-UN POINT pour Christiane Pelchat et le Conseil du Statut de la Femme -ZÉRO pour Gérard Bouchard et Charles Taylor et leur rétrograde Commission

par Mar 15, 2011actualités - humanistes, Articles de fond, Laïcité, Québec humaniste0 commentaires

CLAUDE BRAUN

CLAUDE BRAUN

Administrateur et éditeur en chef du "Québec humaniste"

Claude Braun a été professeur de neurosciences cognitives à l'UQAM de nombreuses années. Retraité depuis peu, Il a publié nombres de documents de recherches sur le sujet. Il a été également éditeur du "Québec laïque"  et est depuis quelques années l'éditeur en chef  de notre revue "Québec humaniste" Il a également publié "Québec Athée" en 2010. Téléchargeable gratuitement en utilisant ce lien avec  les compliments de l'auteur.

Est paru en Mars 2011 le rapport du Conseil du Statut de la Femme (CSF) sur la laïcité [1]. On peut décrire ce rapport comme une réfutation complète, que dire, un knock out radical, du rapport de la Commission Bouchard Taylor.

Rappelons que le rapport Bouchard-Taylor a proposé en 2008 une laïcité « ouverte » pour le Québec, ouvrant ainsi la porte aux accommodements religieux, aux signes religieux ostentatoires sur la place publique, à l’éducation religieuse d’État, au multiculturalisme. D’aucuns ont trouvé que le rapport BT marquait une régression de la laïcité au Québec.

Dans le rapport du CSF, on ne trouvera rien de tel. On ne trouvera d’analyses et propositions que compatibles avec une laïcité « républicaine » franche, claire et nette. L’analyse est étonnamment radicale et les recommandations proposées franchement révolutionnaires.

Le CSF est un organisme gouvernemental québécois crée en 1973. Son mandat est d’aviser le gouvernement relativement à l’égalité et au respect des droits et du statut de la femme.

Voyons les points saillants du rapport du CSF.

L’analyse.

Le rapport relève la montée de « l’instrumentalisation de la foi ». C’est-à-dire qu’il n’est en aucune façon naïf sur le sens politique des revendications religieuses. Il ose nommer la couleur politique de la revendication religieuse qu’il dénomme « de droite ». Il associe la revendication religieuse à l’atteinte à la liberté de croyance et la laïcité à la garantie de la dite liberté. Il va plus loin. Il nomme la laïcité comme « garant de la démocratie ». Évidemment, Il dénonce le sexisme des religions : « De tout temps, RELIGION a rimé avec OPPRESSION DES FEMMES. Les trois grandes religions monothéistes (le christianisme, le judaïsme et l’islam) ont toujours été et continuent d’être discriminatoires pour les femmes. Nées dans le creuset du patriarcat elles véhiculent une conception selon laquelle les femmes sont inférieures aux hommes. »

Les recommandations.

Le CSF s’oppose explicitement à la notion de laïcité « ouverte ». Sa vision de la laïcité est celle d’une séparation complète entre les religions et l’État. Il recommande l’abolition pure et simple du volet « culture religieuse » du programme scolaire. Il propose d’intégrer les principes de la laïcité à la charte des droits et libertés du Québec. Il propose que l’état adopte une attitude, un ton, une mouvance interculturelle d’intégration plutôt que multiculturelle de ghettos à l’égard de ses immigrants. Il propose d’interdire non seulement le port de signes religieux ostentatoires par les employés de l’État, mais aussi les « signes et symboles religieux dans les institutions de l’État » sous réserve de leur caractère patrimonial, la récitation de prières d’ouverture dans les conseils de ville et la participation des officiers de l’État à des manifestations religieuses dans le cadre de leurs fonctions. Finalement, non seulement le rapport recommande-t-il l’abolition de la subvention d’État (60%) aux écoles confessionnelles, mais il demande un examen des liens financiers entre l’état et le religieux visant à dissocier complètement l’État de la religion.

Le dernier point est porteur d’immenses conséquences. Il y a une dizaine d’années, le Mouvement laïque québécois a publié une analyse des avantages fiscaux de l’Église Catholique au Québec. On sait que l’Église catholique bénéficie d’importants privilèges quant aux impôts fonciers, ainsi que d’un grand nombre d’accommodements face aux impôts sur les particuliers, et autres avantages financiers. Le MLQ chiffrait alors l’ensemble de ces privilèges à 6.7 milliards de dollars par année au seul pallier provincial. On sait que d’importantes sommes échappent aux québécois et vont dans les coffres de l’église Catholique aussi via leur pallier gouvernemental fédéral (e.g., subventions pour réfection des églises).

Qui a dit que les femmes manquaient de détermination ? Ici, les huit femmes du CSF ont pondu un rapport d’une grande qualité intellectuelle (467 citations dans le texte), parfaitement cohérant et avant-gardiste. Elles ont fustigé leur propre employeur, le gouvernement du Québec et donc par extension le parti Libéral du Québec. Elles ont proposé rien de moins qu’une refonte majeure du système de financement de l’Éducation au Québec, du système fiscal et du curriculum scolaire. En somme, elles ont proposé l’abandon complet de la religion par l’État – ce qui aurait pour effet d’émasculer les églises à un point tel qu’elles ne deviendraient que de pales reliquats de ce qu’elles sont aujourd’hui.

Merci mesdames !

  1. Avis : Affirmer la laïcité, un pas de plus vers l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Rapport du Conseil du Statut de la Femme, Gouvernement du Québec (Christiane Pelchat, Présidente), 161 pp., Mars 2011.

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