Impressions de lecture du livre Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions

par Juil 9, 2018Articles de fond, Livres, Québec humaniste, sciences0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Avec la montée de « l’apprentissage profond », l’engouement pour les séries comme Westworld (parc d’attractions peuplé de cyborgs) et Black mirror (dystopie technofuturiste) sur Netflix et HBO, l’attitude « can do » et l’immense présence des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dans nos vies, la révolution épigénétique, d’aucuns prétendent surmonter l’humanisme, révolutionner la Renaissance et les Lumières, préparer une techno-utopie comportant la vie éternelle pour les humains. Cet élan global se dénomme transhumanisme. Les essais bien informés et critiques de cette mouvance, en langue française, sont rares. Voici quelques fragments ou impressions d’un excellent petit traité sur cette question, très digestible, en vente en librairies du Québec.

Les auteurs présentent un dialogue socratique entre deux personnes qui connaissent bien la question. L’un, Laurent Alexandre,  chirurgien urologue et entrepreneur, se montre enthousiaste. L’autre, Jean-Michel Besnier, philosophe, politologue et déontologiste, se montre quelque peu récalcitrant, ou du moins précautionneux.

Qu’ont en commun les termes suivants : imprimantes 3D, Deep Blue, Alpha-Go, Watson, NBIC (nanothechnologies, biotechnologies, informatique, cognition), GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), cyborg, cellule souche, sexe virtuel, eugénisme libéral, réalité
augmentée, transplantation cérébrale, neurohacking, nanorobot, hybridation humain/ machine, singularité ? Ce sont les blocs LEGO du transhumanisme en date de 2018. Le terme « transhumanisme » a été lancé par Julian Huxley, frère du dystopiste Aldous. Alexandre et  Besnier décrivent le premier comme un « eugéniste de gauche », une apposition qui impose la réflexion…

Qu’ont en commun les personnages suivants, cités dans Les robots font-ils l’amour ? : Claude Bernard, Jean Rostand, Aldous Huxley, Alan Turing, Claude Shannon, Ray Kurzweil, Sergei Brin, Andrew McAfee, Demis Hassabis, Jaron Lanier, Joel de Rosnay, Peter Thiele,
Elon Musk, Bill Joy, Clément Vidal ? À peu près en ordre chronologique, ce sont les penseurs et créateurs de l’espace transhumain. Googlez-moi tout ce beau monde, et que ça saute !

Arrêtons-nous un instant sur Clément Vidal, ce jeune philosophe français. Alexandre et Besnier commentent son livre « The beginning and the end » (Springer, 2014) de la manière suivante :
le but ultime de la science est de combattre la mort de l’Univers, par la création artificielle de nouveaux univers. Après la mort de
la mort, la science se consacrerait à combattre la mort de l’Univers. La cosmogenèse artificielle mobiliserait toute l’énergie de
l’Humanité dans les prochains milliards d’années. Après la régénération de nos organismes vieillissants par les cellules souches,
la régénération cosmologique viserait à rendre l’Univers immortel ou substituable.

Vous trouverez dans le présent numéro de Québec humaniste le condensé d’une conférence de Michel Virard, président de l’Association humaniste du Québec, donnée à Trois-Rivières récemment : L’humanisme est-il une religion ? L’humanisme le plus traditionnel a consisté en un recul net de la religion. Les humanistes de la renaissance ont œuvré principalement à « détotalitariser » la culture monothéiste exclusiviste des pays dans lesquels ils vivaient. L’humanisme des Lumières épousa les sciences et sécréta une espèce de libéralisme démocratique dont le coeur a fini par se cristalliser dans la Déclaration universelle des droits de la personne. Cependant, ceci n’a aucunement réussi à enrayer la religion du coeur et de l’esprit des humains. On ne veut pas mourir. On ne veut pas que notre monde meure. Toute grande religion rassure sur ces deux points. Jusqu’à aujourd’hui la science ne put agir que comme grand  éteignoir, un désenchantement, l’assassin de Dieu, le porteur de lugubres nouvelles : Vous mourrez. La terre se désagrègera. Le soleil s’éteindra. L’entropie règnera. Le monde entier mourra. Il ne restera plus rien. Or, voilà qu’émerge l’allure d’une espèce de religion au coeur même de la science. Non seulementla science tuera la mort elle-même, mais elle sauvera l’univers au complet. De quoi sauter dans un avion pour l’Université transhumaniste de la Silicon Valley afin de s’acheter un chapelet. La religion transhumaniste nous
donne ainsi une puissante intuition, du moins je le pense. La nature prosociale, collectiviste, altruiste, des grandes religions organisées est une arnaque, une mystification et une imposture. La vraie grande force d’attraction des religions, pour les simples gens, celle qui les rend vraiment solidement pieux, c’est la promesse de la vie éternelle. J’affirme donc, que la nouvelle religion transhumaniste n’est pas une déformation individualiste, aliénée, et pitoyable des religions établies. Elle en est la parfaite continuation opiacée, sauce fentanyl. Au minimum, nous vivrons plus longtemps annonce-t-elle. Et elle livre la marchandise! Mais tout de même !

Les robots font-ils l’amour ? Pourquoi ce titre bizarre ? C’est bien entendu pour choquer afin de vendre de la copie, mais c’est aussi pour faire réfléchir. Il y a un point où l’hybridation humain/ machine fera de nous des cyborgs. Et nous serons bientôt des cyborgs.
Il n’y a pas de doute là dessus. Déjà, le québécois moyen a deux ou trois implants artificiels avant de mourir. J’ai moi-même une greffe de cornée, des implants dentaires et des cristallins de plastique. Ma belle-mère a des genoux de titane, etc., etc. Nos ados
sont tellement scotchés sur leurs iPhones qu’à mon avis ils sont DÉJÀ hybridés.

Lorsque nous serons à 51% machine, les robots feront-ils l’amour ? C’est justement une des principales problématiques de la saison 2 de la série télé Westworld, pour notre plus grand plaisir et titillement. Les robots font-ils l’amour ? La question n’est-elle pas plutôt : nos amours se robotisent-ils en cette ère de transhumanisme ?

Alexandre, L., Besnier, J.M. (2018). Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions. Paris : Dunod. 

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