La laïcité, la solution non violente à l’intégrisme

par Avr 24, 2016Articles de fond, humanisme, Laïcité, Québec humaniste0 commentaires

Richard Rousseau

Richard Rousseau

Chercheur scientifique spécialisé en physique des rayons X, à la retraite, ayant travaillé plus de 36 ans au laboratoire d’analyse par fluorescence des rayons X (FRX) de la Commission géologique du Canada, à Ottawa. Il y a développé une méthode d’analyse FRX et un logiciel d’application. Il est membre à vie de l’Association humaniste du Québec.

En tant que physicien, j’ai étudié l’infiniment grand, l’univers, et l’infiniment petit, l’atome. J’y ai vu une grande beauté, mais rien de divin. Comment se fait-il alors que la majorité des humains sur cette petite planète nommée Terre y croit ? Aurais-je passé à côté de quelque chose ? Aurais-je manqué quelque chose ? Pour en avoir le cœur net, après avoir étudié jusqu’à l’âge de 60 ans environ et avec beaucoup de ravissement le monde physique qui nous entoure, j’ai donc décidé de commencer à étudier l’humain, juste comme ça, pour le plaisir de la chose, pour laisser à mes trois enfants, en plus d’un héritage scientifique, un autre héritage, humaniste celui-là. Avant de se lancer dans l’étude du comportement humain, que je trouve par ailleurs très déconcertant, parfois même irrationnel, contrairement au monde physique dans lequel l’humain vit, où la logique et le rationnel sont quotidiens et omniprésents dans chaque étape de l’évolution, examinons dans quelle sorte d’univers l’espèce humaine évolue. Peut-être que ça nous aidera à mieux comprendre son comportement.

Au début fut l’habitat de l’humain

Nos connaissances en physique nous apprennent que l’univers a commencé il y a 13,7 milliards d’années, à la suite de ce qui ressemble à une gigantesque explosion, à un Big Bang comme disent les scientifiques [1]. Nous observons expérimentalement que cet univers est en expansion. C’est pourquoi nous disons qu’il a dû commencer suite à un gigantesque Big Bang, à partir d’un point zéro dans l’espace et le temps. Nous observons également qu’il contient des milliards de galaxies, et dans chacune d’elle, il y a des milliards d’étoiles et autour de ces milliards d’étoiles, il y a des milliards de planètes qui tournent. Ça fait beaucoup de possibilités où la vie aurait pu apparaître. Mais n’allons pas trop loin. Contentons-nous pour le moment d’étudier une seule de ces milliards de planètes, notre petite planète Terre. Elle se trouve dans l’une des milliards de galaxies de l’univers, la Voie lactée, dont la forme générale est un disque de plus de 100 000 années-lumière de diamètre, contenant environ 200 milliards d’étoiles et l’une de ces étoiles est le Soleil. La position de ce Soleil dans notre galaxie se trouve proche de la périphérie à environ 28 000 années-lumière du centre galactique. La Terre tourne autour de cette étoile nommée Soleil [2]. Résumons. Il existe dans tout l’univers des milliards, de milliards, de milliards de planètes, et l’une d’entre elles est la Terre, habitée par un peu plus de 7,3 milliards d’humains. Ouf, « perdus nous sommes dans cet univers démesurément grand », comme dirait Yoda, le maître Jedi dans Star Wars. Si la planète Terre est d’origine divine, cette divinité a dû travailler beaucoup plus longtemps que six jours à sa création… [3] Sinon, ce serait assez invraisemblable…, même pour une divinité ! De toute façon, une divinité n’aurait jamais créé un monde aussi imparfait (cataclysmes naturels, catastrophes, violences, souffrances, infirmités, maladies, accidents, mortalités, etc.). C’est ma première constatation.

Sur cette planète Terre, âgée de 4,55 milliards d’années, la vie s’est développée, mais ce ne fut vraiment pas facile. Ça a pris du temps, beaucoup de temps, en fait 3,55 milliards d’années pour arriver à créer l’Homo sapiens, l’être humain actuel [4]. C’est un autre exploit extraordinaire, pas facile à réaliser même pour une divinité. Il faut dire que les conditions de température, de pression, de composition de l’atmosphère étaient idéales et les ingrédients en abondance : eau, donc hydrogène et oxygène, et aussi carbone, ce qui constitue 92,6% de notre corps; les autres éléments étant un peu de calcium pour les os (1,9%); l’azote (3,1%), le phosphore (1,1%), le chlore (0,40%), le potassium (0,36%), le soufre (0,35%) et le magnésium (0,035%) pour tous les tissus, fluides, graisses, protéines, etc. Tous ces éléments existent dans le mode minéral. Comment ont-ils pu se combiner avec le carbone pour donner le mode biologique ? C’est possible, puisque nous sommes là, mais ce mode est d’une grande complexité. Nous voilà donc avec une entité vivante qui a pris une éternité à être créée dans un univers démesurément grand.

Cette étude de l’humain nous apprend, dès le départ, qu’il existe, comme chez toute espèce vivante, deux grandes variétés: le mâle et la femelle, l’homme et la femme. C’est la façon que la nature a choisi pour se reproduire. Comme tout ce que fait la nature, ce processus de reproduction est complexe, mais d’une grande beauté. Il est même généralisé à toute forme de vie sur cette petite planète Terre. Et ça marche ! C’est formidable !

Nos ancêtres hominidés

Qu’en est-il maintenant de l’origine et de l’évolution de l’humain ? Pour le savoir, il faut reculer dans le passé de plusieurs millions d’années. Il est de plus en plus vraisemblable que les premiers ancêtres de l’humain soient apparus sur Terre, quelque part en Afrique de l’Est, il y a environ 4 millions d’années. Pour mieux comprendre cette invraisemblable histoire, commençons par le début.

L’humain est apparu à la suite d’une longue, très longue évolution de la vie sur Terre, laquelle est apparue il y a 3,55 milliards d’années. À noter que pendant les 3 premiers milliards d’années, je dis bien 3 milliards d’années, et non 3 millions ou 3 milles, ce qui démontre la difficulté de la vie à apparaître sur une planète, il n’y eut pratiquement que des bactéries et des algues qui se soient développées. Puis, pendant les 550 derniers millions d’années (MA), les animaux, plantes et champignons apparurent [4]. Concentrons-nous sur les animaux. Il y eut une explosion dans la diversité des formes de la vie dont la majorité est aujourd’hui disparue. La nature aime expérimenter, mais si l’animal est mal adapté à son environnement, il est automatiquement voué à l’extinction. Les dinosaures en sont un bel exemple. Cependant, les mammifères survécurent, et parmi eux, les primates. Selon les découvertes de fossiles, les ancêtres primitifs des primates peuvent être apparus à la fin du Crétacé il y a environ 66 millions d’années.

Les primates se composent de plusieurs familles de singes dont la superfamille des hominoïdes qui comprend ce que nous appelons souvent les grands singes (le chimpanzé, le bonobo et le gorille en Afrique; le gibbon et l’orang-outan en Asie), qui sont des singes arboricoles très proches de l’humain, et les hominidés qui comprennent les ancêtres de la lignée humaine et l’humain lui-même. Puis, il y a environ 7 millions d’années, nos ancêtres hominidés se distinguèrent de l’ancêtre commun des grands singes et de l’humain et donnèrent naissance, en Afrique, aux plus célèbres d’entre eux, entre autres l’Homo australopithecus (4,2 – 2,5 MA), l’Homo habilis (2,5 – 1,4 MA), l’Homo erectus (1,5 – 0,3 MA), l’Homo neanderthalensis (330 000 – 30 000 A) et finalement l’Homo sapiens (160 000 A – aujourd’hui), nous les humains [5]. À noter l’évolution de la vie sur Terre : algues, mammifères, primates, hominidés et humains. Tout se caractérise par une évolution adaptée à l’environnement sur une très longue période de temps de 3,55 milliards d’années. C’est la théorie de la sélection naturelle telle que décrite initialement par Charles Darwin dans son livre De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la Préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie publiée en 1859 et dans lequel il explique le mécanisme présidant, selon lui, à l’évolution graduelle des espèces vivant dans la nature. Cette théorie de l’évolution par sélection naturelle donne beaucoup de crédibilité à nos ancêtres hominidés, à l’origine de l’humain, mais dans tout ce processus, je ne vois toujours pas la présence d’une divinité. On est très loin de la création de la Terre en six jours. Si cette divinité existe, elle est vraiment discrète… Continuons notre recherche. Peut-être finirons-nous par la découvrir dans un cerveau très évolué qui a beaucoup trop d’imagination…

Parmi les premiers hominidés, les australopithèques apparaissent en Afrique il y a environ 4,2 millions d’années. Ce premier hominidé ne devait pas mesurer plus de 1,10 m et peser une vingtaine de kilos. Avec un cerveau peu volumineux d’à peine 450 cm3 , l’intelligence de ces hominidés précoces n’a sans doute pas dépassé celle des anthropoïdes modernes (le gibbon, le chimpanzé, l’orang-outan et le gorille). Malgré tout, ils étaient en mesure de tailler la pierre et de faire du feu, mais leur principale caractéristique fut qu’ils pouvaient marcher sur leurs deux pieds, tout en gardant une capacité encore marquée à grimper aux arbres. La stature bipède est l’évidente caractéristique qui permit à l’espèce d’évoluer de façon significative. Le fossile nommé Lucy est un exemple de l’espèce australopithèque qui date d’environ 3,2 millions d’années. Cette femelle d’hominidé contribua plus que toutes autres aux connaissances sur les origines de l’humain.

De plus, le fait de marcher debout libérait leurs mains pour saisir et transporter des objets, pour développer toutes sortes d’habiletés nécessaires à leur survie, tant et si bien qu’une nouvelle lignée d’australopithèques se développa à partir d’il y a 2,5 millions d’années : l’Homo habilis. Il est le premier véritable bipède à posséder un cerveau un peu plus volumineux que celui du chimpanzé, environ 700 cm3 , soit à peu près la moitié de celui de l’humain actuel, et une dentition d’omnivore. On peut estimer sa stature à 1,40 m et le poids à 40 kg. Il n’est pas encore chasseur, mais plutôt charognard. Il fabrique des outils en pierres taillées afin de découper la viande et casser les os. On le retrouve en Afrique orientale, en Europe, en Asie, puis en Australie. À tous points de vue, il est plus engagé dans la voie menant à l’humain moderne que l’australopithèque, son contemporain. C’est donc avec lui que commence véritablement l’humanité.

Vient ensuite l’Homo erectus. Il prit naissance en Afrique il y a environ 1,5 million d’années, et sa disparition ne daterait guère plus que de 70 000 ans. Il aurait vécu pendant au moins 1,4 million d’années. C’est l’espèce humaine qui a survécu le plus longtemps et qui a contribué de façon significative à l’évolution du cerveau. Il est le premier hominidé dont le volume cérébral dépasse les 1000 cm3 . Il est le premier à vraiment transformer son milieu. En effet, c’est le premier humain à avoir vraiment utilisé le feu, mais sans être capable de le reproduire. Il développe la taille d’outils. Il est le premier à fabriquer des outils symétriques (biface). Il établit des campements et vit de la cueillette et de la chasse. C’est le premier grand chasseur de la préhistoire. On le retrouve évidemment en Afrique, mais aussi en Europe, en Asie et aussi loin qu’en Indonésie et en Chine. Il a envahi le monde.

L’Homo neanderthalensis vécut il y a 330 000 jusqu’à il y a 30 000 ans de notre ère. Il habite surtout en Europe, mais aussi en Afrique du Nord et en Asie. Il est trapu et musclé. Son volume cérébral est légèrement plus important que celui de l’Homo sapiens. Il a le cerveau le plus volumineux de tous les hominidés, entre 1500 et 1750 cm3 . Son régime alimentaire est à base de viande. Il fabrique des outils plus élaborés que ces prédécesseurs comme des racloirs et des pointes. Le Néandertalien est un chasseur hors pair de grands mammifères, ayant des stratégies de chasse qui attestent une parfaite connaissance de l’environnement et du comportement animal et un savoir-faire technique développé.

Les ossements trouvés nous montrent que l’Homme de Néandertal enterrait ses morts. Il est contemporain de l’Homo sapiens, c’est-à-dire qu’il l’a côtoyé entre -120 000 et -30 000 ans, jusqu’à sa disparition. On ignore presque tout de la nature de leur relation. Sa disparition reste aujourd’hui encore un mystère. Est-ce parce qu’il a côtoyé l’Homo sapiens et qu’ils se sont entretués? N’a-t-il pas su s’adapter aux changements climatiques ? Nous l’ignorons. Probablement les deux.

L’espèce humaine Homo sapiens, la nôtre, apparaît en Afrique il y a environ 160 000 ans. L’Homo sapiens est plus grand que le Néandertalien, mais possède un cerveau plus petit (1400 cm3 ). Il se déplace et colonise toutes les régions du monde : Europe, Asie, Amériques, etc. Pour cela il traverse les détroits en profitant des glaciations (le gel du détroit de Béring a permis la colonisation de l’Amérique par exemple). Dès que l’humain moderne est seul à partir de l’extinction des Néandertaliens il y a 30 000 ans, il se développe très vite découvrant la couture, les filets de pêche, la peinture, les armes, le langage, jusqu’à l’écriture, vers -5300 ans, qui marque la fin de la préhistoire et le début de l’histoire proprement dite.

À part Homo Floreiensis, le petit Hobbit d’Indonésie, l’espèce humaine, Homo sapiens, est le seul hominidé qui a survécu depuis les derniers 30 000 ans, toutes les autres espèces, une quinzaine en l’état actuel des connaissances de la paléoanthropologie (Australopithèques, Homo habilis, Homo erectus, Homo neanderthalensis, etc.), se sont éteintes. Pourquoi ? Parce qu’aucun des autres hominidés n’était aussi bien outillé que l’humain pour assurer sa survie. Il se distingue par une bipédie quasi exclusive ; il peut même courir sans difficulté sur de longues distances ; il dispose d’un cerveau volumineux de 1400 cm3 ; grâce à l’habileté de ses mains, il fabrique des d’outils, des abris et des vêtements ; il maîtrise le feu, utilise un langage articulé, élaboré, transmis par l’apprentissage ; il domestique de nombreuses espèces végétales et animales ; il développe la complexité de ses relations sociales, ainsi que l’aptitude de son système cognitif à l’abstraction, l’introspection et la spiritualité. Plus généralement, il se distingue de toute autre espèce animale par l’abondance et la sophistication de ses réalisations techniques et artistiques, l’importance de l’apprentissage et de l’apport culturel dans le développement de l’individu, mais aussi par l’ampleur des transformations qu’il opère sur les écosystèmes. En d’autres mots, il est intelligent. Il a un cerveau développé et l’utilise. Il a reçu en héritage tout le bagage développé par tous les autres hominidés qui l’a précédé. Encore une fois, je ne détecte rien de divin lors d’une telle évolution des hominidés (voir le schéma ci-dessus), à moins que cette divinité soit vraiment discrète. Quand donc va-t-elle enfin se manifester ? Peut-être que je regarde à la mauvaise place. Peut-être que l’Homo sapiens, et même le Néandertalien, ont laissé des traces tangibles de leurs croyances au divin dans leurs manifestations artistiques, dites art préhistorique ?

Les premières manifestations de l’art préhistorique de l’humain datent de 30 000 à 12 000 ans. Il a laissé par exemple des peintures et gravures sur les murs de grottes, comme celles de Lascaux et Chauvet, en France, représentant des animaux et des scènes de chasse. Il a laissé aussi des mains imprimées sur le roc, des outils et armes gravés, des parures et bijoux, des sculptures (figurines féminines), des poteries, etc. La plupart du temps, tout ce matériel artistique représentait des activités de survie de la vie de tous les jours, la sexualité, tout ce qui préoccupait l’humain dans son quotidien de l’époque. Certains verront dans tous ces artéfacts artistiques une certaine signification mythologique. Cette interprétation est accueillie avec scepticisme par la communauté scientifique. Plutôt, il est plus plausible de penser que l’humain est resté athée tant et aussi longtemps qu’il a été un chasseur-cueilleur nomade. Nous n’avons aucune preuve tangible qu’il croyait à des divinités quelconques pendant cette période, ses principales préoccupations étant la survie et la sexualité. Tout changea cependant, lorsqu’il commença à devenir sédentaire pour se consacrer à l’agriculture et l’élevage. C’est à partir de ce moment que l’imagination fertile de l’humain commence à se mettre en branle et à créer de toute pièce des divinités selon ses besoins. Continuons, nous risquons peut-être enfin de rencontrer de « divines » surprises…

L’apparition « miraculeuse » des divinités dans les villes

Une étape majeure dans l’évolution de l’Homo sapiens est le Néolithique. Cette période débute il y a environ 12 000 ans, initialement au Proche-Orient, et prend fin avec la généralisation de la métallurgie et l’invention de scripts post sumériens, vers -5300 ans, qui marque définitivement la fin de la préhistoire et le début de l’histoire proprement dite. Cette période de la Préhistoire est marquée par de profondes mutations techniques, économiques et sociales. Pendant cette période, l’humain passe de l’étape chasseur-cueilleur à celle de l’agriculture et de l’élevage. De nomade qu’il était pour suivre les troupeaux de chasse, il devient sédentaire pour pouvoir cultiver la terre et pratiquer l’élevage, deux activités qui nécessitent absolument la sédentarisation. Ce faisant, il crée des villes, se regroupe en sociétés, développe la technique et invente l’écriture. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l’outillage en pierre polie, la poterie, ainsi que le développement de l’architecture. Toutes ces mutations ont des conséquences énormes sur sa façon de vivre.

Pendant le Néolithique, et pas avant, de grands leaders religieux apparaissent dans quatre régions du monde, et leurs actions vont donner naissance à certaines des grandes religions du globe [7]. En Grèce, les philosophes ioniens annoncèrent l’apogée de la pensée gréco-romaine, le règne de la raison et le rôle de la philosophie dans les religions. Au Moyen-Orient, des Hébreux tels qu’Amos, Isaïe et Jérémie, ouvrirent la voie au prophétisme, donnant naissance éventuellement aux trois monothéismes : le judaïsme, le christianisme et l’islam. En Inde, apparurent l’hindouisme et le bouddhisme pour qui le salut résidait dans une série de réincarnations plutôt qu’en une vie. En Chine, le philosophe Confucius et les prémices du taoïsme créèrent un humanisme éthique.

Ainsi donc, aussitôt que les humains commencent à avoir un cerveau suffisamment développé, à cultiver la terre, à pratiquer l’élevage, à se sédentariser, à vivre dans de grandes villes, à développer la technique et l’écriture, les divinités commencent à se manifester et les grandes religions pour les honorer apparaissent. Les graines des religions zoroastrienne, hindoue, bouddhiste, jaïniste, hellénistiques et chinoises sont ainsi semées. De leur côté, les juifs ouvrent la voie aux religions judaïque, chrétienne et musulmane, avec Moïse pour la première, Jésus de Nazareth pour la seconde et Mahomet pour la troisième. Tout ce branlebas religieux inauguré à partir du Néolithique est bizarre, très bizarre… Pourquoi pas avant ? Pourquoi les divinités ont-elles gardé l’humain dans l’athéisme pendant les 4 millions d’années ayant précédé le Néolithique ? Au début de cet article, j’écrivais que l’humain a des comportements très déconcertants, parfois même irrationnels. De plus, les plans des divinités sont incompréhensibles et imprévisibles. Il ne faut donc pas chercher à comprendre…

Désormais, les religions seront plus universelles, surtout dans les trois grandes traditions missionnaires : bouddhiste, chrétienne et musulmane. Leur finalité est, au-delà de ce monde, dans le paradis ou le nirvana. Paradoxalement, leur succès en ce monde est dû à l’espoir qu’elles mettent dans l’autre monde. C’est l’avènement des grandes civilisations religieuses. Chacune développe, quoique différemment, ses propres rituels, systèmes éthiques, écrits, doctrines, trésors esthétiques et spiritualité : Dieu dans la Bible, Allah à travers le Coran, Yahvé dans la Torah, Brahma comme une des divinités hindoues et le nirvana à travers Bouddha. Pourquoi les divinités aiment-elles autant se diversifier ? Un autre mystère…

Également, avec le développement des villes et villages, avec la sédentarisation, on voit apparaître les premiers temples religieux. Le plus ancien temple de l’humanité est celui de Göbekli Tepe, un temple de 11 600 ans situé dans les hautes terres de la Turquie près des frontières irakienne et syrienne [8]. Si l’humain construit des temples religieux, c’est qu’il croit au divin et veut l’honorer. Ça me semble assez évident. Pourquoi croit-il au divin ? Il est écrit : « Rien ni personne n’est supérieur à la vérité ». La vérité est que dans toute l’histoire de l’humanité nous n’avons rien vu prouvant l’existence de quelque divinité. Tout n’est qu’évolution et transformation. Alors, si l’humain croit au divin, forcés nous sommes de conclure que ce n’est pas parce que ces divinités existent, mais parce qu’il a un cerveau très évolué, disposant d’une capacité incroyable de fabuler, d’une imagination délirante, et que ces divinités fictives correspondent à un besoin essentiel. Mais lequel ?

Considérons une explication simple et plausible qui tente de prouver cette vérité. En vieillissant, l’être humain passe de l’enfance à l’âge adulte. Rien de bien original dans cette affirmation. Continuons. À l’enfance, il a ses parents pour le protéger, le nourrir et le défendre de tout. À l’âge adulte, il n’a plus ses parents, soit qu’ils le quittent, vieillissent ou meurent tout simplement. Alors, pour les remplacer, car il a désespérément besoin d’eux, étant habitué dans son enfance à être protégé par de si bons « géants », les parents, il crée de toute pièce des divinités fictives très puissantes, capable de le protéger de tout, tout comme ses parents lorsqu’il était enfant : maladies, accidents, souffrances, cataclysmes naturels, etc. Cette caractéristique est tellement vraie, qu’elle est présente chez tous les êtres humains de la Terre et à toutes époques. Et il y croit. Il y croit tellement, qu’il invente toutes sortes de rituels, de règles, pour leur parler, pour les honorer, pour implorer leur aide, surtout lorsque ça va mal. Ce sont les religions. Il a aussi besoin d’elles pour l’après-vie, pour créer un au-delà imaginaire, où il pourra continuer une autre forme de vie, vie qu’il aime tant, en compagnie de ses proches.

La croyance aux divinités est donc une réalité et un besoin fondamental chez l’humain. La preuve : il suffit de faire le tour de la planète pour voir le nombre incalculable de statues immenses qui ont été construites. Celle du Christ de Rio de Janeiro au Brésil (38 m, 125 pi) en est un bel exemple. L’humain invente aussi les religions, au gré des époques et des régions, qui sont un assemblage de rituels et de règles, souvent assez invraisemblables, pour honorer ces divinités. Face à toutes ces croyances à des divinités fictives et à tous ces rituels religieux invraisemblables, que faire ?

La solution : la laïcité !

Considérons d’abord les religions froidement. Elles sont la conséquence de la croyance au divin, elles sont nombreuses, plus farfelues les unes que les autres, montrant le côté irrationnel et infantile de l’humain. Elles ont également donné lieu à de nombreux crimes et violence de toutes sortes, montrant un côté important de l’homme : son côté violent. Elles sont également un symbole d’oppression de la femme, les textes sacrés, prétendument révélés par Dieu lui-même, les considérant comme des êtres inférieurs, des pécheresses, des impures condamnées au second rôle, au quasi-silence, aux impératifs des dogmes masculins, bonnes à être brûlées vives ou à être fouettées. Curieusement, une bonne majorité de femmes sont malgré tout très croyantes et pratiquantes, vénérant ainsi leurs bourreaux.

Évidemment, j’aimerais voir la disparition des religions, mais ça n’arrivera pas, du moins pas à court terme. Les gens ont besoin de croire en quelque chose. Malgré tout, j’aimerais voir un monde et des sociétés sans religion. Peut-être qu’un jour la planète tout entière sera dépoussiérée de toute religion. Ce sera alors un grand pas pour l’humanité. Le mouvement de déchristianisation de l’Europe et la montée de la Chine communiste laissent entrevoir qu’un jour les religions seront mortes et enterrées comme les civilisations du passé. Il ne restera plus qu’à visiter leurs arrogantes ruines. Il n’y aura aucun prophète, aucun gourou pour les ressusciter. Est-ce que l’humanité s’en portera mieux ? Impossible de le dire. Il faut l’expérimenter avant de se prononcer. L’humain sera probablement toujours l’humain, mais on espère qu’il va aller en s’améliorant. On en a déjà des signes avant-coureurs avec le Tribunal international, l’ONU, les conventions de Genève, les Droits de la personne, la démocratie et la laïcité qui se répandent lentement sur la planète, mais sûrement [9].

Mais si la croyance au divin est un besoin fondamental, si la multitude de religions amène des conflits, si les religions sont immorales, criminelles, infériorisent la femme, que faiton ? Il existe heureusement plusieurs outils pour se protéger de tout ce fanatisme religieux, entre autres l’humanisme et l’athéisme, mais ils sont tous inopérants s’il en manque un : la laïcité. Pas la laïcité positive, pas la laïcité inclusive, pas la laïcité-je-ne-sais-quoi, la laïcité point final. La laïcité permet à tout ce beau monde, croyant et non-croyant, de cohabiter dans la paix et l’harmonie. C’est un moindre mal.

Quelle est donc cette laïcité ? D’où provient-elle ? Comment la définit-on ? De quoi est-elle constituée ? Dans son livre, La laïcité, une grande invention, Normand Rousseau propose une laïcité authentique, cohérente et rationnelle [9]. Elle est fondée sur les Droits de la personne et les chartes des droits de la personne et les met en application stricte. Elle n’est pas l’ennemie des religions, mais elle veille au respect de la liberté de religion. Elle fait la promotion du vivre ensemble, croyants et non-croyants, dans la paix et l’harmonie avec nos différences, dans le respect de ces différences sans jamais qu’aucune d’elles ne dicte sa loi aux autres, et surtout parce qu’au-dessus de ces différences, il faut tenir compte de l’intérêt général. Le droit à la différence n’est pas la différence des droits. La laïcité authentique proposée supporte de façon inconditionnelle la démocratie, les droits de la personne, la neutralité, les valeurs humaines, la hiérarchisation des droits, les sphères publiques et privées, la sécularisation, l’égalité des citoyens, la séparation de la science et de la religion, etc.

Elle seule permet, parce qu’elle prône l’universalisme des droits, l’exercice de l’égalité, de la liberté, de la fraternité, de la solidarité envers les femmes. Elle seule permet la pleine liberté de conscience, liberté que nient, plus ou moins ouvertement, toutes les religions dès que leur message s’adresse aux enfants et à l’espace public. Seule la laïcité permet, ironiquement, aux croyants et non-croyants, de vivre en harmonie et en paix. Tous ceux qui prétendent défendre les croyants en acceptant le discours totalitaire religieux défendent en fait leurs bourreaux. Les premières victimes du fanatisme religieux, ce sont les croyants eux-mêmes (juifs, chrétiens, musulmans, etc.).

Insistons, la laïcité veut dire que nous pouvons cohabiter avec les religieux, nous pouvons vivre ensemble, croyants et non-croyants, dans la paix, la concorde, la compréhension et la reconnaissance mutuelle, selon la conception commune d’une liberté d’expression garantie à chacun, qui sache se concilier avec la liberté d’expression de tous les autres. Encore une fois, la laïcité n’est pas l’ennemie de la religion. C’est le principe d’organisation politique qui permet à tous, croyants et non-croyants, d’être à égalité dans la jouissance des mêmes droits. Avec la démocratie et les Droits de la personne, la laïcité est une grande invention de l’humain et elle représente le seul chemin vers une authentique civilisation.

Avec la laïcité, les divinités n’ont qu’à bien se tenir ! Elles sont responsables de la violence des religions. Elles ont perdu le contrôle de leurs disciples. Je les somme de les ramener à l’ordre, sinon elles auront affaire à nous…, à notre arme favorite : la laïcité. Qu’elles se le tiennent pour dit. Une divinité avertie en vaut deux!

Références

[1] Simon Singh, Le roman du Big Bang, éditions JeanClaude Lattès, 2004.

[2] Encyclopédie Internet Wikipédia, Voie Lactée, https:// fr.wikipedia.org/wiki/Voie_lact%C3%A9e

[3] Bible, Genèse Ch. 1, V. 1:31

[4] Histoire et évolution de la Terre et de la vie [PDF], http:// www.fermedesetoiles.com/documents/supports/histoire-etevolution-de-la-terre-et-de-la-vie.pdf

[5] Christopher Lloyd, What on Earth Evolved? Bloomsbury Publishing, 2009.

[6] Encyclopédie Internet Wikipédia, Homo sapiens, https://fr.wikipedia.org/wiki/Homo_sapiens

[7] Ninian Smart, Atlas des Religions dans le Monde, Könemann, 2000.

[8] Göbekli Tepe : Le plus ancien temple de l›humanité, http://www.wikistrike.com/article-gobekli-tepe-le-plusancien-temple-de-l-humanite-68011054.html

[9] Normand Rousseau, La Laïcité, une grande invention, édition Fondation littéraire Fleur de Lys, 2015. *

Gracchus Babeuf

François Noël Babeuf, connu sous le nom de Gracchus Babeuf, né le 23 novembre 1760 à Saint-Quentin et mort guillotiné à Vendôme
le 27 mai 1797 (8 prairial an V), fut un révolutionnaire français. Il forma la « conjuration des Égaux » contre le Directoire et fut exécuté. Ses idées inspirent un courant de pensée, le « babouvisme », qui  préfigure le communisme et l’anarchisme.  (source: Wiki)

 

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