Lettre ouverte à M. Martin Coiteux, Ministre et président du Conseil du trésor, sur son programme d’austérité

par Jan 18, 2015Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

Nadia Alexan

Nadia Alexan

*Nadia Alexan a fondé en 2007 Action citoyenne, une organisation progressiste, altermondialiste, non partisane et sans but lucratif, pour la justice sociale et économique (logo ci haut). Action citoyenne organise une conférence publique, sur un enjeu politique, une fois par mois, à l’Université Concordia. Nadia  milite contre la globalisation sauvage depuis vingt ans. Dévouée à la cause de la justice sociale, elle œuvre pour une économie plus humaine et une fiscalité plus équitable pour tous les québécois et québécoises. 

Depuis les 30 dernières années, nos élites ne cessent de marteler qu’il faut faire des coupures dans nos services publics, qu’il faut réduire la taille de l’État et que tout le monde doit contribuer. Le problème avec ce discours hypocrite, c’est qu’il est le fait de ceux et celles qui ne veulent ni se sacrifier, ni contribuer. Ils veulent simplement tout accaparer, sans se soucier de l’effet de leur cupidité sur la société dans laquelle ils vivent. Après la Deuxième Guerre mondiale, les entreprises, les banques et les plus riches étaient obligés de verser 56 % de leurs profits en impôts. Avec les années, on a réduit ce montant jusqu’à ce qu’aujourd’hui l’imposition sur les entreprises soit de 15 % au fédéral et de 12 % au provincial, le taux le plus bas de tous les pays membres de l’OCDE.

En outre, les plus riches bénéficient d’échappatoires fiscales, de crédit d’impôt, de report d’impôts et de paradis fiscaux. Comme le mentionne la fiscaliste, Brigitte Alepin, dans son livre : « Ces riches qui ne paient pas d’impôts », les grandes entreprises ne versent que 4 % en impôts, lorsqu’elles en paient. De même, 50 % de ces multinationales ne paient pas un sou d’impôts, même si elles déclarent chaque année des profits record. Et comme si ce vol institutionnalisé des fonds publics ne suffisait pas, elles ont le toupet de demander des subventions, de l’aide sociale pour les riches !

Le reste d’entre nous paie plus de 60 % de son salaire en taxes diverses : impôts fonciers, retenues à la source, taxes scolaires, taxes de vente et de service, frais d’utilisation, etc. Toutefois, lorsque nous demandons des fonds pour des services essentiels tels que les soins de santé, l’éducation, ou la réparation de nos ponts et de nos infrastructures, on nous sert la même rengaine : « les coffres de l’État sont vides. » Nous avons un système fiscal de Robin des Bois à l’envers : prendre aux pauvres pour donner aux riches !

En conséquence, le rôle distributif de la richesse par le biais de la fiscalité, n’est pas rempli. Les inégalités sociales ne cessent pas de croître. Il y a 20 ans, les salaires les plus élevés étaient 8 fois plus que la moyenne des 10 % des plus pauvres. Aujourd’hui, cet écart est 10 fois plus grand.

Même les experts du Fonds monétaire international (FMI) et de l’OCDE sont obligés d’admettre que l’austérité imposée par les pays riches a contribué à creuser les inégalités sociales. Selon eux, les économies budgétaires conduisent à une récession, suite à des pertes d’emploi et à un manque de consommation. Afin d’épargner les programmes d’aide sociale, ils suggèrent d’augmenter les dépenses publiques à visée sociale et de s’appuyer sur une fiscalité plus progressive qui toucherait davantage les riches.

Voici donc quelques suggestions de coupures qui vont engendrer au minimum des revenus de 10 milliards $.

Avant 1988, il y avait 16 paliers d’imposition pour les particuliers tandis qu’aujourd’hui on se retrouve avec 4 seulement. En ajoutant 12 paliers, vous pouvez augmenter vos revenus d’un milliard de dollars.

Nous sommes le seul pays, membre de l’OCDE, avec un système de soins de santé publique, sans un régime d’assurance médicaments entièrement public. Ici, au Québec, on paie 30 % de plus pour nos médicaments qu’ailleurs. Contrôler le coût des médicaments va vous apporter 1 milliard $ d’économie.

Le Québec verse aux sociétés privées les subventions les plus généreuses au Canada. Les faveurs fiscales aux plus fortunés coûtent 960 millions au Trésor. A chaque habitant de l’Ontario les subventions coûtent 165 $, au citoyen québécois, 776 $. En réduisant les subventions aux entreprises, et en haussant les taux d’imposition, des sociétés vous pourriez récolter 1,720 milliards $ de revenus supplémentaires.

La plus grande arnaque du XXe siècle réside dans le mythe qu’en allégeant le fardeau fiscal des sociétés, elles vont pouvoir créer des emplois. L’exemple de Bombardier démontre bien que cette politique profite aux actionnaires et exporte l’emploi en sous-traitance ailleurs. Même l’ex gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, était scandalisé par les 600 milliards $ sur lesquels les sociétés canadiennes sont assises sans investir un cent pour stimuler l’économie. Pourquoi s’efforcer de produire des biens, quand on peut faire plus d’argent avec la spéculation sur le marché boursier ?

La majorité des entreprises financières : banques, compagnies d’assurance et de courtage ne paient pas d’impôt ! En rétablissent la taxe sur le capital pour ces entreprises, vous pouvez renflouer vos coffres avec 600 millions $ de plus.

Les partenariats publics/privés (PPP) conduisent à la collusion et à la corruption. Les entrepreneurs pensent que l’argent des contribuables est un puits sans fond dans lequel ils peuvent puiser à leur guise. L’exemple du CHUM peut en témoigner. Les Québécois paient 30 % de plus que les citoyens des autres provinces en surfacturation et en dépassement des coûts pour les travaux d’infrastructure. Vous pouvez récupérer au moins 11.3 milliards $ en utilisant les connaissances de vos propres fonctionnaires.

Selon L’OCDE, le Québec perd chaque année 8 milliards de dollars en évasion fiscale chez les riches et les entreprises, un montant exorbitant qui excède le coût supposé de notre dette. Il faut aller chercher ces sommes gaspillées, cachées dans les paradis fiscaux.

  1. Coiteux, votre idéologie néolibérale vous empêche de voir clairement les finances de l’État. C’est honteux de couper les services essentiels aux plus vulnérables et aux plus démunis de la société. Faire payer les pauvres n’est pas courageux, M. Couillard, c’est plutôt lâche. Avec le pourcentage de 40% du scrutin que vous avez obtenu, vous n’avez pas la légitimité morale de saccager le modèle québécois. Arrêtons de dorloter le capital, la cupidité et l’accumulation débridée de la richesse.

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