L’euthanasie et la réponse humaniste

par Mar 15, 2010Articles de fond, Éthique, Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

MICHEL PION

MICHEL PION

Vice-Président et trésorier (président de 2010 à 2013)

Michel Pion est membre de l’AHQ depuis 2006, informaticien de profession il est membre du CA du l’AHQ depuis 2007 et a été l’instigateur principal de la campagne des « Autobus Athées » en 2009 et est à l’origine de la création du bulletin Québec humaniste.

Au moment ou une commission de l’Assemblée Nationale se penche sur une possible légalisation de l’euthanasie, il m’a semblé pertinent de rappeler le consensus des humanistes sur cette question. Évidemment ce ne sont pas tous les humanistes qui seront d’accord avec chaque phrase, mais le contenu dans l’ensemble devrait être représentatif de la position des humanistes.

Le texte qui suit est extrait du site « Humanisteducation.com » traduit par votre humble serviteur avec la collaboration d’Olivier Fabian. Ce texte se retrouvera bientôt sur un site web hébergé par l’AHQ actuellement en préparation et qui traitera de l’humanisme. L’auteure Jeaneane Fowler, enseigne la philosophie à l’université de « Wales College, Newport » en Angleterre. M.P.

L’euthanasie est parfois dénommée « meurtre par compassion », c’est-à-dire qu’elle est l’acte de mettre fin à la vie de celui qui n’a aucun espoir de guérison en raison d’une maladie en phase terminale et extrêmement douloureuse. Il est généralement considéré comme un acte de compassion, même si dans la plupart des pays il est illégal. La connotation de mettre fin à la souffrance se reflète dans l’origine grecque du mot eu-Thanatos, qui signifiait « une mort douce et sans douleur. » L’euthanasie aujourd’hui suggère une sorte d’assistance dans le processus de la mort, afin de mettre fin à la souffrance. C’est quelque chose souvent fait pour les animaux, mais généralement illégal pour les êtres humains.

Nous devons tous mourir, mais aucun d’entre nous ne veut une fin de vie dans la douleur perpétuelle et d’horribles souffrances. Le fait est que certains d’entre nous la subiront. Si ce moment vient et que nous savons qu’il n’y a aucun espoir de guérison et tout ce qui reste est la longue chute vers la mort, alors la décision d’abréger une vie de souffrance semble être la bonne pour beaucoup de gens.

Il y a deux questions en jeu ici : d’abord, si nous avons le droit de décider quand et dans quelles circonstances, nous devons mourir et, d’autre part, si un médecin est autorisé à provoquer cette mort ? Et puisqu’il y a de nombreux cas où le patient peut être frappé d’incapacité, l’intervention médicale dans la question de l’euthanasie est cruciale.

Nous vivons à une époque où la science médicale a beaucoup fait pour réduire la souffrance dans de nombreux domaines, notamment dans le cas où les derniers moments d’une vie sont douloureux et pénibles. Mais la science médicale a également créé les instruments nécessaires pour prolonger la vie et même, dans certains cas, lorsqu’un patient ne veut pas que sa vie soit prolongée. Et puis, même si les médicaments palliatifs (médicaments utilisés pour soulager la détresse et la douleur sans fournir de guérison) sont plus efficaces, il y a des patients pour lesquels les effets secondaires sont insupportables, ou pour qui la douleur est toujours extrême.

De savoir que sa vie est finie, de passer chaque jour et nuit dans d’horribles souffrances, de se sentir désespéré de sa propre condition, être incapable de mourir, est l’incarnation même de la souffrance. La dichotomie pour le médecin est aiguë, sauver une vie, ou soulager les souffrances ? C’est un dilemme moral selon la situation des personnes concernées.

Ceux qui sont en faveur de l’euthanasie pensent qu’elle devrait être une option disponible pour ceux dont la vie tire à sa fin. Et tandis que des soins palliatifs (soins résidentiels pour les personnes dont l’état est très sérieux et souvent malade en phase terminale) sont le meilleur choix pour certains, l’euthanasie pourrait bien être la meilleure solution pour d’autres. Pour beaucoup, les deux options pourraient être ressenties comme nécessaire. Mais quel que soit le scénario de la fin de sa vie, de savoir que si elle devient intolérable, il y a le choix de mourir, cela est plus susceptible de stimuler le courage dans la douleur et la souffrance.

Chaque personne a le droit de vivre et de mourir avec dignité et lorsque la vie n’a plus aucune dignité, alors le choix de la mort est, pour certains, une question de compassion. Mais selon l’état des lois dans la plupart des pays occidentaux, mettre fin à sa propre vie est généralement un suicide et avec l’aide de quelqu’un d’autre, un suicide assisté qui peut être considéré comme un assassinat. Dans un passé pas très lointain le suicide a été considéré à la fois un péché et un crime. Les Églises catholiques et protestantes refusaient d’enterrer une personne dans un lieu consacré dans les cas de suicide, ou même de procéder à un service funèbre, alors que dans certains pays, la police serait toujours impliquée, car un crime a été commis. Selon la loi britannique au XIXe siècle, la succession de celui qui était mort par suicide était confisquée.

Le concept de décider quand il est juste de mourir et de mettre fin à sa propre vie a un historique d’antipathie religieuse et juridique. Dans les milieux religieux le même antagonisme à la fois du suicide et de l’euthanasie reste acquis en raison de la conviction que seule la volonté divine peut donner et reprendre la vie. Et pourtant, religieusement, il semble qu’on puisse mourir pour une cause, mais pas pour soi-même. Les jeûnes de Gandhi, qui le rapprochait de la mort aurait été un acte de suicide, mais ont été tout de même admirés par beaucoup comme un moyen non violent de gagner des points politiques. Les bouddhistes aussi, condamnent le suicide, mais se sont immolés pour protester contre des injustices politiques.

Dans la tradition judéo-chrétienne, des suicides, comme ceux de Samson et Saul ont été saluées et les suicides de masse à Massada en Israël peu après la chute du Temple en 70 sont devenus un symbole de la bravoure pour tous les Juifs. L’histoire chrétienne, elle aussi, est truffée de martyrs de la foi. Dans l’islam, aussi, sacrifier sa vie pour le djihad, la « guerre sainte », est acceptable, pour quiconque est familier avec l’état actuel du conflit israélo-arabe. Mais le suicide pour des raisons personnelles est une honte et l’euthanasie est dépeinte comme abominable. On peut mourir pour un dieu, mais pas pour soi-même.

L’euthanasie volontaire

L’euthanasie volontaire n’est tout simplement pas volontaire s’il y a un degré de persuasion ou de pression sur un patient. Les soins pour les gens âgés, les infirmes et les malades en phase terminale devraient être d’un niveau exceptionnellement élevé, de sorte que ceux qui estiment que le fardeau de la vie est insupportable soient une minorité.

Le choix de mettre fin à la vie doit toujours être volontaire: C’est une question de choix qui devrait être légal pour la personne qui, sans aucune pression de qui que ce soit, décide que l’interruption de sa vie est la meilleure option. Comme pour l’avortement, c’est un droit de choisir. Mais après avoir fait le choix de mourir, l’individu doit souvent demander de l’aide pour mourir.

La justification de l’euthanasie volontaire est solide et est appuyée par la plupart des humanistes. Il suppose que toute personne a le droit de mourir quand sa vie n’a plus aucune qualité. Mais comme il n’existe souvent aucune possibilité de communication cohérente pour une personne mourante dans les dernières phases de la vie, le droit de choisir maintenant quand on est en pleine possession de ses moyens, ce que l’on souhaite qu’il arrive dans une telle situation, fait partie de la logique du droit de choisir. L’euthanasie volontaire serait donc une option pour les personnes pour qui la souffrance à la fin de la vie est trop douloureuse et pénible et qui, dans de telles circonstances, sont capables de faire elles-mêmes le choix de mourir.

Elle serait également une option pour ceux qui choisissent de décider à l’avance des conditions dans lesquelles ils pourraient souhaiter cesser de vivre. Ces décisions sont à la fois conjoncturelles et personnelles. Ce sont des décisions qui pourraient répugner à certains et sont importantes pour d’autres. Le facteur essentiel est la qualité de vie de l’individu et le droit de celui-ci de choisir entre la perte de qualité et la prolongation de la vie, autrement dit le droit de regard sur sa propre vie. C’est un principe fondamental humaniste.

Les associations en faveur de l’euthanasie volontaire offrent habituellement un document qui est une sorte de directive élaborée, un testament de vie, ou un mandat d’inaptitude. Évidemment, un tel document ne demande pas à un médecin d’enfreindre la loi. Il indique simplement la volonté d’une personne concernant le refus de traitement dans certaines conditions médicales. En d’autres termes, il transmet les vœux de quelqu’un fait en connaissance de cause que, s’il se retrouve dans une condition potentiellement mortelle, que sa vie ne soit pas prolongée par un traitement médical s’il ne peut y avoir aucun espoir de guérison. Un tel formulaire est normalement conservé par le médecin. Dans certains cas, une carte ou d’autres documents similaires peuvent indiquer qu’un testament de vie a été signé.

Oppositions à l’euthanasie

La principale objection avancée contre l’euthanasie, même l’euthanasie volontaire, c’est que son acceptation peut conduire vers une pente glissante de l’euthanasie légitime à un abus de celle-ci. La décriminalisation de l’euthanasie volontaire serait une étape vers des situations non volontaires – l’euthanasie des malades mentaux, de certains criminels psychotiques, des très vieux et séniles, mais aussi des nouveau-nés qui ne sont pas sérieusement handicapés, tels ceux avec des becs de lièvres ou une fente palatine (labiale). Les modalités pratiques de l’euthanasie sont difficiles dans les cas où l’euthanasie est non volontaire car il est facile de déduire qu’il pourrait y avoir certains individus, ou même à la limite certaine sociétés, qui pourraient le justifier; le nazisme étant un exemple typique. Et il peut y avoir des personnes qui sont soucieuses de la charge qu’elles font peser sur leur famille et qui demandent l’euthanasie pour des raisons altruistes plutôt que médicales.

Les opposants à l’euthanasie, font remarquer, avec justesse, que la mauvaise santé peut provoquer une dépression, suffisamment pour empêcher un patient de prendre une décision rationnelle. De plus, les décisions médicales ne sont pas infaillibles et un patient peut recevoir un pronostic erroné mais ensuite récupérer suffisamment pour retrouver sa qualité de vie. Il y a certainement aussi des cas de rémissions, en outre, où les patients finissent par guérir.

Mais le principe de l’euthanasie est une question différente. Ceux qui s’y opposent, en principe, le font souvent pour des motifs religieux, croyant que c’est Dieu qui donne la vie et que, par conséquent, Dieu seul doit décider quand elle doit être enlevée. Ils croient en la sainteté d’une vie donnée par le divin. D’autres prétendent que la vie et non la mort est notre état naturel et que l’euthanasie va à l’encontre de l’objectif de survie qui est inhérent à toutes les créatures.

La réponse humaniste

La réponse humaniste à ces points de vue est dictée par le désir d’assurer une qualité de vie pour chaque être humain et le droit des individus de choisir leur propre parcours dans la vie. Les humanistes sont d’avis que les croyances religieuses ne doivent pas influencer le débat et les décisions concernant l’euthanasie. La plupart des procédures médicales de la dentisterie aux transplantations cardiaques ne sont pas « naturelles » et pourrait donc être considérées comme contre l’ordre divin pour l’humanité. Mais mettre fin aux souffrances pitoyables d’un autre être humain est un acte de compassion conforme aux meilleurs des principes humanistes.

Pour un humaniste la plus grande préoccupation demeure la meilleure qualité de vie possible, mais si cette qualité de la vie est entièrement perdue et qu’elle ne peut pas être récupérée, il ne peut que s’ensuivre du désespoir et de la souffrance mentale et physique. Un dieu qui permet une telle souffrance n’est pas un dieu bon. Et tandis que la plupart des religions ne voient pas l’utilité de prolonger la vie artificiellement, ou pourraient accepter l’euthanasie passive, cela peut souvent être une mort très cruelle : l’euthanasie assistée est la plus douce et plus digne fin à une telle vie.

Les humanistes ne croient que dans une seule vie et il est donc important qu’elle se termine avec la même dignité et la même qualité qu’elle aura été vécue. En principe, cela est compatissant et les humanistes prétendent qu’il est faux de nier une telle compassion aux gens, par crainte de l’abus de ces principes par une petite minorité. Cela est injuste pour ceux qui souffrent.

Les humanistes sont généralement favorables à, et respectent ceux, qui parviennent à une profonde conviction que le moment est venu de mettre fin à leur vie. Mettre fin à la vie humainement, abréger la douleur et la souffrance de ses proches, agir par compassion au sein de règles bien définies, signifie éliminer la crainte que beaucoup pourraient avoir sur la façon dont ils vont quitter cette vie. Les principes fondamentaux de l’humanisme sont soucieux du bonheur et de l’épanouissement de chaque individu dans chacune de ces facettes. Quand tout espoir de bonheur et d’épanouissement est terminé et si les souvenirs heureux du passé sont effacés par la douleur du présent et de son pronostic continue, alors l’euthanasie peut devenir un acte d’amour. Il se peut qu’un tel acte aille au-delà des limites de la loi et dépasse les limites de la morale sociale « établie »: mais au nom du principe de l’amour de l’humanité, il y a certainement des moments où il est juste de tuer.

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