Vivre les valeurs humanistes : Les Dix engagements – Kristin Wintermute

par Nov 19, 2020Articles de fond, humanisme, Québec humaniste, Qui sommes-nous?0 commentaires

Jean Delisle

Jean Delisle

Traducteur

Jean Delisle est un auteur, un professeur de traduction, un traducteur agréé, un terminologue agréé, un traductologue et un historien de la traduction canadien. Il a rédigé de nombreux ouvrages spécialisés concernant la traduction, notamment quant à l’histoire de la traduction et de la terminologie au Canada. Il est professeur émérite de l’Université d’Ottawa et également membre de l’Association humaniste du Québec.

NDLR Il s’est passé quelque chose spontanément au Conseil d’Administration de l’Association humaniste du Québec cet automne. Notre président a partagé avec nous sa découverte d’une affiche de l’Association humaniste américaine intitulée « Les dix engagements humanistes ». Le clin d’œil aux dix commandements du christianisme n’a échappé à personne, et le ton tout à fait humaniste du titre se distinguant du ton péremptoire, doctrinaire et autoritariste des « commandements » chrétiens nous a immédiatement séduits. Ensuite, voyant que les dix engagements humanistes faisaient état de valeurs personnelles, aptes à encadrer nos vies individuelles, et que leur rédaction semblait soignée et bien ciblée, nous avons voulu faire rayonner cette affiche dans la langue de Molière. Nous avons fait des recherches pour découvrir que la rédactrice de cette affiche est Kristin Wintermute, Directrice de l’Éducation à l’Association humaniste américaine. Nous avons trouvé un texte explicatif de Kristin et avons obtenu sa permission de le traduire pour Québec humaniste. Le maître traducteur Jean Delisle, membre de l’Association humaniste du Québec, a eu la bienveillance de traduire ce texte. Nous présentons ci dessous l’affiche, ainsi que les explications de mme Wintermute, avec toute notre gratitude. 

Vivre les valeurs humanistes : Les Dix engagements

Kristin Wintermute

QU’EST-CE QUE L’HUMANISME? À quoi reconnaît-on un humaniste ?

Kristin Wintermute

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai lu une pléthore d’articles et d’ouvrages sur le sujet. Chacune de ces publications privilégie certains aspects de l’humanisme. Les unes affirment que l’humanisme est une religion, un mode de vie, une vision du monde, d’autres le présentent comme une philosophie progressiste, une posture éthique, un système de croyances. Habituellement, leurs auteurs égrènent une liste de principes fondamentaux qui s’appliquent aux humanistes tels que la foi en l’être humain, la dignité humaine, la raison, la compassion, le sens moral, éthique et démocratique, l’importance de la recherche scientifique, le naturalisme et la pensée critique. Tous rejettent l’idée de l’existence d’un créateur divin ou de toute autre entité surnaturelle. Aucune des définitions proposées, cependant,
n’englobe toutes les facettes de l’humanisme, bien qu’elles en décrivent correctement les fondements.

Tout compte fait, ces publications renseignent assez peu sur ce qu’est réellement l’humanisme et sur la façon dont l’humanisme est vécu. Sans un corps de doctrine bien établi et en l’absence de textes faisant autorité, l’humanisme reste quelque chose de nébuleux. C’est pourquoi le Centre d’éducation de l’Association humaniste américaine (AHA) a jugé utile d’élaborer Dix engagements.

Contrairement aux Dix commandements de la Bible hébraïque, qui sont des prescriptions morales imposées par Dieu, les Dix engagements se présentent comme un ensemble de valeurs que les humanistes sont invités à mettre en pratique dans leur vie quotidienne afin de transformer pour le mieux nos collectivités et nos sociétés. Simplement énoncés, les Dix engagements définissent ce que sont les humanistes et ce qu’ils représentent. Je pense aussi que ce décalogue humaniste peut favoriser la collaboration et
resserrer les liens entre humanistes désireux de travailler ensemble.

Pour avoir grandi comme humaniste et avoir occupé diverses fonctions au sein du mouvement, je suis consciente que les humanistes attachent beaucoup de valeur à l’indépendance d’esprit, particulièrement ceux qui ont le sentiment d’avoir échappé de justesse à l’enfermement idéologique que représente une religion qui impose sa doctrine et ne recule pas devant la violence pour y parvenir. Certains humanistes pourraient croire que les Dix engagements sont plus ou moins imposés d’autorité, ce qui justifierait leur rejet. Or,
il n’en est rien.

Les Dix engagements, selon moi, n’ont pas un caractère absolu; ce sont plutôt des balises dont l’utilité est de nous guider dans nos efforts pour transformer nos convictions en actes. Ils nous responsabilisent, en quelque sorte, et nous incitent à agir de manière proactive plutôt que réactive, à faire ce qui est intrinsèquement juste et bon pour le bienêtre de tous, partout dans le monde. Les Dix  engagements me donnent envie d’être une meilleure personne et une meilleure humaniste.

J’espère que les lecteurs y verront la même utilité. Nous avons aussi conçu une version simplifiée à l’intention des jeunes humanistes pour usage dans les écoles et comme moyen de promotion. Le Centre d’éducation de l’AHA prévoit, en outre, l’élaboration de programmes de formation portant sur les Dix engagements; ces formations pourraient servir dans divers milieux laïques. Notre décalogue humaniste pourrait ainsi avoir une valeur éducative indéniable et servir de guide dans les milieux professionnels faisant la promotion d’une vie saine et du bien-être de l’être humain.

LES DIX ENGAGEMENTS

La pensée critique

Comme nous sommes constamment bombardés d’informations, il n’est pas toujours facile de discerner le vrai du faux. Penser avec un esprit critique nous permet de donner un sens à toutes ces informations, d’exercer notre jugement et de trouver des solutions efficaces à nos problèmes, tout en évitant de tomber dans les pièges de la rationalisation, du conformisme et des stéréotypes. C’est la base de la méthode scientifique, qui débouche sur de nouvelles découvertes grâce à la formulation d’hypothèses et aux expérimentations. La pensée critique est une compétence qui fait appel à une vigilance de tous les instants et qui s’acquiert par la réflexion et la pratique.
Exercer son esprit à développer cette compétence est une façon de se débarrasser des préjugés que l’on peut avoir sur soi et les autres, et procure une vision du monde multiculturelle plus juste, plus ouverte et plus personnelle.

Le développement éthique

La clé pour comprendre ce qu’est le sens éthique est de reconnaître que personne n’est parfait ou n’a réponse à tout. Acquérir le sens éthique est un processus sans fin qui exige une réflexion et une remise en question constante de nos choix personnels et une évaluation de leur conséquence sur les autres. La justice, l’entre-aide et le partage sont parmi les premiers cas éthiques qui se présentent à nous,
et nous les abordons souvent de manière intuitive, mais chaque jour apporte son lot de nouvelles situations et de nouveaux dilemmes éthiques. C’est pourquoi il nous faut constamment revoir et adapter nos valeurs éthiques afin de grandir en tant qu’êtres humains.

La paix et la justice sociale

La paix véritable présuppose un engagement intense en faveur de la justice sociale et le respect des droits de la personne et de l’autonomie personnelle de l’individu. Toute situation d’injustice à l’égard de groupes ou d’individus cache un conflit latent. On ne peut créer un climat de paix sans une éradication de l’injustice ni sans la réparation des préjudices subis ; c’est à cette condition que l’on crée
une société juste et progressiste. Cette forme de résolution des conflits s’appelle la justice réparatrice. Pour instaurer une société juste et pacifique, il faut prendre au sérieux les plaintes de ceux qui sont victimes de la violation des droits de la personne, et écouter leurs suggestions pour y mettre fin.

L’engagement et la participation

S’engager et participer c’est traduire en actes les valeurs auxquelles on croit pour améliorer nos collectivités et la société dans son ensemble. Concrètement, il s’agit de venir en aide aux autres, d’accroître leur conscience sociale, de les responsabiliser et d’appliquer les neuf autres engagements. Se mettre au service des autres n’améliore pas seulement la condition des bénéficiaires, mais profite
aussi aux aidants qui peuvent développer de nouvelles compétences, faire de nouvelles expériences, tout en en retirant de grandes satisfactions et un épanouissement personnel. Nous sommes tous solidaires et l’entraide nous rend collectivement plus heureux.

L’empathie

L’empathie consiste à s’imaginer à la place d’une autre personne pour essayer de la comprendre. L’empathie exige d’abandonner son propre point de vue et de faire siens les pensées, les sentiments ou les situations vécues par quelqu’un d’autre; c’est adopter le point de vue de cette personne, comme si nous vivions la même chose qu’elle. À bien des égards, l’empathie est la première étape d’un comportement éthique; elle nous porte à accueillir avec compassion la souffrance d’autrui et à faire preuve de jugement lorsque nos actions peuvent affecter quelqu’un d’autre. Comprendre le point de vue de l’autre est essentiel pour établir de bonnes relations, mais
fait également de nous de meilleurs citoyens. L’empathie favorise la tolérance, le respect mutuel et la compassion.

L’humilité

L’humilité consiste à faire preuve de modestie par rapport à nos réalisations, à nos talents, à nos aptitudes particulières ou à l’estime que nous avons de nous-mêmes. Elle nous rappelle que nous, les humains, sommes des êtres faillibles et limités dans ce que nous savons et pouvons faire. Être humble, ce n’est pas manquer d’estime de soi ou se dénigrer. L’humilité nous fait prendre conscience
de nous-mêmes – conscience de nos forces et de nos faiblesses, de nos défauts et de nos qualités. Elle nous fait mettre de côté notre fierté personnelle et notre ego, et nous fait apprécier ce que nous avons et estimer les autres pour ce qu’ils sont. En étant humble, on
reconnaît sa propre valeur et l’on découvre que l’on n’est ni meilleur ni pire que les autres.

L’écologie

Indépendamment de nos identités individuelles, nous logeons tous à la même enseigne : la planète Terre. Tout comme notre survie dépend des précieuses ressources de la planète, ses écosystèmes dépendent de notre bonne gestion et de nos efforts pour réduire l’impact de l’activité humaine sur notre environnement. Les écosystèmes terrestres ont déjà considérablement souffert de l’insouciance des humains à cet égard. Malgré cela, l’humanité a la capacité de redresser la situation et de rétablir l’indispensable interdépendance
de tous les milieux de vie sur cette planète. Chacun d’entre nous doit donc reconnaître les erreurs commises collectivement et individuellement, réparer les dommages causés dans le passé et tout mettre en œuvre pour rétablir des écosystèmes riches, diversifiés
et durables.

Conscience planétaire

Nous vivons dans un monde d’une grande diversité culturelle, sociale et individuelle, et ce monde est de plus en plus interdépendant. Par conséquent, des événements qui surviennent à un endroit sur la planète peuvent avoir des répercussions ailleurs. La conscience planétaire nous ouvre à d’autres cultures, à d’autres façons d’agir et de penser. Une véritable prise de conscience mondiale nous rend sensibles aux événements présents et historiques, et nous situe par rapport aux systèmes sociaux, politiques et économiques interreliés dans lesquels nous vivons. La conscience planétaire vise à faire de nous des citoyens du monde, et nous rappelle que nous avons tous une responsabilité personnelle pour que chaque être humain vive bien et dans la dignité.

la responsabilité

Chaque jour, nous avons des choix à faire, et ces choix, anodins ou importants, ont toujours des conséquences pour nous-mêmes et ceux qui nous entourent. La responsabilité morale consiste à assumer consciemment ses intentions et ses actes, et leurs conséquences. Bien que nous vivions dans une société où les valeurs culturelles, les attentes, les codes de conduite et les mœurs sociales ne sont pas les mêmes pour tous, chacun de nous décide de ce qui est bien et de ce qui est mal. Une personne responsable est attentive à ce qui est juste, et accepte d’être critiquée ou félicitée pour ce qu’elle fait.

L’altruisme

L’altruisme est le souci désintéressé du bien-être des autres sans attendre de faveur, de récompense ou de reconnaissance en retour. Le bien-être de nos collectivités et de nos sociétés dépend du bonheur de chacun. Aussi, il faut s’employer à soulager les souffrances des autres et les soutenir dans les épreuves par des gestes concrets de compassion. En nous occupant des autres autour de nous et en nous entraidant, nous renforçons la qualité des liens qui nous unissent et contribuons à améliorer notre entourage et notre société, et à faire un monde meilleur.

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