Martin Fiset

Martin Fiset

Membre de l'Association humaniste du Québec

 b.a.a. HÉC, Conseiller GRH et consultant en coaching et philoconseil. Membre des Sceptiques du Québec.

biencentrer@ gmail.com

Le débat

Tout bon débat entre un athée et un croyant voit surgir son lot de lieux communs … l’athée n’y échappe pas, mais je dois dire que le croyant est particulièrement performant à ce petit jeu du convenu. Souvent, après de longues et âpres discussions et surtout à court d’arguments, notre interlocuteur devra nous servir la plus réputée des répliques, soit ; notre manque de structure morale, car tout le monde sait d’emblée que les livres saints sont garants de la morale et que sans eux il est impossible de développer un sens moral et éthique, et que notre vie d’athée est d’un vide absolu expliquant ainsi pourquoi notre existence de non-croyant est si insignifiante. Juste pour en ajouter et pour nous rendre la chose la plus douloureuse possible, on nous affuble des pires imperfections : incapable d’aimer, l’athée n’a aucune propension à l’altruisme, à l’entraide et à la compassion envers autrui. Comment pourrait-il en être autrement? L’humain ne naît quand même pas avec un code moral, il doit lui être inculqué … seule l’éducation, dès le tout jeune âge, permet à l’humain d’établir la distinction entre le bien et le mal.

L’endoctrinement

Pour ce faire, le croyant va se référer à de vieux bouquins, mais de préférence pas trop vieux, car il ne faudrait quand même pas que les connaissances et libertinages notoires des Grecs corrompent notre jeunesse et que soudainement elle se mette à penser et à philosopher. Aujourd’hui, tous les historiens, incluant les théologiens, savent comment ces bouquins précieux ont été élaborés ; leur écriture s’étale sur des centaines d’années de l’Ancien Testament hébraïque (La Tora) du 5e siècle Avant l’ère Commune (AEC) jusqu’au Coran au 7e siècle de l’EC. Ils sont constitués d’une ribambelle de textes plus ou moins cohérents, conçus par un nombre incalculable d’auteurs de toutes obédiences, Chacun de ces auteurs y allait de son cru et faisait valser simultanément morale socialisante et explication surnaturelle sur la présence de l’univers … mais chose certaine l’ami imaginaire n’y a jamais déposé sa plume. Une société nécessite des règles, particulièrement lorsqu’elle répond à un pouvoir politique … il existe deux outils pour assurer l’adhésion et la cohésion d’une collectivité : l’armée et la religion. Lorsque vous êtes bénéficiaire de l’un ou de l’autre ou encore mieux des deux, vous v’là en affaire. Le pouvoir ecclésiastique a très rapidement compris ce concept qu’il a fait sien, en colligeant des écrits, pas toujours bien intégrés, mais toujours performants à convaincre la communauté des non pensants.

La recette

Dans tous les cas, la recette est relativement simple :

  1. Vous expliquez candidement l’apparition de l’Univers et créez une panoplie de fables et de personnages magiques.
  2. Vous expliquez pourquoi le peuple doit souffrir à l’aide d’un péché originel.
  3. Vous expliquez comment il ne faut rien attendre de la présente vie, sinon que souffrances et abnégations … par contre, si vous suivez les règles tout se passera bien pour vous (on se fout des autres) dans une vie future.
  4. On consolide le tout en assurant la prédominance homogène du clan au pouvoir … pas de femme, pas de groupes minoritaires et pas de païens.

Après ce court exposé notre croyant, soyez-en certain, ne sera pas ébranlé par si peu, il vous regardera, à peine éméché par vos paroles, et d’un air hautain vous confirmera obstinément que les saintes écritures sont le seul moyen de développer un code moral sur cette Terre et que de plus, nous devrions craindre que le Paradis nous soit interdit pour l’éternité. En réplique, si nous lui promettons la démonstration explicite d’un code moral naturel, serait-il tout au moins ouvert à reconsidérer sa vision naïve de l’autorité divine sur sa vie ? J’en doute fort, mais tentons l’expérience.

La provenance naturelle

Pour bien saisir le code moral naturel, il faut bien comprendre la sélection naturelle … c’est le second sujet de discorde avec les croyants ; comment peut-il y avoir une morale naturelle si c’est la « Loi du plus fort» qui s’applique ? J’avoue que même des athées bien cultivés m’évoquent les conséquences désastreuses de cette lecture de la sélection naturelle. Soyons clair et précis: la « Loi du plus fort » n›existe pas, c›es-tu assez simple ? La sélection naturelle n›évoque ni plus, ni moins que l›adaptation naturelle … ce n’est pas le plus fort qui survit, c›est le plus adapté, les autres disparaissent (même s’ils sont forts, forts, forts et méchants) et l’organisme qui acquiert les meilleures stratégies perdure. Même le mot évolution doit être banni, car il donne l’impression d’une progression inexorable … ce qui est faux, le virus existait et il existera tant qu’il demeure adapté aux conditions de l’environnement, mais il n’évolue pas, il s’adapte par une sélection éliminatrice. Bien saisir ce concept permet de nous imprégner de la nature profonde des mécanismes naturels. Ici je vais en choquer plusieurs, mais ça c’est le destin de la démarche humaniste : l’humain n’est pas une version évoluée d’un hominidé … il n’en est qu’une version bien adaptée, c’est la mort de notre si précieux anthropocentrisme. Nous garderons la description des mécanismes génétiques pour un autre article ; soyez assuré qu’ils sont bien documentés et que les mutations génétiques décrivent très explicitement le comment … mais nous sommes en bonne compagnie, car M. Charles Darwin n’avait aucune connaissance de la génétique, ce qui ne l’a pas empêché de conceptualiser la sélection naturelle.

Quel lien doit-on établir entre la sélection naturelle et la morale naturelle ? Il est important de saisir que rien n’est magique ou surnaturel ; tout découle de processus naturels … notre morale également. Si notre espèce était de quelque façon différente à ce qu’elle est présentement, soyez assuré que notre structure morale le serait également. Qu’est-il donc arrivé ?

Le tigre à dents de sabre

Pour la suite, je vais utiliser une métaphore dont la plus grande qualité est de représenter, sans trop risquer de me tromper, l’illustration d’une réalité presque paléontologique du développement moral de notre espèce. Son titre est « Le tigre à dents de sabre » (n’importe quel prédateur aurait fait l’affaire … mais, il nous serait possiblement inconnu) : il était majestueux, fort et méchant … essentiellement carnivore, il utilisait ses canines démesurées pour déchiqueter la chair de ses proies. Si nous remontons seulement de 4 millions d’années dans le temps, nous retrouvons une autre espèce, elle toute menue et frêle : un petit hominidé fraîchement descendu du sommet de son arbre qui circulait dans les savanes par petits groupes à la recherche de nourriture. Il faisait environ 1 mètre, mais il avait tout ou presque d’un humain : son subconscient était bien rempli et il était bien outillé pour la survie, il savait bien réagir et protéger ses petits. Il circulait par famille élargie et, au hasard des rencontres, le mixage et les mutations génétiques lui permettaient d’acquérir de performantes stratégies de survie : une des plus marquantes fut la conscience. Dorénavant, il savait qu’il existait et il tenait à la vie, nous passons de l’instinct de survie (subconscient) à l’instinct de vie (conscient). Sa capacité à développer des stratégies d’anticipation le plaçait déjà dans une position très avantageuse par rapport à la compétition. Revenons à notre tigre, il était fort et puissant et du coup devait consommer de bonnes quantités d’aliments, mais tout en conservant au maximum ses énergies : certains avaient pris l’habitude de suivre les hordes de nos petits amis les hominidés. Le système fonctionnait plutôt bien pour le tigre : dès qu’un de nos amis était trop malade, trop vieux, trop handicapé ou tout simplement ralenti pour une quelconque raison ; il trainait alors de la patte, isolé à l’arrière du groupe. Le tigre venait ainsi l’attaquer et se nourrir sans grands risques, chacun des membres du groupe était bien conscient de sa propre existence et de la nécessité de la survie du groupe … mais l’émotion/réaction s’arrêtait là. Après s’être quelque peu débattu en criant et en tapant le sol, le petit homme regardait sa partenaire, son enfant ou un proche parent affaibli se faire trainer et déchiqueter par le tigre … il jetait un dernier regard hésitant à ce partenaire de vie qui hurlait son dernier souffle entre les crocs en forme de sabre … ainsi, notre petit homme poursuivait son chemin tellement conscient et préoccupé par l’importance de sa propre survie.

Ce type d’équilibre symbiotique aurait pu durer longtemps, mais c’est sans compter sur la prochaine adaptation … la conscience altruiste. Dans certains groupes s’est produite une mutation excessivement performante. La conscience individuelle s’est projetée sur les autres. Si nous reprenons notre métaphore ; un jour, chez notre petit homme l’émotion/ réaction a été complétée par la pulsion/action (et ce, dans plusieurs domaines … ce qui pourrait être le sujet d’un autre article), cette nouvelle habileté à projeter la recette gagnante de l’individu à une représentation élargie … dorénavant la survie des partenaires était aussi importante que la seule survie de l’individu et la disparition d’un membre faisait dorénavant l’objet de cultes. Les stratégies sociales et communautaires se raffinèrent. Même la chasse devint plus concertée. De cueilleur et charognard qu’il était, il passa au stade d’un redoutable guerrier. Quel ne fut pas le choc du premier tigre à dent de sabre qui eut à côtoyer ce nouveau venu ? Lorsque, comme à son habitude, il avait réussi à isoler du groupe un individu un peu lent … par exemple, un jeune mâle blessé récemment à la jambe … il savait qu’il n’en ferait qu’une bouchée, quelle satisfaction et surtout quelle aisance pour ce roi de la savane ; mais cette fois les choses se passèrent différemment. Habituellement, notre groupe de petits amis se sauvait à bonne distance pour par la suite se retourner afin de regarder, à l’abri, la scène du banquet bestial … mais cette fois, le tigre comprit que quelque chose n’allait pas. Tout en s’approchant de sa victime, il remarqua un nouveau regard dans les yeux des hominidés. Ce n’était plus de la peur, mais plutôt une profonde compassion pour le jeune mâle blessé qui s’apprêtait à vivre ses derniers moments. Le groupe se reconnaissait en lui, le groupe affectionnait cet individu … chaque individu habileté du groupe jetât un regard rapide à ses compères et se mit à courir, mais cette fois en direction du tigre … Abasourdi et surpris, le tigre ne réussit jamais à comprendre comment d’aussi petits hommes pouvaient avoir des objets si durs et si pointus dans les mains, mais surtout qu’ils véhiculaient dorénavant une volonté altruiste si intense.

Notre base Au plus profond de nous, nous savons très bien que les choses se sont déroulées ainsi et que notre structure morale d’altruisme et de compassion provient d’un facteur d’adaptation si performant qu’en général aucun membre du clan n’est laissé pour compte, à tel point que notre prolifération a asservi l’ensemble de la planète. Maintenant, le plus grand défi du mouvement humaniste est d’éduquer pour que l’altruisme de clan, qu’il soit tribal ou religieux, s’élève à un stade supérieur … l’altruisme humain sans distinction ni discrimination sera la seule structure réellement morale. J’espère que notre croyant réexaminera sa position et quittera ses livres poussiéreux pour la savane, tout aussi poussiéreuse, mais ô combien réelle et pleine d’enseignements

 

 

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