Athéisme et humanisme, quel bonheur!

Athéisme et humanisme, quel bonheur!

Richard Rousseau : chercheur scientifique spécialisé en physique des rayons X, à la retraite, ayant travaillé plus de 36 ans au laboratoire d’analyse par fluorescence des rayons X (FRX) de la Commission géologique du Canada, à Ottawa. Il y a développé une méthode d’analyse FRX et un logiciel d’application. Il est membre à vie de l’Association humaniste du Québec.

Partout sur la planète, de très nombreuses religions et mythologies ont existé et existent encore, avec chacune ses caractéristiques particulières. Dieu aime se diversifier… Une religion est un ensemble de croyances, de pratiques et de rites, pratiqué par un ensemble d’individus, qui définissent la relation entre l’humain et le sacré. De cette relation découle la compréhension de la vie et du monde. Le tout, sous inspiration divine, bien évidemment.

Or, comme nous l’avons déjà vu dans un article précédent, ce Dieu en qui beaucoup de monde croit est un éternel absent. Il n’est jamais là lorsque nous en avons besoin. Tout semble démontrer qu’il n’est que le fruit de notre imagination. Pour ce qui est des religions, qui sont la conséquence directe de la croyance au divin, elles ont été de tout temps très néfastes à l’humanité, sans jamais réussir à améliorer la nature humaine et à supprimer, ou tout au moins réduire, la violence et les guerres. Alors à quoi peuvent-elles bien servir? Ces deux croyances, divine et religieuse, sont le résultat d’un lointain passé, d’une époque où l’être humain primitif avait peur de tout à cause de son incompréhension des phénomènes de la nature, de l’ignorance de son origine et de sa psychologie. Aujourd’hui, la compréhension de l’être humain et de son environnement est bien différente [1].

On peut facilement montrer que la spiritualité des systèmes religieux ou des philosophies culturelles traitant de toute divinité et d’une autre forme de vie après la mort ne sont que des affirmations gratuites, sans fondement, sans aucune preuve à l’appui, qu’on n’a jamais réussi à démontrer en 3 000 ans d’existence. Le cerveau a des capacités extraordinaires pour fabuler, pour imaginer des dieux fictifs qui n’ont aucune crédibilité. Il faut remettre en question toutes ces croyances basées uniquement sur des dogmes, sur de soi-disant révélations divines, sur la mystique ou ayant recours au surnaturel, sans évidences vérifiables. Il faut remplacer la spiritualité basée sur le divin, qui date d’une autre époque, qui n’a plus sa place dans le monde moderne d’aujourd’hui, qui est hypocrite et surtout mensongère, par une spiritualité basée uniquement sur l’extraordinaire potentiel spirituel de l’être humain, ce qui est susceptible de lui apporter davantage de réconfort, de satisfaction et de raisons d’être que la croyance à des divinités imaginaires. Chaque individu peut ainsi arriver à développer des valeurs essentiellement humaines par la recherche, la compréhension et l’exploitation de son moi intérieur. Ce faisant, l’être humain arrive à développer une véritable force intérieure qui lui permet de supprimer toutes ses peurs, toutes les croyances illusoires, comme la protection divine, le support et le réconfort bienveillant d’un être surnaturel, la vie éternelle; qui permet de faire face sereinement à la mort, surtout que l’espoir de mourir dans la dignité, sans acharnement thérapeutique, devient de plus en plus une réalité partout sur la planète. C’est cette connaissance et exploitation du potentiel spirituel humain, cet équilibre entre son rationnel et son émotionnel, qui permet à chaque personne d’arriver à savourer le maximum de bonheur lors de son court passage sur cette Terre, et ce, sans l’aide, sans l’appui moral d’aucune divinité [2].

Cette spiritualité de l’être doit se développer en étroite collaboration avec les capacités exceptionnelles du corps, ce corps qui est un formidable véhicule servant à transporter l’esprit, ce corps qu’il faut garder en santé et en forme, grâce à l’exercice, entre autres par la marche, mais aussi par une saine alimentation animale et végétale, pour en jouir pleinement [3].

Finalement, le développement personnel de chaque personne, tant spirituel que corporel, doit se prolonger sur le plan social, ce qui permet de vivre ce si très important et nécessaire sentiment d’appartenance à une communauté. Le texte qui suit explique comment l’humain, celui qui a réussi à être heureux et bien dans sa peau après la découverte et l’exploitation de son moi intérieur, arrive à évoluer vers le partage, avec les autres et avec son environnement, des valeurs humaines qui ne comprennent pas d’éléments surnaturels ou mystiques, vers la laïcisation de la société pour enlever aux religions leur mainmise sur l’endoctrinement religieux précoce des enfants et pour enlever aux parents la possibilité de brutalement imposer leurs croyances religieuses, vers en définitive une modernité réussie. On parle à ce moment de spiritualité humaniste.

Humanisme ou solidarité

Le rejet des croyances divines et religieuses peut créer un vide de valeurs spirituelles. Comme l’être humain a toujours eu le besoin de croire en quelque chose, il faut lui proposer une spiritualité alternative capable de combler les attentes de tous les anciens croyants. Il faut leur proposer une éthique essentiellement laïque, proposer des règles de vie, un code de conduite entre les hommes, une vision du monde purement humaniste, basée uniquement sur des valeurs humaines qui ne comprennent pas d’éléments surnaturels ou mystiques. Ces valeurs humaines sont inhérentes à la nature humaine, ne sont pas d’origine divine et encore bien moins d’origine religieuse. En effet, le divin ne nous parle jamais, sauf par l’intermédiaire de prophètes victimes d’hallucinations. Ils n’ont aucune crédibilité [2]. Pour ce qui est des religions, ce sont des organisations criminelles qui devraient être accusées de crimes contre l’humanité [1]. Ils n’ont pas à nous donner des leçons de morale, loin de là. Par exemple, toutes les religions nient les droits de l’homme en commençant par la démocratie. En protégeant ses prêtres pédophiles, l’Église catholique est en infraction avec La convention internationale des droits de l’enfant qu’elle a elle-même signée. En prêchant contre l’homosexualité, en refusant la prêtrise aux femmes et le mariage gai, elle fait de la discrimination sexuelle. En interdisant le condom, elle est responsable de la mort de milliers d’enfants et de femmes par le sida. Dans l’islam, l’imposition de la charia viole plusieurs droits fondamentaux également. Le christianisme et le judaïsme pour leur part refusent à la femme le droit au divorce. Toutes ces infractions immorales et criminelles défient les chartes des droits de la personne.

André Comte-Sponville disait : « On peut très bien se passer du divin et vivre paisiblement sans religion. Ce constat n’induit ni un manque ni un vide. Il oblige plutôt à redéfinir notre existence en termes de valeurs humaines. Par exemple, il n’est pas nécessaire de croire en Dieu pour penser que l’amour vaut mieux que la haine, que la compassion est préférable à l’indifférence et à l’insensibilité, que la générosité vaut mieux que la cupidité, que la sincérité vaut mieux que le mensonge, qu’il vaut mieux être honnête que tricheur, que le courage vaut mieux que la lâcheté, que la justice vaut mieux que l’injustice, que la liberté vaut mieux que l’esclavage, que la paix vaut mieux que la guerre, etc. Nous n’avons aucun besoin d’un Dieu quelconque pour donner un sens à notre existence, cette tâche nous appartient et il nous revient d’en accepter la responsabilité tout en étant pleinement conscients que cette vie a une finalité, la mort, et que, malgré tout, c’est un immense privilège que d’être en vie. » [4]

Au préalable, rappelons les principes de la pensée humaniste [5]. Cette nouvelle spiritualité affirme la valeur, l’égalité, la dignité et l’autonomie des individus et le droit de chaque être humain à la plus grande liberté possible qui soit compatible avec les droits des autres. Elle met l’humain au-dessus de toute idéologie politique ou croyance irrationnelle. Elle est basée uniquement sur des valeurs humaines qui reposent avant tout sur les droits de la personne, le respect de la femme, des enfants et de la famille, la non-violence, la justice et l’entraide humanitaire. Elle fait la promotion de la connaissance véritable et évolutive que nous fournissent les sciences exactes de la nature, pour assurer une meilleure qualité de vie à l’humain. En plus de promouvoir les valeurs humaines, cette nouvelle spiritualité respecte toute forme de vie sur cette planète (les animaux, les forêts, les plantes, etc.) et l’environnement (l’humaniste se préoccupe du réchauffement climatique, de l’effet de serre, de la couche d’ozone, de la pollution, des réserves d’eau potable, etc.). Évidemment, cette nouvelle spiritualité exclut la croyance à un monde surnaturel imaginaire. Cette croyance est devenue anachronique. On peut donc parler d’une véritable spiritualité créant un lien spirituel entre les humains, une indispensable solidarité entre chacun. Cette spiritualité humaniste athée porte sur la « vie de l’esprit », celle qui unit les êtres humains entre eux, et non pas celle qui les unit à une entité divine hypothétique.

Il va de soi que la spiritualité humaniste n’est pas tournée vers le divin, mais exclusivement vers l’humain. Dans un premier temps, elle est centrée sur les besoins fondamentaux de l’individu. Tout être humain a besoin de travail, de pain, d’affection. Il a besoin de se sentir utile et de vivre sa solidarité. La manière de combler ces besoins peut varier en fonction des cultures et des civilisations, mais ces besoins sont partout les mêmes. Cette spiritualité est tournée également vers l’autre, vers celui ou celle avec qui l’individu partage son humanité, où la raison, la science et la solidarité nous aident à mieux vivre notre destinée d’humain. L’humaniste ne fait pas de l’homme un dieu, mais sa principale préoccupation, celui qui peut donner un sens à sa vie en dehors de toute croyance au divin. Il n’y pas de place pour le surnaturel dans une vision véritablement humaniste.

Une des plus belles manifestations de la spiritualité humaniste est l’entraide humanitaire. Il n’y a pas si longtemps, un bel exemple de solidarité a été l’aide apportée au peuple haïtien en 2010. Cette aide a été d’ordre monétaire, médical, alimentaire, matériel ; elle a permise l’approvisionnement en eau potable, l’adoption des orphelins, l’immigration, etc. Si Dieu existe, on peut dire qu’Il s’acharne sur ce peuple si démuni. En moins d’un an, ce peuple a subi un tremblement de terre, une épidémie de choléra et une tempête tropicale, causant des milliers de morts, sans compter tous les dommages matériels. Si j’étais Haïtien, je remplacerais ma foi en Dieu par un humanisme athée.

Un autre exemple, mais cette fois-ci de rupture de spiritualité, est le moine ou la moniale qui vit et prie au fond d’une cellule ou d’un cloître, totalement coupé du monde. Cette personne est éminemment égocentrique (elle fuit le monde pour sauver son âme), alors que l’humaniste est tourné vers ses semblables (dont il cherche à améliorer le sort). Si Dieu existe, il n’a que faire des prières de ses créatures. En revanche, les êtres humains sont des êtres sociaux qui ont besoin les uns des autres.

Finalement, seule cette spiritualité humaniste athée, cette solidarité humaine, peut être véritablement universelle et rassembleuse, peut créer une véritable société humanitaire, contrairement aux religions dont les dogmes inflexibles, irrationnels et indémontrables divisent les hommes (catholiques vs protestants, coptes vs musulmans, chiites vs sunnites, etc.).

Conclusion

Certains diront qu’il n’est pas nécessaire de passer par l’athéisme pour atteindre un véritable épanouissement personnel, pour que l’être humain soit heureux lors de son court passage sur cette petite planète nommée la Terre. Le croyant revendiquera qu’il partage les mêmes valeurs humanistes d’entraide, de solidarité, etc., que le divin et l’humanisme vont de pair. Je pense que c’est faux. L’erreur est d’imaginer des êtres surnaturels pouvant lui venir en aide n’importe quand, tout comme ses parents, lorsqu’il était un jeune enfant. Lorsqu’on s’adresse à des personnages imaginaires ou irréels, les risques de dérapage sont très grands, pour ne pas dire certains. Pour ce qui est des religions, elles ne font qu’encourager, promouvoir et supporter toutes ces croyances irrationnelles, ce qui n’améliore pas la situation. Il existe une meilleure façon de supprimer toutes ses peurs : peur de l’inconnu, peur de la souffrance, peur de la mort. Il y a la connaissance. La connaissance de la médecine pour soigner le corps, la connaissance de l’univers pour que l’humain puisse comprendre dans quel monde il vit et la connaissance de sa psychologie pour qu’il puisse comprendre son comportement. La connaissance rassure. Plus besoin de divinités protectrices. Alors, tout simplement, je les rejette en souscrivant à l’athéisme.

Aujourd’hui, je n’arrive plus à concilier foi aveugle et réflexion. Toutes croyances divines et religieuses sont en conflit avec mon rationnel et m’empêchent de vivre en harmonie avec moi-même et mon environnement. Je le répète, ce lointain héritage du passé, reposant sur l’ignorance, entre en conflit avec toutes les connaissances actuelles (origine de l’univers, origine de la Terre, origine de la vie, origine de l’homo sapiens). C’est insulter mon intelligence que de me proposer de croire à des croyances aussi irrationnelles.Par exemple, je me demande comment les croyants arriveront à concilier leurs croyances divines bien terrestres avec la découverte d’exoplanètes (planètes orbitant autour d’une étoile autre que le Soleil) de plus en plus nombreuses où la vie serait possible [6]. Alors, vivement l’athéisme, s.v.p.

Lorsque le bébé vient au monde, il a les poings fermés, prêt à combattre, pour affronter tous les problèmes auxquels il aura à faire face pendant sa vie. Puis, lorsqu’il meurt, il a les mains ouvertes, car pendant toute sa vie durant, il aura appris à tendre la main pour recevoir et donner de l’aide à son prochain, ce qui est, tout simplement, l’humanisme. Voilà le secret d’une vie heureuse, ici-bas sur Terre, sans espoir d’une vie éternelle. Ce n’est plus nécessaire.

Références

[1]Richard Rousseau, Les religions, qu’ossa donne ?, publié sur le site web de l’AHQ, à l’adresse web suivante : http://assohum.org/2013/01/les-religions-quossa-donne/

[2] Richard Rousseau, Recherche d’une spiritualité de l’Infini et de l’Absolu, publié sur le site web de l’AHQ, à l’adresse web suivante : http://assohum.org/2013/02/recherche-dune-spiritualite-de-linfini-et-de-labsolu/

[3] Richard Rousseau, Histoire d’une marche de 800 km, en couple, sur le Chemin de Compostelle, soumis à l’AHQ pour publication.

[4] André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme, Albin Michel, Le Livre de Poche 3113, 2006.

[5] Association humaniste du Québec, Nos principes, http://assohum.org/qui-sommes-nous-2/

[6] Nous ne sommes pas seuls!, Science & Vie, No 1139, p. 50, août 2012.

 

 

 

Une Réponseà “Athéisme et humanisme, quel bonheur!”

  1. SANCHEZ José dit :

    Vivement que l’athéisme s’installe sur terre,c’est à dire l’intelligence,le raisonnement,et le bon-sens!