N’ayez pas peur d’être un(e) humaniste !

par Juin 15, 2012À propos de l'AHQ, Mot du président, Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

MICHEL PION

MICHEL PION

Vice-Président et trésorier (président de 2010 à 2013)

Michel Pion est membre de l’AHQ depuis 2006, informaticien de profession il est membre du CA du l’AHQ depuis 2007 et a été l’instigateur principal de la campagne des « Autobus Athées » en 2009 et est à l’origine de la création du bulletin Québec humaniste.

Le 22 juin dernier avaient lieu nos traditionnelles agapes de l’équinoxe d’été. Non seulement les humanistes que nous sommes profitaient de cette étape pour fêter notre humanité et la nature qui nous entoure, mais aussi la journée précédente, le 21 juin, est maintenant célébré par les humanistes du monde entier comme la journée mondiale de l’humanisme. Toutefois, peu d’humanistes et encore moins de gens dans le grand public en font grand cas ou en connaissent même l’existence. C’est compréhensible dans le second cas, mais beaucoup moins en ce qui concerne notre groupe et je trouve cette situation fort préoccupante. Il y a encore trop de gens, ici au Québec qui ignorent notre existence et la philosophie que nous défendons et je pense que nous avons tous une part de responsabilité dans cet état de choses et que, par conséquent, nous devrions faire des efforts pour y remédier.

Dans cette optique le texte qui suit résume si exactement mes sentiments en la matière que j’ai décidé               de le publier en lieu et place de mon traditionnel « message du président ». Il a été publié originalement en anglais dans le « International Humanist News » de mars 2012 sous la plume de Monsieur Levi Fraggell, un ancien président de l’IHEU (International Humanist and Ethical Union), sous le titre « Do call yourself a humanist! » La traduction qui suit est publié avec sa permission.

Durant toutes les années où j’ai été actif dans le mouvement humaniste international, j’ai toujours insisté lourdement auprès de mes amis, membres de mouvements laïques, rationalistes et libres penseurs pour qu’ils utilisent le vocable d’humanisme pour caractériser leur vision du monde. Je ne veux pas dire par là qu’ils ne devraient pas former de groupes faisant la promotion de la laïcité, du rationalisme et de la libre pensée, tous ces aspects de l’humanisme sont importants et méritent qu’on en fasse la promotion. Mais dans notre mouvement nous devons réaliser qu’il y a un réel danger que nous perdions notre prérogative d’utiliser le mot humanisme en le diluant par l’ajout de qualificatifs tel qu’humanisme éthique, humanisme laïque, humanisme radical, etc.

Déjà, dans les années quatre-vingt, l’humaniste anglais Harry Stopes-Roe et moi-même étions conscients de ce besoin de définir clairement notre identité et avons publié à l’époque notre « déclaration de huit lettres » (neuf en ce qui nous concerne) qui affirmait que « tous les humanistes, localement ou internationalement, devraient toujours utiliser la seule appellation d’humanisme pour définir celui-ci sans autres adjectifs… » Cette déclaration fut entérinée par les leaders humanistes de l’époque comme Harold Blackman, Corliss Lamont et Rob Tielman. C’est une évidence que le mot humanisme est utilisé pour décrire des activités et des approches qui n’ont rien à voir avec une philosophie du monde qui ne fait pas appel à la religion. Plusieurs de ces approches se disent humanistes car, elles mettent l’accent sur les valeurs humaines ou sur le bien-être de tous les êtres humains. Mais de mon point de vue, c’est du défaitisme de prétendre que parce que ce mot est utilisé à toutes les sauces, nous avons perdu le droit de l’utiliser comme « nom de famille » pour tous ces groupes faisant partie de l’IHEU. Presque tous les dictionnaires dans le monde définissent l’humanisme comme une approche non religieuse de notre existence. En voici quelques exemples:

Le Larousse : « Philosophie qui place l’homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs »

Le dictionnaire de l’académie française : « Doctrine, attitude philosophique, mouvement de pensée qui prend l’homme pour fin et valeur suprême, qui vise à l’épanouissement de la personne humaine et au respect de sa dignité. »

Toutefois, je suis inquiet lorsque je fais la constatation suivante; voilà de cela sept ans, j’avais fait une recherche Google sur le mot humanisme et j’avais trouvé quatre-cent cinquante-six mille références. J’avais regardé les trente premiers liens et sur le total vingt-deux sur trente mentionnaient l’approche non religieuse de l’humanisme. Aujourd’hui le nombre de références dépasse le million et la vision du monde humaniste que nous proposons n’est qu’une de nombreuses variantes. Sommes-nous sur le point de perdre notre identité internationale? Si oui, nous en sommes responsable et nous devrions faire de ce problème une préoccupation majeure.

L’humanisme en tant que mouvement mondial n’est organisé que depuis un peu plus de soixante ans, mais ceux qui se sont réunis à Amsterdam en 1962 pour fonder l’IHEU étaient des personnalités connues et appréciées de leurs contemporains comme Julian Huxley, des têtes dirigeantes de l’ONU, des scientifiques, philosophes et écrivains. Il y a eu de longues discussions sur les priorités d’une organisation humaniste, mais pas sur le fait que l’humanisme était une vision du monde qui excluait la religion!

Une autre question à se poser sur notre identité et notre rôle sur la scène mondiale est la suivante; après 60 ans, n’est-il pas temps pour l’humanisme de s’étendre géographiquement et de s’établir clairement comme une alternative aux différentes religions, aux vieilles idéologies et autres systèmes de pensée irrationnelles ailleurs dans le monde? En ce qui me concerne, je suis convaincu que l’humanisme a beaucoup à apporter principalement dans de nombreux pays asiatiques, en Afrique et aussi dans plusieurs ex-républiques soviétiques, en Amérique du sud et en Amérique centrale. L’essor général de la connaissance humaine et de la science va repousser de plus en plus les religions fondamentalistes et promouvoir la vision rationnelle et tolérante de l’humanisme. L’accès de plus en plus répandu à internet et aux autres médias électroniques va faciliter pour ces gens l’exposition à l’alternative que représente l’humanisme, qui ne sera pas prêché par des missionnaires ou des pasteurs, mais par l’entremise d’un dialogue honnête et sérieux entre gens de mêmes conditions et sur un ton égalitaire.

Ce potentiel énorme de l’humanisme me ramène à mon introduction qui sera aussi ma conclusion; les gens qui ne nous connaissent pas, doivent savoir qui sont les humanistes et où ils se trouvent. Notre message doit être reconnu comme humaniste, c’est-à-dire une vision du monde qui se présente comme une alternative positive à l’irrationnel, au fondamentalisme, au totalitarisme et au racisme et ils doivent savoir comment nous contacter. Les humanistes ne doivent surtout pas se refermer en petit club exclusif, mais être les premiers à agiter leurs bannières, à lutter pour la liberté dans la vie publique, combattre les injustices, réclamer des droits égaux pour tous, protester contre la violence, qu’elle soit familiale, sociale ou ethnique. Comment pouvons-nous avoir une influence quelconque sur la société qui nous entoure si les humanistes ne s’organisent pas en tant qu’humanistes? Pour l’IHEU comme pour tous les groupes locaux notre première responsabilité devrait être de rejoindre le plus de personnes possibles, afin qu’ils connaissent notre existence et qu’ils sachent que nous sommes prêts à les soutenir et que nous les invitons à se joindre à nous pour qu’ils participent à ce projet global de l’établissement d’une alternative commune aux idéologies et aux religions inhumaines. 

Encore une fois je tiens à souligner l’énorme travail accompli par l’éditeur de Québec humaniste, Claude Braun auquel nous devons cette excellente publication qui se veut le reflet de nos membres ainsi que tous ceux faisant partie de la grande communauté humaniste. Je vous encourage de nouveau à faire connaitre QH à vos amis et connaissances. Je remercie également en mon nom personnel et au nom de l’Association humaniste du Québec tous nos collaborateurs qui ont pris le temps de nous soumettre des textes. Si vous souhaitez soumettre un texte ou envoyer un commentaire vous pouvez le faire à l’adresse suivante: info@assohum.org Ou encore vous pouvez nous les faire parvenir à notre adresse postale :
Association humaniste du Québec
C.P. 32033, Montréal, Québec
H2L 4Y5
Bonne lecture.

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