Compte rendu de la soirée Ciné-conférence avec Andréa Richard

par Jan 15, 2012Catholicisme, Québec humaniste, Réflexions, Transcriptions de conférences0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Le jeudi soir 19 janvier 2012, quelques 60 membres et amis de l’Association humaniste du Québec ont assisté à la projection, au Centre humaniste, du documentaire « Dévoilée » (réalisé par Michel Nussbaumer) portant sur la vie cloîtrée de l’ex sœur carmélite acadienne Andréa Richard. Par la suite Andréa a présenté à l’auditoire un aperçu du contenu du livre que Ghyslain Parent a écrit suite à une série d’entrevues avec elle. Il vient de le publier et s’intitule « Ni nonne ni pute : Je suis femme ».

On peut dire que l’auditoire a pu être surpris sur plusieurs plans. Car Andréa étant une sorte de célébrité médiatique au Québec pour avoir défroqué et renié l’Église catholique, avoir sévèrement critiqué cette institution, et s’être déclarée agnostique, on s’attendait à un discours aligné sur un univers culturel proche de celui des membres de l’AHQ.

Quelle ne fut pas notre surprise de voir, dans le d o c u m e n t a i r e , A n d r é a revisiter tout récemment ses anciens noviciats et couvents, s’agenouiller, et y prier à genoux, les yeux fermés bien durs. A certains moments le documentaire aurait pu être pris pour de la propagande catholique dans laquelle Andréa aurait figuré comme une sainte ! (à une exception près : une histoire d’amour illicite avec un évêque à la peau noire). On reste aussi surpris de constater qu’à la fin de sa carrière religieuse Andréa a bénéficié d’un don de l’Église catholique qui lui faisait, de toute évidence, grandement confiance: un immense complexe immobilier pour l’évangélisation et la formation spirituelle de la population. Ce en quoi le documentaire de Nussbaumer peut laisser perplexe est l’ambiguïté de l’objectif: S’agit-il de mettre en valeur la vie religieuse d’Andréa malgré les mauvais traitements ? Ou s’agit-il de montrer que, somme toute, L’Église catholique n’a rien à se reprocher sauf ses mœurs « rigoureuses » face à un électron libre comme Andréa ?

Tel qu’attendu, l’auditoire a été servi en dénonciations des abus de l’Église catholique lors de l’allocution d’Andréa: endoctrinement des jeunes enfants, mise à l’écart et isolement des novices et des nonnes (on interceptait le courrier sans en avertir la famille ni la récipiendaire), cruauté (on refusait aux nonnes les soins médicaux standards, on chauffait mal les couvents, on pratiquait tous les vendredis l’auto-exposition des fesses nues pour l’autoflagellation ainsi que chaque jour une multitude de punitions et humiliations), l’autoritarisme sexiste (les nonnes se faisaient façonner de mille façons pour obéir sans questionner)…

Par contre, au fur et à mesure de l’exposé d’Andréa et de la discussion qui s’ensuivit, tout le monde a fini par comprendre que, malgré toutes ses récriminations contre l’Église catholique, Andréa est restée attachée à cette dernière de plusieurs façons. Elle est fière de l’œuvre accomplie par les nonnes et prêtres, œuvre qu’elle estime exceptionnellement « charitable ». Elle ne dénonce l’Église que pour l’aider à se réformer, a-t-elle expliqué, et elle reste imprégnée de « spiritualité », semblant croire que l’élan humanitaire (mais elle n’utilise que le mot « charité ») n’existe que dans un contexte d’illumination mystique.

Si seulement l’Église pouvait devenir moins sexiste, si elle pouvait abolir les rituels posturaux (agenouillement, debout, assis) incessants lors des messes, abolir le célibat des prêtres, adoucir ses mœurs à l’intérieur des communautés religieuses, établir des rituels mortuaires plus centrés sur les personnes, elle ne causerait plus autant de misère à autant de monde, semble-t-elle dire. Elle se déclare toujours « indignée » de la pauvreté dans notre société. On pense à un St François d’Assise, mais avec de vraies couilles.

Aussi surpris que l’auditoire ait pu l’être par le personnage d’Andréa Richard, la discussion fut plus que cordiale, elle fut chaleureuse, et la sympathique ex-carmélite maintenant mariée, fut applaudie copieusement en traîtresse fière et sublime, mais encore marquée du fer de sa jeunesse spoliée malgré son tempérament puissant. Malgré l’ambigüité du documentaire, Andréa a fini par éclairer les humanistes sur des zones d’ombre d’ordres religieux un peu trop discrets.

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