Le concept de dignité humaine fait-il plus de tort que de bien ?

par Avr 10, 2013Articles de fond, Éthique, Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

NDLR Nous poursuivons ici la réflexion du philosophe Pascal Clesse.

La notion de dignité humaine existe depuis l’antiquité. Toute société hiérarchisée a besoin d’un concept élémentaire de dignité. Les magistrats, juges, chefs, leaders doivent être honorés, respectés, agrandis. Ils doivent se comporter en « dignitaires » et doivent être perçus comme tels. Sans ce mécanisme la vie sociale ne pourrait fonctionner avec un pouvoir central. Le Petit Robert assigne les cinq premiers sens du mot « dignité » à la fonction sociale des « maîtres », « notables, « haut-gradés », etc. Par ailleurs, ceux qui dans l’antiquité pouvaient avoir l’esprit le plus critique et le plus détaché par rapport à ce concept, les philosophes, n’ont jamais cherché à absolutiser cette notion. Au plus a-t-on accordé à tout être rationnel le potentiel d’être digne. On proposait qu’une vie exemplaire, bonne, sage, requérait l’inhibition des impulsions animales et donc la capacité de réfléchir aux conséquences de ses actes, bref être pourvu de quelques qualités du cœur mais surtout de la raison.

La notion de dignité humaine a été absolutisée par le christianisme. Ce fut une première historique. L’idée était que l’humain a été créé à l’image de Dieu, que tout humain est donc automatiquement pourvu de la potion magique. Autrement dit, chez chaque humain, il y a une parcelle d’omniscience, d’omnipuissance, et de bienveillance absolue. Si cette nature peut temporairement paraitre pervertie, c’est l’œuvre du diable et il suffit alors de l’exorciser. Fondamentalement, le christianisme propose que nous sommes moraux non pas par notre nature intrinsèque, mais parce que nous portons la volonté de Dieu dans la mesure où nous en acceptons la révélation. La morale chrétienne est hétéronome (l’élan moral vient d’ailleurs que de la nature intrinsèque de l’acteur humain) et bien entendu, les non chrétiens sont indignes.

La notion de dignité n’est pas une valeur comme les autres. Il est facile de prendre l’édifice complet de la morale chrétienne médiévale (encore en cours aujourd’hui), élaborée par les scholastiques, et d’en faire une farce. On peut en récuser les valeurs en quelques mots. Chasteté ? Pureté ? Humilité ? Charité ? Foi ? Espérance ? Pfff. [1]. Tout cela ne nous dit plus rien aujourd’hui, sauf peut-être à quelques jeunes et naïfs séminaristes, avant qu’ils ne soient confrontés aux exigences de la vie adulte réelle. Mais la dignité, elle, a la couenne plus dure… On trouve encore l’occasionnel philosophe, très marginalisé, comme Leon R. Kass, qui veuille toujours aujourd’hui en prendre la défense [2]. Comprenons que celuilà fut sélectionné par le président Bushfils pour diriger une commission de réflexion sur la bioéthique… Et lisons en rigolant la riposte caustique antidignité et anti-Kass de notre camarade humaniste et célèbre psychologue Steven Pinker [3]. Voyez Pinker ici, citer texto la volonté moralisatrice prude, catholique, réactionnaire, dangereusement excessive de Kass :

licking an ice cream cone–a catlike activity […] has been made acceptable in informal America but […] still offends those who know eating in public is offensive.

Le philosophe des Lumières, Émanuel Kant, qui était déiste et non chrétien, a fait de la dignité la pierre angulaire de sa philosophie morale. L’essence de la dignité kantienne n’était plus la directive divine, mais la volonté d’agir selon la raison. L’humain rationnel ne peut que reconnaître la rationalité des autres. Il se doit alors de se comporter selon divers préceptes à ambition universelle : traiter les autres comme on voudrait qu’ils nous traitent, traiter les personnes comme des fins en soi, etc. Kant élabore et absolutise autrement que le christianisme la notion de « devoir » envers soi-même, comme envers les autres. Avec Kant, on passe enfin à la modernité en adoptant une morale autonome (l’élan moral ne vient de nulle part d’autre que de la nature humaine). Admettons qu’il y a là un progrès. Mais même cette notion d’autonomie pose de sérieux problèmes. N’oublions pas que Kant ne s’intéresse qu’aux conditions formelles de la morale dans un esprit individuel virtuel et parfait. Cette façon extrêmement formaliste d’aborder la morale néglige le fait que la fonction morale est une disposition qui se développe chez l’humain, et qu’elle est très fortement assujettie à la manière par laquelle elle est transmise dans l’échange culturel. En 1971, le psychologue BF Skinner s’objectait à l’amalgame kantien d’autonomie et de dignité dans un livre dont le titre ne laisse place à aucune ambiguïté : Au-delà de la liberté et de la dignité.

Ce n’est que dans la mesure où on pense que l’humain est « être de raison pure » générique qu’on pourra le créditer d’une propriété immuable, universelle, inamovible, transcendante dénommée « dignité ». Il en est ainsi de la raison « éthique » des philosophes anciens, de la raison « divine » des chrétiens, de la raison « universalisante » ou « déontologique » de Kant.

Les idées de Kant sur la dignité humaine dominent le monde encore aujourd’hui. La Déclaration universelle des droits de l’homme entérinée par l’Organisation des Nations Unies l’affirme : tout humain serait pourvu de dignité. La charte de l’Association humaniste du Québec l’affirme aussi très haut dans sa liste de principes, en deuxième place : Principe humaniste de l’AHQ # 2 :

L’humanisme affirme la valeur, la dignité et l’autonomie des individus et le droit de chaque être humain à la plus grande liberté possible qui soit compatible avec les droits des autres.

La Fondation humaniste du Québec n’accorde-t-elle pas son premier prix, en 2013, à l’AQMD, c’est-à-dire à l’Association Québécoise pour le Droit à une Mort Digne ? Le mouvement des « indignés », mouvement de gauche, motivé largement des propos de l’athée François Hessel [4] n’a-t-il pas reçu l’appui de l’AHQ ?

Que se passe-t-il ici ? Assiste-t-on à une guerre sémantique entre progressistes et conservateurs, entre le sécularisme et la religion ? Revendiquons-nous la même chose en revendiquant la « dignité humaine » ? S’agit-il d’un dialogue de sourds ?

Que dire du fait qu’un philosophe professionnel, activiste au sein d’une organisation sœur de l’AHQ, la Libre Pensée française, ait récemment publié, dans une des revues officielles de la Libre pensée, une critique du principe de dignité humaine ? Le texte en question, de Pascal Clesse, est très bon [5], et je vous en recommande la lecture. Il va certainement vous faire réfléchir. C’est pourquoi j’ai reproduit ci-haut ce texte de notre camarade français.

Si vous êtes comme moi, cher lecteur, vous avez été légèrement agacé par l’invocation du principe de « dignité humaine » dans quelques rares contextes (appel au concept de dignité humaine pour contester le droit à l’avortement, le droit à l’euthanasie compassionnelle, le droit de mener des recherches sur les cellules souche, etc.). Mais comme moi, peut-être ceci n’est pas allé jusqu’à vous inspirer une réflexion mettant en doute la validité fondamentale du concept de « dignité humaine ».

Peut-être serez-vous surpris d’apprendre, comme je le fus, qu’il existe toute une école de pensée philosophique qui propose qu’on jette le concept de « dignité » à la poubelle de l’histoire, qu’elle est une notion toxique. Cette hostilité au concept de dignité humaine serait déjà dominante dans la philosophie éthique anglo-saxonne [6] selon le philosophe Ashcroft [7] et serait en voie de le devenir dans la philosophie continentale [8] !

J’élabore donc pour la suite ma propre réflexion sur la « dignité » en ouvrant le cadre de réflexion sur l’aspect psychologique, la séméiologie du terme, la jurisprudence, l’aspect culturel. Je vais conclure avec une réflexion sur le concept de dignité dans les principes humanistes tels qu’ils sont formulés dans la charte de l’Association humaniste du Québec.

D’abord, que sait-on aujourd’hui de cette fameuse « raison » dont seraient affublés tous les humains ? La réponse provenant de la psychologie cognitive est plutôt désolante. La plupart des adultes des sociétés hautement industrialisées, riches, et pourvues de systèmes d’éducation exemplaires sont incapables de gérer le moindre raisonnement logique sous forme abstraite. Nous apprenons les règles de la vie sociale, de la vie intellectuelle, de la vie professionnelle, de la même manière que nous apprenons les contines et les chansonnettes de notre enfance. Nous sommes des êtres de métaphore, pas de raisonnement. Personne n’est capable d’une raison « universelle ». À preuve, le grand Kant était carnivore, il était sexiste, il était raciste [9]. Il croyait aux préceptes de son temps. N’importe quel québécois pubère est aujourd’hui capable de formuler des règles de vie sociale plus universelles sur ces trois points (carnivorisme, racisme, sexisme) que ce qu’avait pu imaginer Kant. Pas parce qu’il est pourvu de plus de raison que Kant (on peut penser le contraire), mais parce que la transmission des valeurs est efficace -en mode comptine et chansonnette. C’est pourquoi notre pubère n’hésitera pas non plus à affirmer qu’il est normal que le propriétaire moyen d’entreprise gagne 250 fois le salaire moyen de ses propres employés (c’est l’état actuel des choses aux USA, à peine mieux au Canada), ce qui eut certainement horrifié (à juste titre) notre philosophe des Lumières. Ainsi si c’est, comme l’entendaient les anciens, les chrétiens et les kantiens, la raison qui nous donne la « dignité », alors le concept de dignité s’appuie sur des sables bien mouvants. On peut dire la même chose de toute ambition universalisante. Depuis Kant et la révolution française, il y a eu bien des révolutions et régressions, et la biosphère a été complètement transformée, pour le pire. Qui peut prétendre agir aujourd’hui pour le Bien universel, c’est-à-dire partout et pour toujours, dans un monde en voie de destruction écologique par toutes les cultures humaines ? Cela ne semble-t-il pas dérisoire, voire même prétentieux ? Mais alors, si le fondement de la dignité humaine est la raison universelle, n’a-t-on pas affaire là à un concept ridicule ?

Cependant, se peut-il que le concept de dignité ait mué, se soit modernisé en quelque sorte, et qu’on ne pense plus vraiment aujourd’hui qu’une « raison » peu plausible en soit le fondement ? On observe effectivement un glissement « psychologisant » du concept de dignité humaine dans le langage réel. On définit la dignité beaucoup plus aisément aujourd’hui comme « amour propre » et son contraire comme « humiliation » [10]. Typiquement, la dignité est notée non pas dans le contexte d’une sagesse intellectuelle, ni d’une vie moralement exemplaire, mais plutôt dans des traits de caractère comme la fortitude ou décence dans l’adversité, une sorte d’inébranlabilité de certaines personnes, dont l’amour propre a été mis à rude épreuve. On constate aussi que la dignité est le plus souvent évoquée dans les cultures réelles, médias, romans, essais, conversations, dans la défense des personnes vulnérables, non pas parce que les personnes vulnérables sont particulièrement méritoires, mais tout simplement parce qu’on a envie d’avoir de la compassion à leur égard. Finalement, on réalise graduellement que ce n’est pas une quelconque faculté métaphysique et peu plausible nommée « raison » qui fonde la dignité, mais plutôt la disposition qu’ont les humains, à divers degrés, à porter secours aux souffrants, qu’ils soient humains, animaux, et même à la rigueur, plantes… [11]. Nous découvrons, à notre grand étonnement de néodarwiniens à peine assumés, que nous avons des rapports moraux, plus au moins asymétriques, avec les êtres selon leur degré de « conscience » c’est-à-dire qu’il n’y a pas de discontinuité métaphysique entre les diverses « créatures » [10]. Mais, dès lors, le mot « dignité » convient-il toujours pour fonder la morale ? Tout au plus concevra-t-on que la dignité occupe une petite zone des activités humaines que ne peuvent « régler » les droits et libertés encadrées par les lois ? La dignité humaine ne consiste-t-elle pas en ces petits héroïsmes de tous les jours qui nous font poser, sans raison logique, sans prescription légale, sans universalité aucune, des gestes de compassion ? Ne peut-on pas tout de même aussi rêver à un monde dans lequel une telle mentalité, mieux généralisée dans la population, mènerait à une société où on compenserait les malheurs humains, animaux et végétaux avec prévoyance et même avec force de loi, un peu partout et toujours, autant que ce soit praticable, au fur et à mesure de l’émergence des nouveaux problèmes ? Un monde plus scandinave par exemple ? Cela ne relèverait-il pas aussi de la dignité humaine ?

La déclaration universelle des droits de l’homme définit peu la dignité mais stipule tout de même qu’elle provient de la « personnalité humaine ». La dignité n’est affirmée dans aucune constitution, mais on la voit surgir dans des jugements de Cours Suprêmes de divers pays. Ces allusions à la dignité humaine sont rares toutefois : les juges hésitent à évoquer ce concept. La cour suprême du Canada a même résolu de le récuser complètement du vocabulaire jurisprudentiel canadien [12].

In Canada, where the concept of human dignity has been vigorously employed, Supreme Court justices have recently reached the conclusion that it is too abstract, subjective, confusing and difficult to apply as a legal test, and that “it has also proven to be an additional burden on equality claimants, rather than the philosophical enhancement it was intended to be.” [R. v. Kapp (2008), paragraph 22 ; see also Fyfe (2007)]

Après tout, le milieu criminel ne démontre-t-il pas hors de tout doute que la dignité humaine a ses limites, que certaines personnes devraient ne pas avoir d’amour propre, puisqu’elles sont si évidemment détestables ? Il n’est clairement pas possible de traiter tout le monde également, car il faut à tout le moins enfermer certains dangereux « indignes » pour protéger les citoyens contre la menace de tortures, de viols, d’exploitation extrême, de meurtres. Le contexte juridique montre clairement que les idées universalisantes, homogénéisantes, abstraites, intellectualistes, bref, métaphysiques, en morale, ne résistent aucunement aux faits, à la nature humaine réelle. Tous les humains ne sont pas dignes, loin s’en faut-il.

Un des pays que l’on dit priser le plus la « dignité » est le Japon. On associe ce sentiment à l’attachement que ressentent les japonais à leur culture et en particulier aux règles de conduite de leur culture. Même si les japonais se comportent de façon très respectueuse à l’égard des citoyens « faibles », ces derniers ne peuvent souvent pas supporter ce qu’ils imaginent (probablement à juste titre) être le jugement, l’opprobre, des autres. Le prix que paient les japonais pour ce sentiment de dignité est un des taux les plus élevés du monde de suicide. Beaucoup de japonais, lorsqu’ils se sentent « humiliés » par rapport aux attentes sociales, optent pour le suicide d’honneur (harakiri). D’autres meurent d’épuisement sur leurs bureaux de travail (karoshi), tandis que leurs militaires ont été les premiers à instituer le suicide généralisé des pilotes d’avion d’attaque (kamikazes). Ces trois formes de suicide montrent qu’à tout le moins, comme le dit notre camarade Pascal Clesse, « le concept de dignité est à manipuler avec précaution » …

Compte tenu de tout ce qui précède, devrions nous bannir le mot « dignité » des principes de l’Association humaniste du Québec ? Peut-être pourrions-nous reformuler notre deuxième principe de la manière suivante ?

L’humanisme affirme [que] la valeur, la dignité, l’autonomie des individus et le droit de chaque être humain à la plus grande liberté possible qui soit compatible avec les droits des autres [méritent d’être cultivés].

Bibliographie

1.Braun, C. (2010). Québec athée. Éditions Michel Brulé.

  1. Kass, L.R. (2002). Life, liberty and the defense of dignity. San Francisco, CA: Encounter Books.
  2. Pinker, S. (2008). The Stupidity of Dignity :Conservative bioethics’ latest, most dangerous ploy. The New Republic http:// pinker.wjh.harvard.edu/articles/media/The%20Stupidity%20 of%20Dignity.htm
  3. Indignez-vous !, Montpellier : Indigène éditions, collection « Ceux qui marchent contre le vent », 2010, 32 p. (ISBN 978-2- 911939-76-1)
  4. Clesse, P. (2012). La dignitié : Une notion problématique. L’idée Libre : Revue de la Libre Pensée Nu 299.
  5. Macklin, R. (2003). Dignity is a useless concept. British Medical Journal, 327, 1419–207.
  6. Ashcroft, R.E. (2005). Making sense of dignity. Journal of Medical Ethics, 31. 679-82.http://jme.bmj.com/ content/31/11/679.full
  7. Lire les œuvres suivantes de Ogien Ruwen : L’éthique aujourd’hui. Folio-Essais (2007), La vie, la mort, L’État. Grasset (2009), Le corps et l’argent. La Musardine (2010).
  8. Braun, C. (2012). Humanisme : Doit-on revenir à Kant ? Québec humaniste, 7 (1) https://www.dropbox.com/s/ m65cble1dq3a2mx/Bulletin%20QHVol7Nu1.pdf
  9. Statman, D. (2000). Humiliation, dignity and self-respect. Philosophical Psychology, 13 (4).
  10. Rachels, J. (1990). Created from animals: the moral implications of Darwinism. Oxford: Oxford University Press
  11. Shultziner, D., et Rabinovici, I. (2012). Human dignity, selfworth, and humiliation: A comparative legal–psychological approach. Psychology, Public Policy, and Law, 18(1), 105-43.

Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus), né le 28 octobre 1466 (ou peut-être 1467 ou 1469) à Rotterdam et mort le 12 juillet 1536 à Bâle

[les prêtres] s’entendent à découvrir dans les vieux parchemins le texte qui leur permettra d’intimider le populaire et de lui faire accroire qu’on leur doit la dîme et plus encore! Quant à leurs devoirs envers ce même peuple, ils sont écrits partout ; mais ils oublient de les lire. (Éloge de la folie p.79 Éd. Garnier-Flammarion #36)

“La noble guerre est faite par des parasites, des entremetteurs, des larrons, des brigands, des rustres, des imbéciles, des débiteurs insolents, en somme par le rebut de la société, et nullement par des philosophes veillant sous la lampe.” Érasme, Éloge de la Folie
(1511), XXIII, p. 32 éd. GF

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