Où donc est passé Michel Virard ? – Mot du président

par Jan 26, 2016À propos de l'AHQ, Mot du président, Québec humaniste, Qui sommes-nous?, Réflexions, Religions0 commentaires

Michel Virard

Michel Virard

Président de l'AHQ

Michel Virard est un des fondateurs de l’AHQ en 2005 avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. Ingénieur et entrepreneur, il a également été administrateur des Sceptiques du Québec. il est depuis les tout débuts l’une des âmes dirigeantes de l’AHQ. Il est également secrétaire de Humanist Canada

NDLR Le président de l’Association humaniste du Québec nous a écrit un billet pour ce numéro alors qu’il séjourne dans son pays natal, la France. Cette photo le présente en compagnie du martyr français de l’athéisme, le Chevalier de la Barre, dont la statue se trouve à Paris.

2015 s’achève et l’atmosphère dominante est devenue bien lourde. Il y a du bruit de botte dans l’air, au Canada, mais surtout en France, d’où je vous écris. Lorsque les gens se sentent menacés, ils ne réagissent pas forcément rationnellement. Nos réflexes acquis au cours de millions d’années sont toujours là, prêts à nous sauver … ou à nous faire faire de monumentales bêtises. J’ose espérer que les humanistes sont capables de garder la tête froide et d’évaluer intelligemment les risques. Aussi bien les risques d’agir que les risques de ne pas agir. Je vous fais confiance. Un des risques omniprésents est la stigmatisation de l’ensemble d’un groupe, ethnique, religieux, racial, etc. parce qu’une frange de ce groupe nous menace. Sachons d’abord et avant tout bien définir la nature et l’étendue de la menace. Essayons de ne pas faire davantage de victimes que celles que nous déplorons déjà. Surtout, essayons de comprendre l’enchainement des évènements, les éléments précurseurs, les terreaux empoisonnés qui ont permis à ces fleurs mortelles d’éclabousser la première page de nos journaux. Inlassablement, calmement, sachons répandre la pensée critique, aussi bien par de petites actions que par d’occasionnelles actions plus médiatisées.

Soyez réconfortés de savoir que, malgré les apparences, les idées humanistes progressent dans la plupart des sociétés de cette planète – même en Arabie Saoudite – et que la plupart des religions sont, en réalité, sur la défensive. Je n’ai aucun doute qu’elles puissent faire encore beaucoup de dégâts mais je vous rappelle que nous venons de loin. La photo en première page de ce numéro montre la statue du Chevalier de la Barre, condamné et exécuté pour blasphème en 1766. À cette époque la justice de France (et de Nouvelle France) n’était pas nécessairement beaucoup plus éclairée que celle de l’actuelle Arabie. On y comptait les « on-dit », c’est-à-dire, en pratique, les rumeurs et les ragots, comme pouvant contribuer à la « preuve » de la culpabilité de l’accusé. La notion de « droits » de l’accusé n’a commencé à émerger vraiment qu’à la fin du XVIIIe siècle.

Voltaire y a contribué puissamment en dénonçant ces procès où le « bras séculier » (le pouvoir royal de l’époque) devait s’occuper aussi de faire respecter le droit religieux, regrettable confusion des pouvoirs de l’Église catholique et de l’État qui couta la vie au tout jeune chevalier de la Barre.

Cette séparation des églises et de l’état, fondement même de ce que nous appelons aujourd’hui la laïcité, reste un acquis fragile susceptible d’être grignoté discrètement même dans un pays aussi laïque que la France, à plus forte raison au Canada où la séparation des églises et de l’état n’a jamais été formellement approuvée. La remarquable victoire du 14 avril 2015 en Cour suprême dans la cause des prières en début des séances du conseil municipal ne doit pas nous faire oublier que les religions ne doutent jamais de leur bon droit, même après une défaite en cour, et savent très bien revenir par la fenêtre lorsque la porte leur est fermée. La vigilance s’impose et s’imposera sans doute pour très longtemps.

 

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