Le conseil de recherche en science humaine (CRSH) aurait-il commis une bourde?

par Nov 28, 2018actualités, Articles de fond, Québec humaniste0 commentaires

Gérald Blanchard

Gérald Blanchard

Membre de l’Association humaniste du Québec

Il y a quelques semaines, la Ministre des Sciences et des Sports, Kirsty Duncun , responsable du Conseil de Recherche en  sciences humaines, a annoncé que le récipiendaire  de la médaille d’or 2018  était Jean Grondin, professeur de philosophie à l’Université de Montréal et éminent penseur dans le domaine de la philosophie allemande et de l’herméneutique. 

Notre gouvernement s’est engagé à l’égard des sciences, de la prise de décisions fondées sur des données probantes et de la création d’une culture de curiosité. Nous rendons hommage aujourd’hui aux esprits les plus curieux du Canada et à l’impact qu’ont eu leurs travaux au pays et à l’étranger. Ces chefs de file du milieu de la recherche aident notre société à tenir compte de données probantes pour prendre des décisions qui ont des répercussions sur nos collectivités, nos enfants, notre économie, notre santé et notre prospérité future. 

– La ministre des Sciences et des Sports, l’honorable Kirsty Duncan. 

La question qui tue 

Est-ce que la ministre responsable du CRSH peut nous expliquer comment le comité d’attribution a pu inclure l’herméneutique parmi les disciplines qui servent à produire des connaissances fondées sur des données probantes ? 

Comme vous pouvez le constater à la lecture de la mission du CRSH, le critère le plus déterminant pour attribuer une médaille et recevoir une récompense est d’avoir produit des connaissances fondées sur des données probantes qui soient d’une grande valeur pour la prise de décisions qui a des « répercussions sur nos collectivités, nos enfants, notre économie, notre santé et notre prospérité future. » 

Or, il est bien documenté que l’herméneutique non seulement ne produit pas des connaissances fondées sur des données probantes mais, au contraire, elle considère que la science moderne fait erreur en validant ses conclusions à la lumière de données empiriques. Alors, sur quel critère le CRSH s’est-il fondé pour récompenser un ennemi de la science moderne ? 

Pour permettre au lecteur de bien comprendre où se situe l’herméneutique parmi les disciplines qui se pratiquent dans nos universités, je me réfère à Mario Bunge, une des grandes sommités mondiales en la matière dans son essai sur les sciences sociales (Social Sciences Under Debate, A Philosophical Perspective, Un. Of  Toronto Press, 1999) 

L’herméneutique, selon Mario Bunge, a émergé des sciences occultes, de la théologie, et de la philologie. (Voir Mueller-Volmer, K 1989. (The Hermeutics Reader) En fait, Bunge nous dit qu’on peut trouver les origines de l’herméneutique dans la Bible. « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.  Elle était au commencement avec Dieu… » Jean 1,1.

Il donne comme exemple l’herméneutique anthropologique qui adopte le principe que tout ce qui est social est un texte donc un symbole pour autre chose. En particulier, la culture d’un peuple est comme un ensemble de textes que l’anthropologue tente de lire par-dessus l’épaule de ceux à qui ils appartiennent en propre. Qui plus est, les sociétés comme les vies, contiennent leurs propres interprétations. Il faut tout simplement apprendre comment y avoir accès.   Ainsi, le rôle de l’anthropologue-herméneute est de déterrer l’interprétation ou le sens caché dans les manifestations sociales en les lisant comme des textes.

Regrettablement, on ne nous explique jamais comment interpréter « l’interprétation ». Des exemples examinés, on comprend qu’il s’agit de conjecturer sur le sens ou la raison d’être de celles-ci, ce que les scientifiques nomment une hypothèse. Cependant, ce qui est plus inquiétant c’est que l’herméneutique ne propose aucune épreuve objective pour vérifier la justesse de la dite interprétation. Ainsi, il est évident qu’on ne se soucie pas d’une possible mésinterprétation, car l’herméneute emprunte une approche dogmatique qui est par ailleurs risquée puisque les malentendus sont communs dans la vie en société.

Enfin, l’herméneutique rejette toute action qui servirait à contrôler la vérité d’une interprétation sous prétexte que cette pratique répondrait à un besoin de contrôle positiviste. Autrement dit, pour l’herméneute la vérité n’est pas tributaire d’une vérification empirique. Une épreuve de cette nature serait considérée soit comme subjectiviste ou relativiste. Donc, elle ne serait d’aucune utilité pour assoir le concept de vérité.

Enfin, à la lumière de ce que nous savons de la pratique de l’herméneutique, il me semble légitime de demander comment un organisme du gouvernement, dont la mission est d’évaluer et de reconnaître l’excellence de réalisations scientifiques, peut-il inclure l’herméneutique dans la catégorie des sciences et conférer la plus haute distinction à une personne y étant reconnue comme une sommité ?

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