Conférence: les mutilations génitales féminines

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Date / Heure
Date(s) - 15/06/2017
19 h 00 min - 21 h 00 min

Emplacement
Centre humaniste du Québec

Catégories


 

Les mutilations génitales féminines (MGF)

Luce Cloutier et Andrée Yanacopoulo

Il y a 140 millions de femmes excisées dans le monde. Chaque jour, environ 6000 fillettes subissent une excision, de quelque type qu’elle soit, ce qui représente en gros 3 millions chaque année. Autrement dit, depuis que nous avons commencé à entendre ce rapport, 6 nouvelles excisions ont été pratiquées. Nous considérons, dans ces conditions, que cette pratique relève de la santé publique.

On la retrouve, en gros, essentiellement en Inde, au Kurdistan , en Asie du Sud-Est,  à savoir l’Indonésie et la Malaisie. Et également en Afrique sub-saharienne et en Égypte, essentiellement dans des communautés musulmanes, mais quelquefois chrétiennes;   Elle handicape gravement la santé tant psychique et morale que physique des jeunes filles, elle est, tout comme le voile islamique, un marquage  de la condition féminine.

 Les MGF se pratiquent-elles ici? Pour des raisons de commodité qui nous sont propres,  nous nous sommes limitées à la sphère africaine. Les Africaines de toutes origines que nous avons rencontrées nous ont dit se douter que des exciseuses étaient à l’œuvre, généralement sans doute un membre de la famille,  et que si l’opération se faisait, elle se réalisait  de façon clandestine. Chose certaine, les hôpitaux de Montréal reçoivent des petites filles qui ont été excisées, et des femmes qui y accouchent ont été ré-infibulées, mais les membres du personnel médical et infirmier refusent de témoigner pour des raisons de déontologie. Par ailleurs, pendant les vacances scolaires d’été, des petites filles sont envoyées en Afrique pour aller voir leur famille restée au pays. Et subir une excision?  On sait que depuis quelques années, les MGF sont pratiquées sur des enfants/fillettes de plus en plus jeunes, parfois même sur des bébés.

Les raisons invoquées pour le maintien de cette tradition sont diverses, mais amènent  toutes à se poser la question du relativisme culturel. Et quoi qu’il en soit, la loi du silence prévaut. 

On  ne compte plus les accords internationaux arguant du « droit inaliénable » de l’être humain à l’intégrité de son corps et on constate à tout coup leur non-application. Aussi faut-il se rabattre sur des actions citoyennes :

1-Essayer d’unir tous les groupes de femmes qui travaillent sur la question : comme le dit le proverbe africain, « Une seule main ne lave pas proprement un éléphant ».

2-Appliquer une leçon tirée de l’expérience de groupes similaires en Europe et en Afrique : ne pas se limiter à affirmer de grands principes, mais travailler au quotidien.

3-Créer une association globale de lutte en unifiant les groupes de femmes qui travaillent déjà sur la question au Québec et avec lesquels nous travaillons déjà en collaboration. De tels groupes existent ailleurs, et à titre d’exemple, mentionnons en France le GAMS (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles), en Belgique INTACT (collectif liégeois contre les MGF) : ces associations sont autant d’aiguillons pour les politiques publiques, en matière de santé comme en matière d’égalité des chances.  

4-Travailler à multiplier les organismes de soutien juridique facilement accessibles.

LUCE CLOUTIER
Docteure en anthropologie, elle a travaillé pendant plusieurs années en Afrique et au Vietnam à titre de chercheuse et de formatrice, principalement dans le domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes, de la recherche qualitative, de la santé communautaire et du développement social.

 

 

ANDRÉE YANACOPOULO
Docteure en médecine, un peu touche-à-tout, elle milite actuellement dans les rangs du mouvement féministe PDF Québec (Pour les droits des femmes du Québec) à titre de conseillère au sein du Conseil d’administration.
A publié plusieurs ouvrages, notamment en histoire de la médecine et entre autres, sur Hans Selye et la découverte du stress.

 

 

Où: au Centre humaniste, 1225 boul. St-Joseph Est

Quand: le jeudi 15 juin 2017 à 19h

Entrée 10$ (membres AHQ: 5$)

Notes complémentaires:

Pour ce qui concerne l’aspect pénal, l’Italie, l’Espagne et le Royaume Uni se sont données de lois spécifiques qui punissent les sujet qui opèrent ou qui forcent des jeunes filles, ou bien des femmes, à se soumettre aux opérations. Pourtant, jusqu’à présent, aucun procès n’a été célébré dans le cadre de ces lois. Les prévisions pénales en question ont été fortement critiquées à cause de leur caractère excessivement punitif qui ne tient pas compte des aspects et des origines culturelles de ces pratiques. En plus, l’efficacité même de ces lois a été mise en question : la prévision d’une loi spécifique semble plutôt fonctionner sur le plan symbolique.

Par contre, la France a décidé de poursuivre les MGF dans le cadre des lois pénales déjà existantes. Au niveau européen la France reste le seul pays qui a célébré plusieurs procès, environ 29. Pourtant, des difficultés ont été quand même relevées, étant liées surtout à la complexité dans l’appréciation de l’élément du dol subi.

 

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