours que le Duce ne souhaitait nullement entendre.

La 3e partie Déliquescence commence par un chapitre sur l’art au début des années 60 avec quelques reculs, d’abord aux années 80 pour traiter des Incohérents avec une allusion à cet humoriste découvert à l’aube de mes vingt ans : Alphonse Allais. S’en suit Duchamp et son urinoir à la fin de la Grande Guerre, Dada, et entre autres, Breton qui propose la destruction de la civilisation par la libération de
l’inconscient. Et on passe à Vatican II avec Jean XXIII dont j’ai toujours en ma bibliothèque les encycliques Pacem in Terris et Mater e Magistra. Les prêtres ouvriers, honnis par Pie XII, seront réhabilités par le bon pape Jean qui saura, selon Onfray, faire siffler les oreilles ontologiques de son prédécesseur.

Et arrive Mai 68 qui m’a valu de me coucher souvent très tard ayant l’oreille scotchée sur Radio-Luxemburg ou Europe no 1 (tant que la barricade tenait bon, surtout celle de GayLoussac). « Avec la Révolution française et la révolution bolchévique, les événements de Mai 68 (notons la majuscule) constituent le troisième temps de la déchristianisation de l’Europe » (p. 521). Aux yeux d’Onfray, Mai 68 s’avère un vent libertaire qui remet en cause l’option de Saint-Paul pour qui « tout pouvoir vient de Dieu ». J’avoue ne pas avoir fait le lien à l’époque… Et, le lecteur se voit offrir quelques pages sur…Sade et son œuvre, détails à l’appui. Onfray sait toujours trouver prétexte pour parler de ce dont il a envie. Comme il se doit les Foucault, Deleuze, Derrida et autre Barthes ne sont pas ignorés, ceux que Chomsky a révélé récemment ne pas parvenir à comprendre, comme s’il ignorait le très français adage : « Pourquoi faire simple
quand on peut faire compliqué ? ». 

On sent la fin (enfin ?) venir avec un retour appuyé sur la fin de l’histoire telle que vue par Fukuyama et le troisième intermède  musulman. Pour Onfray, l’avènement de Khomeiny à la tête de l’Iran, une histoire qui se poursuit depuis bientôt 40 ans, serait la preuve que l’on est loin de la fin de l’histoire. Or, Fukuyama n’a pas écrit qu’il en verrait la fin de son vivant. Si la théocratie est le contraire de la démocratie, très nombreux sont les Iraniens qui rêvent de la fin du règne des mollahs. Quand ça arrivera il y aura place pour la démocratie comme on peut l’imaginer sous un autre hémisphère lorsque ceux qui tirent les ficelles de l’adulescent Kim Junk Un seront forcés de lever l’ancre. Mais, il y a un gros mais : pour ce faire, encore faut-il que l’Occident soit suffisamment fort. On en est loin selon
Onfray.

En effet, la fatwa lancée par Khomeiny à l’encontre de
Salman Rushdie sans que l’Occident réagisse pour prendre
sa défense ne révèle rien de moins que notre mort : oui…«
Dans ce silence, l’Occident est mort » (p. 547). Il sera donc
remplacé par l’islam, doté d’une armée planétaire faite
d’innombrables croyants prêts à mourir pour leur religion.
Car, selon notre auteur, que ne contrediraient pas tous les
Houellebeck de ce monde, personne ne donnera sa vie pour
les gadgets du consumérisme devenus objets du culte de la
religion du capital. Ainsi, arrive la conclusion : « La vérité
du politique (…) ne sera plus qu’à penser en égard de deux
ouvrages de romanciers britanniques qui disent en plein XXe
siècle, tout sur la société de contrôle et le transhumanisme
qui constitueront le noyau dur de la dernière des civilisations
qui sera sans conteste déterritorialisée : Le meilleur des
mondes d’Aldous Huxley et 1984 de George Orwell »
(586). Je n’ose pas écrire : Ainsi soit-il ! Ou encore, Sancte
Christopher : ora pro nobis !

Michel Onfray, LA DÉCADENCE, Paris, Flammarion, 2017, 654 p.

La politique honteuse du Canada sur la prolifération des armes nucléaires

 

Plus de 70 ans après que le monde eut été témoin du
pouvoir dévastateur des armes nucléaires, un traité
mondial vient d’être approuvé pour interdire les bombes.
C’est le résultant du travail acharné d’un mouvement
mondial et multiforme dont les partisans espèrent
atteindre l’élimination de toutes les armes nucléaires.
Il est grand temps ! Aucune mesure de ce type n’avait
jamais été adoptée.  

 

Le traité a été approuvé par 122 pays au siège des Nations Unies à New York vendredi le 7 juillet 2017 après des mois de discussions face à une forte opposition des États dotés d’armes nucléaires et de leurs alliés. Seuls les Pays-Bas, qui ont participé à la discussion, malgré les armes nucléaires américaines sur leur territoire, ont voté contre le traité.

Tous les pays équipés d’armes nucléaires et beaucoup d’autres qui sont sous leur protection ou qui hébergent des armes sur leur sol ont boycotté les négociations. Le critique la plus vif des discussions, les États-Unis, a souligné l’escalade du programme de missiles
balistiques de la Corée du Nord comme une des raisons de conserver sa capacité nucléaire.

 

Le Canada s’est abstenu sur ce vote. Comme une guidoune entretenue, il fait son lit avec le plus puissant des intimidateurs. Avec un peu de chance nous passerons à l’histoire comme pays psychopathe par proxy. Sinon, possiblement dans le flash final, on verra en contre-jour le diable qui ricane comme un chackal en brandissant le drapeau à feuille d’érable.

Le monde médiatique francophone tient un silence radar sur ce vote historique, dans l’indifférence la plus totale.
Pourtant, un seul incident nucléaire militaire aujourd’hui
aurait de haute chances d’anéantir toute l’humanité
jusqu’au dernier homme, la dernière femme, le dernier
… enfant -par le cataclysme écologique qui en découlerait.

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