Le bouddhisme est-il un humanisme ?

par Juil 15, 2017Articles de fond, Boudhisme, Québec humaniste, Religions0 commentaires

Pierre Cloutier

Pierre Cloutier

membre de l’équipe de vidéastes de l’Association humaniste du Québec. Il a assuré l’organisation et la transcription de diverses conférences et produit nombre de vidéos de l’Association. Il a également contribué à la revue. Il est membre du Conseil national du Mouvement laïque québécois. Pierre a piloté pendant vingt ans la fonction de traduction dans une multinationale oeuvrant dans la gestion des ressources humaines. Membre agréé de l’OTTIAQ, à la retraite depuis dix ans, il est aujourd’hui traducteur indépendant.

Question posée. À vous d’y répondre. Voyons cela de plus près. Et d’abord, le bouddhisme, c’est quoi ?

Considérons le bouddhisme dans son essence. Nous y trouverons une volonté de discipliner l’esprit, à notre avantage et au bénéfice de nos semblables, soit de toute forme de vie. L’Occidental se demande s’il s’agit d’une religion ou d’une philosophie. Préoccupation légitime. Pour moi, il s’agit d’une philosophie dont l’expression peut emprunter, selon les traditions multiples qui s’y conjuguent, les ressources expressives de cette théâtralisation de la pensée qu’est une liturgie.

Retenons que les divinités bouddhistes ne sont que des allégories ayant pour fonction de focaliser la concentration sur des thématiques déterminées. Par ailleurs, aucun des mythes retenus par la tradition n’a, pour le bouddhisme moderne, le statut que revêt, par exemple, la virginité postpartum de Marie dans le catholicisme de rigueur. Loin de susciter un enchantement du monde en le peuplant de présences surnaturelles qui sont la projection de facultés mentales ou de qualités spirituelles, le bouddhisme situe la conscience nue  face au cosmos et lui propose deux vérités considérées axiomatiques relevant presque du sens commun : l’impermanence et l’interdépendance de toutes choses.

Impermanence et interdépendance

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve disait Héraclite. Voilà la première certitude que nous propose le bouddhisme. L’impermanence de toutes choses. Tout est mouvance, tout survient dans l’enchaînement des causes et des effets entrelacés. Tout évolue dans la discontinuité. Tant et si bien qu’aucune substantialité ne sous-tend le réel où les atomes ne sont pas des billes gravitant les unes autour des autres, mais plutôt des concentrations d’énergie. Le bouddhisme retrouverait volontiers dans la théorie des cordes l’expression moderne de sa conviction que tout est vacuité, les choses se transformant les unes dans les autres, la graine devenant
arbrisseau, chêne, puis table, puis bois de chauffage et enfin  cendre, dans une paradoxale continuité discontinue.

Le foetus devenant poupon, enfant, jeune homme ou jeune fille, adulte, puis parcourant les sept âges de la vie qu’évoquait
Shakespeare, il ou elle aborde la maturité, l’âge d’or, la vieillesse, la décrépitude, et la mort puis la décomposition… au-delà de laquelle le  bouddhisme entrevoit une suite à la vie de la conscience dans un monde où rien ne se crée, rien ne se perd et où la présence d’un instant de conscience ne saurait s’expliquer que par un instant de conscience précédent, de même nature.

Puisque tout découle de tout, tout se tient, d’où la seconde proposition de l’ontologie bouddhiste : l’interdépendance. Tout, de la particule subatomique à la constellation, s’inscrit dans l’enchaînement infini des relations de cause à effet. Rien n’est autogène, ni autonome, pas plus qu’une rose pourrait fleurir, par génération spontanée, au hasard, sur un nuage. Elle est le lieu d’interaction et de convergence des causes cumulatives qui l’engendrent et la maintiennent dans l’être, de l’ADN qui en structure les atomes, produit de millions d’années d’évolution, du sol qui la nourrit et de la lumière solaire vers laquelle elle se tourne, de l’eau qui l’abreuve, de
l’oxygène ambiant et sans lesquels elle s’étiolerait. Tout agit sur tout, causes en amont et effets en aval.

Déconstruction de l’égo

Considérons la conscience individuelle dans cette perspective dont l’ontologie essentialiste est exclue. Loin de se définir comme une substance pensante – conception cartésienne – elle se présentera sous la forme d’un continuum que ne sous-tend aucune unité substantielle. Cette déconstruction de l’égo est sans doute l’élément de la vision bouddhiste qui est le plus difficilement admissible pour un esprit occidental contemporain, spontanément et naïvement essentialiste. Une société démocratique croit aux individualités bien charpentées, aptes à revendiquer les droits qui leur reviennent. Quant aux devoirs…

Moine bouddhiste, Leonard Cohen a longtemps buté sur ce concept. Car enfin, comment un être insubstantiel, un être qui n’est pas la même personne au fil des instants qu’égrène son existence peut-il être imputable aujourd’hui des actes qu’il a commis hier selon la logique du karma qui fait même remonter la responsabilité des actes antérieurs au-delà de l’existence individuelle ?

Réponse : il le sera un peu comme les eaux usées déversées en amont souillent l’Outaouais en aval, propageant éventuellement le choléra, un peu comme une bougie placée trop près d’un rideau peut déclencher un brasier et réduire en cendres un immeuble de quatre étages, même si ce feu dévastateur n’est pas « le même » que celui dansant sur la mèche du malencontreux lumignon qui a déclenché le sinistre. Le réel n’a pas à être constitué d’entités substantielles pour que la suite des causes et des effets s’enclenche et se déploie.

Ainsi, la conscience individuelle peut être conçue comme un flux régi par la loi de cause à effet où aucun égo n’assume le rôle de personnage central affirmant son je-me-moi substantiel, ce qui ne veut pas dire que l’individu soit inintelligible ou incohérent. Il est comme ce proverbial couteau dont l’exemple énigmatique conclut tout cours d’ontologie substantialiste bien conçu. En 1962, le manche se casse, on le remplace. Vient l’an 2000, la lame se brise, on la rafistole. En 2017, son propriétaire, aux cheveux devenus blancs farfouille dans son établi, s’exclame : « Où est mon couteau ?!? ». Mais est-ce bien le même ? Bonaparte disait que l’histoire est une fable convenue. Que dire de notre histoire, racontée et reformulée si différemment d’une décennie à l’autre, à mesure que ses éécritures successives marquent notre évolution de la prime jeunesse jusqu’à l’âge avancé ou la nostalgie n’est plus ce qu’elle était ? Mon nom est personne ? Soit le grand tout, soit l’autre, soit tous les autres. Je suis universel. Universellement disponible, curieux, inquisitif, compatissant. Ne m’entêtant pas à jouer mon personnage, je serai l’homme d’ici et d’ailleurs, de partout et de nulle part. Toujours prêt à entonner avec Mouloudji: Monsieur le président, je ne veux pas la faire. Je ne suis pas sur terre pour tuer les pauvres gens ...si jamais
une cause sacrée m’est proposée, et que pour la défendre, l’honneur militaire, parodie de la droiture, m’invite à verser le sang.

La roue du dharma

La mise en œuvre de la conscience au fil des jours déclenche ce que le bouddhisme appelle la roue du dharma. Le processus d’incarnation vitale par lequel la conscience actualise son potentiel. Il s’agit du cycle pensée, parole, action, celles-ci étant suivies des conséquences de nos actes, soit la rétroaction qui nous invite à poursuivre dans le même registre ou à rajuster le tir. Conséquentialiste, le bouddhisme juge l’arbre à son fruit. Au fil de nos bonheurs et malheurs d’administration, cette pédagogie du réel nous invite à parvenir à la sagesse en découvrant au prix d’un long travail sur soi la source de la juste pensée, pour mettre fin à la douleur des attachements dont nous traînons derrière nous le boulet, comme des bagnards. Une fois cet art de bien vivre maîtrisé, allégés du poids de nos esclavages disparus, nous serons en mesure d’aider autrui à faire de même.

Douleur

Dans un univers où tout passe, tout casse, tout lasse, le réel est inévitablement source d’aliénation pour celui qui s’y attache, qui s’y accroche, qui s’y cramponne. Les attachements d’aujourd’hui annoncent les esclavages de demain, puis l’inévitable satiété pour avoir bu jusqu’à plus soif, enfin les arrachements d’après-demain, lorsque disparaîtra – échéance inévitable – l’objet de notre plus mordant désir. Le bouddhisme le constate et affirme que seul le détachement peut nous ouvrir la porte de la liberté intérieure. Il nous invite à la franchir avec un courage résolu et lucide plutôt que de nous complaire indéfiniment dans l’illusion. Pessimisme ? Réalisme garant d’une véritable émancipation qui facilitera la disponibilité à autrui.

Désir et accomplissement

Ici, il faut distinguer entre désir et accomplissement. Le désir c’est la Cadillac, la BMW qui fait contre baver celui qui la caresse du regard avant de se l’offrir… à crédit. Dans dix ans elle sera passée de mode. Ringarde. Abandonnée. Pourrie de rouille dans un terrain vague. Et non, ce n’est pas la jalousie qui parle. Par contraste, l’accomplissement, c’est la volonté de devenir, par exemple, le meilleur chirurgien cardiaque de la métropole. Se dépasser. Donner sa pleine mesure. Pour sauver des vies. Non pas avoir et paraître, mais Être dans le
plein sens du terme. Mettre en œuvre ses facultés avec une ardente volonté de donner le meilleur de soi-même, ce qui se fait toujours en relation avec autrui.

La méditation clé d’or de la liberté

Comment se libérer de son personnage, passer du paraître à l’être, devenir cet homme, cette femme transparent(e) pour lui (elle)-même et autrui, universel(le)s ? Comment parvenir à cet état de grâce fructueux où notre générosité coulera de source, témoignant de  l’authenticité des intuitions qui l’animent, révélant le plein potentiel d’une humanité renouvelée et retrouvée ?

Par la méditation, gym de l’esprit. Spiritualité ? Hygiène ? Jamais l’un sans l’autre. Elle est aussi exigeante que la guitare classique ou le football. Qu’on se le dise.

Le but de l’exercice ? Éviter l’enivrement des sentiments, le vertige de la haine, le boursouflement de la vanité outrée, la ruse combinarde, la fascination hypnotique qu’exerce le kaléidoscope des cent-mille associations d’idées dont une petite journée nous turlupine et où nous puisons les scénarios constituant le personnage de l’égo dont nous portons le masque et exécutons complaisamment les ronds de jambe, l’œil sur la galerie.

Qu’entend le bouddhisme par l’égo ? Pensez à Donald Trump. Tout est dit. La méditation nous permet d’accéder à plus d’altitude transfigurant d’autant nos attitudes. Elle invite à la transparence, à la luminosité, à la spontanéité créatrice. Permet de parler peu et juste. Nous redonne notre authenticité. Nous rend comme un airbus A 380 qui crève le plafond bas des nuages où roulent les turbulences pour accéder, à 10 000 mètres, à cette région éthérée, lumineuse, où son vol sera si stable que les passagers le croiraient immobile, sous un ciel sans l’ombre d’un cumulus.

L’égo est en représentation. Il se fait son numéro, connu et reconnu. Il campe son personnage, un œil sur la glace. La libre conscience coule comme un fleuve tranquille et radieux. La méditation nous libère du rôle de composition, tout entier inventé, qu’est la fiche signalétique, le curriculum vitae de l’égo, cette légende qui tisse un lien de continuité fictif entre les étapes de notre vie, du nourrisson en langes au vieillard grabataire. Elle nous fait quitter ce personnage pour émerger dans le silence et la pureté d’une conscience enfin libérée des réparties usées qui sont les lieux communs des amours de croisière. Ainsi sont abandonnées les complaisances faciles du
« Miroir ô mon miroir dis-moi qui est la plus belle ».

La méditation nous fait émerger dans la transparence où la conscience pure devient son propre objet. Sans contenu verbal ou discursif, dépouillée de toute imagerie, focalisée sur le souffle, car la respiration accompagne, comme le battement du cœur moins facilement perceptible, chaque instant de notre vie et nous confirme que nous avons notre place dans un monde où notre organisme trouve, à foison, cet élément, l’air, qui est sa constante et toute première nécessité naturelle et où il évolue comme un poisson dans l’eau.

De cette altitude, nous portons sur nos sentiments un second regard qui nous démontre qu’entre le stimulus et la réponse, nous avons toujours le loisir d’inscrire un hiatus où s’exerce notre liberté. Cette capacité intentionnelle de recul par rapport au magma primaire du flux de conscience démontre pourquoi nous ne sommes pas que des ordinateurs de viande programmés par le milieu et répondant à ses stimuli. Si la conscience s’autoprogramme pour adopter diverses perspectives, c’est que ces points de vue librement multipliés constituent des angles de vue variables qu’elle adopte à son initiative et non talonnée par l’événement, par la nécessité. Bref, elle est d’autant plus libre qu’elle apprend à agir plutôt qu’à réagir et accède à la responsabilité en parvenant à l’indétermination. Voilà son
autonomie et sa plasticité qui est celle du cerveau humain, infiniment plus inventif que ne l’a cru le behaviorisme. À preuve, la recherche démontre que la méditation suscite une croissance mesurable de la matière grise et améliore la capacité d’attention.

En focalisant sur la conscience [1], le bouddhisme s’attache à l’essentiel de notre condition, puisqu’il met en relief la source même de notre liberté, donc le fondement de notre humanité. Les faits mentaux précèdent leur incarnation dans le réel. À preuve : si l’on veut découvrir la cause première des 50 millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale, on la trouvera dans les synapses rageuses d’un certain Adolf Hitler, jeune peintre de cartes postales désargenté, battant le pavé de Vienne, refusé deux fois aux Beaux-arts (1907 -1908), manque de pot, manque de talent, manque de tout, et qui sentait monter en lui une haine spasmodique de la Judaïcité, bien que son premier amour, Stefanie Isak ait été juive. Étranglé d’une rage névrotique qui se révélera contagieuse comme une peste noire.

Voyez le résultat. La méditation nous place à des kilomètres au-dessus de cette crispation sur soi, l’égo, dont certaines superstars actuelles nous fournissent un exemple spectaculaire. Hollywood en désintox. Elle invite à une gestion prévisionnelle des pulsions,
permettant d’agir plutôt que de réagir, ce qui confère à celui qui s’y adonne l’avantage de l’initiative. Elle dynamise l’intelligence émotionnelle et stimule l’empathie, aptitudes éminemment civiques et moteurs de la fonctionnalité sociale, tout comme du leadership. Elle affine la concentration, la réflexion et facilite le travail intellectuel.

Elle élargit et étend le champ de vision du pratiquant. Chacun connaît l’histoire des trois tailleurs de pierre besognant sur leur chantier. En réponse à la question : « Que faites-vous ? » Le premier se désole de devoir satisfaire à une norme de rendement quotidien trop exigeante… le second se félicite d’avoir taillé correctement sa pierre… le troisième porte son regard vers le ciel où déjà se dressent les colonnes en splendeur et dit : « Je bâtis un temple ! ». Voilà le bouddhisme. Voir loin pour faire mieux.

Un humanisme

Le bouddhisme est-il un humanisme ? Oui. D’abord parce que le bouddha n’est pas un être divin et ne fait pas à proprement parler l’objet d’un culte. Il est considéré comme un guide avisé dont les intuitions font de lui l’Homme universel, exemplaire, parvenu à son plein épanouissement. Entretenant avec autrui des relations transparentes et souples, complémentaires. Imaginez un sherpa connaissant le chemin qui mène au but recherché, que chacun peut atteindre puisqu’il n’y a pas de péché originel : un bonheur fructueux permettant d’œuvrer dans l’intérêt général, une maîtrise de soi qui est le préalable naturel à une équitable gestion de la cité. Car comment pourrait-on régir la cité si l’on ne sait pas se gouverner soi-même ? L’attitude du Bouddha était aux antipodes du redoutable crois ou meurs, quiconque n’est pas avec moi est contre moi. Il disait : mettez mon enseignement à l’essai. Si cela marche pour vous, adoptez-le. Sinon, trouvez mieux. Approche rarissime en prophétie dont le registre est, traditionnellement imprécatoire.

Comme le souligne Matthieu Ricard dans son Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance [2] l’élargissement de perspective bouddhiste qui étend la compassion à tous les êtres sensibles, à l’ensemble du vivant et de la nature que le Maître estimait dotés de conscience à divers degrés, faciliterait la gestion de la crise actuelle de l’environnement. Comparonsla à l’attitude abrahamique faisant de l’être humain le roi de la création avec droit de vie et de mort. Tout comme cette conviction transformait le culte en boucherie dans l’antiquité, elle suscite aujourd’hui une surconsommation de protéines animales qui se solde par le carnage en continu de dizaines
de millions d’êtres vivants et par la déforestation qu’exige la production de fourrage pour cet innombrable cheptel. Que dire de l’accroissement de gaz à effet de serre provoqué par ces élevages. Sans parler des cancers, maladies cardiovasculaires et autres pathologies liées à la surconsommation de protéines animales. Par l’hygiène alimentaire et le rapport à la nature repensé qu’il propose, le bouddhisme constitue une spiritualité pour le XXIe siècle.

Fait marquant, et qui n’est pas un point de détail, le canon bouddhique n’anathémise nommément et par principe aucune nation, aucune ethnie particulière, aucune communauté de conviction adverse ou supposée hérétique pour mieux affirmer le salut réservé aux  seuls croyants. N’étant pas théiste, il ne saurait imputer à quiconque le crime de déicide, ni revendiquer le statut de peuple de Dieu et les extravagants privilèges afférents, au détriment de quiconque. Il ne maudit pas les uns pour mieux bénir les autres. Il ignore la notion de guerre sainte, ce qui est sans doute un bon point pour lui en comparaison de spiritualités plus absolutistes et plus vengeresses. Il va de soi que l’histoire des cultures aussi diverses que multiples qui ont été sociologiquement bouddhistes au fil des siècles n’est pas exempte de violences. Exemple contemporain : le fascisme japonais et sa morale du bushido qui ont donné lieu à un indéniable amalgame du bouddhisme nippon emporté dans la tourmente militariste. Il fut martial et japonais jusqu’à l’aveuglement. Les conséquences inaugurèrent l’ère atomique. [3]

Considéré selon ses principes premiers essentiels, le bouddhisme universel ignore la croisade, le jihad, l’extermination sacrée menée au cri de Dieu le veut, dont la conquête de la Terre promise nous fournit l’archétype génocidaire, exemple premier fondant toutes les autres exterminations  abrahamiques. S’ils dérapent momentanément dans la violence, les bouddhistes le font en dépit de leurs convictions
essentielles, non à cause d’elles. Historiquement, le bouddhisme a été victime de fanatismes exterminateurs, notamment islamiques, auxquels sa discipline ne lui permettait d’opposer qu’une impassible lucidité, notamment en Inde, terre qui l’a vu naître, agoniser et reprendre vie.

Au Tibet, il n’a été conquis par la force des armes que pour étendre son influence à l’échelle planétaire et exercer une débonnaire souveraineté sur un royaume de l’esprit en la personne du Dalaï Lama. Même dans l’exil auquel celui-ci a été contraint, son bâton du pèlerin a guidé l’Occident vers une heureuse sagesse, toutes ethnies confondues dans la certitude que l’humanité ne survivra pas sans  cette compassion dont l’amour maternel nous fournit l’exemple premier, inscrit dans la trame génétique même de toute forme de vie.
Humaniste, vous dis-je.

Références

1. Le bouddhisme moderne porte un intérêt à l’étude scientifique de la conscience. Exemple, les travaux du Mind and
Life Institute. https://www.mindandlife.org/ . https://en-.wikipedia.org/wiki/Mind_and_Life_Institute http://www.matthieuricard.org/en/articles/categories/articles-about-science
2. Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’ALTRUISME, La force de la bienveillance, NiL éditions, Paris 2013
3. Sur bouddhisme et violence, voir http://www.slate.fr/story/72889/bouddhisme-incitation-haine Les exactions de la secte notoire dite des 969 en Birmanie sont connues et ont été universellement dénoncées. Elles sont attribuables à des rivalités socio-économiques et ethniques qui ont peu à voir avec quelque spiritualité que ce soit et tout à voir avec un tribalisme retourné à l’état sauvage. Voir l’allocution du Dalaï Lama lors de l’attribution du prix Nobel rappelant les vérités essentielles du bouddhisme contemporain https://www.dalailama.com/messages/acceptance-speeches/nobel-peace-prize/nobel-peace-prize-nobellecture

Illustration : Le Paradis de Maîtreya, Musée royal de l’Ontario https://en.wikipedia.org/wiki/Paradise_of_Maitreya En 1298, le peintre Zhu Haogu a réalisé le Paradis de Maîtreya une fresque murale remontant à la Dynastie Yuan (1271-1368). Dans un premier temps, l’œuvre a été hébergée dans le Temple Xinghua Si de Xiaoning, province de Shanxi. Au cours des années 1920, époque marquée de troubles insurrectionnels en Chine, elle a été désassemblée et transportée au Musée royal de l’Ontario (ROM) de Toronto, où elle se trouve exposée aujourd’hui. Elle a fait l’objet de nombreuses restaurations visant à la préserver et à la stabiliser. Elle figure actuellement dans la Galerie Bishop White d’art sacré chinois et fait partie de la collection d’art d’Extrême-Orient dont elle constitue un des incontournables chefs d’œuvre. Cette fresque représente le Bodhisattva Maitreya, Bouddha de l’avenir qui reviendra sur Terre la fin des temps venue, pour renouveler son enseignement afin d’aider l’humanité à parvenir à l’illumination. Cette perspective offre un heureux contraste avec les destructions incendiaires et damnations collectives marquant l’Apocalypse, telle que la conçoit l’imaginaire procheoriental. Pour une description détaillée des travaux de restauration de cette murale réalisés au Musée royal de l’Ontario, voir https:// www.cac-accr.ca/files/pdf/Vol33_doc2.pdf

 

 

 

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