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	<title>Association humaniste du Québec&#187; neutralité</title>
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	<description>Développer la pensée critique et répandre la philosophie humaniste au Québec</description>
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		<title>L’interculturalisme y est pour peu dans l’intégration &#8211; par Daniel Baril</title>
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		<pubDate>Sun, 29 May 2011 17:30:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>
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		<description><![CDATA[La lettre suivante a été publiée en partie par le Devoir. En voici le texte original, avec permission de Tolerance.ca. Symposium international. L’interculturalisme y est pour peu dans l’intégration par Daniel Baril co-rédacteur de la Déclaration pour un Québec laïque et pluraliste 1. Inter et multiculturalisme Le Symposium international sur l’interculturalisme, une initiative lancée par [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>La lettre suivante a été publiée en partie par le Devoir. En voici le texte original, avec permission de Tolerance.ca.</em></p>
<p><strong>Symposium international. L’interculturalisme y est pour peu dans l’intégration</strong><br />
<a href="http://assohum.org/wp-content/uploads/2011/05/Baril_Daniel_32_M.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2443" title="Baril_Daniel_32_M" src="http://assohum.org/wp-content/uploads/2011/05/Baril_Daniel_32_M.jpg" alt="Baril_Daniel_32_M" width="85" height="92" /></a>par <strong>Daniel Baril</strong><br />
co-rédacteur de la <strong>Déclaration pour un Québec laïque et pluraliste</strong></p>
<p><strong>1. Inter et multiculturalisme</strong></p>
<p><em>Le Symposium international sur l’interculturalisme, une initiative lancée par le sociologue Gérard Bouchard, se tient cette semaine à Montréal. L’évènement vise à faire ressortir la spécificité de l’interculturalisme comme modèle d’intégration.</em></p>
<p><span id="more-2437"></span>Selon un texte(1) de Gérard Bouchard publié en marge de ce symposium, l’interculturalisme est différent du multiculturalisme tel que pratiqué au Canada et en Europe. Mais le professeur éprouve beaucoup de difficulté à établir une distinction nette entre les deux notions.<br />
La principale différence serait que le multiculturalisme canadien ne tient pas compte de l&#8217;existence d&#8217;une culture majoritaire au Canada alors que l’interculturalisme québécois cherche à protéger le fait français au Québec.<br />
Cette différence est conjoncturelle et non conceptuelle; elle est déterminée par la situation fortement majoritaire de l&#8217;anglais au Canada qui n’a pas besoin de protection particulière alors que le français au Québec nécessite des mesures protectionnistes.<br />
Pour le reste, la gestion du pluralisme est la même. Gérard Bouchard reconnaît d’ailleurs que le multiculturalisme canadien a dû, à partir des années 1990, «faire plus de place aux notions d’interactions, d’échanges interculturels et de valeurs canadiennes» afin de développer une identité nationale. Pourtant, ce sont là des préoccupations proprement interculturalistes, soutient-il ailleurs. La confusion existant entre les deux notions serait due à son avis au fait que les gouvernements successifs à Québec «n’ont pas suffisamment aligné leurs politiques sur le modèle interculturaliste». En quoi ont-ils erré et qu’auraient-ils donc dû faire? L&#8217;auteur ne nous le dit pas.<br />
Si le propre de l&#8217;interculturalisme est l&#8217;affirmation d&#8217;une culture majoritaire, on pourrait donc croire que c&#8217;est ce qui se pratique dans les pays pluralistes qui accordent les mêmes droits à tous tout en se souciant de préserver la culture majoritaire, comme le font les pays démocratiques et républicains. Gérard Bouchard se demande d&#8217;ailleurs s&#8217;il n&#8217;y a pas, dans l’interculturalisme, une influence républicaine française.<br />
Mais il rejette l&#8217;approche républicaine. «L’interculturalisme, écrit-il, se distingue de certains régimes républicains qui, directement ou non, sous prétexte d’universalisme, octroient une préséance systématique, a priori, à ce que j’appelle la culture majoritaire ou fondatrice».<br />
L&#8217;interculturalisme accepte donc la culture majoritaire mais à condition qu&#8217;elle ne s&#8217;exprime pas trop fortement. Les cultures qui s&#8217;imposent commettent à son avis un «abus de pouvoir»! Son interculturalisme est à ce point aseptisé qu&#8217;il ne fait qu&#8217;«inviter à reconnaître certains éléments de préséance ad hoc (ou contextuelle) à la culture majoritaire».</p>
<p><strong>1.2 Au Canada et ailleurs</strong><br />
Si l’interculturalisme québécois se distingue du multiculturalisme canadien, comment est-il perçu dans le reste du Canada? Tout montre que les multiculturalistes canadiens n’on rien remarqué de particulier du côté de la «société distincte».<br />
L’un des principaux théoriciens du multiculturalisme, Will Kymlicka, professeur à l’Université Queen’s à Kingston en Ontario, a dirigé, pour le compte du ministère canadien de l’Immigration et de la Citoyenneté, une vaste étude sur l&#8217;État actuel du multiculturalisme au Canada, 2008-2010. L’un des six rapports du groupe d’étude concernait le Québec mais on ne retrouve, dans le rapport synthèse, aucune trace du soi-disant caractère particulier de l’interculturalisme québécois; le mot n’y figure même pas !<br />
Autrement dit, l’interculturalisme québécois est perçu, à l’extérieur du Québec, ni plus ni moins que comme du multiculturalisme.<br />
Plusieurs multiculturalistes canadiens soutiennent par ailleurs que l&#8217;approche canadienne est différente du multiculturalisme tel que pratiqué en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas où le modèle a conduit à l’isolement culturel des communautés. Les pays européens seraient-il donc plus généreux culturellement à l’endroit des minorités que ne l’est le Canada? Rien ne semble le démontrer.<br />
Dans une critique d’un ouvrage de Will Kymlicka (Multicultural Odysseys, 2007), l’ex-éditeur du magazine britannique d’actualité politique Prospect, David Goodhart, n’observe aucune différence entre la philosophie multiculturaliste canadienne et celle de l’Angleterre et reproche à toutes les deux de nier l&#8217;existence d&#8217;une culture politique dominante(2).<br />
De l’extérieur du Canada, le multiculturalisme canadien est perçu comme du multiculturalisme tout court. Kymlicka lui-même reconnaît qu’il est impossible de démontrer que le multiculturalisme est une réussite dans les pays développés. L’un des problèmes est que cette approche, dans sa forme légère, se confond avec toute gestion démocratique du pluralisme. Pour démontrer l’amélioration du sort des immigrants au Canada, Kymlicka doit s’en remettre aux politiques de respect des droits humains, politiques qu’il semble voir comme un produit du multiculturalisme. Dans son rapport au ministère de l&#8217;Immigration, Kymlicka attribuent tous les cas positifs d’intégration au multiculturalisme et tous les exemples négatifs sont présentés comme des faits isolés qu’il faut éviter de généraliser. Or, souligne David Goodhart, aucun pays démocratique n’a attendu les réflexions postmodernistes des multiculturalistes pour accorder les mêmes droits à tous. Selon l’observateur britannique, la réussite du modèle canadien tient au fait que le Canada est plus sélectif dans sa politique d’immigration que ne l’est l’Angleterre et les Pays-Bas. Au Canada, les immigrants sont sélectionnés en fonction de leur capacité à intégrer le marché du travail alors que le flot migratoire en Europe est constitué d’une population plus désavantagée économiquement.<br />
Le succès de l’intégration des immigrants aurait donc peu à voir avec la philosophie multiculturelle et aurait tout à voir avec les politiques d’immigration. L’inter et le multiculturalisme apparaissent comme des discours construits à postériori de la définition d&#8217;objectifs sociopolitiques à mettre en oeuvre et visant à présenter ces objectifs dans un langage politiquement acceptable à la société ambiante.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>2. Accommodements religieux et intégration</strong></p>
<p><strong>2.1 Les liens symboliques</strong><br />
L&#8217;inter et le multiculturalisme ont encore ceci en commun : l’une ou l’autre appellation conduit à rejeter la laïcité de l’État qui, aux yeux des multiculturalistes, est un obstacle à l’égalité des droits et à l’intégration des minorités. De cette idée tordue découle la notion de «laïcité ouverte» et son corolaire qui est la pratique des accommodements religieux.<br />
Dans cette notion, ce n&#8217;est pas la laïcité qui est «ouverte« mais l&#8217;État qui s&#8217;ouvre à l&#8217;introduction du religieux dans son domaine. La «laïcité ouverte» laisse donc passer ce qu&#8217;elle est sensée tenir à l&#8217;écart de l&#8217;État; c&#8217;est une laïcité chimérique. Gérard Bouchard n&#8217;emploie pas l&#8217;expression mais épouse le concept. Le sociologue considère par ailleurs que la pratique des accommodements est différente au Québec de ce qu&#8217;elle est en contexte multiculturaliste. Il en donne comme exemple le port du hidjab en classe qui serait motivée, selon lui, par un souci d’intégration : en autorisant le hidjab, la jeune musulmane peut fréquenter l’école publique et ainsi «s’ouvrir plus aisément aux valeurs de la société québécoise».<br />
Pourtant, un tel argument sociologique n’est jamais pris en compte par les tribunaux ni par la Commission des droits et libertés de la personne. La notion d’accommodement raisonnable est un concept purement juridique et les tribunaux refusent de discuter de cohésion sociale. L’idée que l’intégration est favorisée par ce genre d&#8217;accommodement est très discutable. Peut-on croire que l’autorisation du port du kirpan à l’école, en dépit des règlements de sécurité, a favorisé l’intégration des sikhs ? Peut-on croire que l’établissement d’un érouv à Outremont, en dépit des règles d’usage de l’espace public, a favorisé l’intégration des hassidim ? Peut-on penser que le port du hidjab, et la division des sexes qui vient avec lui, va faciliter l&#8217;intégration des musulmanes ?<br />
Selon la définition qu&#8217;en donne Gérard Bouchard, l&#8217;intégration désigne «l’ensemble des mécanismes et processus d’articulation (ou d’insertion) grâce auxquels se constitue le lien social, cimenté par des fondements symboliques et fonctionnels». Comment parler de «lien social cimenté par des fondements symboliques et fonctionnels» lorsqu’on ne partage pas la même notion symbolique et fonctionnelle du lien entre l’État et la religion ?<br />
Comment développer une société cohésive lorsque, pour une part importante de ses membres, c&#8217;est l&#8217;identité religieuse ou tribale qui prédomine en lieux et place d&#8217;identité nationale ? Dans ce contexte, tout accommodement religieux dérogeant aux règles communes ne peut que renforcer l&#8217;idée que la religion est au-dessus de tout et que cette appartenance est donc celle qui doit prédominer.</p>
<p><strong>2.2 Le port de symboles religieux</strong><br />
Le port de signes religieux dans la fonction publique est une pratique particulièrement problématique de l&#8217;accommodement. Gérard Bouchard reconnaît que ces signes devraient être interdits aux «agents qui incarnent au premier chef la neutralité de l’État et son autonomie par rapport à la religion» et aux «agents dotés d’un pouvoir de coercition». Pourquoi uniquement à ceux-là ? Pourquoi aux juges et pas aux ministres? Pourquoi aux policiers et pas aux enseignants ?<br />
La neutralité de l&#8217;État s&#8217;exprime par la neutralité de l&#8217;image donnée par ses représentants; c&#8217;est par eux que passe le message que tous les citoyens sont traités de la même façon quel que soit leur sexe, leur religion ou leur appartenance ethnique. Ceux qui choisissent d&#8217;être des agents de l&#8217;État choisissent d&#8217;accepter ce message et son exigence. L&#8217;autorisation du port de signes religieux ostensibles pour certaines religions favorise la visibilité et le prosélytisme implicite de ceux qui s&#8217;imposent ce genre d&#8217;ostentation; il en résulte un effet d&#8217;entraînement conduisant les autres à afficher leurs convictions de façon tout aussi ostensible. C&#8217;est exactement ce qui se produit dans le cas de la prière municipale à Saguenay: le maire de la ville, Jean Tremblay, justifie la récitation de sa prière par le fait que des accommodements ostentatoires sont consentis aux autres religions que la sienne.</p>
<p><strong>2.3 Intégration économique</strong><br />
À un niveau plus pratique, l&#8217;intégration réfère à la capacité de s&#8217;insérer sur le marché du travail. Pour les défenseurs de la «laïcité ouverte», le droit de porter des signes religieux est essentiel à cet objectif. Non seulement cette idée reçue n&#8217;a jamais été ni chiffrée ni démontrée, mais une étude du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (3) tend à l&#8217;infirmer.<br />
L&#8217;étude montre que le taux de chômage est plus du double chez les immigrants du Québec que chez les natifs d&#8217;ici alors qu&#8217;il n&#8217;est que de 1,8%de plus en Ontario et de 0,7% de plus en Colombie-Britannique. Le principal facteur explicatif, selon les auteurs, n&#8217;est ni la langue ni la diplômation: le taux d&#8217;emploi est en effet plus faible chez les francophones du Maghreb (64%) que chez les allophones provenant de l&#8217;Amérique latine (70%), de l&#8217;Asie du Sud-Est (74,5%) et du reste de l&#8217;Afrique (70%). L&#8217;explication serait dans des habitudes culturelles empreintes d&#8217;attentisme et de division traditionnelle des rôles chez une partie de l&#8217;immigration québécoise.<br />
L&#8217;hypothèse culturelle est renforcée par le taux d&#8217;emploi chez les femmes immigrantes qui est de 64 %au Québec contre 71 %en Ontario et en Colombie-Britannique, une autre différence que les chercheurs attribuent potentiellement à des facteurs culturels et religieux incitant les femmes à demeurer à la maison.<br />
Si cette hypothèse était confirmée, cela signifierait que la sélection d&#8217;une clientèle immigrante francophone n&#8217;est pas en soit un gage de meilleure intégration lorsque la culture ou la religion de ces nouveaux arrivants constitue un frein à leur accession au marché du travail. Dans un tel contexte, la concession d&#8217;accommodements religieux et culturels ne peut que contribuer à maintenir et même consolider ces facteurs d&#8217;exclusion.<br />
Si l&#8217;on veut privilégier une immigration francophone, il faudra des mesures d&#8217;intégration plus fortes que la simple «invitation à reconnaître certains éléments de la culture majoritaire» que propose Gérard Bouchard. Il faudra oser ce qu&#8217;il appelle «un abus de pouvoir».</p>
<p>Au nom même de l&#8217;interculturalisme, on peut donc arriver à une position opposée à celle de Gérard Bouchard en matière de laïcité et d&#8217;accommodements religieux. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ce que démontre le récent avis du Conseil du statut de la femme – Affirmer la laïcité – qui, en se fondant sur l&#8217;interculturalisme, conclut à la nécessité d&#8217;interdire les signes religieux dans la fonction publique. Non seulement le CSF soutient que cette mesure ne freinerait pas l&#8217;insertion des immigrantes et des immigrants sur le marché du travail mais il estime qu&#8217;elle briserait l&#8217;exclusion sociale dont sont victimes certains nouveaux arrivants.<br />
La séparation entre le religieux et l&#8217;État est l&#8217;un des grands acquis de la modernité qui doit être réaffirmé et consolidé face à ceux qui veulent subordonner l’État à la religion. La laïcité franche et sans compromis doit être un principe non négociable dans le processus d&#8217;intégration.<br />
<strong></strong></p>
<p><strong>Notes</strong><br />
1 «Qu’est-ce que l’interculturalisme?», Université McGill, Revue de droit, 56 (2) et site du symposium.<br />
2 David Goodhart, «Has Multiculturalism Had Its Day?», Literary Review of Canada, avril 2008, p. 3-4.<br />
3 «Immigration au Québec: politiques et intégration au marché du travail», Brahim Boudarbat et Maude Boulet, CIRANO, avril 2010.<br />
27 mai 2011<br />
© 2011 Tolerance.ca® Inc. Tous droits de reproduction réservés.</p>
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		<title>Laïcité #2 &#8211; Entrevue de Michel Virard</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 17:07:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[HUMANISME  et  LAICITÉ La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par Jocelyn Parent Bonjour Michel Virard. L’Association humaniste du Québec (AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong><a href="http://assohum.org/wp-content/uploads/2010/05/laicite-point-barre.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-3389 margin-right: 17px;" style="margin: 10px;" title="laicite-point-barre" src="http://assohum.org/wp-content/uploads/2010/05/laicite-point-barre.jpg" alt="" width="244" height="239" /></a>HUMANISME  et  LAICITÉ</strong></p>
<p>La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p><strong>Bonjour Michel Virard.</strong></p>
<p><strong>L’<em>Association humaniste du Québec </em>(AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous pouvons dire, le terme d’usage positif pour désigner les athées, qui est perçu comme un terme négatif. Vous exercer aussi le métier de d’ingénieur conseil en Recherche et Développement. Avez-vous écrit des textes et livres que nous pourrions suggérer aux lecteurs?</strong></p>
<p><span id="more-1767"></span>Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé l’humanisme moderne et les textes que j’ai écrits sont souvent périphériques aux concepts centraux de l’humanisme athée que nous pratiquons. Pour la définition de l’humanisme moderne je préfère renvoyer vos lecteurs à deux textes importants pour nous. D’abord <span style="text-decoration: underline;">L’humanisme moderne, une définition</span> de Pat Duffy Hutcheon, paru en 1995. Il s’agit d’un texte court par une personne, sociologue de son état, qui fut <em>Humanist of the Year</em> au Canada en 2000. Ce texte est actuellement sur notre site web à : <a href="http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/">http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/</a></p>
<p>L’autre texte a été produit par Matt Cherry, un humaniste américain qui s’est donné la peine de produire une sorte de cours <em>Humaniste 101</em>, cours que nous avons entrepris de traduire. Mon collègue Michel Pion a fait la traduction des deux premiers chapitres et ceux-ci seront sur le site internet (<a href="http://www.assohum.org">www.assohum.org</a>) à partir de janvier 2010.</p>
<p>Pour ceux qui s’intéressent à l’aspect « spirituel » de l’humanisme, j’ai écrit un article qui a été publié par une revue catholique « Les cahiers de spiritualité ignacienne », en 2009. Il est maintenant en ligne ici :</p>
<p><a href="http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/">http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/</a></p>
<p><strong>L’humanisme est une éthique de la responsabilité liée à la socialité des humains. Pouvez-vous nous résumer ce que l’humanisme apporte au genre humain, tant d’un point de vue individuel que collectif?</strong></p>
<p>L’humanisme comprend effectivement une telle éthique. Il y a d’ailleurs plusieurs associations humanistes américaines qui se définissent d’abord comme « ethical » et aussi la fédération internationale à laquelle nous sommes associés : l’<em>International Humanist and Ethical Union</em> (IHEU), basée en Grande-Bretagne. Toutefois l’humanisme englobe non seulement une éthique mais aussi une cosmologie, ce qui, en passant, est le dénominateur commun des religions : elles ont toutes à la fois une « explication du monde », c’est-à-dire une narration sur le monde et une morale liée en tout ou en partie à cette cosmologie. On appelle cela une vision du monde (en anglais « worldview ») et la nôtre a ceci de particulier que cette vision du monde est définie par ce que nous appelons aujourd’hui la Science de la Nature et ne laisse aucune place à des croyances au surnaturel. Cela signifie qu’il n’y a pas de divinité ni de survie après la mort. Une autre conséquence est l’abandon de la dualité matière-esprit. Pour nous l’esprit, ou l’âme pour reprendre un terme religieux, est un processus complexe exécuté sur un organe matériel, le cerveau humain. Sans ce support matériel, le processus disparaît. Ce que nous appelons « conscience » est une propriété émergente des réseaux neuroniques complexes tels que notre cerveau.</p>
<p>Ce que je viens d’énoncer défini l’athéisme mais il ne définit par l’humanisme, lequel va plus loin en ce sens qu’il est une philosophie de l’action basée sur la conviction que notre situation humaine est unique dans le monde vivant et que nous serions bien fous de ne pas en tirer le meilleur parti, d’abord pour nous même et ceux qui nous sont chers, mais aussi pour tous les membres de notre espèce puisque c’est avec eux que nous devrons composer une société planétaire qui ne soit pas une menace ou un enfer pour qui que ce soit. Il s’agit moins de créer une société nouvelle que d’utiliser nos outils scientifiques et éthiques pour améliorer de façon continue les conditions de vie de tous et chacun. À partir des années 1940, les humanistes ont plus ou moins cessé de considérer l’action politique directe comme leur responsabilité première et les mouvements humanistes actuels, sauf peut-être en Inde, se démarquent généralement des partis politiques auxquels ils préfèrent donner de l’inspiration plutôt qu’un chèque en blanc. L’expérience nous a montré qu’aucun parti politique ne peut espérer représenter pleinement le courant humaniste, avec sa diversité d’intérêts et d’opinions.</p>
<p><strong>Au niveau du lien entre l’humanisme et la laïcité, comment l’AHQ articule-t-elle cette liberté individuelle dans la responsabilité sociale de ses membres à l’égard de la collectivité, tant de la ville jusqu’au niveau plus large qui est celui de la planète?</strong></p>
<p>L’AHQ est bien sûr un pilier fidèle de la laïcité des institutions et de l’espace public, cependant, pour des raisons stratégiques liées à notre statut d’œuvre de charité, nous préférons que cette action se fasse au travers d’autres organismes, en particulier le <em>Mouvement laïque québécois</em> (MLQ) que nous soutenons indirectement en achetant de la publicité dans sa revue, <span style="text-decoration: underline;">Cité laïque</span>. Nous encourageons systématiquement nos membres à devenir membres du MLQ. Plus récemment nous avons donné notre soutien au <em>Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité</em> (CCIEL) qui a un projet de charte de la laïcité pour le Québec.</p>
<p>Au-delà des frontières du Québec, nous soutenons l’humanisme par des campagnes de lettres aux autorités pour rappeler à l’ordre des États qui se prétendent plus ou moins laïques mais qui, par laxisme ou par opportunisme électoral, continuent de violer allègrement leur propre constitution. Ce fut le cas en Italie avec l’affaire Tosti où nous avons écrit, de concert avec des humanistes d’autres pays, au Conseil de la Magistrature pour les convaincre de laisser tomber leur<del cite="mailto:Michel%20Virard" datetime="2010-01-31T11:28">s</del> accusation contre le juge Tosti qui refusait de juger sous un crucifix. De même nous avons été très actifs durant la campagne contre la charia en Ontario. Nous sommes heureux que dans ces deux cas, la voix de la raison ait finalement prévalu.</p>
<p><strong>En quoi la laïcité est-elle si importante pour une société? Dit autrement, pourquoi la religion doit être une affaire personnelle, tant qu’elle n’enfreint pas les lois, cela dit?</strong></p>
<p>Le contraire de la laïcité c’est lorsque une ou un petit nombre de religions sont officiellement reconnues par l’État. Dès cet instant, l’État se trouve contraint à devoir définir ce qui constitue une religion et aussi les devoirs et obligations de chaque partie. Dès le départ, c’est un exercice périlleux si l’on veut maintenir un semblant d’égalité entre les différentes religions, or cette égalité est une exigence de la démocratie et est largement réclamée dans les pays occidentaux. C’est, par exemple, le cas de la Belgique et de la Grande-Bretagne, obligées à de remarquables contorsions constitutionnelles pour ménager la chèvre et le chou. Cela a conduit la Belgique à créer et payer pour des Maisons de la laïcité afin de ne pas paraître pénaliser les non-croyants par rapport aux cultes reconnus.</p>
<p>Si l’État a une population stable, cette reconnaissance des cultes semble acceptable à bien des citoyens qui y trouvent leur compte. Toutefois, s’il s’agit d’un État dont la population subit des changements importants de composition ethno-religieuse sur des périodes relativement courtes, comme une génération ou deux, alors survient une kyrielle de problèmes parce que, qu’il le veuille au non, l’État démocratique non laïque est forcé de s’occuper de religion. Il doit, par exemple, légiférer pour permettre aux administrations de distinguer ce qui constitue véritablement une religion d’une association sans mérite religieux. Cela peut conduire à d’étranges décisions. Par exemple, l’Église de scientologie est reconnue comme religion aux États-Unis mais pas en France, deux pays où la séparation des Églises et de l’État est pourtant inscrite dans la constitution, mais où les régimes fiscaux continuent d’accorder des privilèges indus aux églises reconnues. De fait, aussi bien les États-Unis que la France trahissent l’esprit et la lettre de leur constitution. Il est nécessaire de distinguer les œuvres de bienfaisances (charités) sous la tutelle des églises, des lieux de culte eux-mêmes. C’est-à-dire que, indépendamment de la présence où de l’absence d’œuvres de charité, les lieux de cultes sont exemptés des taxes normalement imposées sur des locaux et sur le personnel. Or ces lieux sont en fait similaires à ceux employés, par exemple, par des compagnies de croissance personnelle ou une bibliothèque, telle que c’est le cas avec la <em>Bibliothèque humaniste du Québec</em> (BHQ). Pour reprendre le jargon religieux, dans tous ces cas, l’organisme tente d’apporter une  aide aux « âmes de ses clients », cependant seules les églises reconnues bénéficient de cet avantage fiscal qui s’accumule évidemment d’année en année. On le voit très bien à Montréal! Il y est inscrit dans la pierre.</p>
<p>En pratique, aucun État actuel, même très démocratique, n’arrive à traiter équitablement les différentes religions pratiquées sur son territoire. Il en résulte de graves distorsions dans la répartition du fardeau fiscal et des aides. Toutefois, le pire se situe sur un autre plan. L’inégalité des religions se traduit aussi au plan politique et il suffit de voir la hargne avec laquelle les religions qui étaient religions d’État jusqu’à récemment s’accrochent à un pouvoir politique qui commencent à leur échapper aussi bien dans les institutions judiciaires (cas du Juge Tosti) que dans les institutions d’enseignement (cas de l’Ontario avec ses écoles publiques catholiques).</p>
<p>La conclusion sans équivoque de ces observations est que l’État est un bien mauvais juge de ce qui constitue une religion et si même cela fait partie de ses attributions. L’État conserve une fonction fondamentale d’arbitre. Si en plus l’État se veut démocratique, il ne peut faire autrement que de se déclarer arbitre incompétent en matière religieuse et donc il se doit de renvoyer toutes les religions à la sphère privée et de ne favoriser ni subventionner directement ou indirectement aucun culte.</p>
<p><strong>Au printemps 2009, il y a eu la campagne des autobus de la STCUM avec vos annonces « Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiétez et profitez de la vie. » Comment les gens y ont réagi? Qu’en a-t-il résulté pour l’AHQ et les humanistes au Québec?</strong></p>
<p>La campagne des autobus athées avaient réellement deux buts distincts. D’abord affirmer publiquement que les athées, non seulement existent, mais qu’ils revendiquent leur droit à la parole. On peut dire qu’il s’agissait alors pour beaucoup d’athées d’une sortie de placard.</p>
<p>L’autre but était évidemment de rejoindre les athées, dont certains sont très isolés, et de leur dire : « Vous n’êtes pas seuls et non, vous n’êtes pas forcement anormaux ou immoraux parce que vous ne croyez pas en des divinités. »</p>
<p>Nous pensons avoir atteint nos deux buts : nous sommes passés de 170 membres à 290 dans les mois qui ont suivi la campagne et nous avons reçu des dons comme jamais dans les quatre années précédentes. De plus les médias savent maintenant que nous existons puisque nous avons fait beaucoup d’entrevues en mars à cause de cette campagne. Par exemple, nous sommes passés à <em>Second regard</em>, émission sur les religions, ce qui a, de fait, mis notre organisation sur un pied d’égalité avec les églises.</p>
<p><strong>Que pensez-vous du cours <em>Éthique et culture religieuse</em> (ECR)? Quels seraient les bienfaits pour la relève québécoise de lui enseigner l’humanisme?</strong></p>
<p>Dans sa forme actuelle, le cours d’ECR est une insulte aux humanistes athées pour deux raisons majeures. D’abord le cours ne fait pratiquement aucune mention des spiritualités non-religieuses, le ministère considérant le terme « athée » comme trop négatif. Il est cependant possible que les éducateurs et les auteurs de livres scolaires ne suivent pas le ministère sur ce terrain et réinsèrent les philosophies athées. Nous avons eu une requête en ce sens d’un éditeur québécois.</p>
<p>Ensuite, la volonté de mélanger Éthique et Religions dans un même cours lance un message pernicieux laissant croire qu’il ne saurait y avoir d’éthique en dehors d’un contexte religieux. Cela nous offense d’autant plus que l’éthique représente pour nous une alternative à la morale religieuse et non un de ses composants.</p>
<p>La mission très officielle de l’AHQ est le développement de la pensée critique dans la population, nous pensons donc qu’il est crucial pour l’avenir de notre société que les jeunes soit entraînés, dès qu’ils en ont l’âge, à la fois aux mécanismes indispensables de défense intellectuelle à un citoyen et aux raisonnements éthiques indispensables à la construction de son identité. De plus nous pensons qu’ils devraient être exposés aux valeurs humanistes, lesquelles sont, en pratique, largement partagées par une partie de plus en plus grande des populations occidentales, y compris par une large majorité de ceux qui se réclament d’une religion. Ce que nous appelons aujourd’hui « droits de la personnes » ont d’abord été des valeurs proposées par ceux que nous considérons comme nos précurseurs puisqu’ils s’occupaient en priorité d’humains et non de divinités. Je pense que cet héritage mérite d’être connu de nos jeunes au moins autant que les exploits de Vishnou, de Mahomet ou de St-François d’Assise.</p>
<p><strong>Donc, si l’athéisme et l’humanisme étaient enseignés aux jeunes, ils seraient plus en mesure d’avoir un jugement critique et seraient mieux outillés pour donner sens à leur existence sans le support religieux? Mais faut-il tout de même enseigner la religion, et surtout de quelle manière? En comprenant qu’enseigner n’est certes pas « endoctriner »…</strong></p>
<p>C’est la différence entre donner un sens à sa vie et se faire donner un sens à sa vie! Les humanistes préfèrent la première option mais ils acceptent que d’autres individus peuvent, après mure réflexion, choisir de se débarrasser de cette tâche difficile en s’en remettant à des personnes, des organismes en qui ils ont confiance. Nous pensons que cette confiance est souvent mal placée mais nous acceptons que chaque individu soit libre de décider en autant qu’on lui ait donné un minimum d’outils pour distinguer sinon le vrai du faux, du moins le probable de l’improbable. C’est cela la pensée critique. Donner un sens à sa vie c’est construire son identité, ce n’est jamais facile et jamais complété sinon le jour de sa mort.</p>
<p>Personnellement je pense que l’enseignement de la religion ne devrait se faire que dans l’optique de l’enseignement des courants de pensée et de l’histoire mais d’autres humanistes pourraient défendre d’autres idées sur cette question.</p>
<p>Il est peut-être présomptueux de ne vouloir jamais « endoctriner » des enfants. De fait, les plus jeunes sont forcément « endoctrinés » à ne pas taper sur leur voisin, à respecter leur parents, leurs professeurs, à faire leur devoirs et apprendre leurs leçons. Sans cette douce dictature des parents sur les enfants, il n’y aurait même pas de possibilité de passer à la phase suivante, qui est un passage de comportements imposés à des comportements autonomes socialement acceptables. C’est seulement à l’adolescence que les questions métaphysiques peuvent être abordées de façon intelligente et qu’alors le développement de la pensée critique prend tout son sens.</p>
<p><strong>Que pensez-vous de la position de la Fédération des Femmes du Québec, adoptée au printemps 2009, concernant le voile et l’intégration des femmes (immigrantes)?</strong></p>
<p>L’AHQ soutient la position la position du CCIEL qui s’oppose avec véhémence à ce que la FFQ accepte de bafouer deux principes qui nous sont chers, la laïcité des institutions et l’égalité des sexes, en vue de faciliter l’intégration des femmes immigrantes. De plus, nous pensons que les résultats seront exactement contraires aux objectifs déclarés.</p>
<p><strong>De part le monde, il existe divers modèles de laïcité dans les États ‒explicitement affirmés ou non. Pour s’en rendre compte, il y n’a qu’à regarder des pays comme les États-Unis, la France, la Turquie et le Canada. Quel serait le modèle qu’apprécierait voir au Québec l’AHQ?</strong></p>
<p>Il n’y a pas actuellement de modèle spécifique prôné par l’AHQ sinon qu’il devra rendre compte des spécificités du Québec et de sa situation de province dans une fédération officiellement déiste et dont le chef d’État, la Reine de Grande-Bretagne, est constitutionnellement chef de l’église anglicane.</p>
<p><strong>Cette laïcité, lorsqu’elle est encadrée par les droits philosophiques que sont ceux de nos chartes, permet une relation critique aux religions et aux traditions. De la sorte, l’État et ses institutions fournissent et remplissent des fonctions émancipatrices. Qu’y rajouteriez-vous?</strong></p>
<p>La laïcité de l’État ne garantie pas en soi que les citoyens vont acquérir automatiquement une forme de pensée critique, mais c’est vrai que le refus de l’État d’entériner une ou des religions a des conséquences sur la crédibilité des religions. La majesté de l’État, expression de la volonté populaire de l’ensemble des citoyens, ne peut plus être détournée au profit d’une religion pratiquée par une fraction de cette population. Il devient possible de critiquer une religion, même puissante, sans pour autant attenter à la sûreté de l’État, ce qui n’est pas un mince progrès. Et inversement, critiquer l’État cesse d’être blasphématoire, ce qui est une liberté nouvelle pour le citoyen.</p>
<p><strong>La laïcité qu’un État adopte, faut-il la réduire à la neutralité face à la religion, ou doit-elle être comprise comme une affirmation de la raison dans l’enseignement et dans l’espace public, notamment la sphère des institutions étatiques?</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Comme je l’ai signalé plus haut, la laïcité de l’État est une déclaration d’incompétence en matière religieuse, il ne reste donc pour guider les actions de l’État, que ce soit en matière d’enseignement <del cite="mailto:Michel%20Virard" datetime="2010-01-31T11:35">‒</del><ins cite="mailto:Michel%20Virard" datetime="2010-01-31T11:35">(</ins>ou tout autre domaine de sa responsabilité<ins cite="mailto:Michel%20Virard" datetime="2010-01-31T11:35">)</ins><del cite="mailto:Michel%20Virard" datetime="2010-01-31T11:35">‒</del> que deux outils acceptables aux yeux d’une majorité de citoyens : la science, autrement dit une vision du monde fondée sur l’observation et la raison, et la philosophie éthique. Bien sûr, l’État doit toujours s’appuyer sur les meilleurs praticiens de ces deux domaines car il s’agit dans les deux cas d’aventures humaines. Bien sûr nous avons parlé de l’État et non du gouvernement, car ce dernier subit une contrainte supplémentaire : il ne peut ignorer l’opinion publique, mais lorsque cette dernière semble contredire la science ou l’éthique, le gouvernement a le devoir d’expliquer clairement et honnêtement pourquoi sa position est celle du vrai ou pourquoi elle est celle du bien. Un cas concret s’est présenté le mois dernier avec la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1).</p>
<p><strong>Le gouvernement du Québec finance-t-il des religions et la réfection de certains de leurs bâtiments? Qu’en pensez-vous?</strong></p>
<p>À dire vrai, le Québec est actuellement moins généreux vis-à-vis des religions que la très laïque France qui paye 100% des salaires des profs des établissements scolaires religieux qui enseignent le curriculum officiel. Bien sûr, ce n’est pas une excuse mais disons que cela relativise un peu nos doléances. Je ne connais pas de pays occidental qui ne subventionne pas en partie l’enseignement religieux, pas nécessairement parce qu’il est « religieux » mais surtout parce qu’il est « privé », une nuance importante. Lorsque le gouvernement socialiste majoritaire de la France a voulu couper les vivres aux écoles privées (écoles catholiques à 95%), il s’est fait rabrouer publiquement par deux millions de Français qui ont défilé à Paris ; la plus grande manifestation jamais organisée en France. Il y a de quoi y penser à deux fois. Pourquoi cette opposition farouche sachant que les Français ont un taux de pratique religieuse extrêmement bas? Les Français ont vu dans le geste du gouvernement une tentative de créer un nouveau monopole d’éducation, cette fois-ci en faveur de l’école publique laïque. Mais l’idéal démocratique s’accommode mal d’une source unique de sagesse en matière d’éducation et les Français, même athées, qui ont défilé en faveur des écoles privées ont pu considérer que l’aiguillon de la concurrence et la pluralité des méthodes étaient peut-être trop importants pour être abandonnés, même si cela faisait l’affaire d’un clergé qu’ils ne portent pas tous dans leur cœur.</p>
<p>Les humanistes sont d’ailleurs partagés sur cette question. Je crois personnellement qu’en distinguant bien le « privé » du « religieux » on y verra plus clair. Plutôt que d’assécher le privé,  il s’agit d’avantage de s’assurer que les deniers publics ne sont pas détournés au profit des enseignements véritablement religieux et encore moins au prosélytisme religieux. On peut discuter sans fin sur le taux  de subvention de l’État au privé, qui, rappelons-le quand même, évite une dépense substantielle à l’État. Le taux de couverture actuel de 60% des frais de scolarisation pour le curriculum commun à tous est peut-être un insupportable compromis pour les puristes des deux bords mais il est quand même très inférieur à ce qu’on voit ailleurs, à commencer par nos voisins de l’Ontario qui subventionnent totalement un réseau complet d’écoles catholiques publiques.</p>
<p>En résumé, l’État n’a évidemment pas à financer les religions et il doit être vigilant à ce que les subventions légitimes aux organismes qui le décharge d’une tâche légitime, telle que l’enseignement régulier, ne soit pas détournées à d’autre fins, dont le prosélytisme.</p>
<p><strong>Avec un État qui reconnaît le droit individuel d’adhésion à une religion chez l’individu, soit de pouvoir faire une place à la religion pour l’affirmation de son identité, y a-t-il un risque que l’État fasse en même temps une place à un renouveau religieux, dont les accommodements raisonnables pourraient en être la partie évidente?</strong></p>
<p>Je ne crois pas que l’État fasse actuellement consciemment une place à un renouveau religieux, ce serait prêter beaucoup de clairvoyance à nos politiciens. La sécularisation de l’État québécois n’a jamais été faite au grand jour comme une laïcisation voulue mais très souvent par petits bouts, par une succession de changements qui ont paru inévitable dans leur contexte d’époque. Le fil conducteur de ces changements n’a jamais été un désir de sécularisation comme tel mais un désir de plus de liberté, de plus d’autonomie, ce qui n’est pas exactement la même chose, même si un des effets de cette recherche de liberté a été de jeter à la poubelle le carcan imposé par le clergé catholique. Dans cette opération de rejet je suis persuadé que les acteurs qu’on y trouve comprennent certainement encore plus de catholiques tannés du clergé que de véritables mécréants. On peut donc difficilement parler d’un « retour en arrière » vu qu’on n’est jamais allé très loin en avant! Je parlerais plutôt de piétinement sur place. Après tout le crucifix à l’Assemblée Nationale était déjà là, personne ne l’a installé récemment. On n’a pas avancé, mais on n’a pas reculé non plus, sauf peut-être au niveau de l’enseignement religieux dans le réseau publique anglophone qui, avec le nouveau cours d’ECR, se retrouve maintenant avec un supplément d’enseignants de la religion, un domaine qu’il avait pratiquement abandonné il y a longtemps.</p>
<p>La nécessité d’accommodements religieux, puisque c’est de cela qu’il s’agit, et non pas des accommodements raisonnables qui couvrent bien d’autres choses, ne va pas disparaître par un coup de baguette magique. Ce qu’il nous manque c’est une façon juste et simple de régler ces cas. En l’absence d’un charte claire sur ce que devraient être les principes directeurs gérant la séparation des églises de l’État, la neutralité des institutions publiques et le partage des espaces publics, les décisions sont prises au coup par coup, sans garantie de cohérence. Il en résulte de nombreux cas d’appel puisque la jurisprudence est douteuse et laisse à chaque plaignant l’espoir que l’instance supérieure penchera de son coté. En faisant table rase de cette jurisprudence douteuse, une charte de la laïcité réduirait considérablement les cas litigieux, ce qui est certainement un avantage pour une société qui aspire à mieux vivre ensemble malgré les divergences religieuses.</p>
<p><strong>Pensez-vous qu’il soit pertinent et primordial que les élus et autres dirigeants de la société québécoise s’affirment et agissent sur des bases humanistes? Des mots pour les convaincre…</strong></p>
<p>Je doute que la majorité de nos élites soit consciente que les droits humains dont ils se gargarisent assez facilement sont très directement le produit d’idées proposées par des penseurs  qui ont tourné le dos aux religions, parce qu’ils étaient athées ou encore déistes, une position parfaitement défendable avant Darwin. C’est le résultat d’une formation biaisée de nos élites qui ont été privées pendant fort longtemps (et même encore aujourd’hui) du contact avec les penseurs humanistes des <em>Lumières</em> et des siècles suivants. Combien ont lu d’Holbach, Voltaire, Thomas Paine, Condorcet, Constant, Robert, Ingersoll, Bertrand Russell? La <em>Bibliothèque Humaniste du Québec </em>que la Fondation et l’<em>Association humaniste du Québec </em>ont mis en place tente de combler ce vide immense dont bien peu de Québécois sont conscients. J’invite nos dirigeants de la région de Montréal à s’inscrire à la BHQ. Les prêts sont gratuits!</p>
<p><strong>Les humanistes ont leurs moments de festivités laïques, les agapes humanistes, à chacun des solstices et équinoxes de l’année. Quels pourraient être les fêtes et/ou congés laïques dont pourraient bénéficier l’ensemble de la société?</strong></p>
<p>Nos collègues humanistes anglophones ont déjà proposé l’anniversaire de naissance de Charles Darwin, le 12 février, étant donné l’importance de son livre, <span style="text-decoration: underline;">L’Origine des espèces</span>, lequel nous a libéré du besoin d’avoir un Grand horloger pour expliquer la diversité du vivant, incluant l’homme. Comme nous ne sommes pas riches en congés légaux entre janvier et mars, pourquoi pas!</p>
<p><strong>À ce propos, il y a beaucoup de cérémonies et de rituels qu’il faudrait laïciser. Pensons à l’Ontario qui s’est doté d’</strong><strong>« officiants » et qui peut maintenant participer avec ses humanistes à des cérémonies remplies de sens tout en étant dégagées de dogmes et de liens avec le surnaturel…</strong></p>
<p>Oui, nous savons qu’une partie de la population non-croyante est intéressée par des cérémonies non religieuses mais plus attrayantes que les cérémonies civiles déjà disponibles. Nous y travaillons actuellement et il y aura des « célébrants » humanistes, puisque c’est comme cela que le Ministère de la justice les appelle, à partir du mois de mai 2010. Les célébrants humanistes seront licenciés par l’<em>Association humaniste du Québec </em>selon des modalités comparables à ce qui se fait actuellement en Ontario et pourrons faire des mariages.</p>
<p>Merci, Michel Virard. Ce fut un entretien intéressant qui nous parle des valeurs sociales et collectives dont notre société a pourtant bien besoin.</p>
<p>Merci Jocelyn, et au plaisir de la prochaine entrevue.</p>
<p><em>Avec la permission du <strong>Journal Unité Ouvrière</strong> en appui à la laïcité<br />
Les Éditions Sociales<br />
C.P. 65 064, Longueuil, Québec, J4K 5J4<br />
uniteouvriere@hotmail.com</em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Le dilemme de la laïcité québécoise</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Jan 2010 14:45:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><em>(L&#8217;article suivant représente uniquement l&#8217;opinion de Michel Virard)</em></p>
<p>En référence à l’article du Devoir :</p>
<p><a href="http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/281707/la-laicite-est-dans-l-impasse">http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/281707/la-laicite-est-dans-l-impasse</a></p>
<p>J&#8217;ai eu aussi accès aux notes abondantes de Jocelyn Parent, qui était à la conférence «Le Québec en quête de laïcité» (22 janvier 2010), et l&#8217;article du Devoir semble bien correspondre au débat: il y a effectivement une division de la gauche sur la nature de la laïcité souhaitable pour le Québec. Je retiens en outre que :</p>
<p>- L&#8217;option &#8220;laïcité ouverte&#8221; est contaminée par le désir trop apparent de plusieurs acteurs pro-religions (ex: Taylor) de limiter les dommages potentiels au christianisme-historique-du-Québec et conserver ainsi le haut du pavé, et les privilèges qui vont avec, pour &#8220;la seule vraie&#8221; religion.</p>
<p>- L&#8217;option &#8220;laïcité tout court&#8221; telle que celle du CCIEL est elle aussi contaminée par des éléments, j&#8217;en ai rencontrés, qui ont du mal à éviter les généralisations abusives (du genre: je me suis fait insultée par des musulmans donc tous les musulmans sont des o&#8230; de misogynes) et pour qui la laïcité mur à mur est le seul moyen restant pour faire barrage à ce qu&#8217;ils perçoivent comme une attaque directe sur la façon de vivre des Québécois.</p>
<p><span id="more-1703"></span>Le constat de Françoise David est intéressant moins pour la réponse qu&#8217;elle propose, que pour la question qu&#8217;elle pose implicitement, à savoir que des deux maux il va falloir choisir le moindre, entre l&#8217;exclusion des femmes musulmanes intransigeantes de la fonction publique et l&#8217;atteinte à la neutralité de l&#8217;état. Au moins, Françoise David a le mérite de poser la question en termes d&#8217;éthique humaniste, à savoir l&#8217;évaluation des conséquences sur le plus grand nombre de personnes touchées par la décision et sur la plus grande étendue dans le temps, ce qui inclue évidemment les générations à venir.</p>
<p>Elle semble croire que le dommage causé par l&#8217;exclusion sera plus important que les dommages à venir issus de la non-neutralité apparente de l&#8217;état. Ce n&#8217;est pas impossible, mais j&#8217;en doute. Je pense que Françoise David est ici victime d&#8217;un syndrome connu: lorsque les victimes sont peu nombreuses mais identifiables, comme les femmes musulmanes, elles emportent facilement la sympathie vis-à-vis de victimes potentielles beaucoup plus nombreuses mais non clairement identifiables et dont le préjudice subit est diffus et, en toute honnêteté, la plupart du temps moindre, au niveau individuel, que celui subit par les premières.</p>
<p>Il m&#8217;apparait impossible de faire progresser le débat sans devoir d&#8217;abord tenter d&#8217;évaluer brièvement ce qu&#8217;on peut redouter lorsque l&#8217;intégrité de l&#8217;état est entamée. Sans une vision claire des enjeux nous serons toujours tentés de donner raison à la victime qui crie le plus fort ou qui est la plus proche de nous, physiquement ou culturellement.</p>
<p>Je postule ici qu&#8217;un état démocratique fonctionnel est, en soi, un bien qui mérite d&#8217;être défendu. Cette opinion fait consensus dans tous les pays occidentaux actuellement. Je postule également qu&#8217;un état démocratique fonctionnel est relativement fragile, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il peut être perverti pour le bénéfice d&#8217;un groupe voir même aboli sur une période de temps relativement courte (les exemples ne manquent pas). Les façons dont un état démocratique peut perdre son intégrité sont diverses mais j&#8217;en vois deux principales. La première est le classique coup d&#8217;état à l&#8217;aide d&#8217;une force militaire ou paramilitaire, s&#8217;appuyant sur la peur ou l&#8217;indifférence des populations. La seconde, qui nous intéresse plus, est le noyautage de l&#8217;intérieur. A l&#8217;intérieur même de l&#8217;état, des coteries s&#8217;emploient discrètement à divertir les ressources de l&#8217;état au profit d&#8217;un groupe privilégié dans l&#8217;état (exemple: l&#8217;armée en Indonésie) ou hors de l&#8217;état (le complexe militaro-industriel des États-Unis). La tentation existe dans tous les états et le nier c&#8217;est se fermer les yeux. Les états sains ont développé un système immunitaire et s&#8217;opposent à ces tendances en édictant des règles de séparation des pouvoirs, de contrôles des comptes par vérificateurs, etc. mais surtout par la vigilance des citoyens, présumés informés par une presse indépendante. S&#8217;il fonctionne tel que prévu, l&#8217;état joui du prestige considérable attribué à l&#8217;organisation intègre la plus puissante du territoire et l&#8217;état est alors respecté, c&#8217;est à dire que ses décisions, même controversées, sont acceptées par les citoyens comme à la fois légales (c&#8217;est la loi) et légitimes (elles respectent l&#8217;esprit du droit, de l&#8217;équité, de la morale humaine).</p>
<p>Toutefois pour que l’état jouisse de ce prestige, l&#8217;état se doit sinon, d&#8217;être totalement impartial, du moins d&#8217;avoir l&#8217;apparence de l&#8217;impartialité et surtout de montrer que l’impartialité est un paramètre critique de son fonctionnement. C&#8217;est pour cela que les employés de l&#8217;état ont un devoir de réserve plus contraignant que celui imposé par toute autre organisation. Ils participent très directement de la majesté de l&#8217;état et, à ce titre, ne peuvent refléter autre chose, dans leurs propos publics, leur attitude et leur présentation, que la position officielle définie par le gouvernement en exercice et les lois en usage. Une des méthodes éprouvées pour assurer, en partie, cette conformité est d&#8217;ailleurs l&#8217;usage systématique d&#8217;uniformes à usage restreints (militaires, corps de police, juges) pour tout représentant de l&#8217;état ayant un pouvoir direct de coercition.</p>
<p>Cependant les employés de l&#8217;état en position d&#8217;autorité ne sont pas tous astreints à un uniforme mais cela ne leur permet pas pour autant de s&#8217;afficher dans des tenues autres que neutres. Il y a toujours deux contraintes qui demeurent. D&#8217;abord l&#8217;exigence de décorum reste toujours valide dans tout ce qui a trait à la justice, ce qui exclu les tenues fantaisistes. Ensuite, la neutralité, expression de l&#8217;impartialité, est applicable à tout fonctionnaire, lequel, dans l&#8217;exercice de ses fonctions n&#8217;est pas autorisé à exprimer ses opinions personnelles, ou pire, les faire passer pour des positions de l&#8217;état. Le manquement à ce devoir envoie immédiatement un message clair vers les collègues et vers le public servi : dans l&#8217;ordre des priorités du fonctionnaire, l&#8217;opinion personnelle -religieuse, politique ou autre &#8211; a préséance sur le message prévu par la position du fonctionnaire. Autrement dit, le fonctionnaire ne remplit plus complètement la tâche qu&#8217;on lui a confiée parce que maintenir l&#8217;intégrité du message d&#8217;impartialité continue de faire partie de sa fonction.</p>
<p>Un état démocratique qui accepte que son message d&#8217;impartialité soit systématiquement obscurci court des risques. Au premier chef, il va courir le risque de dilution d&#8217;autorité. Au lieu d&#8217;apparaître comme un organisme intègre, soudé par un objectif commun, avec qui on ne badine pas, il va paraitre comme un organisme avec qui on peut composer, voir marchander. Après tout, si le fonctionnaire qui est devant moi a obtenu un passe-droit, pourquoi pas moi ? Ensuite, l&#8217;état &#8220;cool&#8221; va devoir faire face à des demandes similaires qui vont encore éroder son autorité. Et pas seulement de nature religieuse, j&#8217;imagine qu&#8217;un tenant du marxisme pur et dur pourrait fort bien demander la permission de représenter l&#8217;état devant le public portant un béret avec une faucille et un marteau plus un T-shirt de Che Guevara. Pourquoi pas ? De quel droit lui refuserait-on cette &#8220;dispense&#8221; ? Le dommage à l&#8217;état sera cumulatif et finira par faire paraitre l&#8217;état comme étant, intrinsèquement, une structure sans plus d&#8217;importance, et même moins, que les nombreuses sociétés de service du paysage économique.</p>
<p>Sauf que ce n&#8217;est pas vrai. L&#8217;état n&#8217;est pas juste un fournisseur de services. C&#8217;est l&#8217;ossature même d&#8217;une nation. Si vous voulez des exemples de pays ou l&#8217;état n&#8217;est pas respecté (parce que non respectable ou bien inexistant) il suffit de prendre la liste des pays classés par ordre d&#8217;indice de développement humain et de commencer par la fin. La corrélation absence d&#8217;état respectable &#8211; sous-développement est certainement l&#8217;une des mieux établie. Diminuer la respectabilité de l&#8217;état par des mesures bien intentionnées mais incohérentes avec les fonctions premières de l&#8217;état, c&#8217;est s&#8217;engager à faire baisser imperceptiblement le statut de l&#8217;état, son autorité et sa capacité à contrer les continuelles tentatives de détournement de ressources dont il fera toujours l&#8217;objet. Des &#8220;accidents&#8221; de démocratie qui étaient auparavant difficiles à imaginer, deviendront alors possibles, avec des conséquences néfastes et peut-être même tragiques. Lorsque l&#8217;autorité de l&#8217;état diminue, l&#8217;autorité des gangs, mafias, tribus, groupes de pression, etc. augmente en proportion directe au point de défier, voir de dominer, l&#8217;état comme on le voit dans plus d&#8217;un pays y compris certaines zones d’états occidentaux avancés.</p>
<p>Je crois que les conséquences à terme sont trop graves pour laisser l&#8217;état démocratique effilocher son autorité.</p>
<p>Reste à déterminer qui, réellement, parmi les fonctionnaires, est couvert par ce devoir de réserve et là, la décision peut être moins facile. Il y a par exemple, la question de savoir si tous les fonctionnaires sont assujettis ou seulement ceux qui font affaire au public. J&#8217;ai changé d&#8217;opinion la dessus et je pense maintenant que tous les fonctionnaires devraient être assujettis, même ceux qui ne sont pas en position d&#8217;autorité ou sans contact normal avec le public. L&#8217;état a besoin d&#8217;un esprit de corps et il y a déjà bien assez de divisions à l&#8217;intérieur de l&#8217;état pour permettre à un autre facteur de s&#8217;y ajouter. Mais j&#8217;admets que cette intégralité du devoir de réserve peut être discutée, du moins la partie habillement. Par contre je ne vois pas comment on pourrait en dispenser des fonctionnaires en situation d&#8217;autorité ou faisant affaire avec le public et cela inclus clairement les enseignants.</p>
<p>L’autre volet de la question est, évidemment, d’évaluer le dommage subit par les fonctionnaires touchés par ces restrictions. Nous savons bien que nous parlerons surtout de femmes musulmanes employées comme enseignantes. Entendons-nous d’abord que cela touchera seulement une petite partie des employées musulmanes. Nous savons par des enquêtes indépendantes que les immigrants issus de pays musulmans francophones sont légèrement moins pratiquants que les Québécois de souche. Mon expérience d’employeur de musulmans et de musulmanes, quoique purement anecdotique, confirme ce fait. Il est possible que les musulmanes effectivement pratiquantes soient surreprésentées dans l’enseignement (s’occuper des enfants est une activité acceptable pour la femme d’un couple très pratiquant tandis que d’autres activités le sont moins, surtout s’il y a contact avec des hommes). Malgré cela on ne saura jamais si un voile islamique est porté par conviction ou par soumission. Interdire les signes religieux ostensibles, c’est donc pénaliser celles qui sont pratiquantes par conviction. Mais autoriser ces mêmes signes c’est également pénaliser celles qui les portent par soumission sans qu’on puisse distinguer les unes et les autres.</p>
<p>Alors, du coté pile, on pénalise certainement un certain nombre de femmes qui devront soit accepter cette contrainte sur leur foi ou trouver un autre emploi hors de la fonction publique (cependant, le droit d’être fonctionnaire n’est toujours pas inscrit dans la constitution). Du coté face, la laïcité de l’état est déclarée et rendue visible, l’autorité de l’état face aux groupes avec des agendas particuliers est maintenue et la religion des fonctionnaires retourne à la sphère privée, qui doit demeurer son espace naturel.</p>
<p>Même si la loi sur le port des signes religieux  ostensibles par les élèves des écoles publiques a fait apparaître des divergences d’opinion en France, il faut savoir que le devoir de réserve imposé à tous les fonctionnaires, lui, par contre, a toujours fait l’unanimité en France et que ce n’est pas le seul territoire où cela va de soi. Depuis le début des années 2000, il en est de même dans plus de la moitié des länders allemands. Cette restriction à la liberté d’exprimer publiquement sa religion a été confirmée en cour suprême et on retrouve ces limites aussi au niveau d’écoles belges et suisses. L’opposition la plus sérieuse vient probablement de la HRW américaine (Human Rights Watch) qui considère les initiatives européennes en la matière comme des atteintes injustifiées à la liberté de conscience mais considère les atteintes à l’image de l’état comme de bien moindre importance. J’en conclu que la nature de l’état est vue différemment par des yeux américains et des yeux européens. Même avant les années Reagan, l’État avec un E majuscule, même démocratique, a toujours été considéré par une majorité d’Américains comme un mal nécessaire et rarement comme un bien en soi. Je ne suis donc pas surpris de la réaction de la HRW. Toutefois la Cour européenne des droits de l’homme ne semble pas être perturbée outre mesure par l’opinion des Américains.</p>
<p>Je crois qu’il est temps pour le Québec de montrer le courage politique si manifestement absent du gouvernement fédéral et décrète de son propre chef la fin de la récréation : l’état ne peut pas s’offrir le risque de paraître à moitié neutre.</p>
<p>Michel Virard</p>
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