Richard Rousseau

Richard Rousseau

Chercheur scientifique spécialisé en physique des rayons X, à la retraite, ayant travaillé plus de 36 ans au laboratoire d’analyse par fluorescence des rayons X (FRX) de la Commission géologique du Canada, à Ottawa. Il y a développé une méthode d’analyse FRX et un logiciel d’application. Il est membre à vie de l’Association humaniste du Québec.

En cette période de la canonisation du Frère André, je trouve sain de se poser des questions sur cette coutume religieuse qui date d’une autre époque. À la lumière des connaissances scientifiques d’aujourd’hui, comment interpréter le fait de déclarer un homme « saint » parce qu’il aurait accompli quelques « miracles »? Est-ce que ces deux mots entre guillemets ont encore une signification de nos jours, même pour un croyant? Quelle crédibilité accorder à cet évènement? Est-ce une tentative désespérée d’une Église moribonde qui tente de raviver la flamme religieuse d’autrefois? Pour répondre à ces questions, essayons de comprendre l’origine de cette coutume qui est pour le moins insolite. Il sera plus facile alors de dire s’il y a eu véritablement un miracle après avoir sollicité l’aide d’un homme décédé prétendument saint. 

Pour qu’il y ait miracle, cela présuppose qu’il existe une puissance divine qui est à l’écoute de la personne qui réclame son aide. De tout temps, en tous lieux sur notre planète, l’homme a toujours cru aux puissances divines. Pourquoi? L’origine de cette croyance, selon moi, réside dans le fait que l’adulte ne retrouve plus la protection de sa jeune enfance que lui procuraient ses parents, des géants à ses yeux. Dans ses premiers jours, les trois besoins essentiels de l’enfant : amour, chaleur et nourriture sont facilement comblés par des géants, ses parents, en supposant que ses parents savent bien s’acquitter de leur tâche de parents. Cette protection est tellement indispensable, tellement bienfaitrice, qu’elle s’imprègne dans le subconscient de l’enfant pour le reste de sa vie. Elle disparait malheureusement lorsque l’adulte réalise que ses parents ne sont pas des géants, mais des personnes bien ordinaires. Cependant, le besoin de protection lui reste. Que fait l’adulte à ce moment? Il s’invente de toutes pièces de nouveaux géants, ou des dieux, capables de le protéger de tout, à tout moment. Ces géants fictifs ne sont que ça : de la fiction provenant d’un besoin essentiel. Par conséquent, tout ce qui découle de cette fiction, de ce conte de fées, de cette fable, comme les miracles, n’est alors que le fruit de notre imagination, de la spéculation, qui n’a rien à voir avec la réalité. Qu’on laisse donc en paix le frère André dans sa tombe. Peu importe qu’il soit saint ou pas, il ne peut être l’auteur de miracles. 

Mais ce n’est pas la seule raison qui pousse les humains à inventer des puissances divines pour se protéger. Il y a aussi la dure réalité du quotidien. 

Si on recule aussi loin que l’on veut dans le temps, qu’est-ce qui peut bien pousser une personne, ou un groupe de personnes, qui n’ont aucune compréhension des phénomènes naturels qui les entourent, qui sont pour eux totalement inexplicables, à affirmer de façon tout à fait gratuite, dans l’ignorance la plus complète, en l’absence de toute rationalité, que certains phénomènes sont surnaturels? Qu’est-ce qui peut bien pousser une ou des personnes à déclarer qu’il existe une puissance invisible qui veille sur nous de notre vivant et qu’il existe une autre vie après la mort? 

Pour répondre à ces questions, considérons à titre d’exemple une région qui a été très riche en religiosité, soit le Proche-Orient, le berceau des trois grandes religions monothéistes, cette partie de terre située à l’extrémité est de la mer Méditerranée, où juifs, chrétiens et musulmans s’en sont donné à cœur joie pour créer des religions encore très vivaces aujourd’hui. Reportons-nous à une époque où ces trois grandes religions n’existaient pas encore, disons il y a entre 10 et 20 000 ans. 

Il faut se remettre dans le contexte de l’époque où la survie est la seule chose qui préoccupe les humains, où la maladie peut frapper à tout moment, où la mort est omniprésente, partout, toujours, où demain est loin d’être assuré, où le climat est très dur, où la nourriture est rare, où les cataclysmes naturels sont fréquents et meurtriers, où le danger de mort est présent à chaque pas… Que fait l’être humain dans ce cas? Il s’invente des divinités dont il implore la protection. L’origine de la croyance au divin provient avant tout d’un immense besoin de protection. 

On peut facilement s’imaginer cette partie du monde où règne le désert, où vivent des tribus avec leurs caravanes de dromadaires, leurs camps de nomades, où l’air est brulant, où l’eau et la nourriture sont très rares, où les arbres sont peu nombreux et brulés par le soleil, où une multitude de buissons épineux poussent un peu partout dans d’immenses étendues de sable jaune, autant de lieux où le soleil brule les têtes, assèche les corps, assoiffe les individus. 

Que font alors ces hommes épuisés par leurs trajets sans cesse répétés sur des pistes de sables chauffées à blanc, où la vie n’est que souffrance ? Ils commencent à s’imaginer des oasis, à rêver de lieux paradisiaques où l’eau coule, fraiche, limpide, abondante, où la nourriture et les boissons abondent, où coulent des fleuves de lait et de vin, où vivent en abondance des vierges célestes d’une grande beauté, où s’étalent des jardins magnifiques remplis de musique divine. 

Cependant, ils se leurrent, ils se trompent, ils n’en connaitront malheureusement jamais rien de leur vivant. Tout ça n’est que du rêve. Les hommes fabulent pour éviter de regarder le réel en face. La création de paradis imaginaires ne serait pas bien grave si elle ne s’accompagnait d’espoirs fous réalisables par des puissances divines fictives. Ces divinités sont les seules à pouvoir satisfaire leurs désirs d’oasis, leurs envies de paradis, pour leur faire oublier la dure réalité. Et c’est ça le drame. Leurs rêves et les dieux qui vont avec deviennent plus réels que le réel. Le royaume des cieux, né du désert, devient alors une obsession pour laquelle on est prêt à mourir et/ou à tuer s’il le faut. 

De là à s’imaginer des charlatans qui en profitent pour établir leurs pouvoirs et acquérir des richesses, qui abusent de la naïveté de personnes ignorantes et facilement influençables, il n’y a qu’un pas à franchir. Ainsi apparaissent les religions, les saintes Écritures soi-disant rédigées sous l’inspiration de Dieu lui-même, truffées de dogmes plus invraisemblables les uns que les autres, un peuple qui s’autoproclame élu par Dieu pour imposer sa volonté, l’infériorisation de la femme (Première épitre à Timothée, 2, 9-15), etc. Lorsque le besoin se fait sentir pour apaiser ses peurs et ses angoisses, l’humain fait preuve d’un imaginaire très fertile.

Dieu est donc une fiction, une création des hommes, une fabrication qui répond à un besoin essentiel. Mais en plus, les hommes créent ce Dieu à leur image inversée. En effet, les humains, étant mortels, finis, limités, souffrent de ces imperfections et ressentent le besoin d’inventer une puissance dotée précisément des qualités opposées à leurs défauts. Ils attribuent des qualités divines à ces êtres supérieurs devant lesquels ils s’agenouillent puis se prosternent. Je suis mortel ? Dieu est immortel. Je suis fini ? Dieu est infini. Je suis limité ? Dieu est illimité. Je ne sais pas tout ? Dieu est omniscient. Je ne peux pas tout ? Dieu est omnipotent. Je ne suis pas doué du talent d’ubiquité ? Dieu est omniprésent. Je suis créé et mortel ? Dieu est incréé et éternel. Je suis faible ? Dieu incarne la Toute-Puissance. Je suis sur terre ? Dieu est au ciel. Je suis imparfait ? Dieu est parfait. Je ne suis rien ? Dieu est tout, etc. La religion devient donc une forme d’aliénation par excellence ; elle suppose la coupure de l’homme d’avec lui-même, d’avec la réalité et elle crée un monde imaginaire où la vérité devient fictive, un beau conte de fées. 

Curieusement l’homme crée également ses dieux à sa propre image, avec ses nombreux défauts. Les textes de l’Ancien Testament nous racontent mille ans d’histoires d’horreurs. Ces documents nous révèlent l’affirmation d’un Dieu unique, violent, jaloux, querelleur, intolérant, belliqueux, destructeur, misogyne, esclavagiste qui a généré plus de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix, d’amour et de bonheur. Décidément, il n’y a rien de parfait dans ce bas monde! 

Un autre terrain fertile sur lequel grandissent les religions est l’ignorance. Lorsqu’on ne peut comprendre un phénomène naturel ou autre, il est facile d’inventer des explications surnaturelles qui finalement sont bien utiles pour tout expliquer. Par exemple, le tonnerre est l’expression d’un Dieu en colère, une explosion volcanique est l’ouverture des portes de l’enfer, jusqu’à croire en la création du monde en six jours par un Dieu tout puissant, puis, en la création de l’humanité par ce même Dieu, Adam et Ève étant le premier couple. Encore une fois, on nage dans la fabulation la plus complète. 

Enfin, une dernière raison qui pousse certaines personnes vers les religions est la promesse, que certains trouvent irrésistible, d’une autre forme de vie après la mort. L’homme ne peut éviter sa rencontre avec cette dernière. Il ne peut surtout ni imaginer ni supporter l’idée de sa propre disparition. Alors, les religions lui inventent une vie après la mort pour meubler son au-delà éternel. Qu’en est-il exactement? Il est facile d’évoquer n’importe quoi, le Ciel et l’Enfer, puisqu’on ne peut rien prouver, ou rien nier, tout étant encore une fois imaginaire. 

L’homo sapiens que nous sommes semble être la seule espèce qui sait qu’elle va mourir un jour. Le cerveau humain a beaucoup de difficulté à accepter l’idée de la mort. Il se révolte même contre cette idée. Ça s’appelle l’instinct de survie. Certains trouvent donc fort réconfortant le fait que les religions puissent apaiser cette peur naturelle de la mort. Même s’il s’agit d’une grande supercherie, peut-être la plus grande de toute l’histoire humaine, il faut reconnaitre à la religion son pouvoir d’attraction. C’est pourquoi, à mon avis, les religions, tout comme les vendeurs de poudre de perlimpinpin, ont encore un avenir prometteur auprès des personnes peu instruites, naïves ou facilement influençables. Ainsi, il est compréhensible qu’il y ait une demande pour toutes sortes de croyances qui peuvent aider à faire face à cette dure réalité. La religion devient ici une forme bon marché d’une thérapie contre l’angoisse face à la mort. 

Les religions sont généralement basées sur des croyances fictives et sur des mythes irrationnels. S’il semble si évident que toute religion est une immense supercherie reposant sur les faiblesses humaines que des charlatans ont habilement exploitées pour satisfaire leurs intérêts personnels, comment se fait-il alors qu’elles aient survécu jusqu’à aujourd’hui? 

Il faut rappeler que les êtres humains sont des animaux sociaux qui ont un penchant naturel à faire partie d’un groupe ou d’une communauté. C’est une condition de survie. Et lorsque des personnes se regroupent pour former une grande cité, prenons par exemple Jérusalem, ce n’est pas long que les charlatans religieux s’y installent pour exploiter les faiblesses humaines à leur profit. Ils sont d’habiles manipulateurs. Puis, viennent les Messies qui essaient d’améliorer les choses en créant de nouvelles religions. Au début, ces nouveaux mouvements tentent de faire du recrutement. On appelle ça de façon plus polie des conversions. Certains réussissent, d’autres non. La campagne de recrutement pour l’une de ces religions, que l’on appellera plus tard le christianisme, a très bien réussi à cause de l’intelligence et du dynamisme de son fondateur, malgré les nombreux massacres et les nombreuses persécutions. Pendant trois siècles, ce mouvement fut pacifique, mais à partir du début du 4e siècle, le christianisme a été officiellement créé, a renié son pacifisme et s’est fusionné avec l’empire romain, essentiellement militaire, sous les empereurs Constantin et Théodose 1er. Comme les Romains régnaient sur l’Europe entière, le christianisme s’est répandu comme une trainée de poudre. 

À partir de ce moment, les gens n’avaient plus le choix d’adhérer à cette religion officielle sous peine de mort. Elle a étendu son hégémonie par l’épée, et non pas par la qualité de sa doctrine ou de son idéologie. Les Croisades, l’Inquisition et les guerres de Colonisation en sont des preuves flagrantes. Les grandes religions officielles d’aujourd’hui sont le résultat des guerres passées, donc de la violence. Par conséquent, une raison fondamentale derrière le pouvoir des grandes religions d’aujourd’hui vient du fait que pendant des siècles les gens ont été forcés par les pouvoirs militaires, économiques et politiques, les conversions massives, enfin, l’imposition de la religion des rois à leurs peuples, donc par une violence excessive, d’adhérer à ces idéologies religieuses. 

Je dénonce donc toute forme de religion et je remets en question la croyance à un Dieu tout-puissant, créateur de tout, croyance qui, à mon avis, a toujours été néfaste à l’être humain à cause de son caractère mythique. Mais alors, si on ne croit plus au divin, on remplace ça par quoi? Par l’athéisme! Notre société a grand besoin de redonner à l’athéisme toutes ses lettres de noblesse, car en fin de compte, je suis convaincu que c’est la seule option qui mène à la paix véritable, à un authentique humanisme basé uniquement sur des valeurs humaines qui excluent tout élément surnaturel ou mystique. Mais curieusement, ce sont les religieux qui font les guerres, tout en reprochant aux athées tous les maux de la terre! 

Évidemment, de nos jours, il existe des personnes instruites, compétentes, des sommités dans leur domaine qui sont croyantes. Elles n’arrivent pas à oublier la religion apprise pendant leur enfance. Pourtant, lorsqu’elles étaient jeunes, on leur enseignait des concepts religieux abstraits qu’elles étaient incapables de comprendre. Elles furent des victimes de bourrage de crâne. Une fois adultes, ces gens instruits, malgré leurs connaissances, préfèrent continuer à invoquer des divinités fictives, à ignorer l’immoralité des livres sacrés ou l’histoire criminelle des religions officielles. Ils continuent probablement à adhérer à leur religion pour ce besoin de protection dont je parlais. Également, ils n’arrivent pas à se détacher de cette angoisse, de cette espérance d’un au-delà. Reste la naïveté que non seulement les religions exploitent encore aujourd’hui, mais aussi tout un grouillement de sectes et de gourous qui cherchent et trouvent des proies faciles. La baisse de la pratique religieuse ne doit pas être remplacée par ces mouvements sectaires, mais par un humanisme et un athéisme solides, sereins, épanouis et réalistes. 

C’est pourquoi je fais la promotion de l’athéisme, cette conviction qui nous libère enfin des conséquences de toute servitude irrationnelle. Il faut se débarrasser des reliques d’un lointain passé où l’ignorance et les superstitions régnaient en maitre. Il faut promouvoir les connaissances scientifiques, car avec la montée de ces connaissances, la raison d’être de Dieu diminue constamment. À l’origine des religions, un soi-disant Dieu expliquait tout; il était l’auteur de tout. Aujourd’hui Dieu n’explique plus rien et n’intervient plus. Pour qu’Il puisse survivre, nous sommes obligés de l’imaginer comme un concept vaporeux, immatériel, de plus en plus difficile à définir, à saisir, à cerner. Nous sommes donc passés, en parlant de Dieu, d’une hypothèse essentielle à une hypothèse inutile… Toutes les croyances religieuses fictives sont en train de tomber à l’eau, les unes après les autres. Par exemple, j’ai beaucoup de difficulté à croire à l’eucharistie, l’Immaculée Conception, la résurrection, l’assomption, le ciel et l’enfer, le péché, les anges, la vie après la mort, l’infaillibilité du pape, etc. 

Pour ma part, je n’ai pas besoin de cette “Hypothèse” pour expliquer le Big Bang. Je ne crois pas en un Dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre. Aujourd’hui nous savons assez bien comment la Terre a été formée et comment les cieux étoilés au-dessus de nos têtes ont été allumés. Même l’origine de la vie peut maintenant se passer de Dieu. Et je préfère croire à l’évolution par sélection naturelle plutôt qu’au créationnisme.Aujourd’hui, donc, toute croyance divine devient superflue. Voilà pourquoi je suis athée. 

En devenant athée, on se libère complètement de l’emprise de toute religion, d’une morale archaïque infantilisante et primaire qui va des récompenses du paradis éternel jusqu’à la punition divine extrême, c’est-à-dire la damnation dans un enfer éternel. Les véritables religieux sont moralement comme de tout petits enfants, c’est-à-dire moralement sous-développés. Alors que la morale de l’athée est celle d’un adulte véritablement humaniste par conviction et non pas sous la menace de récompenses ou de punitions infantiles. De plus, les athées peuvent profiter véritablement de la vie ici-bas, sachant que la vie dans l’au-delà est extrêmement peu probable. Je préfère croire que notre esprit est le résultat de l’entrelacement de nos neurones et que cet esprit disparait avec la mort de ces neurones. Poussières d’étoiles nous sommes et poussières d’étoiles nous redeviendrons. Ça, c’est certain, la science est là pour nous le confirmer. 

Il faut donc promouvoir l’athéisme, car devenir athée, c’est refuser de croire à un monde surnaturel imaginaire, à des chimères, à des supercheries. C’est croire plutôt en nous-mêmes, c’est marcher sur notre propre chemin, c’est promouvoir la connaissance véritable et évolutive que nous fournissent les sciences exactes de la nature, et finalement, c’est mettre l’humain au-dessus de toute idéologie politique ou croyance irrationnelle. Être athée est presque toujours la marque d’une saine indépendance d’esprit, d’un esprit mature capable de réfléchir, qui cherche la façon de vivre la plus heureuse pendant son court passage sur cette petite planète. Vraiment, ceux qui sont athées doivent être fiers de l’être et ne doivent pas avoir peur de l’afficher.

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