La petite histoire de l’Association humaniste du Québec – Troisième partie – fin 2008 à fin 2009

par Juin 15, 2011À propos de l'AHQ, Articles de fond, Québec humaniste, Qui sommes-nous?0 commentaires

Michel Virard

Michel Virard

Président de l'AHQ

Michel Virard est un des fondateurs de l’AHQ en 2005 avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. Ingénieur et entrepreneur, il a également été administrateur des Sceptiques du Québec. il est depuis les tout débuts l’une des âmes dirigeantes de l’AHQ. Il est également secrétaire de Humanist Canada

Rappel: En 2010 j’avais réalisé que la plupart des personnes qui s’intéressent à nous avaient bien peu d’information sur l’historique des deux organisations sœurs (la Fondation et l’Association sont nées à six mois d’intervalle). Ayant participé à l’aventure des deux organisations depuis leur tout début, j’avais commencé à écrire un petit historique. Notre éditeur, Claude Braun m’a convaincu d’en faire une « roman-feuilleton » en (au moins) trois épisodes. Vous trouverez ci-après la troisième partie, les deux premières parties ayant été publiées dans les QH précédents.

Michel Virard

Septembre 2008 – Premiers enregistrements vidéo

La Fondation humaniste ayant fait l’achat d’une caméra vidéo d’excellente qualité nous avons pu commencer à faire des enregistrements des événements qui nous semblaient importants. Nous avons commencé avec les conférences des Sceptiques du Québec. Le 13 septembre 2008 nous avons donc enregistré la conférence de Daniel Laprès « Les libres penseurs du Québec ». Par la suite nous avons continué à faire ces enregistrements. Initialement je tenais la caméra mais maintenant c’est surtout Michel Pion qui s’en occupe, avec un coup de main de Pierre Cloutier et de Pierre-Charles Dubreuil. Nous avons maintenant une petite collection de conférences très intéressantes que nous avons mis sur DVD. Elles sont en vente sur notre site web.

Février 2009 – « Darwin se souvient »

C’est le 12 février 2009 que nous avons fêté dignement le bicentenaire de la naissance de Charles Darwin. Bien sûr nous avions prévu la projection d’un film sur Darwin mais c’est devant une salle comble que votre serviteur, dans le rôle de Thomas Henry Huxley et Alain Bourgault, dans le rôle de l’évêque Samuel Wilberforce, ont joué un petit sketch que j’avais traduit d’un auteur américain. Sketch dans le lequel, Darwin, âgé, se remémore un débat qui s’est déroulé à Oxford peu après la publication de l’Origine des espèces. J’avais, pour l’occasion, laissé pousser mes favoris à la façon de Huxley et nous avions, de peine et de misère, appris notre texte (presque) par cœur. La salle, surchauffée par le débat Huxley-Wilberforce, ne nous a pas ménagé ses applaudissements et ses encouragements. Il existe un enregistrement vidéo de cette représentation unique (à bien des égards!) sur notre site web.

Mars 2009 – Le « big bang » de l’AHQ!

Depuis l’été 2008 les humanistes britanniques avaient lancé avec succès une campagne de publicité sur les autobus a plusieurs endroits en Grande-Bretagne, « There is probably no God, so stop worrying and enjoy life ». Richard Dawkins était intervenu publiquement et tout cela avait créé une vague significative dans tous les medias non seulement de Grande-Bretagne mais en Europe continentale et en Amérique du Nord. L’expression « Autobus athée » est apparue à ce moment-là. Dès septembre 2008 nous avions décidé d’emboîter le pas aux autres groupes humanistes qui préparaient aussi une campagne similaire afin de bénéficier de l’effet multiplicateur d’une campagne qui allait interpeller l’opinion publique occidentale d’une façon inédite.

C’est Michel Pion, alors vice-président de l’AHQ qui a pris sur lui de dessiner les panneaux, négocier avec la STM, faire réaliser les 10 panneaux extérieurs pour autobus qui allaient afficher fièrement « Dieu n’existe probablement pas, alors cessez de vous inquiéter et profitez de la vie ». Tous cela a pris du temps, surtout de janvier à mars 2009 et a suscité de nombreuses discussions à l’interne car il n’était pas clair que nous devions traduire en français l’affiche britannique. En bout de ligne, nous avons convenu que pour bénéficier des retombées d’une campagne mondiale, il fallait reprendre le sens et l’apparence de l’affiche originale. A cette époque, Bernard Cloutier était parti pour les trois mois d’hiver au Pérou (il est rentré au début de mars) et les communications aussi bien téléphoniques que via Internet étaient exécrables et ont causé beaucoup de friction entre moi et Bernard qui se plaignait de ne pas être tenu au courant de ce projet.

Outre les affiches elles-mêmes il fallait se préoccuper de prévenir les médias en temps et lieu. La date de sortie des premiers autobus avait initialement été prévue pour le 1er mars. Nous savions également que des humanistes en Ontario préparaient une campagne sur les tramways de Toronto pour mars 2009 et nous n’avions pas l’intention de nous laisser devancer au Canada. Un ami de Bernard et journaliste à la retraite, Gilles Paquin, nous a donné des conseils sur la façon de rédiger un communiqué de presse et sur les médias à rejoindre. Je me suis occupé de cet aspect de la campagne et les derniers jours de février ont été fébriles.

Il faut comprendre qu’aucune campagne similaire n’avait encore jamais été entreprise au Canada, et encore moins au Québec. Les réactions des médias et de l’opinion publique demeuraient des inconnues. Nous avions confiance que les Québécois sont généralement très tolérants, toutefois l’Église catholique est encore puissante au Québec et sa réaction imprévisible. Enfin, nous savions qu’il existe toujours des individus plus ou moins équilibrés capables de prendre la mouche sur une déclaration aussi dérangeante. J’ai dû expliquer à ma compagne depuis quarante ans, Valérie Martin, lors de notre dernier souper avant la sortie des autobus, que je ne pensais pas qu’il y aurait d’action violente contre nous. J’ai l’impression de ne pas avoir été très convaincu moi-même.

Après quelques retards, Michel Pion m’a confirmé que le premier autobus avec notre affiche devrait sortir le matin du mardi 3 mars. Nous avons aussitôt envoyé les communiqués de presse. Avant même que le premier autobus sorte du garage, ce que nous attendions avec impatience, Mario Roy, journaliste du quotidien La Presse me pressait de questions au téléphone. Il était le premier d’une longue série de reporters et autres représentants des médias qui nous sont tombés dessus dès que les autobus athées ont commencé à rouler.

De fait, Michel Pion et moi nous avons été complètement pris pendant deux jours pleins, un rendez-vous n’attendant pas l’autre. Pendant le reste de la semaine et les suivantes nous avons continué à répondre à des demandes d’entrevues. Je suis ainsi passé chez Martineau (avec l’abbé Gravel en face de moi), chez Mongrain, à Radio-Canada (RDI, Radio) à TVA, aussi à Day-Break et j’en oublie. Pour ceux que cela intéresse, une bonne partie des pistes sonores des entrevues radio et TV sont encore disponibles sur notre site web.

Pour moi, l’émission qui m’a réconforté le plus est probablement celle de la de télévision de Radio-Canada du dimanche matin « Second regard ». Suite au montage, je me suis retrouvé à partager l’émission avec nul autre que Richard Dawkins et le philosophe français André Comte-Sponville. Cette émission, normalement de nature religieuse, avait précisément pour thème l’athéisme. Nous étions enfin dans la cour des grands. Nous étions finalement sortis du placard et nous avions bien l’intention de ne jamais y retourner.

L’effet sur le recrutement de membres a été instantané et a perduré jusqu’au mois de juin 2009. Nous sommes passés de 170 à 230 membres mais surtout nous avons découvert que plusieurs donateurs, souvent généreux, ne désiraient pas devenir membres. Nous pensons que cela peut traduire une gêne à se déclarer athée ce qui implique une emprise encore certaine de la religion sur des segments de la population. Nous avons donc pu renflouer la caisse de l’AHQ et au delà. Ceci a eu une conséquence inattendue : dans le second numéro du Bulletin Humaniste du Québec (maintenant Québec humaniste) j’ai annoncé que l’AHQ ne serait plus une charge pour la Fondation Humaniste du Québec, au moins pour son fond de roulement. A ma grande surprise, cela a déplu profondément à Bernard Cloutier, qui y a vu une action contre sa personne, ce qui n’était absolument pas le cas et ce qui m’a causé une peine profonde, tellement j’étais convaincu qu’il était un ami sincère depuis le temps que nous travaillions ensemble. Ce mouvement d’humeur trahissait une insatisfaction de Bernard vis-à-vis de l’AHQ. Cette dernière, suite à notre action retentissante avec les autobus, s’est trouvée propulsée à l’avant plan dans les médias, laissant la Fondation dans l’ombre. Or Bernard désirait ardemment que la Fondation finance un Centre humaniste à Montréal et il espérait que le recrutement de membres par l’AHQ serait financièrement bénéfique à la Fondation. En fait, depuis longtemps, nous avions convenu que toute donation de 100$ ou plus à la Fondation donnait automatiquement droit à être membre à vie de l’Association.

La campagne des autobus avait amené un certain nombre de dons de 100$ à l’AHQ et non à la FHQ, ce qui avait mis Bernard de fort mauvaise humeur. Lors d’un conseil d’administration de la FHQ, Bernard a exigé que les dons de 100$ et plus à l’Association soient transférés à la Fondation. Pierre Lacasse, un des administrateurs de la Fondation et banquier de son état, a fait remarquer que cela n’était pas défendable. A cette époque, Bernard Cloutier, Michel Pion et moi-même étions à la fois administrateurs de l’AHQ et de la FHQ. J’avais expliqué qu’il serait difficile pour l’AHQ d’accéder à cette demande pour la simple raison que, pour autant que nous sachions, les dons générés à la suite de la campagne des autobus avaient été faits dans un but évident pour les donateurs : continuer dans la direction montrée par les affiches sur les autobus, c’est-à-dire assurer une présence humaniste athée sur la place publique. L’objectif de la Fondation, la création d’un Centre humaniste à Montréal, aussi louable soit-il, n’avait jamais été l’objet des publicités de l’AHQ. Utiliser l’argent de ces dons à d’autres fins serait trahir nos donateurs d’autant plus que plusieurs donateurs étant en dehors de Montréal, il n’était pas évident qu’ils soient prêts à soutenir un projet purement montréalais, à supposer qu’ils soient au courant.

Comme nous le verrons plus en détail pour l’année 2010 de cette histoire de l’AHQ, ce différent allait prendre une tournure pénible pour tous les humanistes pris dedans.

Juin 2009 – Naissance du bulletin des humanistes du Québec

Initialement Bernard et moi avions décidé de laisser de coté la publication d’un magazine, laissant cela aux Sceptiques (avec le Québec sceptique) et au MLQ (avec Cité laïque). Cependant la nécessité d’un bulletin papier est apparue avec le petit nombre de membres sans adresse de courriel. Michel Pion a donc édité le tout premier bulletin humaniste francophone du Québec en juin 2009. C’était un premier pas sans prétentions mais c’est ce même bulletin qui prit plus tard sa forme actuelle avec l’arrivée de Claude Braun comme éditeur et qui s’adresse désormais à tous les membres, avec ou sans courriels.

24-26 octobre 2009 Congrès des célébrants humanistes à Sudbury.

J’avais convaincu Michel Pion de venir rencontrer les humanistes anglophones qui s’occupaient de cérémonies non religieuses, les « Humanists Officiants », ou célébrants humanistes canadiens. Chaque année, les célébrants ont un congrès qui comprend des ateliers leur permettant de raffiner leurs compétences en matière de cérémonies humanistes, essentiellement les mariages. A la différence de la France, les mariages dits « religieux » ont encore cours officiel au Canada, c’est-à-dire que les ministres du culte ont la possibilité légale de réaliser des mariages officiels sanctionnés par l’autorité provinciale (les Ministres de la justice via la direction de l’État civil). Les mariages purement civils existent également mais sont réalisés par un nombre limité d’officiers : maires, protonotaires, etc. généralement dans des lieux mal adaptés à ce genre de cérémonie. Cela ne satisfait pas un certain nombre de couples qui aimeraient bien un mariage non religieux dans un cadre qui leur convienne.

En Ontario il existe un corps d’humanistes dûment constitué, « The Officiant Program Committee of Ontario » qui fournit justement ce genre de service à ceux, humanistes ou non, qui désirent un tel mariage. L’humaniste en charge de ce programme était Age Smies, que je connaissais depuis un certain temps et qui nous avait invité à participer sans frais aux différents séminaires du congrès. J’avais accepté l’invitation et nous sommes partis pour Sudbury pour deux jours. Nous avons participé à un maximum d’ateliers et nous avons pu apprécier que dans ce domaine, nos amis humanistes Ontariens avaient une longueur d’avance. Nous avons appris beaucoup mais surtout nous sommes revenus convaincus que le développement d’un programme de célébrants au Québec serait très certainement un outil efficace de diffusion de l’Humanisme.

Il faut comprendre que les mariages attirent évidemment beaucoup de monde et que, pour la plupart de ces personnes, le célébrant sera le premier humaniste « officiel » qu’elles rencontreront de leur vie. Si le travail est bien fait, l’impact est considérable, semaine après semaine, de nouveaux groupes seront exposés au simple fait que 1) les humanistes, ça existe, 2) ils sont fréquentables. Nous n’en demandons pas plus.

Nous avons donc commencé à étudier la question dès notre retour, mais cela s’est révélé beaucoup plus compliqué que prévu et c’est seulement au début de 2011 que j’ai pu déposer une demande officielle pour que l’AHQ et son Comité des cérémonies soient autorisés à faire des mariages humanistes officiels au Québec. Nous attendons la réponse.

Eh bien il semble qu’il n’y aura non pas trois mais quatre parties dans cet historique. Au prochain numéro donc, où il nous faudra parler de la difficile année 2010.

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