Fascisme et nazisme “made in Quebec”: notre anti-humanisme à nous

par Juin 15, 2010Articles de fond, Québec humaniste, Réflexions0 commentaires

Jocelyn Parent

Jocelyn Parent

Membre de l'association humaniste

Jocelyn est l’auteur également des livres Histoire de la laïcité au Québec; Avancées et reculs » et aussi « Qu’est-ce que la laïcité? Le Quévec laÏque a-t-il fait le choix ce la laïcité ouverte?

Ces deux volumes sont disponible dans notre boutique humaniste.

Le livre Adrien Arcand. Führer canadien (de JeanFrançois Nadeau, récemment publié chez Lux) et le film Je me souviens (d’Éric R. Scott, récemment projeté au cinéclub de l’Association humaniste du Québec) nous éclairent sur une partie refoulée de l’histoire de la Belle province. La première moitié du 20e siècle a été marquée du sceau du fascisme, du nazisme et de l’antisémitisme au sein d’une partie de l’élite canadienne, à la fois francophone et anglophone. Des journaux comme Le Patriote, Le Goglu et le Miroir des années 1930 à 1950 étaient ouvertement fascistes et nazistes. Il y a même eu un parti fasciste au Canada : le Parti de l’unité nationale du Canada (PUNC), fondé le 4 juillet 1938.

Le fonctionnement des autoritarismes

Des régimes comme ceux de Mussolini (Italie), Franco (Espagne), Pétain (France) et d’Hitler (Allemagne) ont suscité l’intérêt et l’adhésion de nombre de gens car ces régimes étaient en expansion par leurs conquêtes militaires. Il y avait là un goût et une action de la GRANDEUR et de la DÉMESURE sur ces peuples en quête de légitimité, et leur influence se fit sentir à travers le globe. Jocelyn Parent Les régimes dictatoriaux et autoritaires fonctionnent avec le dualisme : soi et l’autre, le bien et le mal, le pur et l’impur, le vertueux et la vermine, etc. Ces régimes ne pouvant les tolérer, ces dernières étant pour eux des signes de discordance et de critique de l’autorité du chef. La dualité est affirmée et il n’y a que cette dualité, comme s’il ne pouvait y avoir autre chose.

Les idéologies autoritaires –ainsi que leurs pendants récents dits « néo »− fonctionnent avec des tournures de phrases boiteuses, douteuses et assurément mensongères. Cet usage du langage les conduit automatiquement et assurément vers la violence et l’imposition des idées par la force du groupe ; il y a là une violence qui se refuse au dialogue. Ces idéologies meurtrières sont organisées autour de l’idée du pouvoir absolu détenu par une personne : le chef. Elles entretiennent le culte du chef salvateur, lequel mériterait une obéissance aveugle et inconditionnelle. Celui-ci détient le pouvoir, refusant de le diviser ou de le partager. C’est la pensée monolithique et sacrée de vérité dès qu’elle sort de la bouche du chef. Il parle, les autres n’ont qu’à obéir. Et de sa bouche, les pires atrocités deviennent des gestes banals à commettre. De ces idéologies, il ne peut découler qu’un seul type de régime politique viable : la dictature. Il leur faut l’autorité, sa plénitude, et le pouvoir. Il s’ensuit que ce pouvoir autoritaire est imprévisible, capable du pire, qu’il génère de l’arbitraire à n’en plus finir, et ce jusqu’à l’oblitération d’une partie de l’humanité, soit son ennemi désigné. C’est la règle de l’absolu institué en gouvernement. Cela ressemble aux théocraties…

Tout cela, c’est l’antithèse de l’humanisme. Or, l’humanisme ne se situe nullement dans le dualisme des extrêmes mais bien exclusivement dans le calme de la raison, dans la compréhension et la recherche assidue du respect de l’autre, dans le dialogue, le débat et la reconnaissance que des positions différentes sont saines et nécessaires aux avancées dans l’humanité toute entière.

La nécessité de l’ennemi

L’usage du mensonge, de la propagande, du populisme et de la démesure sont récurrents pour convaincre les masses et les élites qu’il y a effectivement un ennemi et qu’il veut votre peau; cela prend souvent la figure de l’antisémitisme. Dans le Québec des années 1930, un discours pro-catholique servait souvent à dénigrer les marchandises faites et vendues par des gens de confession ou d’origine juives. Ici comme ailleurs, les juifs ont été accusés des malheurs des Canadiens français, des Allemands, des Français, etc. ; et les fonctionnaires d’ici leur refusaient le droit d’asile alors que l’Allemagne nazie élargissait ses tentacules antisémites. S’il y avait des grèves, s’il y avait de la misère, s’il y avait des richesses dans les mains de quelques-uns, à qui la faute? Aux juifs, disaient les nazis et les fachos. L’antisémitisme, c’est la peur de l’autre. C’est s’inférioriser et c’est grandir l’autre, démesurément. La haine et le mépris de l’autre sont canalisés pour servir d’exutoires à sa propre médiocrité, à ses faiblesses, à ses échecs, et surtout au refus d’y faire face, de les surmonter. Dans ces idéologies, le processus fonctionne aussi à l’envers : en rabaissant l’autre pour mieux s’élever soi-même. Elles procèdent ainsi car elles sont incapables de s’élever sur leur propre valeur, encore que ces idéologies ne sachent en avoir une. De plus, la haine des juifs créait une démesure dans leurs propos, leur faisant dire n’importe quoi. Par exemple, pour Jean-François Nadeau le « führer canadien se révèle tout à fait incapable d’envisager la marche du monde sans y voir les Juifs comme moteur principal. » (p.143) C’était la même chose pour Hitler.

Le complexe d’infériorité est une carte jouée à fond dans ces idéologies meurtrières, à la fois pour se rallier les mécontents, mais aussi pour se créer un ennemi, le démoniser, le rendre (encore) plus vil et chercher à l’oblitérer de la face du globe. Eugénisme, racisme et antisémitisme étaient le leitmotiv de ces idéologies. Pour ces idéologies totalitaires et totalisantes –comme les religions−, leur ennemi est responsable de tous les maux et des pires lâchetés sur cette planète, et jamais les tenants de ces idéologies ne sont capables d’autocritiques sur eux-mêmes.

Le déni : refus de la vérité

Peut-être était-il difficile de voir les atrocités commises par les régimes autoritaires pendant la seconde Guerre Mondiale ? Peut-être. Certains prétendront des « erreurs de jeunesse » (sic!). Mais cela a des limites pour servir d’excuse. Car comment expliquer l’antisémitisme et le fascisme dans les années 1950 et jusqu’à nos jours alors que l’on en a vu les limites, les contradictions et la mort qui en ont découlé dans les années 30 et 40 ?

Les fascistes et les nazis, ainsi que toutes les personnes se revendiquant d’idéologies autoritaires, ont une forte tendance au déni des atrocités commises par les gens de leur camp. Ces personnes se croient au-dessus de toute erreur, de tout égarement, de tout crime. Ce sont des « purs » autant que des « puristes ». La repentance, ils ne connaissent pas. Les fachos et les nazis osent même prétendre que les purges, les camps de concentration et l’Holocauste sont des inventions de la part des opposants à leurs régimes dualistes et simplistes. Ce sont pourtant des crimes contre l’humanité qui ont été perpétrés.

On s’explique mal que des gens ayant adhéré au nazisme et au fascisme soient le produit exclusif de leur époque. Il n’y a pas une crise économique ou un régime politique qui puisse légitimer l’eugénisme, le racisme, le totalitarisme et la folie meurtrière et guerrière qui en découlent. La non-reconnaissance de ces erreurs, le manque d’humilité, c’est aussi le contraire de l’humanisme. Le fascisme et le nazisme veulent conquérir, détruire, et commettre des meurtres odieux au nom de la pureté d’une race qui n’a jamais existé et n’existera jamais ; ce que ne recherche nullement l’humanisme.

Il est important de reconnaître la vérité, même lorsqu’elle n’est pas très belle. Car au 21e siècle, il y a encore des gens qui revendiquent ces deux idéologies meurtrières et destructrices. Malgré tout ce qui vient d’être dit contre les crimes que font le fascisme et le nazisme lorsqu’ils sont en montée ou au pouvoir, il n’en demeure pas moins que nous ne pouvons regarder d’un œil insouciant et aveugle ce qui se passe au Moyen-Orient. L’État d’Israël fait subir à son tour aux Palestiniens ce qu’une partie des juifs de l’humanité a subi pendant la seconde Guerre Mondiale. Que des gens aient si vite oublié les horreurs de certaines idéologies –et ce même s’ils ne s’en réclament pas− ainsi que les conséquences graves de ces représailles éternelles, cela ne peut qu’engendrer un conflit sans fin. Ce n’est pas être antisémite que d’être contre les politiques d’Israël en ce qui concerne la colonisation que ses dirigeants prônent. L’extermination d’un peuple arabe ne vaut guère mieux que celle d’un autre peuple.

Références

Jean-François Nadeau (2010). Adrien Arcand. Führer canadien. Montréal : Lux

Éric Richard Scott (2002) Je me souviens (film documentaire) Les Productions des Quatre Jeudis.

 

SOIRÉE MUSICALE À L’ASSOCIATION
HUMANISTE DU QUÉBEC

Au moment où Québec humaniste s’en allait sous presse, l’Association humaniste du Québec recevait ses membres et leurs amis à sa 4e soirée musicale le 7 juin 2010 à 19h30. Émilie Girard-Charest, violoncelliste, prévoyait y présenter des œuvres des compositeurs suivants : Jean-Sébastien Bach (1685-1750), compositeur allemand de l’époque baroque ; Zoltan Kodaly (1882-1967), compositeur et ethnomusicologue d’origine hongroise ; Wiktor Tyrchan, jeune compositeur contemporain qui pourrait présenter en personne l’œuvre que jouera Émilie ; et Helmut Lachenmann, compositeur allemand de musique contemporaine, né à Stuttgart en 1935. Merci à André Bourgault d’avoir organisé ces très agréables soirées.

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