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	<title>Association humaniste du Québec&#187; histoire</title>
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	<description>Développer la pensée critique</description>
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		<title>Nuit de la Philo &#8211; L&#8217;humanisme moderne</title>
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		<pubDate>Sat, 21 Mar 2009 21:19:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[CONFÉRENCE DU 21 MARS 2009 NUIT DE LA PHILO Le terme &#8220;humaniste&#8221; est utilisé de façon récurrente à propos de tout et de rien. D&#8217;ou vient-il ? A quoi correspond-t-il en terme de vision du monde ? En nous basant sur les textes récents les plus significatifs, nous tenterons d&#8217;identifier les racines de l&#8217;humanisme moderne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>CONFÉRENCE DU 21 MARS 2009</strong></p>
<p align="center"><strong>NUIT DE LA PHILO</strong></p>
<p align="center">Le terme &#8220;humaniste&#8221; est utilisé de façon récurrente à propos de tout et de rien. D&#8217;ou vient-il ? A quoi correspond-t-il en terme de vision du monde ? En nous basant sur les textes récents les plus significatifs, nous tenterons d&#8217;identifier les racines de l&#8217;humanisme moderne et aussi ses relations avec les principaux courants de pensée actuels.</p>
<p><strong>I &#8211; De quoi allons-nous parler ?</strong></p>
<p>Frederick Edwords, directeur exécutif de l&#8217;Association humaniste américaine, ne distingue pas moins de six ou sept formes différentes d&#8217;humanisme, et c&#8217;est sans compter les utilisations abusives qui en ont  été faites à toutes les époques. Peut-être que pour y voir plus clair, il serait bon que nous fassions le tri maintenant des formes « classiques »:</p>
<p>Nous verrons plus loin que, parce nous sommes des francophones intégrés à un monde anglophone, notre perception de ce qui est « attaché » à l&#8217;humanisme est parfois sensiblement différente de celle de nos amis libres-penseurs du continent européen.</p>
<p><strong>L&#8217;humanisme littéraire</strong> &#8211; C&#8217;est tout simplement une dévotion à la culture littéraire ou « humanités ». A l&#8217;origine, il s&#8217;agissait de l&#8217;étude des auteurs grecs et latins.</p>
<p><strong>L&#8217;humanisme de la Renaissance</strong> &#8211;  L&#8217;expression décrit un état d&#8217;esprit lié justement à la redécouverte des auteurs grecs et latins de l&#8217;antiquité à la fin du Moyen-Age et qui se distingue des études antérieures par une confiance nouvelle dans les capacité de l&#8217;être humain a distinguer le vrai du faux par lui-même, indépendamment des textes sacrés.</p>
<p><strong>L&#8217;humanisme culturel</strong> &#8211; L&#8217;expression décrit un courant qui part de l&#8217;Antiquité gréco-latine, évolue au cours de l&#8217;histoire européenne et constitue maintenant la façon occidentale d&#8217;envisager les sciences, les théories politiques, l&#8217;éthique et le droit.</p>
<p><strong>L&#8217;humanisme philosophique</strong> regroupe toutes les visions du monde qui sont centrées sur les besoins des humains et sur leurs intérêts. Deux sous-catégories importantes prétendent à l&#8217;humanisme philosophique:</p>
<p><strong>- L&#8217;humanisme chrétien</strong> se défini lui-même comme une philosophie de l&#8217;accomplissement humain à l&#8217;intérieur du cadre des principes chrétiens.</p>
<p><strong>- L&#8217;humanisme moderne </strong>qui est aussi appelé / l&#8217;humanisme naturaliste / l&#8217;humanisme scientifique ou encore l&#8217;humanisme démocratique. Peut-être que son meilleur avocat a été Corliss Lamont qui la définie comme « une philosophie naturelle qui rejette tout recours au surnaturel et se base principalement sur la science et la raison, la démocratie et la compassion ». Elle constitue une catégorie assez vaste qui regroupe actuellement deux sous-catégories importantes:</p>
<ul>
<li> l&#8217;<strong>humanisme 		religieux</strong> qui a 		émergé de la Culture Éthique, de l&#8217;Unitarianisme et de 		l&#8217;Universalisme propres aux pays anglophones. Aujourd&#8217;hui les 		congrégations des UU (<em>Unitarian-Universalist</em>) 		et les <em>Ethical 		Cultural societies </em>se 		décrivent elles-mêmes comme humanistes dans le sens moderne du 		terme quoiqu&#8217;ils se réunissent régulièrement dans une église 		(dans le cas des UU)</li>
</ul>
<ul>
<li> <strong>l&#8217;humanisme 		laïque (</strong><em>secular 		humanism</em><strong>)</strong> qui demeure dans le prolongement direct des Lumières du 18e siècle 		et des Libres penseurs du 19e siècle. C&#8217;est de celui-ci que nous 		allons parler puisque c&#8217;est de celui-ci que les principes de 		l&#8217;Association humaniste du Québec se réclament.</li>
</ul>
<p>Il est intéressant de rappeler que ces deux dernières formes d&#8217;humanisme ne diffèrent guère que par la signification qu&#8217;on attribue au mot « religion ». En effet les deux groupes ont signé les documents fondateurs que sont les Manifestes humanistes de 1933 et de 1973.</p>
<p>En bref, je dirais que la différence principale est la volonté des humanistes religieux d&#8217;adresser ce qu&#8217;ils perçoivent comme un besoin essentiel chez les humains: appartenir à une communauté clairement définie, communauté qui propose une base pour des valeurs morales, des idéaux et des méthodes pour aider les membres à faire face aux dures réalités de la vie et même aussi donner un sens à la vie.</p>
<p>A l&#8217;inverse, les humanistes laïques montrent généralement une profonde méfiance à ce qui peut ressembler à une tentative d&#8217;embrigadement similaire à ce que les cultes théistes dominants ont imposé il n&#8217;y a pas si longtemps. Pour plusieurs de ces humanistes, une simple cérémonie laïque peut prendre la couleur d&#8217;une contrainte inacceptable car trop chargée de réminiscences cléricales.</p>
<p>Ceci dit, les contacts entre les deux groupes sont assez fréquents pour que des conférenciers issus d&#8217;un groupe se présente régulièrement devant une audience constituée de membres de l&#8217;autre groupe.</p>
<p><strong>II &#8211; D&#8217;ou venons nous ?</strong></p>
<p>Pat Duffy Hutcheon, sociologue canadienne, élue Humaniste de l&#8217;année en 2000, a exploré les racines de l&#8217;humanisme moderne :</p>
<p>« Nous devons comprendre que l&#8217;humanisme moderne est le produit d&#8217;au moins vingt six siècles d&#8217;évolution culturelle: c&#8217;est à dire du développement cumulatif et de l&#8217;adaptation d&#8217;un courant de pensée particulier. Il a trouvé ses racines dans les idées de personnes comme Bouddha et Confucius en Asie, et dans les théories d&#8217;un groupe de penseurs Ioniens, appelés l&#8217;École des atomistes de Milet, et qui vécurent 500 avant JC. Ces germes ont été nourris par des philosophes grecs plus récents, les plus remarquables d&#8217;entre eux pourraient fort bien avoir été Protagoras, Démocrite et Épicure. Ces graines furent préservées pendant les siècles sombres et hostiles par des Grecs hellénistiques qui déménagèrent à Rome, par des poètes romains tels que Lucrèce et Lucain, et éventuellement, par les descendants d&#8217;Asie centrale hellénisés présents dans les empires byzantin et musulman à leurs débuts. Enfin les graines de l&#8217;humanisme ont été répandues par les Maures à Cordoba, en Espagne, et de là, par des juifs itinérants vers les monastères chrétiens éloignés où des moines ont travaillé à conserver et transmettre un message dont ils ne comprirent que bien vaguement la signification. Un qui avait probablement compris, et qui a donné un nouveau souffle à l&#8217;idée d&#8217;humanisme, fut Érasme; mais il n&#8217;osa pas en prononcer le nom. Il laissa aux pionniers de la pensée des Lumières, tels que Montaigne, Hobbes, Hume et Voltaire, le soin de définir, en termes modernes, la nature de l&#8217;intuition qui propulsait la perspective humaniste. Finalement, Charles Darwin lui a fourni son ultime base philosophique, bien que les implications de cette percée pour la culture et la conduite humaine restent bien peu comprises. »</p>
<p><strong>III &#8211; Les deux prémisses fondamentales</strong></p>
<p>Nous avons vu que l&#8217;humanisme ne se défini pas comme un mouvement particulier fixé dans le temps et dans l&#8217;espace mais plutôt comme un courant qui irrigue les sociétés à des degrés divers. Quelque soit l&#8217;époque et le lieu, on peut l&#8217;identifier parce qu&#8217;il implique au moins les deux prémisses suivantes: le naturalisme et le caractère distinct de l&#8217;humanité.</p>
<p><strong>3.1 Le 		naturalisme</strong></p>
<ol>
<li>
<ol> </ol>
</li>
</ol>
<p>La prémisse fondamentale, primordiale, incontournable c&#8217;est le naturalisme. Elle affirme que les humains sont une partie intégrale de la matière de l&#8217;univers, pas moins naturelle que toute autre partie. Ce qui implique qu&#8217;aucun composant spirituel mystérieux n&#8217;a été injecté à aucun moment durant le processus de notre émergence, et que nous n&#8217;avons aucun accès mystérieux à une conscience au delà de celle créée par l&#8217;accumulation de notre commune expérience de la nature. C&#8217;est la prémisse philosophique du naturalisme bien qu&#8217;elle ait reçu différents noms à différentes époques (monisme, matérialisme, ou naturalisme par opposition à surnaturalisme). À toutes les époques cette conception de base a  été la même et a toujours défié la sagesse conventionnelle de l&#8217;époque. À toutes les époques cette conception a non seulement été combattue par les différents pouvoirs religieux comme l&#8217;hérésie suprême mais les penseurs soutenant cette conception ont été régulièrement persécutés, y compris aujourd&#8217;hui même dans de nombreux pays</p>
<p><strong>3.2 Le 		caractère distinct de l&#8217;humanité</strong></p>
<p>La seconde prémisse c&#8217;est le caractère distinct de l&#8217;humanité. La première prémisse nous impose de considérer notre origine animale comme une donnée. Cela a permis aux pionniers de ce point de vue minoritaire de se focaliser sur une seconde prémisse : jusqu&#8217;à présent, le seul et unique animal ayant développé une conscience critique et une culture, c&#8217;est l&#8217;homme. C&#8217;est la source et la justification de l&#8217;importance donnée par l&#8217;humanisme à la signification de l&#8217;animal humain dans le grand schéma des choses. De ce changement de plan découle trois rôles hors de portée des autres animaux : ceux de Connaisseur, d&#8217;Artiste et d&#8217;Évaluateur moral.</p>
<p><strong>IV &#8211; Trois rôles</strong></p>
<p><strong>4.1 -L&#8217;outil de la connaissance : la science</strong></p>
<p>Le premier rôle, celui de Connaisseur s&#8217;appuie sur un outil remarquable, la science. Nous constituons la seule espèce à ce jour à avoir développé une méthode pour créer des connaissances fiables sur notre environnement et sur nous-mêmes. A la place de révélations d&#8217;en haut et de mystérieux messages issus de forces inconnaissables, nous avons choisi l&#8217;utilisation d&#8217;instruments évolués pour observer et expliquer nos expériences: des instruments tels que la raison, le langage, les sens. C&#8217;est uniquement par ces moyens que les humains ont pu se construire des connaissances permettant des prédications fiables et par conséquent, permettant d&#8217;influencer le cours des évènements. Tout le contraire de l&#8217;arrogance qu&#8217;on lui prête volontiers, la méthode scientifique est l&#8217;école de l&#8217;humilité par excellence puisque toute connaissance validée, même acquise depuis des siècles, est susceptible d&#8217;être remise en cause par un fait nouveau. Cette capacité d&#8217;autocorrection est cruciale et la science est la meilleure méthode découverte à ce jour pour construire un véritable savoir et valider sa fiabilité. C&#8217;est pourquoi les humanistes insistent sur l&#8217;unité, l&#8217;universalité de l&#8217;approche scientifique comme moyen d&#8217;identifier les relations de cause et d&#8217;effet, que ce soit dans les conduites personnelles ou dans les sociétés humaines, et cela au même titre que dans les formes d&#8217;existences organiques et inorganiques. L&#8217;approche scientifique n&#8217;est donc pas une simple affaire de goût pour les humanistes, pouvant être appliquée ou ignorée à discrétion. Elle est, au contraire, intégrale à l&#8217;humanisme, car elle découle nécessairement des prémisses qui nous gouvernent : le naturalisme et le caractère distinct de l&#8217;être humain.</p>
<p>Par le passé les fondations de l&#8217;humanisme ont été attaquées de l&#8217;intérieur par des penseurs attirés par les sirènes du romantisme et du subjectivisme. Des penseurs humanistes auto-déclarés tels que Henry Bergson, Jean-Paul Sartre et même Érich Fromm ont commencé comme philosophes naturalistes mais ont fini par s&#8217;éloigner de l&#8217;approche scientifique, séduit par des entités autonomes « intuitive » ou « vitale ». Nous constatons que le besoin de croire en un cœur « mystérieux, spirituel » de l&#8217;homme reste  très fort. Plus récemment, la même mission subversive a été reprise par divers penseurs « post-modernes » et même « nouvel âge » qui se réclament de l&#8217;humanisme pour des raisons sociales et politiques ou simplement parce qu&#8217;ils se réclament de la même passion pour la justice. Cependant leurs croyances sur la nature, sur le savoir sont très différentes de celles à la racine de l&#8217;humanisme et cette différence est cruciale.</p>
<p><strong>4.2 &#8211; La créativité </strong></p>
<p>Nous croyons que l&#8217;évolution a donné à l&#8217;espèce humaine une imagination qui nous permet d&#8217;envisager des possibilités au delà de notre expérience passée ou courante. La nature nous a offert le rôle de créateur et donc d&#8217;Artiste, notre second rôle. Nous célébrons la créativité de notre espèce en attribuant une valeur importante aux productions artistiques de toute nature. Nous chérissons ces magnifiques créations de nos artistes non pas parce qu&#8217;elles ont été inspirées par un quelconque « esprit transcendant » mais parce qu&#8217;elles sont le produit de notre remarquable imagination humaine. Si elles méritent notre estime, c&#8217;est précisément à cause de leur nature humaine et des limites de cette dernière.</p>
<p><strong>4.3</strong> <strong>L&#8217;éthique</strong></p>
<p>Le troisième rôle, celui d&#8217;Évaluateur moral, est particulièrement important pour les humanistes. Il concerne ce trait distinctif de notre espèce : notre capacité morale, qui soit dit en passant, est bien antérieure à toute forme de religion organisée. Qu&#8217;entendons-nous par capacité morale ? Nous voulons dire notre propension à acquérir des valeurs, de créer des idéaux et de faire des choix qui dirigent et forme le caractère individuel aussi bien que la culture qui en est à l&#8217;origine.</p>
<p>Bien que notre souci d&#8217;éthique et de moralité soit partagé par tous les systèmes théologiques et philosophiques, nous différons de tous les autres par notre conviction que la source et la justification des valeurs, des principes moraux et des lois sont enracinées dans la totalité de l&#8217;expérience de notre espèce. Nous ne reconnaissons aucune autre source. Notre justification de la moralité est le test de l&#8217;expérience et cela sur la plus longue période possible et sur le plus vaste territoire possible qui sera touché par les vagues des conséquences issues de nos actions. Pour un choix particulier, notre critère ultime est le degré d&#8217;accomplissement personnel atteint ou la qualité de vie sur la période considérée. Cela vaut pour les individus et pour les groupes sociaux dont ils font partie intégrale. Il en découle un rôle central pour les comportements justes, pour la gentillesse, pour le pacifisme dans les affaires humaines.</p>
<p>Nous ne voyons aucun conflit inhérent, insoluble, entre le bien-être du groupe et celui de l&#8217;individu. Par exemple, aucune pratique sociale ou économique conduisant à un dommage à long terme au pool génétique de l&#8217;humanité ne peut être considérée comme « bonne » pour l&#8217;organisme individuel condamné à porter ces gènes endommagés. Similairement, la destruction des éléments d&#8217;une culture a des effets sur les individus qui participent de cette culture, or les identités individuelles s&#8217;appuient, se nourrissent, de la culture et se construisent à partir d&#8217;interactions sociales aussi nécessaires que peuvent l&#8217;être l&#8217;échange de patrimoine génétique au succès reproductif des organismes sexués. Il s&#8217;ensuit que la liberté individuelle, aussi désirable soit-elle au plan individuel, ne peut jamais être le critère ultime, ni même principal, pour juger de la moralité. Personne ne peut prétendre à la liberté de mettre en péril l&#8217;évolution future de notre espèce par négligence ou agression de notre environnement physique au sens large ou encore par la destruction ou l&#8217;affaiblissement de dispositifs culturels que nous savons indispensables à notre épanouissement individuel et collectif, tels que des systèmes de justice impartiaux et des systèmes politiques démocratiques.</p>
<p><strong>V &#8211; </strong><strong>Le rapport à autrui</strong></p>
<p>« Si Dieu n&#8217;existait pas, alors tout serait permis<sup><a name="sdfootnote1anc" href="#sdfootnote1sym"><sup>1</sup></a></sup>. » Cette phrase célèbre a fait plus de mal aux humanistes athées que toute autre calomnie à leur endroit. Pourtant, rien ne permet d&#8217;affirmer que les athées soient plus susceptibles que d&#8217;autres de « sauter sur leur voisin » pour en abuser. Ce serait plutôt le contraire car, selon l&#8217;étude de Paul Gregory, les sociétés occidentales modernes caractérisées par une moindre religiosité ont généralement moins de problèmes sociaux graves que les sociétés ayant un degré de religiosité plus élevé<sup><a name="sdfootnote2anc" href="#sdfootnote2sym"><sup>2</sup></a></sup>. Quoiqu&#8217;il en soit, la plupart des athées ne se conduisent pas comme des êtres égoïstes et éhontés, comme beaucoup on craint qu&#8217;ils devraient théoriquement se comporter. Pourquoi ?  Il y a plusieurs réponses à cette question. Ma préférée est la suivante et n&#8217;exclue pas les autres puisqu&#8217;elles peuvent se renforcer les unes les autres.</p>
<p>Dans <em>Passions Within Reason, </em>l&#8217;économiste Robert H. Frank propose une explication de l&#8217;altruisme présumé « irrationnel », celui qui va bien au-delà de l&#8217;altruisme réciproque et de l&#8217;altruisme de parentèle<sup><a name="sdfootnote3anc" href="#sdfootnote3sym"><sup>3</sup></a></sup>. Dans les sociétés saines (où les profiteurs restent une minorité), la pratique des valeurs altruistes procurent des avantages (de survie et de reproduction) qui dépassent le coût des efforts encourus. Il y a certes un avantage à construire une réputation d&#8217;intégrité, de générosité, de respect de la parole donnée. Frank démontre, en outre, que de tels avantages sont maximisés par l&#8217;intériorisation complète de ces valeurs. Ainsi, la personne qui est devenue « inconsciente » de sa générosité, de son empathie et d&#8217;autres traits reconnus généralement comme des vertus, n&#8217;a pas à se préoccuper de sa réputation. Il est exact que cette explication vaut aussi bien pour les croyants que pour les athées mais elle contredit Dostoïevski: pour vivre une bonne vie, en société, mieux vaut ne pas s&#8217;imaginer que tout est permis. En cela les humanistes athées ne sont pas fondamentalement différents du reste de l&#8217;humanité. Juste un peu plus lucide sur la nature de nos comportements.</p>
<p><strong>VI &#8211; Terre des hommes</strong></p>
<p>Pour terminer, j&#8217;aimerai situer l&#8217;humanisme moderne que nous pratiquons par rapport aux autres courants contemporains. Tzvetan Todorov, un historien des idées, commence son ouvrage <em>Le</em> <em>Jardin imparfait</em> avec une fable. Le Diable proposa à l&#8217;Homme de la Renaissance un pacte faustien mais avec la variante que voici: « Cette fois-ci, ce que le diable offrit, ce n&#8217;était plus le pouvoir, ni le savoir mais le vouloir. L&#8217;Homme moderne aurait la possibilité de vouloir librement, d&#8217;acquérir la maîtrise de sa propre volonté, et de mener sa vie à sa guise<sup><em><a name="sdfootnote4anc" href="#sdfootnote4sym"><sup>4</sup></a></em></sup>. » Le Diable décida par ailleurs de cacher le plus longtemps possible le prix à payer pour cette situation afin que l&#8217;Homme prenne goût à cette liberté nouvelle et qu&#8217;il se retrouve effectivement dans l&#8217;obligation de payer sa dette. Plus tard, à la fin des Lumières, le Diable commença à réclamer son dû: l&#8217;homme devra se séparer de son Dieu, puis de son prochain, puis de lui-même.</p>
<p>Todorov se sert de cette fable pour constater que les réponses possibles à ce genre de pacte permettent de définir quatre courants de pensée majeurs dans l&#8217;histoire de la pensée occidentale. En premier lieu, la réponse des conservateurs s&#8217;énonce comme suit: si le prix à payer est Dieu, la société et le moi, alors ce prix est trop élevé et il vaut mieux renoncer à la liberté. Par contre, les scientistes, les individualistes et les humanistes acceptent le marché du Diable mais y réagissent fort différemment. Ainsi les scientistes pensent que le Diable repartira les mains vides car ils sont persuadés de n&#8217;avoir rien à perdre; la seule liberté est celle du savoir et ce que les hommes prennent pour la liberté et ses conditions est simplement le fruit de leur ignorance.  Pour les individualistes, on se porte fort bien sans Dieu, sans valeurs communes, sans moi stable et cohérent de sorte que le prix à payer est finalement dérisoire; il n&#8217;y a pas de perte mais plutôt une libération supplémentaire de l&#8217;être humain. Enfin, les humanistes pensent que la liberté existe et qu&#8217;elle est précieuse, mais ils apprécient aussi les valeurs partagées avec d&#8217;autres humains et postulent un moi responsable de ses actes; ils veulent la liberté sans avoir à en payer le prix et prétendent qu&#8217;aucun pacte n&#8217;a jamais été signé!</p>
<p>Todorov évalue ensuite les résultats tangibles de ces différents pactes. Pour lui, les scientistes ont fait le lit aux totalitarismes<sup><a name="sdfootnote5anc" href="#sdfootnote5sym"><sup>5</sup></a></sup>; on reconnaît donc maintenant qu&#8217;il y avait bien un prix à payer pour l&#8217;existence humaine, comme quoi le Diable n&#8217;est pas reparti les mains vides. De leur côté, les individualistes forcenés &#8211; pensons à Sade<sup><a name="sdfootnote6anc" href="#sdfootnote6sym"><sup>6</sup></a></sup> &#8211; n&#8217;ont pas produit des foules de descendants mais notre société de consommation est tout de même traversée et marquée par l&#8217;hédonisme ; en ce qui concerne le prix à payer pour une existence purement centrée sur soi-même, il n&#8217;a pas été aussi dérisoire que prévu puisque nier continuellement la nature profondément sociale de son être conduit à une solitude pénible tandis que laisser son moi en friche ne mène à aucune grande satisfaction. Reste les humanistes. Prétendre que le pacte n&#8217;a jamais été signé les oblige à une vigilance de tous les instants: le Diable n&#8217;est jamais très loin pour réclamer son dû et la méfiance est de rigueur.  L&#8217;établissement de valeurs communes, sans guide divin, demande un effort considérable et continu, tout autant que le développement de son moi d&#8217;ailleurs.</p>
<p>Les quatre courants identifiés par Todorov continuent d&#8217;irriguer nos sociétés modernes. Chacun a contribué, avec des fortunes variables, à ce que nous sommes aujourd&#8217;hui. Si le courant humaniste est ancien, l&#8217;humanisme véritablement athée est relativement récent et, n&#8217;étant ni dogmatique ni dissolu, reste une oeuvre dont chaque élément, quel qu&#8217;il soit, est susceptible d&#8217;être remise en cause en tout temps par les humanistes eux-mêmes. Les humanistes n&#8217;ont pas toujours toutes les réponses et se pose des questions, en particulier sur le devenir de notre espèce. Ils acceptent cependant de vivre sans certitudes absolues même si cela n&#8217;est pas très populaire.  L&#8217;attitude de Bernard Kouchner, dans le chapitre « L&#8217;amour n&#8217;est pas aimé » de son livre avec l&#8217;abbé Pierre, représente le versant pessimiste de l&#8217;humanisme moderne:</p>
<p>« Je crois le mal absolu, permanent, constant, ce qui me permet d&#8217;aménager des plages de soleil de temps en temps à l&#8217;intérieur de cette noirceur. Une éclaircie, la bonté, ce que nous recherchons. Je m&#8217;attends au pire. Ainsi je suis sûr de ne pas être déçu&#8230;Ce pessimisme actif est indispensable à ma survie. Sinon je serais mort d&#8217;infarctus depuis longtemps. Je ne compte pas sur la rencontre du bien. Si je le trouve sur ma route, tant mieux, je suis heureux. Mais je vis et agis sans certitude. »<sup><a name="sdfootnote7anc" href="#sdfootnote7sym"><sup>7</sup></a></sup></p>
<p>Mais rien ne nous empêche d&#8217;opter pour le versant optimiste : faire en sorte que nous rencontrions le bien plus souvent. C&#8217;est tout à fait possible et cela ne nous oblige aucunement à abaisser notre garde.</p>
<p><strong>Michel Virard</strong></p>
<p><strong>Mars 2009 </strong></p>
<p><a name="sdfootnote1sym" href="#sdfootnote1anc">1</a> Fyodor Dostoïevski, <em>Les frères Karamazov</em>, Gallimard 1952 &#8211; 	NRF de la Pléiade. En fait, dans cette 	édition (p. 88), le texte est : &#8216; Pas d&#8217;immortalité de 	l&#8217;âme, donc pas de vertu, ce qui veut dire que tout est permis. &#8217; 	Le thème revient tout au long du livre (p. 67, 73-74, 88, 144, 249, 	339, 431, 617, 621, 633, 653, 661, 679, 723-726).</p>
<p><a name="sdfootnote2sym" href="#sdfootnote2anc">2</a> Paul S. Gregory, <em>Cross-National 	Correlations of Quantifiable Societal Health with Popular 	Religiosity and Secularism in the Prosperous Democracies</em>, 	10ème article dans le Volume 7 (2005) du <em>Journal 	of Religion and Society</em> &#8211; ISSN: 1522-5658 &#8211; 	http://moses.creighton.edu/JRS/toc/2005.html</p>
<p><a name="sdfootnote3sym" href="#sdfootnote3anc">3</a> Robert H. Frank, <em>Passions within reason. The Strategic Role of 	the Emotions</em>, New York, W. W. Norton &amp; Company Inc, 1988. &#8211; 	Chapitres 3 et 4.</p>
<p><a name="sdfootnote4sym" href="#sdfootnote4anc">4</a>Tzvetan 	Todorov, <em>Le jardin imparfait : la pensée humaniste en 	France</em>, Paris, G. Grasset, 1998, page 8.</p>
<p><a name="sdfootnote5sym" href="#sdfootnote5anc">5</a> Lire Ernest Renan, <em>Dialogues philosophiques &#8211; Œuvres complètes </em>- p.622-624 &#8211; 3ème dialogue.</p>
<p><a name="sdfootnote6sym" href="#sdfootnote6anc">6</a> Sade &#8211; <em>La philosophie dans le boudoir </em>III p.57, 61,66,68, 	77 et 123, V p173 et 178.</p>
<p><a name="sdfootnote7sym" href="#sdfootnote7anc">7</a>Abbé 	Pierre et Bernard Kouchner &#8211; <em>Dieu et les hommes</em>, Paris, 	Robert Laffont 1993, p. 41</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Les leçons des dictatures athées</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Mar 2009 01:32:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Pion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond]]></category>
		<category><![CDATA[athéisme]]></category>
		<category><![CDATA[dictatures]]></category>
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		<description><![CDATA[Par Christopher Orlet Mon moment favori, lorsque j’assiste à un débat entre un athée et un défenseur de la foi, arrive immanquablement lorsque ce dernier, confronté aux contradictions et aux crimes commis aux noms des saintes écritures, abandonne ipso facto son identité religieuse et se met à professer une vague forme de déisme. Soudainement toute [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Par Christopher Orlet</strong></p>
<p>Mon moment favori, lorsque j’assiste à un débat entre un athée et un défenseur de la foi, arrive immanquablement lorsque ce dernier, confronté aux contradictions et aux crimes commis aux noms des saintes écritures, abandonne ipso facto son identité  religieuse et se met à professer une vague forme de déisme. Soudainement toute allusion à la résurrection et au miraculeux disparait pour être supplanté par un vague fantôme céleste qui a créé l’univers en disant « go » et ensuite s’est désintéressé de son œuvre pour les prochains 13 milliards d’années.</p>
<p>Ce qui est moins amusant cependant est l’épisode où le participant chrétien en arrive à vouloir mettre les plus grandes atrocités du 20e siècle sur le dos de l’athéisme, ce qui, en ce qui me concerne, ne fait que démontrer son ignorance de l’histoire en général. Particulièrement lorsque qu’il essaie de mettre dans le même panier sanglant fascistes, nazis, communistes et autres dictateurs utopistes.</p>
<p>Même la lecture la plus sommaire de la littérature historique du 20e siècle montre le nombre effarant de catholiques et de protestants qui ont supportés activement des régimes ouvertement fascistes, ou quelquefois même des membres du clergé faisaient partie  du gouvernement. Si ce sont des exemples que vous voulez, il y a le PPI en Italie, l’Oustachie en Croatie, le catholicisme nationale dans l’Espagne de Franco, la garde de fer en Roumanie, les Rexistes en Belgique ainsi que les mouvements d’Antonio Salazar au Portugal, d’Engelbert Dollfuss en Autriche et de Josef Tito en Slovaquie, tous chrétiens, tous supporteurs avoués de gouvernements fascistes.</p>
<p>Pendant toute la deuxième guerre mondiale, c’était la politique du Vatican de participer activement à la destruction du « communisme athée » et de protéger les acquis du  catholicisme par tous les moyens, une approche qui rappelle le support implicite de plusieurs dictatures d’extrême-droite par les États-Unis durant la guerre froide. Rappelons également le silence quasi-total de Rome durant l’holocauste juif tant et ce aussi longtemps qu’Hitler pouvait être utile à la destruction de l’armée rouge. Cette politique s’est poursuivie après la fin de la guerre, lorsqu’à Rome le supporteur d’Hitler,  l’évêque Alois Hudal (un proche de Pie XII, selon Jakob Weinbacher, évêque auxiliaire de Vienne) a envoyé en douce des centaines de criminels de guerre nazis en Amérique du sud. Des criminels de guerre tel le leader de l’Oustachis Ante Pavelic (responsable de 700,000 morts) qui s’est retrouvé confortablement installé dans l’Argentine de Perón.</P></p>
<p>D’ailleurs pourquoi est-ce que Rome n’aurait pas supporté les nazis? À l’exception d’Hitler ils étaient principalement des catholiques pratiquants et des Luthériens. D’après le biographe de Klaus Barbie, il n’y avait pas de catholique plus dévot que le « boucher de Lyon ».</p>
<p>Mais qu’en était-il de <em>der Führer </em>lui-même?</p>
<p>Pour des raisons évidentes, les athées ne sont pas reconnus comme ceux qui invoquent le nom du seigneur dans leurs déclarations publiques. Pourtant on a de la difficulté à trouver un discours où Hitler n’en appelle pas à la divine providence :</p>
<p><em>Je suis convaincu que j’agis en tant que l’outil de notre créateur. En combattant les juifs je fais l’œuvre de notre seigneur  &#8211; Mon Combat (Mein kampf)</em></p>
<p><em>Les écoles laïques ne peuvent être tolérées parce que de telles écoles n’ont pas d’instructions religieuses et une instruction morale sans fondements religieux ne repose sur rien. Conséquemment toute éducation doit être basée sur la foi, nous avons besoin de croyants. &#8211;  Discours durant la négociation du concordat nazi-Vatican, 26 avril 1933</em></P></p>
<p><em>Je crois que c’était la volonté de Dieu qu’un jeune garçon soit envoyé au Reich et devienne le chef d’une nation – Discours du 9 avril 1938 à Vienne</em></p>
<p><em>Dieu a créé ce peuple et il a grandi selon sa volonté. Et selon notre volonté il perdurera et sera éternel. – discours du 31 juillet 1937, Breslau</em></p>
<p><em>Nous prions Dieu qu’il mène nos soldats sur le bon chemin et qu’il les bénisse. L’ordre du jour d’Hitler. 6 avril 1941, Berlin.</em> </p>
<p>Pie XII semble avoir considéré Hitler non comme un tyran athée mais comme un croisé. Tout comme la majorité du peuple allemand. Hitler pensait peut-être privément, comme Nietzsche, que la « moralité d’esclave judéo-chrétienne » était un cancer ayant infecté l’ouest, et devait être exterminé, ou à tout le moins transformé en une forme de « christianisme positif » qui mettrait l’emphase sur ses forces davantage que sur ses faiblesses, mais ce n’est pas la même chose que d’être athée. Hitler avait une conception d’un dieu nordique et fort. Les SS portaient fièrement le slogan « Dieu est avec nous » sur leurs boucles de ceintures.</p>
<p>Les despotes marxistes-léninistes sont d’une eau différente. Sans aucun doute Staline, Mao et Pol Pot étaient des sceptiques, mais s’il existe un lien entre le fait que le manque de croyances au surnaturel indique un penchant à commettre des atrocités on aura du mal à en trouver la preuve en se basant sur les actions de ces dictateurs.  Des pires massacres/génocides commis par des gouvernements au 20e siècle, quatre l’ont été par des états officiellement athées (La Chine communiste, l’URSS, le Vietnam du nord et les Khmers rouge au Cambodge) et six par des états qui ne l’étaient pas (l’Allemagne nazie, les nationalistes Chinois, la Turquie, le Japon impérial, la Pologne et le Pakistan<sup>1</sup> . Ces régimes ont plusieurs similitudes. Un nationalisme radical, la nécessité perçue du besoin d’éliminer « l’ennemi »  mais s’il y une chose qu’ils n’avaient pas en commun c’est l’athéisme. Pour comprendre les génocides communistes nous devons nous référer à leurs idéologies en commençant par Karl Marx.</p>
<p>Élevé dans une famille juive convertie à la religion Luthérienne, Karl Marx percevait la religion comme l’expression d’une réalité matérialiste qui encourageait l’injustice économique et était un des facteurs qui contribuait à garder les masses dociles, endormies et complaisantes. Perpétuant par le fait même le statut quo et empêchant la révolte du prolétariat. L’athéisme de Marx était une conséquence directe de ses théories économiques, qui tenait la religion, au départ une superstition inoffensive, pour un outil de contrôle des masses par la classe dirigeante. Une fois le nirvana socialiste atteint, la religion devait, comme l’état, mourir de sa belle mort. (Plus tard des dissensions éclatèrent entre ceux qui pensaient qu’il fallait laisser la religion mourir de mort naturelle et les autres qui étaient près à lui donner une petite poussée. Sans surprise, ce sont ces derniers qui l’emportèrent.) L’objection première de Staline envers la religion n’était pas tant les effets de la religion sur le peuple, que son influence sur celui-ci. Dans l’Union Soviétique de Staline, il n’y avait de la place que pour un seul patriarche.</></p>
<p>Dans son ouvrage «Socialisme et Religion», Lénine déclarait que « la religion est une sorte d’alcool spirituel.» Les Bolchéviques s’approprièrent cette approche, mais cette idée avait déjà été mis de l’avant durant la révolution française. En effet la nouvelle assemblée législative s’attacha à « déchristianiser » la France. Bien avant les communistes, l’assemblée vota la confiscation des biens de l’épiscopat, la légalisation des divorces et la fermeture des églises. Dans chacun des deux cas cela servit de prétexte pour s’approprier des biens et des terres (en France l’église était de loin le plus grand propriétaire terrien. Il taxait les récoltes, et avait le monopole du système d’éducation). Les révolutionnaires les plus radicaux, les hébertistes (nommées ainsi à cause de Jacques Hébert), établirent un culte de la raison, et durant une cérémonie nommèrent même une courtisane « déesse de la raison.» Plus tard lorsque l’église Catholique fut perçue comme contre révolutionnaire cela entraina un massacre sanglant (connu maintenant sous le vocable de massacre de septembre) durant lequel une foule en colère massacra  trois évêques (qui furent ensuite canonisés par Pie XI) et plus de 200 prêtres.</p>
<p> Les atrocités de la révolution française n’ont pas tant été causées par l’athéisme que par la haine envers l’ancien régime et sa proximité malsaine avec l’église. On peut aussi ajouter le désir de s’affranchir et la soif de justice avec le désir de s’approprier la richesse et les propriétés de l’église et d’anéantir ainsi le pouvoir du clergé. De même les atrocités commises par les communistes étaient la conséquence, non d’un athéisme à tout vent, mais d’une croyance fanatique dans les dictats du communisme qui requérait une vision collectiviste, l’anéantissement de toute dissidence et une haine irrationnelle des intellectuels et de la petite bourgeoisie.</p>
<p>Sous Staline on estime à 7 millions les morts durant la famine forcée de 1932-33 pour écraser le mouvement indépendantiste Ukrainien. Encore la, qu’a à voir l’athéisme avec ces morts?  L’argument simpliste qui consiste à prétendre que Staline était un athée et qu’il a  créé les conditions qui ont conduit à cette famine, donc que l’athéisme conduit forcément à la famine et au génocide ne tient pas la route. Apparemment une personne religieuse serait incapable d’une telle action. Hors l’histoire nous prouve le contraire.</p>
<p>Donc avant le règne de Lénine et sauf une très brève période durant la révolution française, tous les chefs d’états étaient religieux qu’ils soient Musulmans, Juifs ou Chrétiens ou, tel Hitler, des païens. La plupart se considéraient comme investi par la grâce divine ou de nature divine. Leur religion ou divinité quelle qu’elle soit, n’a pas eu beaucoup d’impact sur la fréquence des massacres, pogroms et génocides. Au palmarès historique des génocides les historiens s’entendent en général pour admettre que la population chinoise a diminué de moitié durant les 50 ans du règne des Mongols, de 120 millions d’habitants à 60 millions en 1300. De plus, près de la moitié de la population de la Russie et de la Hongrie sont morts durant les différentes invasions. Durant le siège d’un poste de traite Génois en Crimée, les Mongols Kiptchak mené par Jani Beg, catapultèrent des cadavres infestés par la peste dans la ville dans ce qui reste la première utilisation documentée d’une arme biologique. Les Génois retournèrent en Italie et amenèrent la peste avec eux. Dans les trois années qui suivirent on estime à 40 millions le nombre de morts sur le continent. Jani Beg était tout sauf un athée. Il a imposé de force l’Islam à tous ses sujets et se rendit visiter St-Alexis de Kiev pour guérir la cécité de son épouse (ce qu’il est réputé avoir fait). En fait tous les Mongols étaient religieux. Gengis Khan était un adepte du shamanisme et sa belle fille était chrétienne.</p>
<p>Les descriptions que nous avons des diplomates Européens contemporains du génocide Arménien (1915-1916) ont souligné que les massacres ont été perpétrés dans le contexte d’un jihad contre les Arméniens qui avaient osé s’élever contre les politiques du sultan et de l’empire Ottoman en exigeant des droits égaux et l’autonomie selon Andrew G. Bostom auteur de The Legacy of jihad . « La destruction, par l’empire Ottoman Turque du peuple Arménien à la fin du 19e siècle et au début du 20e, était un génocide et l’idéologie du  jihad a contribué de façon significative à la décennie qu’a duré ce long processus  de destruction humaine» selon Bostom. La plupart des historiens sont d’avis que le génocide était motivé à la fois par la haine raciale et la religion.</p>
<p>Au Rwanda où 90 pourcent de la population était chrétienne « de nombreux prêtres, pasteurs, religieuses, frères, catéchistes et des leaders Catholiques et protestants ont ouvertement supporté, participé ou organisé les massacres » selon Timothy Longman auteur d’une série d’essais intitulée In God&#8217;s Name: Genocide and Religion in the Twentieth Century (au nom de dieu; Génocide et religion au 20e siècle)  qui documente les motivations religieuses derrière les génocides Arméniens, Juifs, Rwandais et Bosniens. Entretemps Charles de Lespinay accuse le clergé Rwandais d’avoir été des « propagateurs de fausses informations qui ont sciemment entretenus un climat de peur, de méfiance et de haine ». Les hautes instances du clergé ont toujours refusé de condamner les meurtres (parlant à la place d’auto-défense ou de « double génocide »),  et ont même tenté de justifier les meurtres en masse en les justifiant comme une sorte de justice envers des préjudices passés. La conclusion de Lespinay est que « l’élite intellectuelle, éduquée par les missionnaires,  porte la responsabilité pleine et entière de  l’exacerbation des rivalités présentes ou passées ». En effet, non seulement la grande majorité du clergé Chrétien n’a rien fait pour empêcher le génocide mais l’occident « Chrétien » n’a rien fait non plus.</p>
<p>Lorsque Mao Zedong déclara la guerre à la religion, il y voyait la nécessité d’éradiquer  les anciennes traditions chinoises (Taôisme et Bouddhisme surtout) et étrangères. Comme dans la France d’avant la révolution et également en Russie, la religion avait été institutionnalisée avec l’empereur vénéré comme étant « le fils du ciel.» </p>
<p>C’est dans un monastère Bouddhiste et non dans les pages de Das Kapital  que le jeune Pol Pot a retenu la leçon de la suppression de l’individualité et de l’abandon des buts personnels qui est devenu le principal élément de son crédo politique. Plus tard il fréquenta une école catholique, apprit le français et malgré ses médiocres résultats scolaires, mérita une bourse pour étudier l’électronique à Paris. C’est dans la ville lumière qu’il fit la découverte du marxisme. En fuite du gouvernement Cambodgien à la solde des États-Unis, il alla se cacher dans le nord-est du Cambodge où il fut influencé par la tribu des Khmers qui ignoraient tout du Bouddhisme.  L’utopie « Khmerienne » de Pol Pot lui fit vider les villes, trucider en masse les intellectuels et la bourgeoisie, abolir la monnaie et les marchés, la propriété personnelle et les religions et instituer des communes rurales. On peut supposer que Pol Pot n’aurait pas causé tant de malheurs s’il était resté un bouddhiste. On peut aussi présumer que s’il était resté un simple radio électricien athée sans être exposé à la pensée marxiste il n’aurait sans doute pas fui dans la jungle cambodgienne et n’aurait jamais rencontré  les Khmers.  C’est surtout un sentiment anti-occident, anti-ville et pro-paysan qui motiva les Khmers rouges et non seulement l’athéisme qui n’était qu’un principe parmi d’autres.</p>
<p>Les pays communistes où le clergé n’avait pas coutume de frayer avec les gouvernements sont une autre histoire. La Pologne est l’exemple classique. Au lieu d’être perçue comme une alliée du pouvoir en place, la religion catholique devint un refuge et un bastion du nationalisme particulièrement durant la partition alors que l’état polonais fut morcelé par la Prusse protestante, la Russie orthodoxe et l’Autriche catholique. Lorsque la Pologne regagna son indépendance après la première guerre mondiale, l’église resta une entité séparée de l’état et un rempart durant l’occupation nazie. Lors de l’après-guerre Staline n’eut d’autre choix que de permettre au clergé catholique de conserver une influence (diminuée il est vrai) dans la société polonaise. Une erreur sans doute puisque le clergé catholique devint un des critiques les plus virulents du gouvernement communiste et contribua su déclin de l’influence soviétique. Ce n’est que dans des royaumes tels que la France d’avant la révolution et en Russie où le clergé était complice d’un pouvoir corrompu que celui-ci était considéré comme un ennemi mortel des masses.</p>
<p>On peut comparer la Pologne avec un autre état communiste, l’Albanie. Jusqu’à la fin de l’empire Ottoman l’Albanie était un sultanat sous le joug de pachas musulmans qui bénéficiaient de grandes propriétés ainsi que d’un pouvoir politique et administratif considérable.  Sous le joug communiste, l’Albanie devint la seule nation à bannir officiellement toute religion et aujourd’hui la majorité des Albanais se disent athées ou agnostiques, selon un rapport du gouvernement états-unien.</p>
<p>Sans doute qu’une des raisons pour laquelle les américains sont si dévots a à voir avec le principe de séparation de l’église et de l’état. Les citoyens lorsqu’ils désenchantent du gouvernement ont peu de raison de se retourner contre les églises. La leçon à retenir, toutefois, n’est pas que des dictateurs ont pu commettre des atrocités au nom de l’athéisme. Ce qu’il importe de retenir c’est que la meilleure et la plus sure façon d’éliminer la croyance religieuse aux États-Unis est de faire précisément ce que les fondamentalistes veulent c&#8217;est-à-dire institutionnaliser la religion.</p>
<p><em>Christopher Orlet est un essayiste et un critique littéraire.</em></p>
<p> Merci à Alain Bourgault pour l&#8217;aide à la traduction </p>
<p> <sup>1</sup><sub>Les purges des communistes par les nationalistes Chinois, etc. 10, 214,000 (1928-49). Le massacre de Nanking par l’armée Japonaise (1936-45), etc. 5,964,000. Le génocide Arménien par les Turcs (1909-18) 1,883,000. Le massacre des Polonais d’origine ethnique, 8 millions de gens ont fuit la Pologne  (1945-1948) 1,585,000. Les Hindous Pakistanais tués ou exilés de force au Pakistan (1958-87) 1,503,000. Ces chiffres proviennent de Death by Government de Rudolph J. Rummel, New Brunswick, N.J.: Transaction Publishers, 1994</sub></p>
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