Légumes, fruits et céréales 50% moins nutritifs et moins goûteux qu’il y a 100 ans ?

par Juin 3, 2020Québec humaniste0 commentaires

Je flânais récemment devant la télé à la recherche de quelque chose que mon cerveau puisse se mettre sous la dent et me suis arrêté à une émission sur TF1 qui donnait la parole à un maraicher français qui affirmait se spécialiser dans la culture de fruits et légumes rustiques, parce que, a-t-il dit, les fruits et légumes d’aujourd’hui sont 50 % moins nutritifs qu’il y a 100 ans et beaucoup moins gouteux.  Ah bon sang !  Moi qui pensais que les mauvaises nouvelles sur l’écocide en cours ne pouvaient pas être pires.

L’affirmation me semblait intéressée, ronflante, absurde et boursoufflée, au mieux.  Je me suis donc mis à la recherche de documentation scientifique sur la question.  Il semble que l’affirmation ne soit nullement exagérée.  J’explique.  Depuis l’invention de l’agriculture, il y a environ 11,000 ans, la première idée de génie de chaque cultivateur fut de récolter les graines de ses fruits, légumes ou céréales -les plus grosses.  Sa deuxième idée de génie fut de trouver le moyen de tirer le plus grand nombre de récoltes par saison de son lopin. Sa troisième idée de génie fut de trouver le moyen d’éviter la jachère autant que possible.  L’élan fut toujours et reste toujours d’optimiser son effort et tirer le plus grand profit de son lopin.  Tonnage, tonnage, tonnage ! Cela peut sembler intéressant, jusqu’à ce qu’on en mesure les coûts écologiques… 

En 2020 il n’y a plus de nouvelles terres agricoles à défricher sur la planète, sauf en rasant des arbres.  Nous nous approchons de huit milliards d’âmes. L’agriculture est une méga industrie de plus en plus monopolistique, chimique, génétique, mécanisée, à l’échelle planétaire.  On sait maintenant mesurer scientifiquement la valeur nutritive des aliments. Mais on ne savait aucunement comment faire cela il y a 100 ans.  Cependant, on a pu recueillir de bonnes mesures dès les années 50.  Ensuite on peut extrapoler à rebours.  

Voyons cela de plus près.  Une étude importante sur le sujet fut publiée en 2004 par Donald Davis et son équipe de chercheurs de l’Université du Texas (UT) au Département de chimie et de biochimie d’Austin a dans le Journal of the American College of Nutrition. Ils ont étudié les données nutritionnelles du Département Américain de l’Agriculture de 1950 et 1999 pour 43 fruits et légumes différents, trouvant des « baisses fiables » de la quantité de protéines, de calcium, de phosphore, de fer, de riboflavine (vitamine B2) et de vitamine C au cours du dernier demi-siècle.  Davis et ses collègues attribuent cette baisse du contenu nutritionnel à la prépondérance des pratiques agricoles conçues pour améliorer les caractères (taille, taux de croissance, résistance aux ravageurs) autres que la nutrition.

Une analyse de l’Institut Kushi a colligé des données sur les nutriments de 1975 à 1997 et a révélé que les niveaux moyens de calcium dans 12 légumes frais ont chuté de 27 % ; niveaux de fer de 37 %; niveaux de vitamine A de 21% ; niveaux de vitamine C de 30 %. Une étude similaire de données britanniques sur les nutriments de 1930 à 1980, publiée dans le British Food Journal, a révélé que dans 20 légumes, la teneur moyenne en calcium avait diminué de 19 %; en fer de 22 %;  en potassium de14 %. Une étude a conclu qu’il faudrait manger huit oranges aujourd’hui pour obtenir la même quantité de vitamine A que nos grands-parents auraient obtenu d’une seule orange. 

À bien y penser, les fruits, légumes et céréales rustiques qu’on peut encore se procurer (si l’on est débrouillard, persévérant et nanti) ne goûtent-ils pas bien meilleurs que les fades versions de l’industrie alimentaire étalées dans nos commerces alimentaires ?  La réponse est définitivement oui. Pensez au délicieux goût d’un pain intégral d’épeautre et sarrasin versus d’un WonderBread. Pensez à la grosse tomate des champs orange/verte et déformée versus la tomate rouge, ronde et insipide du supermarché. Pensez au riz basmati brun versus le Uncle Bens.  Et que dire des fraises géantes de Californie qui ne goûtent absolument rien ? Et les oranges ? On nous propose de grosses oranges maintenant au supermarché que j’ai tendance à confondre avec des pamplemousses. Est-ce que je rêve ? Ou ne sont-elles pas insipides elles aussi ? 

J’ai bien l’impression que notre maraicher français n’a exagéré en rien la gravité de la situation ni la radicalité de la solution requise.  Personnellement, j’en ai marre de me faire rouler dans la farine par ceux qui prétendent me nourrir en détruisant la planète.  Dans ma prochaine vie, je cultiverai mes aliments moi-même. 

Source 

Dirt Poor: Have Fruits and Vegetables Become Less Nutritious ? Because of soil depletion, crops grown decades ago were much richer in vitamins and minerals than the varieties most of us get today. EarthTalk, Roddy Scheer et Doug Moss.The Environmental Magazine (owww.emagazine.c. 

Percy Bysshe Shelley (1792-1822)

Poète explicitement athée et humaniste, persécuté pour ses idées

Ozymandias d’Égypte

J’ai rencontré un voyageur de retour d’une terre antique

« Sœur jumelle de la religion, l’égoisme »

Qui m’a dit : « Deux immenses jambes depierre dépourvues de buste

Se dressent dans le désert. 

« Sœur jumelle de la religion, l’égoisme »

Près d’elles, sur le sable,

À moitié enfoui, gît un visage brisé dont le sourcil froncé,

La lèvre plissée et le rictus de froide autorité

Disent que son sculpteur sut lire les passions

Qui, gravées sur ces objets sans vie, survivent encore

À la main qui les imita et au cœur qui les nourrit.

Et sur le piédestal il y a ces mots :

« Mon nom est Ozymandias, Roi des Rois.

Voyez mon œuvre, ô puissants, et désespérez !»

À côté, rien ne demeure. Autour des ruines

De cette colossale épave, infinis et nus,

Les sables monotones et solitaires s’étendent au loin. 

 

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