Opposons-nous à l’accréditation gouvernementale d’écoles religieuses

par Août 15, 2013appels à la mobilisation, Articles de fond, Québec humaniste, Religions0 commentaires

Andréa Richard

Andréa Richard

Après dix-huit ans de vie religieuse, active et contemplative, Andréa Richard redevient laïque. Fondatrice, dans les années 1970 de mouvements d’avant-garde pour le renouvellement de l’Église. Elle exerce toujours la profession de conférencière et d’animatrice dans différents milieux, principalement au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et occasionnellement en France et aux États-Unis. Elle est l’auteure de Au-delà de la Religion, best-seller (3 éditions) et l’Essence de la vie, Ed. Septentrion.

NDLR C’est de longue date que notre camarade Andréa Richard se préoccupe des scandales sexuels de l’église Catholique. Elle en fut témoin de première loge. Toutefois, c’est en lisant l’annonce récente de l’archévèque Marc Lépine stipulant son intention d’ouvrir de nouvelles écoles de niveau post secondaire pour produire des soeurs et des prêtres qu’elle n’a pu retenir son opposition. Andréa explique ici comment fonctionnent les psychismes des hommes formant une immense conspiration de pédophilie allant du curé de campagne juqu’à la tête du Vatican. Une telle organisation, selon Andréa, n’a pas la crédibilité d’ouvrir une école qui puisse être accréditée de quelque façon que ce soit par l’État québécois.

Des faits

En 1984, a commencé aux États-Unis, suivis par 23 pays, la dénonciation des abus sexuels et des violences sur des mineurs, des femmes et des religieuses par des prêtres, religieux et évêques de l’Église Catholique. Le Père Thomas Doyle, devenu l’avocat de l’ambassade du Vatican à Washington, fut informé des agressions exercées par des prêtres sur des mineurs. Il a ensuite fait un rapport explosif dénonçant les évêques américains, ce que l’Église n’a pas apprécié. Le renouvellement de son contrat à l’ambassade, fut refusé. Par la suite, il s’occupa des victimes et témoigna dans plus de 200 procès, ayant interrogé deux mille victimes. Il a écrit de nombreux ouvrages dont un en collaboration avec Richard Sipe : Sex, Priests, and Secret Codes, The Catholic Church’s 2000 year Paper Trail of Sexual Abuse. (Volt Press, 2006).

Récemment, le 27 juin dernier, un journal de la Suisse, Le Matin, et un autre de l’Italie, le Corriere della Sera, nous ont fait part d’un autre scandale à caractère sexuel. Cette fois, cela se passe au cœur même du Vatican. Neuf prélats du Vatican sont accusés de pédophilie, et un vaste réseau de pédophilie existe au sein même du Vatican.

Un rapport du « Comité des droits des enfants » de l’Organisation des Nations Unies (ONU) demandait en juillet 2013 au Pape François de révéler l’ampleur des crimes pédophiles commis par des officiels de l’Église Catholique. Ce comité n’est manifestement pas du tout satisfait des actions de la direction de l’Église Catholique à ce sujet jusqu’à maintenant.

Au détriment des enfants : le secret bien gardé

Le voile se lève et on découvre que des milliers d’enfants et adolescents ont été agressés et que cela existe depuis des siècles. Pourquoi n’a-t-on pas dénoncé avant? Le statut des clercs et religieux, ainsi que l’imposition du silence, sous peine d’excommunication, sont les causes principales.

Carmelo Abbate, auteur du livre Sexe au Vatican, écrit :

«Le problème de fond, c’est l’effort intense fourni par les représentants de l’Église catholique, des sphères les plus basses aux sphères les plus hautes, pour couvrir les faits. Pour tout ce qui touche au domaine sexuel, des abus aux rapports consentis avec des adultes, les évêques s‘efforcent de maintenir ces choses dans le plus grand secret possible. Ils usent de tout leur pouvoir et leur influence pour empêcher que tout sorte au grand jour. Je ne parle pas seulement des personnes directement intéressées, des victimes et de leurs familles, mais aussi des représentants des forces armées, de la police et de la presse. La police elle-même, surtout par le passé, était habituée à laisser les évêques se débrouiller, comme si les gens d’Église n’étaient pas soumis aux lois de l’état ou aux lois fédérales. Et les choses continuaient comme si de rien n’était.»

Question

Est-ce que des hommes pédophiles auraient choisi d’entrer en ces institutions religieuses, sachant qu’ils seraient proches des jeunes, et pourraient alors abuser d’eux en toute impunité? On peut se le demander.

Au-dessus des lois

Puisqu’à l’époque, les gens étaient moins instruits et plus naïfs un endoctrinement religieux mur-à-mur faisait en sorte que la parole du pape était parole de foi et ne pouvait être remise en question. En effet, au sacerdoce, le pape et tous les clercs étaient, selon la doctrine, représentants de Dieu, appelés par Dieu lui-même. Ils se sont assignés des qualificatifs nobles : Sa Sainteté, Son Éminence le Cardinal, Son Excellence, Prélat domestique, Sa Majesté, Monseigneur, Très Révérendissime, Révérend Père, Père, Frère, Monsieur le Curé, Monsieur le Vicaire, Père Supérieur, Directeur Spirituel, Frère Directeur. Des titres glorieux qui incitaient le peuple, à les couronner saints et ce, de leur vivant! Tout cela faisait en sorte, qu’eux-mêmes croyaient qu’ils étaient des appelés et privilégiés de Dieu, qu’ils étaient les membres d’une caste supérieure aux laïcs, et ainsi que tout pouvait leur être permis sans que justice s’en mêle! Ils ne relevaient, selon eux, que de la justice de Dieu, et ils étaient au-dessus des lois. Alors, comment aurait-on pu les soupçonner de quoi que ce soit ?….

Oser dire non au financement public d’écoles religieuses Ainsi les clercs ont acquis, de la part de leurs fidèles, un respect, une admiration, une confiance absolue. À tout Seigneur tout honneur! En plus, leur parole était non celle d’un homme, mais la Parole même de Dieu. Encore aujourd’hui dans les églises, lorsqu’on lit les épîtres de Saint-Paul, de Saint-Jean, ou autres, on commence par dire solennellement, et en encensant la Bible, PAROLE DE DIEU. Je dirais que 80 % des canonisés, sont des papes, des évêques, cardinaux, prêtres et religieux. Il y a bien quelques religieuses, fondatrices de communautés religieuses, et un nombre infime de laïcs. Aux jeunes des collèges, scouts, confréries et séminaires, ce sont ces extrémistes religieux qui sont présentés comme modèles à imiter et à suivre. Comment ne pas réagir, lorsque Mgr Lépine, archevêque de Montréal, dit vouloir ouvrir, comme dans les années 1940-1950, des « écoles de la foi », dont l’objectif serait, pour les garçons, un appel à la prêtrise et, pour les filles, une propagande les incitant vigoureusement à devenir religieuses? Il faut que le Québec tout entier ose dire non! Car encore une fois, ce serait violer ces jeunes cerveaux en les endoctrinant.

Ils se croient supérieurs aux laïcs

Les clercs sont servis comme des rois et princes, par les femmes évidemment. Ces dernières n’ont jamais été considérées, hier et encore aujourd’hui, égales à ces hommes imbus d’eux-mêmes. Ces hommes ont été vénérés, adulés, protégés, financés, traités comme des Seigneurs méritant non seulement le respect, mais proposant qu’on baise l’anneau porté à leur doigt, que l’on s’agenouille devant eux pour obtenir leurs bénédictions, et au confessionnal, qu’on leur demande l’absolution des péchés commis, faisant d’eux des sauveurs pour préserver de l’enfer. Est-il étonnant, compte tenu de tout cela, que les laics soient considérés comme inférieurs ?

Une communauté religieuse, au nom des Petites Sœurs de la Ste. Famille, nommée aussi les Servantes du Bon Dieu, a été fondée dans le seul but de servir ces représentants de Dieu; dans des collèges, sanctuaires (les pères Ste. Croix); les évêchés, les presbytères et communautés de religieux. Une religieuse est assignée pour leur servir des repas copieux préparés par d’autres religieuses. Une autre religieuse est assignée pour laver et repasser leurs habits, d’autres le sont comme secrétaires ou infirmières pour prendre soin de leur santé, et j’en passe…

Des moutons et des loups

En cette bergerie de l’Église, parce que n’ayant aucune responsabilité familiale et financière, ces hommes demeurent d’éternels adolescents. Étant adulés, ils sont devenus des moutons et prêchent les dogmes et la sainte doctrine de l’Église sans questionner. La foi aveugle n’est-elle pas présentée comme une vertu ? Mais en cette bergerie, des moutons deviennent des loups dévorants. Qui fait trop l’ange, finit par faire la bête! Rendre sublime leur sexualité, a été un échec. Un livre de sœur Marie-Paule Ross, Je voudrais vous parler d’amour et de sexe, dévoile d’une façon flagrante, toutes les déviations sexuelles et scandaleuses des prêtres.

Sœur Ross donnait des cours aux prêtres, pour leur enseigner à sublimer leur sexualité! C’est fou! Cela reflète le rejet de la sexualité, du corps et ses besoins, même légitimes. Renier et combattre ainsi ce qu’il y a de plus naturel, pour garder la chasteté, provoquait chez ces hommes une curiosité et une obsession malsaine et maladive leur faisant perdre toute rationalité. Ils se refusaient à voir, à questionner. Tout cela, de peur de perdre les droits qu’ils se donnaient sous prétexte qu’ils se sentaient au-dessus des lois humaines et que quelques incantations religieuses prononcées par eux au moment de la messe les lavaient de leur péché.

Pureté des enfants et miséricorde de Dieu

Le Seigneur Jésus, leur maître, avait dit : Laissez-venir à moi les petits-enfants. Dans l’esprit tordu de ces clercs, leurs proies étaient toutes désignées. Péché, il ne pouvait y avoir, ces enfants sont purs. Et si toutefois péché il y a, le confessionnal, un signe de croix et l’absolution effacent tout, pardonnant même le crime le plus odieux, et en plus, toute cette magie donne un passeport pour le ciel. Jésus est mort sur la croix pour leurs péchés et Dieu est miséricordieux et infiniment bon. Celui qui agit au nom de Dieu, en donnant l’absolution, ne peut la refuser, même si le pécheur recommence et continue autant qu’il le souhaite. Quelle chance pour le prêtre pédophile, Dieu ne se lasse jamais de pardonner!

Mais comment arrivent-ils à penser ainsi ?

J’ai constaté que l’ambition de ces hommes dont l’idéal est de devenir des saints, ainsi que la formation donnée dans les séminaires, contribuent à altérer et a déformer leur jugement. Ces clercs, sont formés à la pratique d’une forte concentration mentale et on leur enseigne à la rendre permanente, tout au long de la journée et de leurs activités. Cette méditation, les déconnectant ainsi de la réalité pour se centrer sur l’irréel, les plonge ainsi dans l’illusion la plus totale et dans un monde imaginaire qu’ils se fabriquent et entretiennent par esprit d’obéissance. Mais quel est ce monde imaginaire? Ils nagent dans les pensées de la résurrection, du Christ crucifié, du ciel, des neufs chœurs des anges, des mystères de l’Incarnation du Saint-Esprit, d’un Dieu né d’une Vierge Immaculée. S’ajoutent l’Assomption, l’Ascension, le mystère de la Trinité, un Jésus Eucharistie que l’on adore, que l’on encense. Sans oublier le bréviaire et le chapelet récités quotidiennement. Tout cela fait en sorte qu’ils deviennent désincarnés, un peu comme des somnambules. Ils vont même jusqu’à croire qu’ils peuvent rendre surnaturelle la chair prenant des enfants comme cibles, pour leur plaisir satanique et infernal. Pauvres enfants. S’ils parlent, ils ne sont pas crus, ils passent pour menteurs et deviennent des victimes qui doivent garder le silence. Un terrible silence. Le professeur Ghyslain Parent de l’Université du Québec à Trois-Rivières explique, en 2012, toute cette loi de l’Omerta au Vatican dans son petit livre L’insoutenable légèreté de la soutane. Son texte est même accessible par Internet.

Ces communautés n’ont pas la légitimité d’ouvrir des écoles

Le journal Le Devoir du 4 juillet dernier, nous apprend que 12 millions de dollars en indemnités seront distribués aux 206 victimes des sévices sexuels des frères membres de la Congrégation de Sainte-Croix de Montréal, en vertu d’un jugement entériné à la Cour supérieure par le juge Claude Auclair. Cette somme est quand même dérisoire si on considère les compensations qui se donnent aux USA aux victimes de prêtres, victimes qui auront à souffrir toute leur vie.

Les communautés religieuses, ayant fait vœu de pauvreté, reçoivent quand même beaucoup de dons de leurs fidèles, plus spécialement, des héritages légués par des personnes âgées. Ces organisations voudraient que leurs écoles religieuses et privées soient construites, entretenues et rénovées à même des subventions provenant des taxes. Je crois que le gouvernement, avec notre argent, ne doit pas subventionner ces écoles et ce, parce que leurs dirigeants sont des usurpateurs, utilisant le nom de Dieu, pour induire les jeunes en erreur. Plus particulièrement, en leur imposant des dogmes inventés par eux-mêmes et une doctrine remplie de mensonges. Pouvons-nous accepter une telle fraude ?

Vraiment, cela me dépasse, qu’un gouvernement responsable puisse reconnaître une légitimité à ces institutions religieuses et en plus qu’il trouve les moyens pour les subventionner. C’est un abus de pouvoir. C’est un aveuglement, ignorant ou volontaire, en plus d’un freinage à l’évolution souhaitée et légitime pour une société adulte, où l’État et la religion devraient être séparés. J’ose le dire, j’estime que toutes les religions devraient être dénoncées! Non seulement on est loin de là, mais dangereusement, le fanatisme et le fondamentalisme des religions reviennent en force. C’est aberrant! Il est plus qu’urgent que les libres penseurs s’affirment et expliquent à la population tous les méfaits des endoctrinements religieux.

Tabous et phobies de la sexualité

En 2004, dans mon livre Au-delà de la religion, publié aux Éditions Septentrion, j’avais déjà réfléchi à cette négation de la sexualité humaine dans un contexte de vie consacrée. J’avais noté plusieurs aberrations dans le discours de ces saints hommes. Je me dois de rappeler quelques extraits dans les lignes qui suivent.

Les Pères de l’Église, étaient obsédés par la sexualité. Pendant des siècles, leur mépris de la chair et du sexe a empoisonné la vie de la majorité des couples catholiques. L’expression physique de la sexualité était régie par des règlements absurdes dont le code était dicté aux couples dans le détail. Les rapports sexuels, normalement empreints de plaisir, provoquaient une extrême culpabilisation qui, à son tour, conduisait souvent à des déséquilibres psychologiques graves. Le rejet de la sexualité venait en nette contradiction avec l’obligation – but ultime et seule excuse à la sexualité – de « faire des enfants ».

 

Dans son livre: Des eunuques pour le royaume des cieux, l’Église catholique et la sexualité, la théologienne Uta Ranke Heinemann nous relate plusieurs de ces aberrations : « Le plaisir n’est jamais sans péché, la sensation de plaisir sexuel est coupable, quelle qu’en soient les raisons ou les circonstances, même pour les éjaculations nocturnes involontaires. » Cette obscure conception de saint Augustin fut développée jusqu’à ses plus extrêmes conséquences. Ce problème spécifique aux religieux et aux prêtres – les écoulements de semence nocturnes et le degré de culpabilité qu’ils engendraient – préoccupait considérablement les théologiens. Les écrits des spécialistes sur ce sujet remplissent des bibliothèques entières. Comme bon nombre de ses pairs, saint Augustin sépare l’amour de la sexualité. Sa peur du sexe, sa crainte à la fois personnelle et théologique persistent encore aujourd’hui dans l’Église catholique. Pour ne citer ici qu’un exemple : les diacres, après la mort de leurs épouses, n’ont pas le droit de se remarier! Cette règle sexiste révèle bien le mépris obsessionnel du sexe et de la femme, mais il transmet également un message d’intolérance envers l’état matrimonial, pourtant validé par un sacrement : le diacre sera un meilleur diacre quand il ne sera plus encombré d’une femme et qu’il renoncera à sa vie sexuelle. Que les hommes y pensent donc à deux fois! Devenir diacre, c’est encourager la misogynie traditionnelle de l’Église, c’est contribuer au ralentissement de l’évolution souhaitée par les laïcs. Il m’apparaît honteux que les autorités vaticanes imposent le célibat aux prêtres et aux diacres qu’ils ordonnent. N’est-ce pas léser ces hommes dans leurs droits naturels et humains? N’est-ce pas les priver de leur liberté fondamentale et légitime et lancer du même coup à l’homme le message de la femme nuisible? C’est une véritable insulte à l’endroit de la femme qu’ils rabaissent et humilient. Le tabou ne s’arrête pas là : il y a de cela quelques années, les épouses des diacres avaient l’obligation de suivre les cours de diaconat en même temps que leurs maris. Elles se voyaient investies du devoir de les soutenir dans l’exercice de leurs fonctions. Mais jamais aucune d’entre elles, possédant le même bagage académique que les hommes, n’a pu obtenir le diplôme ni, bien sûr, accéder au diaconat.

 

Tous ces interdits, contre nature – une nature humaine, selon eux, créée par le dieu dont ils usurpent le nom – ne sont certes pas étrangers aux innombrables abus sexuels envers des enfants dont clercs et religieux se rendent coupables.

 

C’est la préservation du pouvoir qui compte. L’Église est vue comme une structure politique de pouvoir et d’argent. L’Église a jugé. Elle est maintenant jugée.

 

Si on cessait de se mépriser, si on s’aimait soi-même! Reconnaissons la beauté qui nous habite! C’est ainsi que l’amour pourra enfin s’exprimer.

 

La sexualité peut à la fois combler et épanouir. Si la sexualité avait été présentée de façon positive, combien de souffrances et des combats auraient été évités! Combien de crimes n’auraient jamais eu lieu et combien d’abjections n’auraient jamais vu le jour! Présentons la vie de façon positive, plutôt que par la négative.

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