La petite histoire de l’Association humaniste – Deuxième partie – Été 2006 à automne 2008

par Mar 15, 2011À propos de l'AHQ, Québec humaniste, Qui sommes-nous?0 commentaires

Michel Virard

Michel Virard

Président de l'AHQ

Michel Virard est un des fondateurs de l’AHQ en 2005 avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. Ingénieur et entrepreneur, il a également été administrateur des Sceptiques du Québec. il est depuis les tout débuts l’une des âmes dirigeantes de l’AHQ. Il est également secrétaire de Humanist Canada

Rappel: En 2010 j’avais réalisé que la plupart des personnes qui s’intéressent à nous avaient bien peu d’information sur l’historique des deux organisations sœurs (la Fondation et l’Association sont nées à six mois d’intervalle). Ayant participé à l’aventure des deux organisations depuis leur tout début j’avais commencé à écrire un petit historique. Notre éditeur, Claude Braun m’a convaincu d’en faire une « roman-feuilleton » en trois épisodes. Vous trouverez ici la seconde partie, la première partie ayant été publiée dans le QH précédent.

Michel Virard

L’année 2006 nous a donné des ailes. Les agapes de juin et septembre ont amené plus de cinquante personnes à chaque fois et à chaque fois nous avons pu utiliser non seulement le grand appartement de Bernard mais aussi la terrasse sur le toit de son immeuble. Le ciné-club d’août, une dramatisation du procès de Galilée, ayant fait salle comble (25 personnes) une première fois, nous avons fait une seconde projection une semaine plus tard pour 19 personnes de plus. Le recrutement est allé bon train et à la fin de 2006 nous avions 117 membres contre 36 un an auparavant. Il s’agit de la plus forte croissance que nous ayons jamais eu pour une année complète.

En juillet 2006 (le 22) nous avons eu la visite de Claude Singer, le secrétaire de la Libre pensée française, et de son épouse. Je crois qu’il s’agit de la première reconnaissance « internationale » de notre existence. En août nous avons eu un party mémorable chez Daniel Fortier qui nous a offert généreusement l’usage de sa piscine et de son jardin.

Le 12 septembre 2006 nous avons eu, pour la première fois, la visite d’un membre important de l’IHEU (International Humanist & Ethical Union) basée à Londres, dont nous faisions déjà partie. Il s’agissait de Roy Brown et de sa conjointe (photo ci-dessous avec Bernard Cloutier à gauche et moi-même à droite). Roy Brown vit à Genève et est le représentant quasi « permanent » de l’IHEU aux Nations Unies. Il présente des mémoires au nom de l’IHEU au HRC (Human Rights Council), en particulier en s’opposant vigoureusement au bloc des pays islamiques qui continuent d’infléchir le HRC dans une direction intolérante vis-à-vis de la critique des religions. Pour la petite histoire, Roy a vécu à La petite histoire de l’Association humaniste Rappel: En 2010 j’avais réalisé que la plupart des personnes qui s’intéressent à nous avaient bien peu d’information sur l’historique des deux organisations sœurs (la Fondation et l’Association sont nées à six mois d’intervalle). Ayant participé à l’aventure des deux organisations depuis leur tout début j’avais commencé à écrire un petit historique. Notre éditeur, Claude Braun m’a convaincu d’en faire une « roman-feuilleton » en trois épisodes. Vous trouverez ici la seconde partie, la première partie ayant été publiée dans le QH précédent. Michel Virard Michel Virard Deuxième partie – Été 2006 à automne 2008 Montréal dans les années soixante, et, surprise, il était jeune ingénieur à Canadian Marconi à cette époque, tout comme moi-même, mais nous ne nous étions jamais rencontrés auparavant.

Nous avons lancé plusieurs comités, sur la bioéthique, sur le suicide assisté, sur la mise en place d’une bibliothèque humaniste. Le suicide assisté était un objectif clairement important pour nous et nous envisagions d’y mettre des efforts comme le faisaient ailleurs au Canada les groupes humanistes anglophones, en particulier en Colombie britannique où un cas avait attiré une grande attention, celui de Sue Rodriguez douze ans auparavant. Irène Durand, une de nos membres de la première heure était aussi très attachée à cette cause. Toutefois il est devenu rapidement apparent que seule une organisation ratissant large pourrait infléchir le cours légal des choses (la cour suprême avait refusé le droit de mourir dans la dignité à Sue Rodriguez par un jugement retentissant en octobre 1993). De fait, cette question interpelle beaucoup de gens qui peuvent également être croyants. Il n’est donc pas surprenant que plusieurs de nos membres, dont Hélène Bolduc, actuelle présidente, et Irène Durand se soient impliqués directement dans la création de l’AQDMD en 2007 (Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité), un organisme dédié exclusivement à cette cause, tout comme la Right to Die Society au Canada anglais, et qui regroupe des croyants aussi bien que des incroyants.

Ce genre d’évolution a toujours été voulue par Bernard Cloutier qui voyait les comités créés par les humanistes comme des embryons de futurs organismes qui finiraient par voler de leurs propres ailes. Nous avons immédiatement soutenu l’AQDMD en proposant à nos membres de devenir membres de l’AQDMD, une orientation qui n’a pas changée depuis cette époque.

Irène étant artiste peintre, elle nous a fabriqué une superbe banderole AHQ que nous avons étrennée à l’occasion d’une manifestation pour le Darfour, le 17 septembre 2006, près de l’Université Concordia. On voit Irène sur la photo ci-dessous en compagnie de Max Beauchet, un autre membre de la première heure, tenant la banderole.

Ce n’était pas encore un gros détachement : juste trois personnes mais on ne pouvait pas attendre d’être trois cents avant de bouger.

Voyage avec Bernard Cloutier à Boston – 20-22 avril 2007

Greg Epstein est un cas intéressant : il est « Humanist Chaplain » sur le campus de Harvard. Pour le 30eme anniversaire de la création de ce poste, il avait décidé de faire un grand évènement humaniste sur un thème rassembleur : « The New Humanism ». Bernard et moi avions décidé d’y participer et nous n’avons pas regretté. Harvard conserve un charme indéniable et est le berceau d’une forme d’humanisme que nous connaissons déjà. Il s’agit des Unitariens, devenu plus récemment UU (Unitariens-Universalistes) qui est, à ma connaissance, la seule dénomination protestante qui accepte les athées dans ses rangs. Harvard conserve des témoignages de cette activité unitarienne dans ses bâtiments et dans l’historique de ses penseurs.

Le clou de la première soirée devait être une lecture d’un extrait d’un nouveau roman de Salman Rushdie par … Rushdie lui-même. Inutile de préciser que pour cette soirée, le grand bâtiment à usage multiple de Harvard était bondé. Il s’agissait du « Harvard Memorial Church », une appellation qui a fait tiquer Bernard car il y a quelque chose de bizarre a célébrer l’humanisme athée (ou agnostique) dans ce qui ressemble beaucoup à une église. Toutefois nous avons oublié les bancs d’église et nos réticences lorsque la vedette est apparue. L’enthousiasme des humanistes locaux et étrangers n’a plus connu de limites lorsque l’auteur des Versets Sataniques s’est approché du lutrin et a déclaré : « Pendant des années, je ne savais pas comment m’appeler, mais maintenant je sais : je suis un humaniste! ». Plus tard, nous avons eu le plaisir de rencontrer Rushdie et nous avons pu échanger brièvement avec lui.

Pour ceux qui suivent l’actualité humaniste américaine, l’organisateur de cet événement, Greg Epstein, est devenu lui aussi une célébrité. Son livre « Good Without God » a fait des vagues et est parvenu à la 31eme place sur la liste des best-sellers du New-York Time au début de 2010 et Greg est passé de nombreuse fois à la télévision.

En 2007 nous avons voulu exploiter le succès du ciné-club en proposant une seconde projection mensuelle : pendant sept mois nous avons présenté la série Cosmos de Carl Sagan un dimanche après-midi, à raison de deux épisodes par projection. Eh bien nous avons dû déchanter : très peu d’amateurs se sont présentés, au point qu’il y eut une projection avec une seule spectatrice! Nous n’avons pas répété l’expérience.

C’est aussi en 2007 que le projet de bibliothèque humaniste a pris forme. En novembre 2006, Michel Pion, notre actuel président, s’est joint à notre comité biblio avec un enthousiasme irrésistible mais il a fallu d’abord mettre sur pied un système informatique pour pouvoir gérer la future bibliothèque qui avait rapidement atteint un nombre élevé de volumes (trois ou quatre cents dès cette époque) à cause des dons généreux de Bernard et de plusieurs membres qui y ont contribué (si je commence la liste de donateurs, je suis certain d’en oublier!). La mise sur pied de la bibliothèque s’est révélée beaucoup plus exigeante que nos autres activités. J’ai passé une bonne partie de mes « loisirs » de l’année à mettre en route le logiciel de bibliothèque Koha car j’ai dû le modifier pour qu’il fonctionne en français dans un environnement de bibliothèques principalement anglophones. Comme par mon métier je disposais d’équipements de codes à barres, j’ai pu finalement donner à la Fondation les outils requis et Michel Pion, Guy Pichet, Jocelyne Bisaillon, Pierre Cloutier, Jacquie Therrien (et probablement d’autres que j’oublie) ont mis la main à la pâte pour entrer les informations sur chaque livre et coller les étiquettes. Mais c’est seulement à l’automne 2008 que la BHQ (Bibliothèque humaniste du Québec) a commencé à prêter des livres. Malgré tous ces efforts la BHQ n’est pas le succès qu’elle pourrait encore devenir. La logistique des sorties et des retours reste problématique en l’absence de personnel permanent pour s’en occuper. Le catalogue de la BHQ est cependant toujours accessible à http://ahq1. dyndns.org:8081 et liste 507 ouvrages.

Je ne voudrais pas faire croire que tous nos projets ont été immédiatement menés à bien. C’est cependant vers 2006 que nous avons posé les premiers jalons pour la plupart des actions qui seront développées, ou laissées de côté, dans les années ultérieures. Je me souviens que nous avions ébauché un plan de camp de vacances humanistes ou, à défaut, de recommander des camps de vacances « compatibles » avec nos valeurs. A cette fin, Bernard avait créé un « concours » doté de bourses mais sans succès. C’est l’initiative humaniste américaine Camp Quest qui nous avait incité à explorer cette possibilité. Il se pourrait qu’on y revienne quand nous aurons attiré plus de jeunes familles.

C’est aussi à cette époque que Jérôme Bouchard nous a rejoint nous a convaincus de mettre sur pied des « cérémonies humanistes », projet qui ne verra son aboutissement que bien plus tard. En fait c’est seulement en avril 2011 que j’ai pu finalement envoyer un dossier complet au Ministère de la justice du Québec pour faire notre demande d’autorisation à célébrer des mariages. Nous en reparlerons.

Enfin, c’est en novembre 2008 que Bernard Cloutier a pu mener à terme un projet majeur qui lui tenait à cœur : la première édition du recueil « Les couleurs de l’humanisme » [1]. Il s’agissait d’un ensemble de textes humanistes destiné à couvrir un éventail assez large de vues humanistes. Ce premier ouvrage des éditions l’Incrédule (une troisième organisation créée en 2005 par Bernard) fut vraiment son « bébé » du début à la fin et il en était, à juste titre, très fier.

La troisième partie de cet historique couvrira la période allant de janvier 2009 à l’automne 2010 et on y parlera de la fameuse campagne des autobus athées et de bien d’autres choses encore.

Michel Virard Président de 2005 à 2010

[1] Ce livre est toujours disponible à la boutique Internet de l’AHQ. 

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