L’Ancien Testament est un témoignage de la barbarie de l’antiquité. Qu’en est-il du Nouveau Testament ?

par Nov 15, 2015Livres, Québec humaniste, Réflexions, Religions0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

NDLR Beaucoup de chrétiens se détachent volontiers de l’Ancien Testament et disent s’inspirer du Nouveau Testament pour trouver une direction dans leur vie, un modèle d’éthique, et une inspiration « humaine » sous la forme de Jésus de Nazareth. Ceux parmi nous qui n’avons pas étudié intensivement le Nouveau Testament n’avons pas beaucoup d’arguments contre ce positionnement. Après tout, Jésus n’est-il pas cet humble et gentil pêcheur de poissons qui n’a jamais eu l’idée de faire du mal à qui que ce soit ? Eh bien ! Lisez cette traduction d’un texte d’Elizabeth Anderson pour y voir plus clair. Le Nouveau Testament est présenté par elle comme un texte carrément dégueulasse.

Court extrait de « If God is dead, is everything permitted ? » d’Elizabeth Anderson dans « The portable atheist, Essential readings for the nonbeliever » un assemblage de textes publié par Christopher Hitchens, Da Capo Press, Philadelphie, 2007 Traduit par C.M.J. Braun

 

Les apologistes chrétiens voudraient nous faire constater que la plupart des transgressions [éthiques, NDLR] se produisent dans l’Ancien Testament. Le Dieu de l’Ancien Testament est reconnu comme un Dieu sévère et en colère, tandis que le Jésus du Nouveau Testament serait tout amour. Nous devrions donc examiner la qualité de l’amour que Jésus promet d’apporter aux humains.

Il est jaloux, ce Jésus. Il nous raconte que sa mission est de faire en sorte que les membres de la famille détestent les autres membres, afin de l’aimer davantage, lui, que leur parent (Matt. 10 : 35-37). Il promet le salut à ceux qui abandonnent leurs épouses et enfants pour lui (Matt 19 : 29, Marc 10 : 29-30., Luc 18 : 29-30). Les disciples doivent haïr leurs parents, frères et sœurs, les épouses et les enfants (Luc 14 : 26). Le baston ne suffit pas pour les enfants qui maudissent leurs parents, ils doivent être tués (Matt. 15 : 4-7, Marc 7 : 9-10, Lev. 20 : 9). Ce sont les « valeurs familiales » de Jésus. Pierre et Paul ajoutent à ces « valeurs familiales » la domination despotique des maris sur leurs femmes réduites au silence, qui doivent obéir à leurs maris comme des dieux (1 Cor 11 : 3, 14 :. 34-5; Eph. 5 : 22-24; Col 3 : 18; 1 Tim.2 : 11-12 ; i Pet. 3 : 1).

Assurément, le génocide, les plaies envoyées par Dieu, et la torture ne se produisent pas dans l’actualité les temps chroniqués par le Nouveau Testament. Mais ils y sont prophétisés, en reprise de l’Ancien Testament (par exemple, dans Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Micah, et Zepheniah). À la seconde venue, toute ville qui n’a pas accepté Jésus sera détruite, et les gens vont souffrir encore plus qu’ils ne l’ont fait quand Dieu détruisit Sodome et Gomorrhe (Matt. 10 : 14-15, Luc 10 :12). Dieu va inonder la terre comme au temps de Noé (Matt. 24 : 37). Ou, peut-être mettra-t-il le feu à la terre pour détruire les infidèles (2 Pierre 3 :. 7, 10). Mais pas avant que Dieu n’envoie Mort et Enfer pour tuer le quart des habitants de la Terre « par l’épée, la famine et la peste, et par les bêtes sauvages » (Apoc. 6 : 8).

Apparemment, il ne suffit pas de tuer des gens une seule fois. Ils doivent être tués plus d’une fois pour satisfaire la mathématique génocidaire du Nouveau Testament. Car nous nous faisons également dire qu’un ange brûlera un tiers de la Terre (8 : 7), un autre empoisonnera un tiers de son eau (8 : 10-11), quatre anges tueront un autre tiers de l’humanité par fléaux: le feu, la fumée, et le soufre (09 : 13, 17-18), deux des témoins de Dieu apporteront fléaux sur la terre autant qu’ils puissent le désirer (11 : 6), et il y aura un assortiment de décès par tremblements de terre (11 : 13, 16 : 18-19) et par la grêle (16 : 21).

La mort n’est pas un sort assez mauvais pour les incroyants, cependant. Ils doivent être torturés en premier. Des grillons vont les piquer comme des scorpions jusqu’à ce qu’ils veuillent mourir, mais ils se verront refuser le soulagement de la mort (9: 3-6). Sept anges verseront sept coupes de la colère de Dieu, fléaux de plaies douloureuses, mers et rivières de sang, brûlures du soleil, ténèbres et morsures de langue (16 : 2-10).

Voilà tout ce qui est prévu pour les gens qui habitent la Terre. Mais en plus, la damnation éternelle attend la plupart des gens à leur mort (Matt 7 : 13-14.). Ils seront jetés dans la fournaise ardente (Matt. 13 : 42, 25 : 41), un feu inextinguible (Luc 03 : 17). Pour quelle raison? Le Nouveau Testament n’est pas cohérent sur ce point. Paul prêche la doctrine de la prédestination, selon laquelle le salut est accordé comme un don d’un Dieu arbitraire, sans que les humains puissent rien y faire (Eph. 1 : 4-9). Cela implique que le destin humain est jeté dans les tourments éternels de l’enfer sur le caprice de Dieu. Parfois, le salut est promis à ceux qui abandonnent leurs familles et suivent le Christ (Matt. 19 : 27-30, Marc 10 : 28-30, Luc 9 : 59-62). Ces conditions expriment une indifférence choquante à l’égard des membres de la famille. Plus souvent, les évangiles synoptiques promettent le salut sur la base des bonnes œuvres, en particulier la justice et l’aide apportée aux pauvres (par exemple, Matt 16 : 27, 19: 16-17 ; Marc 10 : 17-25; Luc 18 : 18-22, 19 : 8-9). Cela a au moins la forme de la justice, fondée sur un certain mérite. Mais le Nouveau Testament inflige récompenses et punitions grossièrement disproportionnées par rapport aux actes commis par les gens dans leur vie. Les péchés véniels ne peuvent justifier une punition éternelle.

Depuis la Réforme, la pensée chrétienne a eu tendance à privilégier soit la prédestination ou la justification par la foi. Selon le deuxième de ces points de vue, les « sauvés » sont tous et seulement ceux qui croient que Jésus est leur sauveur. Tout le monde est damné. Ceci est le point de vue de l’Évangile de Jean 3 : 15-16, 18, 36; 06h47; 11 : 25-26). Il en résulte que les nourrissons et tous ceux qui jamais n’ont eu l’occasion d’entendre parler du Christ sont damnés, sans qu’aucune faute ou transgression ne puisse leur être attribués. En outre, même ceux qui entendent parler du Christ n’ont aucune chance d’évaluer ses enseignements sur leur mérite. Car Dieu joue dans la tête des gens. Il assujettit les gens à des « délires puissants » de sorte qu’ils ne croiront pas ce qui est nécessaire pour le salut, pour s’assurer qu’ils soient condamnés (2 Thessaloniciens 2 : 11- 12.). La foi elle-même est donc un cadeau de Dieu plutôt qu’un produit de l’évaluation rationnelle sous notre contrôle et pour lequel nous pourrions être tenus responsables. Ainsi la foi est réduite au caprice arbitraire de Dieu (Paul, Eph 2 : 8-9.).

Et que devons-nous faire de l’idée selon laquelle Jésus serait mort pour nos péchés (Rom. 5 : 8-9, 15-18 ; 1 Jean 2 : 2; Apocalypse 1 : 5) ? Cet enseignement religieux est le noyau du christianisme, imposant à Jésus d’être un bouc émissaire pour l’humanité. La pratique du bouc émissaire contredit tout principe moral de la responsabilité personnelle. Il contredit également toute idée morale de Dieu. Si Dieu est miséricordieux et aimant, pourquoi ne pas pardonner à l’humanité ses péchés immédiatement plutôt que d’exiger 150 livres de chair sous la forme de son propre fils ? Comment un père aimant pourrait-il faire cela à son fils ?

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