L’immortalité virtuelle Quel genre d’immortalité pour les humanistes athées ?

par Mar 15, 2012activités, Québec humaniste, Réflexions, Transcriptions de conférences0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Michel Virard est ingénieur en physique électronique de l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon. Successivement engagé dans des projets de physique nucléaire, d’électronique analogique, d’électronique numérique et de recherche opérationnelle, il s’intéresse depuis de nombreuses années aux façons de convertir nos documents éphémères en documents potentiellement éternels. Il est présentement Président directeur général d’une compagnie de génie conseil nommée Symtec ayant pignon sur rue à Montréal, au Québec. Il est aussi co-fondateur de l’Association humaniste du Québec. Il en a été président pendant plusieurs années. Il en est vice-président depuis deux ans. Il a donné une conférence pour l’AHQ au Centre humaniste de Montréal le 15 mars 2012 devant plusieurs douzaines de personnes, membres et amis de l’AHQ. En voici un compte-rendu.

Michel Virard

Michel Virard

Président de l'AHQ

Michel Virard est un des fondateurs de l’AHQ en 2005 avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. Ingénieur et entrepreneur, il a également été administrateur des Sceptiques du Québec. il est depuis les tout débuts l’une des âmes dirigeantes de l’AHQ. Il est également secrétaire de Humanist Canada

Compte-rendu d’une conférence de Michel Virard

 

L’incarnation matérielle de « l’âme » d’une personne

Plusieurs concepts sont encore aujourd’hui indissociables du sujet « immortalité ». Le dualisme « corps-âme » avec la survivance de la partie « âme » nous vient en tête immédiatement puisque cette notion d’immortalité nous a été imposée pendant longtemps par un théisme triomphant, celui du christianisme. La survie du corps matériel pendant de longues périodes qui excéderaient très largement la durée de vie moyenne des humains est aussi un sujet associé à l’idée d’immortalité. Enfin, l’empreinte durable laissée par un individu aussi bien dans l’esprit de ses contemporains que, très physiquement, dans le monde matériel qu’il a habité, constitue une troisième notion d’immortalité, c’est-à-dire une forme d’existence au-delà de la disparition du corps physique.

C’est précisément sur cette troisième forme d’immortalité qu’a porté la conférence de Michel Virard pour la simple raison que, des trois formes envisagées, celle-ci est la seule sur laquelle un humaniste athée puisse espérer avoir une influence réelle. En effet la première forme renvoie à une croyance invérifiable et la seconde des progrès en biologie qui sont actuellement du domaine de la science-fiction. La troisième forme d’immortalité est non seulement quelque chose de très réel – ce n’est pas pour rien que les membres de l’Académie française se font appeler « les immortels » – mais se trouve à évoluer actuellement de façon accélérée suite à une série de conquêtes technologiques, conquêtes qui ne sont plus de la science-fiction. Ce n’est plus d’une divinité miséricordieuse que nous pouvons espérer l’immortalité, ce n’est pas encore de la biologie, à supposer que cela ne soit jamais possible. Non, c’est actuellement des sciences de l’ingénieur, plus précisément du génie physique, du génie électronique et du génie informatique que dépend la survie à très long terme de notre empreinte.

La focale du conférencier a donc porté sur le passé, le présent et le futur d’un phénomène important, à savoir notre capacité à retenir sur de longues périodes des faits significatifs ayant trait, non pas à des populations entières mais à des individus identifiés.

L’importance du souvenir des personnes, voir même le devoir du souvenir, dans l’histoire

Du point de vue du passé, le conférencier a impressionné par sa très grande culture et érudition. Il a fait un tour d’horizon illustré des stratégies « mausolaires » de l’antiquité à aujourd’hui, en passant par les tablettes sumériennes, les pyramides et hiéroglyphes égyptiens, un fragment du philosophe grec Héraclite, des représentations religieuses, des bustes et peintures romains, l’invention de la photographie par le français Louis Daguerre et du phonographe par l’américain Thomas Alva Edison.

L’idée du cybermausolée en ligne

Le futur se devine par un très détectable souci contemporain, particulièrement de la part des cohortes de babyboomers qui atteignent l’âge de la retraite en nombre considérable. Il se définit du point de vue de ce que les développements technologiques actuels permettent.

Ce dernier volet est plus technique qu’on aurait pu le penser et le conférencier en a expliqué les aléas à un auditoire médusé. Les disques durs, les disques compacts, et les sites internet ayant des durées de vie très limitées, toute une série de mesures s’imposent. Par ailleurs, l’intégration de documents provenant des archives familiales, parfois sur plusieurs générations, pose d’importants défis techniques (rubans magnétiques, diapositives et négatifs sur verre, formats informatiques périmés, véhicules dégradés ou périmés). La mise en forme d’un mausolée virtuel ne va pas de soi. Il y a une structure à conceptualiser, une multiplicité de formes sonores et visuelles à prévoir, un ordre à suivre, une convivialité et navigabilité à organiser pour le futur visiteur, etc.

La nécessité du partenariat public/privé

Finalement, les compagnies commerciales échouent lamentablement à assurer la pérennité de quoi que ce soit. Actuellement, les charlatans dominent complètement le marché « mausolaire »: ils font semblant de promettre l’éternité mais ont bien du mal à garantir plus qu’un an en ligne! Enfin, la nature d’une entreprise privée, même honnête, est de se débarrasser des coûts récurrents le plus vite possible. Fournir très longtemps un service couteux payé en une seule fois au début des opérations est donc contraire à l’ADN de tout entrepreneur qui se respecte! C’est pour cela que Microsoft « tue » le service de ses propres systèmes d’exploitation au bout de quelques années. La contribution au domaine proposée par Michel Virard est donc aussi de faire changer la direction de la mini-industrie ‘mausolaire cybernétique »: seuls des organismes étatiques ou para-étatiques ont quelque chance d’assurer une vraie pérennité même si le gros du travail est fait par des entreprises privées. Un ensemble de contrats pourra lier suffisamment tous les intervenants et n’imposera aux municipalités qu’une charge minuscule et rentable).

Présentement, les gens gardent des traces de leurs proches de manière désorganisée et hétéroclite. Ils sont vite dépassés par l’évolution des médias et ne prévoient que rarement un ensemble cohérant pour le souvenir d’eux-mêmes ou de leurs proches.

Serions-nous devenus immortels sans nous en apercevoir ? Renversons la question et demandons-nous : que faut-il faire très concrètement pour le devenir ?

Un des services offerts tout récemment par Symtec est la conceptualisation, réalisation, préservation et dissémination de la biographie des clients. Ce service comporte des entrevues systématiques, récupération et conversion de documents visuels et sonores, mise en forme de l’ensemble, préservation avec garantie de l’ensemble, et publication et diffusion du fichier sur internet. 

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