Michel Virard

Michel Virard

Président de l'AHQ

Michel Virard est un des fondateurs de l’AHQ en 2005 avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. Ingénieur et entrepreneur, il a également été administrateur des Sceptiques du Québec. il est depuis les tout débuts l’une des âmes dirigeantes de l’AHQ. Il est également secrétaire de Humanist Canada

Discours de présentation du prix humaniste 2013

Michel Virard, Président, AHQ

Ce sont les conseils d’administration de la Fondation et de l’Association humaniste qui ont eu la tâche de déterminer, conjointement, le lauréat du premier Prix humaniste du Québec décerné à ce jour. Nous sommes particulièrement fiers de récompenser par ce prix une organisation qui n’a cessé, depuis sa naissance, d’aiguillonner le Québec vers un but cher aux humanistes : permettre aux Québécois dont la fin de vie n’est plus qu’une horreur insupportable, d’abréger leur souffrance et de mourir dans la dignité, et cela même et surtout s’ils n’ont plus la capacité physique pour prendre les choses en main par eux-mêmes. Je précise que ce but était déjà inscrit dans les gènes de la Fondation et de l’Association humanistes dès leur création puisqu’ils avaient très tôt créé un comité sur l’euthanasie et le suicide assisté. L’éthique humaniste se soucie d’abord de la personne humaine et c’est avec admiration que nous avons observé le travail de cette organisation pour sensibiliser la population en général, et les décideurs en particulier, aux travaux dans ce domaine et surtout aux expériences positives réalisées hors Québec. Nous avons aussi observé les résultats de ces efforts et nous avons constaté que le corps médical avait changé son orientation sur ce sujet significativement au cours des dernières années. Nous croyons que cette organisation a été instrumentale dans cette prise de conscience des médecins. Un des effets importants de cette prise de conscience a été la possibilité pour le gouvernement du Québec d’envisager ce qui paraissait inconcevable il y a peu : proposer un projet de loi légalisant une aide à mourir en fin de vie dans un cadre restreint. Il s’agit d’un jalon important dans cette marche vers un plus grand respect de l’autonomie des personnes.

Il nous fait plaisir de décerner le Prix humaniste du Québec 2013 à AQDMD, c’est-à-dire à l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, pour son action déterminante en faveur de ceux qui souffrent sans espoir. C’est donc à Madame Hélène Bolduc, présidente en exercice de l’AQDMD.

Discours d’acceptation du Prix humaniste 2013 décerné à l’Association Québécoise pour le Droit de Mourir dans la Dignité

Hélène Bolduc, Présidente de L’AQDMD

Je vous remercie d’être ici aujourd’hui pour participer à cet événement qui permet cette belle rencontre entre nos deux associations. À titre de présidente de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, c’est avec beaucoup de reconnaissance que je reçois ce prix de la Fondation et l’Association humaniste du Québec.

L’AQDMD défend le droit fondamental à une mort digne pour chaque personne, une mort qui respecte les valeurs de liberté et d’autonomie de chacun et chacune. L’histoire de notre association s’inscrit dans un mouvement de société qui débute dans les années 50, prend un essor dans les années 80 en Europe et progressivement s’étend à plusieurs pays. Aujourd’hui, plus de 48 associations similaires à la nôtre en provenance de 26 pays font partie d’un regroupement mondial.

Dès la fondation de notre association, nous avons privilégié la création de réseaux de collaboration avec des individus et de nombreux organismes et associations citoyennes. Nous avons travaillé afin de rejoindre et rassembler divers milieux d’influence partageant des intérêts communs.

Au Québec, au Canada, en France, en Belgique, en Hollande, en Suisse, l’AQMD a trouvé des alliés, des mentors, des experts en médecine palliative, en droit de la santé et politiques publiques. Tous ces gens nous ont aidés à obtenir des avancées surprenantes sur la question de mourir dans la dignité dans notre coin de pays. L’Association humaniste du Québec est rattachée à ce réseau et j’aimerais souligner particulièrement aujourd’hui les moments privilégiés que j’ai passés avec Bernard Cloutier. Des liens d’amitié et de complicité se sont créés spontanément entre nos deux associations, en grande partie grâce aux valeurs qui nous sont communes. À ce sujet, permettez que je trace ici un parallèle fort intéressant.

Nous partageons avec les humanistes les valeurs de dignité, de liberté et d’autonomie décisionnelle qui font partie des raisons d’être de nos deux associations.

Nous retrouvons aussi un autre principe cher à nos associations. « L’humanisme n’est pas dogmatique, n’imposant aucune croyance à ses adhérents. Il est ainsi engagé en faveur d’une éducation libre d’endoctrinement. » (Manifeste de l’AHQ).

De son côté, le message de l’AQDMD est essentiellement ouvert et non dogmatique. Nous respectons les valeurs de dignité et de liberté de chaque personne. Nous militons pour permettre à chacun de mourir au moment et de la manière qu’il le souhaite. Dans l’éventail de nos actions, nous visons entre autres à combattre la désinformation des opposants et à briser le tabou de la résignation passive devant notre finalité qu’est la mort. Nous ne sommes pas des apôtres inconditionnels de l’euthanasie, du suicide médicalement assisté ou de l’aide médicale à mourir. Nous ne sommes ni pour ni contre la sédation terminale ou palliative. « Le droit de choisir » est notre devise

Nous nous opposons à l’intransigeance, au chantage, à la diffamation et à la vision romantico-religieuse des défenseurs de la vie à tout prix. Dans notre façon d’opérer, nous tentons autant que possible de limiter les confrontations avec les opposants. Nous choisissons plutôt une manière positive de  travailler qui consiste à informer et sensibiliser la population. Nous passons par les voies politiques, par exemple celle ce la commission parlementaire sur la question de mourir dans la dignité. Nous sommes présents dans les médias, dans divers regroupements et associations, de même qu’à certaines tables de concertation qui touchent aux enjeux juridiques, médicaux et éthiques de cette cause. Notre présence sur le terrain depuis cinq ans s’est avérée constante. Nous avons tenté par tous les moyens mis à notre disposition d’exercer une influence positive, une influence qui fait une différence pour la majorité des 80 % de Québécois qui souhaitent que l’aide médicale à mourir devienne accessible.

La dernière étape de notre vie doit être envisagée et préparée. Elle engage notre intimité la plus profonde et touche à des valeurs personnelles inviolables, protégées par la Charte canadienne des droits et libertés. Plusieurs droits ont été reconnus dans les dernières décennies : le droit au divorce, le respect de l’orientation sexuelle et du mariage entre conjoints de même sexe, le droit de décider de donner ou non la vie, celui d’aller ou non à la guerre. Maintenant, le droit de choisir le moment et la manière de quitter cette vie doit figurer parmi ceux-là.

Sans être arrivés au bout du chemin, nous empruntons sûrement la bonne direction. Un projet de loi dépénalisant l’aide médicale à mourir est prévu pour juin au Québec. Des représentants des ordres professionnels concernés par ce changement législatif sont actuellement actifs dans des comités de travail afin d’élaborer des guides de pratique pour mieux encadrer les soins de fin de vie. La ministre Véronique Hivon est responsable de ce dossier. Avec l’appui de l’appareil administratif des ministères de la Santé et de la Justice, elle planifie la mise en œuvre des rapports de la Commission parlementaire et du Comité d’experts juristes consultants. Parallèlement à ces actions qui se déroulent au palier provincial, un recours devant les tribunaux en Colombie-Britannique nous conduira probablement en Cour Suprême d’ici deux ans. D’ici là, il ne faut rien tenir pour acquis, même si l’espoir est permis.

Nous vivrons bientôt une période exaltante.

Par ce prix que la Fondation et l’Association humaniste du Québec nous remet et l’honneur qui nous est rendu, c’est à un niveau plus formel que nos associations se retrouvent aujourd’hui. Ainsi vous nous offrez l’occasion de souligner l’important chemin accompli dans un domaine qui nous concerne tous et toutes.

Nous invitons toutes les personnes sensibles à la cause de contribuer à ce débat à titre individuel. Nous avons également besoin de philosophes, d’écrivains, de sociologues, de journalistes et de juristes pour nous aider dans la conquête de cette ultime liberté.

Au nom du conseil d’administration et de tous les membres de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité, je vous remercie sincèrement pour ce prix très utile pour continuer notre mission et pour la reconnaissance sociale que vous témoignez à notre mouvement.

 

 

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