Compte-rendu de lecture de «God and the folly of faith» de Victor J Stenger

par Jan 7, 2013Livres, Québec humaniste, Réflexions, Religions0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Il n’est pas étonnant que parmi les auteurs vedette du “nouvel athéisme” on trouve un biologiste évolutionnist (Dawkins), un neuropsychologue (Harris), un philosophe des sciences (Dennett). Le tableau ne serait pas complet si on n’y trouvait pas un physicien. Victor J Stenger, physicien quantique, est sans conteste une des vedettes du nouvel athéisme depuis la publication de son livre “God: The failed hypothesis” en 2007. Ce qui suit est un compte rendu de lecture de son dernier opus, publié en 2012, intitulé “God and the folly of faith: The incompatibility of science and religion”. 

Il existe de nombreuses façons de voir le rapport entre la science et la religion. Le grand anthropologue Steven J. Gould a considéré que les deux méritent chacun son magistère, la science, la quête de vérité, la religion, la quête de sens et d’éthique. D’autres pensent que la science doit être incorporée à une spiritualité « ouverte ». D’aucuns sont hostiles aux découvertes des sciences parce qu’elles confrontent diverses révélations divines. Stenger est excellent dans sa manière de mettre toutes ces positions en ordre et de les expliquer. La position de Stenger lui-même est on ne peut plus claire : la science est intéressante. la religion est une aberration. Au fait sa position est encore bien plus radicale que cela. Il postule que la science peut expliquer la religion, pas l’inverse, que la science a pu et peut toujours tester de nombreuses affirmations des religions (ce qui a résulté invariablement en invalidations des postulats religieux), que la science peut informer l’éthique et la morale, pas la religion.

Il y aurait beaucoup à dire sur les propos de Stenger sur la cosmologie (il croit aux multivers), sur la physique quantique, sur l’histoire des rapports entre les religions et les sciences. Mais je vais m’en tenir à deux propos très spécifiques, qui m’ont intrigué, l’indétermination quantique et les constantes universelles de la physique. J’ai plusieurs fois été irrité par des spiritualistes qui m’ont affirmé que le matérialisme ontologique et le réalisme épistémologique étaient rendus ringards compte tenu de la physique subatomique (nature stochastique des observations, nature corpusculaire et ondulatoire de la lumière, absence de masse des photons, principe d’incertitude de Heisenberg). Quelle joie que de voir cet expert en la matière expliquer comment les charlatans déforment la science pour justifier leur mysticisme. Mieux, quel plaisir de lire les explications de Stenger sur le vrai sens de ces théories et principes de la physique, explications complètement dépourvues de mysticisme.

J’ai plusieurs fois été irrité aussi de lire des spiritualistes qui prétendent que les lois universelles de la physique (constante cosmologique, rapport de la force électromagnétique à la gravité, rapport du nombre de protons au nombre d’électrons dans l’univers, rythme d’expansion de l’univers, la densité de masse de l’univers) sont les seules compatibles avec la vie et que donc l’univers doit avoir résulté d’un dessein intelligent. Un des grands scientifiques de notre temps, Francis Collins, reprend cet argument dans son livre « The language of God ». Cette idée inspirée par la physique se dénomme le principe anthropique. Il est gratifiant de suivre Stenger dans une patiente et très compréhensible explication de ce en quoi l’extraordinaire puissance de la physique pour expliquer le monde ne justifie en rien l’idée d’un dieu créateur. Un des arguments de Stenger (il en a plusieurs qu’il tire directement de la physique elle-même) est la quasi infinité des univers qu’il croit scientifiquement justifié de postuler (multivers).

Pour conclure, soulignons que Stenger passe en revue plusieurs sciences pertinentes à la guerre faite à la religion (physique, biologie, psychologie), guerre qui ne consiste pas en hostilité émotionnelle ou conquérante, mais simplement en incompatibilité intellectuelle. Stenger se démarque par une érudition de généraliste en sciences, en histoire des sciences et de la religion, et en analyse systématique des faits, étonnamment terre-à-terre, à la manière des scientifiques des sciences naturelles.

Stenger, Victor J. (2012). God and the folly of faith: The incompatibility of science and religion. Amherst NY: Prometheus Books. 

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