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	<title>Association humaniste du Québec &#187; Entrevues &#8211; Association humaniste du Québec</title>
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	<description>Développer la pensée critique</description>
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		<title>Occupons Montréal</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 02:48:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous y étions avec nos cameras le 22 octobre et notre porte-parole Lyne Jubinville a posé des questions aux &#8220;occupants&#8221;. Y a-t-il une relation entre les demandes des manifestants et plusieurs des principes humanistes qui nous sont chers? Nous avons constaté que ces manifestants, souvent ridiculisés dans les grands médias, sont en réalité beaucoup plus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous y étions avec nos cameras le 22 octobre et notre porte-parole Lyne Jubinville a posé des questions aux &#8220;occupants&#8221;. Y a-t-il une relation entre les demandes des manifestants et plusieurs des principes humanistes qui nous sont chers? Nous avons constaté que ces manifestants, souvent ridiculisés dans les grands médias, sont en réalité beaucoup plus articulés et cohérents qu&#8217;on s&#8217;imagine. Voici un résumé vidéo des opinions émises par plusieurs des manifestants occupant la Place Victoria à Montréal.</p>
<p><iframe width="640" height="360" src="http://www.youtube.com/embed/aUwnXWltdYs" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
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		<title>Entrevue Radio Ville-Marie</title>
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		<pubDate>Sun, 07 Nov 2010 13:49:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[athéisme]]></category>
		<category><![CDATA[Catholique]]></category>
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		<description><![CDATA[Suite au congrès des Athées et Humanistes de début octobre 2010, j&#8217;ai été invité à une entrevue de Radio Ville-Marie. Vous pouvez l&#8217;écouter ici: radio ville-marie 5 octobre 2010 Michel Virard]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Suite au congrès des Athées et Humanistes de début octobre 2010, j&#8217;ai été invité à une entrevue de Radio Ville-Marie. Vous pouvez l&#8217;écouter ici:</p>
<p><a href="http://assohum.org/wp-content/uploads/2010/10/radio-ville-marie-5-octobre-2010.mp3"> radio ville-marie 5 octobre 2010</a></p>
<p>Michel Virard</p>
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		<title>Laïcité #4 &#8211; Entrevue avec Me Jean-Claude Hébert</title>
		<link>http://assohum.org/2010/05/laicite-4-entrevue-avec-me-jean-claude-hebert/</link>
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		<pubDate>Sat, 01 May 2010 22:48:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Michel Virard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>

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		<description><![CDATA[La Laïcité et le DROIT[1] La Laïcité au Québec – entrevue #4 Entrevue réalisée par Jocelyn Parent Bonjour Jean-Claude Hébert. Me Jean-Claude Hébert pratique le droit pénal et le droit professionnel depuis plus de trente ans et il a reçu, pour sa contribution à l’avancement du droit et son exercice, la médaille du Barreau (2007). [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>La Laïcité et le DROIT</strong><a href="#_ftn1">[1]</a><strong> </strong></p>
<p>La  Laïcité au Québec – entrevue #4</p>
<p>Entrevue réalisée par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p>Bonjour <strong>Jean-Claude Hébert</strong>.</p>
<p>Me Jean-Claude Hébert pratique le droit pénal et le droit professionnel depuis plus de trente ans et il a reçu, pour sa contribution à l’avancement du droit et son exercice, la médaille du Barreau (2007). Il est chroniqueur au <em>Journal du Barreau</em>, dans lequel il a rédigé plusieurs chroniques sur la question des accommodements raisonnables, la religion et la laïcité. Il enseigne à la maîtrise au Département des sciences juridiques à l’UQÀM, et il est l’un des nombreux signataires de la <em>Déclaration pour un Québec laïque et pluraliste</em> qui est parue à la mi-mars (<a href="http://www.quebeclaique.org/">http://www.quebeclaique.org/</a>).</p>
<p><strong>Pour bien protéger certains droits, telle l’égalité des sexes, serait-ce souhaitable de hiérarchiser les droits et d’en reléguer certains, telle la liberté religieuse, à un rang subalterne?</strong></p>
<p>La Cour suprême du Canada a clairement statué qu’il ne saurait y avoir une approche juridique fondée sur la hiérarchie des droits. Certes, le législateur québécois pourrait se risquer de faire l’exercice, mais il y a fort à parier que la plus haute cour du pays jugerait cette démarche inconstitutionnelle.</p>
<p>Mieux vaudrait modifier la Charte québécoise en modifiant l’article 50.1<a href="#_ftn2">[2]</a> pour indiquer que cet instrument juridique devrait être interprété de manière à tenir compte des « valeurs fondamentales de la nation québécoise ». De la sorte, le législateur contournerait le piège de la hiérarchisation des droits. En effet, une valeur transcende un droit et n’est pas une garantie juridique protégée comme un droit ou une liberté. C’est d’ailleurs le sentier choisi par le Parti québécois dans son Projet de loi no. 391.</p>
<p><strong>Expliquez-nous les différences qu’il y a entre une charte sur la laïcité et une loi constitutionnelle sur le même sujet? En quoi une charte serait-elle meilleure qu’une loi constitutionnelle, ou l’inverse? Pour que la laïcité soit véritablement pleine, efficace et qu’elle ait une portée tangible, à quel niveau serait-il mieux d’intervenir?</strong></p>
<p>Pour éviter de banaliser le concept de charte, il faut cesser de multiplier à tout vent ce concept. Nul besoin de rédiger une Charte de la laïcité. Le législateur peut fort bien définir à grands traits l’exigence de laïcité et son pendant la neutralité de l’État. Le mieux serait de le faire dans le préambule de la Charte québécoise.</p>
<p>La Charte québécoise est un instrument juridique quasi constitutionnel qui a prépondérance sur toutes les autres lois du Québec. S’agissant pour les tribunaux d’interpréter les lois québécoises (ce qui inclut les règlements), les juges doivent en tenir compte. La Charte québécoise s’applique dans les rapports entre le citoyen et l’État, puis entre les citoyens eux-mêmes. Au contraire, la Charte canadienne ne s’applique qu’à l’égard des litiges entre un citoyen et l’État.</p>
<p><strong>D’ailleurs, si le Québec se dotait d’une charte ou modifiait sa constitution interne pour y inclure la laïcité, comment réagirait la Cour suprême dès la première démarche en inconstitutionnalité intentée par un croyant?</strong></p>
<p>La Cour suprême conserve toujours une grande latitude dans l’interprétation des droits fondamentaux, notamment la liberté de religion. Par exemple, dans l’affaire <em>Anselem</em>, il s’agissait d’un litige entre copropriétaires. L’État n’avait rien à voir dans ce dossier. La Cour a statué en fonction de la notion de liberté de religion reconnue par la Charte québécoise. Bref, peu importe le contenant, la haute Cour peut toujours interpréter le contenu comme bon lui semble.</p>
<p><strong>À cet effet, la position des juges minoritaires dans l’affaire Amselem </strong><strong>[2004</strong><strong>] tient compte de l’intérêt général en cherchant un lien entre la demande du croyant, les préceptes de sa religion mais surtout avec les autres droits da la société. Pour le dire clairement, ces juges canadiens ont pris en considération la charte québécoise dans laquelle la demande devait s’insérer et respecter les valeurs communes. Cette position minoritaire est-elle toujours au second plan chez les juges de la Cour suprême?</strong></p>
<p>Bien malin est celui qui pourra deviner quelle orientation majoritaire prendra la Cour dans les prochains dossiers. Deux juges plutôt favorables à une interprétation forte en faveur de la liberté de religion (les juges Gonthier et Bastarache) ont quitté la Cour ces dernières années. Il faudra voir où vont se nicher les nouveaux juges sur cet épineux problème.</p>
<p><strong>Selon la constitution canadienne, le Québec peut se doter de sa propre constitution à l’intérieur du Canada, à moins qu’il ne tente de toucher à certains aspects du fédéralisme. Mais le Québec pourrait-il ajouter à sa constitution la laïcité sans qu’elle ne soit remise en cause par la Cour suprême? Pensons à la mention de la «suprématie de Dieu». Tant qu’elle y sera, la laïcité (canadienne et québécoise) ne pourra jamais être complète. Faudra-t-il toujours invoquer la clause dérogatoire (article 1 ou 33, selon)?</strong></p>
<p>Dans la mesure où le gouvernement québécois définit la laïcité de façon conforme à l’interprétation sur la liberté de religion retenue par la Cour suprême, il n’y aura pas de problème. Si, d’aventure, la définition de la laïcité privilégiée par le gouvernement québécois vient en contradiction avec l’interprétation que favorise la Cour suprême de la liberté de religion, la haute magistrature aura le dernier mot.</p>
<p><strong>Que veut dire la Cour suprême lorsqu’elle confirme que la notion d’accommodement raisonnable ne s’applique pas à <span style="text-decoration: underline;">l’action législative</span> de l’État?<a href="#_ftn3"><strong>[3]</strong></a> Est-ce à dire qu’un employé de l’État ne peut être interdit à porter de symboles religieux (visibles = ostentatoires) pendant l’exercice de ses fonctions?</strong></p>
<p>La Cour suprême dit qu’il faut suivre deux sentiers juridiques selon que le litige met en cause une loi ou un règlement de l’État (auquel cas une violation de la liberté de religion doit être évaluée en fonction de l’article 1 de la Charte canadienne) – et – une relation entre un employeur ou une institution et un citoyen qui demande un accommodement raisonnable. Dans le second cas, l’arbitrage se fait selon la définition de l’accommodement raisonnable que le gouvernement du Québec veut codifier dans son Projet de loi no.94.</p>
<p><strong>Vous reconnaissez, comme d’autres avocats, juges et juristes, que, bien qu’en vigueur et active, la laïcité n’est pas inscrite dans les textes de lois canadiens et québécois. Pensez-vous qu’un certain «activisme» judiciaire pourrait faire bouger les politiciens et qu’ils reconnaissent ce qu’il y a déjà dans la société québécoise, soit une laïcité, présente mais non mentionnée, défendue par les citoyens?</strong></p>
<p>Il ne faut pas trop compter sur l’activisme judiciaire pour définir le concept de laïcité, d’autant plus que cette question est porteuse de tension sociale. Les juges pratiquent habituellement une prudente retenue judiciaire et préfèrent interpréter des textes de loi. C’est vrai que dans le passé, on retrouve, ici et là, des commentaires (ex : Juge Lamer à la Cour suprême) disant que nous vivons dans une société qui reconnaît la séparation de l’État et de la religion. Mais, l’initiative doit venir du législateur. Plus que jamais, les juges vont se nouer la langue, à moins d’avoir à trancher un litige. Encore là, ils vont suivre la voie tracée par la Cour suprême.</p>
<p><strong>Au niveau juridique, qu’est-ce qui se dit sur la laïcité dans les autres provinces du Canada? Les juristes, avocats et juges y sont-ils intéressés? Ont-ils une conception différente de celle des Québécois?</strong></p>
<p>Dans les autres provinces, notamment en Ontario, il y a eu plusieurs causes portant sur le financement des écoles confessionnelles (un droit reconnu en Ontario par la Constitution de 1867 et qui fut modifié au Québec). Bref, des gens qui ne sont ni catholiques ni protestants ont plaidé la discrimination pour avoir les mêmes privilèges de financement des écoles et ont échoué. La question de la prière dans les écoles a également provoqué des litiges.</p>
<p>Pour le reste du Canada, c’est la philosophie du multiculturalisme qui domine.</p>
<p><strong>Vous avez mentionné dans le <em>Journal du Barreau du Québec</em>, en décembre 2009, que l’Article 20 de la Charte québécoise permettait de déroger à la récente égalité des sexes adoptée par Québec (mai 2008), suite à la Commission Bouchard-Taylor. Que voulez-vous dire par cette «dérogation»? Qu’elles en seraient les conséquences?</strong></p>
<p>Si vous lisez l’article 20<a href="#_ftn4">[4]</a> de la Charte québécoise, vous verrez que les institutions religieuses ne peuvent faire l’objet de poursuites pour discrimination. Autrement dit, une école religieuse peut discriminer ses employés et ceux-ci ne peuvent utiliser l’arsenal juridique de la Charte québécoise. Voilà pourquoi les femmes ne peuvent poursuivre l’Église catholique qui discrimine les femmes quant à la prêtrise.</p>
<p><strong>Que pensez-vous du récent projet de loi 94 du gouvernement Charest sur la laïcité «ouverte»? Est-ce suffisant pour la laïcité?</strong></p>
<p>Il y aurait beaucoup à dire sur le projet de loi 94, surtout sur ce qu’il ne dit pas. D’ailleurs, la ministre de la Justice en dit plus (que le projet de loi semble en dire) dans ses commentaires. Ce n’était pas très périlleux que de codifier la technique jurisprudentielle des accommodements raisonnables. Si le gouvernement avait voulu s’en éloigner, il aurait retrouvé la Cour suprême sur sa route. Pour le reste, il n’y a pas les fameuses balises pourtant promises. Bien que le projet de loi soit silencieux sur le sujet, la ministre Weil dit que son gouvernement a choisi la « laïcité ouverte », donc celle du rapport Bouchard-Taylor et des experts qui ont façonné cette nouvelle théorie socio-juridique.</p>
<p><strong>Quand les juges reconnaissent que l’État doit faire un accommodement religieux à un croyant qui en a fait la demande, contrainte excessive ou non, pourquoi les juges présument-ils automatiquement de la sincérité de la conviction religieuse –et d’orienter leur jugement par cet élément− plutôt que de dire ce qu’ils sont selon la loi, neutres, soit d’être incompétents/inaptes à juger de la sincérité ou non de la foi d’un croyant ? Ainsi, en ne jugeant pas le litige selon une plausibilité religieuse, ils jugeraient selon des faits tangibles…</strong></p>
<p>Pour éviter d’avoir à arbitrer les querelles et points de vue différents des différentes écoles de pensée à l’intérieur d’une religion, les juges ont choisi l’approche la plus large qui soit, soit le critère de la croyance subjective. Dans l’affaire <em>Bruker </em>c<em>.</em><em> Marcovitz</em>, 2007 CSC 54, la Cour suprême applique le principe de non-intervention dans les pratiques religieuses. Selon la Cour, c’est l’une des plus importantes considérations menant à l’adoption de la norme subjective de la croyance sincère. Ce principe est important en raison de multiples circonstances dans lesquelles les tribunaux pourraient être appelés à intervenir dans les conflits religieux. Le principe de non-intervention permet donc d’éviter que les tribunaux aient à trancher entre diverses normes religieuses ou entre les règles du droit laïque et les normes religieuses.</p>
<p>La Cour suprême justifie son approche par le fait que l’État laisse à chacun le soin de s’autoréglementer en matière religieuse. Il ne revient pas au gouvernement de faire la promotion d’une norme religieuse. Cela relève des autorités religieuses. Selon les juges de la haute cour, la réserve manifestée par les tribunaux civils canadiens à l’endroit des questions religieuses leur permet non seulement de limiter leur action aux règles qu’ils sont explicitement chargés d’appliquer, mais elle leur permet aussi de conserver une neutralité qui est indispensable dans une société pluraliste et multiculturelle. Elle permet aux tribunaux de s’attacher au respect de la norme civile, sans avoir à trancher entre diverses coutumes ou pratiques.</p>
<p><strong>N’est-ce pas donner une prépondérance aux convictions religieuses pour ceux qui en ont, par rapport à ceux qui n’ont pas de convictions religieuses, eux qui ne demandent pas d’accommodements sur la base de leurs (non-)convictions ?</strong></p>
<p>La liberté de religion est jouxtée à la liberté de conscience. Rien n’exclut la possibilité pour un athée de demander un accommodement raisonnable relativement à une obligation qui l’obligerait à renier sa liberté de conscience. Exemple : un soldat canadien en Afghanistan pourrait refuser de livrer un prisonnier aux forces locales, sachant que le détenu sera torturé.</p>
<p><strong>En créant l’obligation d’accommodement raisonnable en 1985, la Cour suprême a reconnu qu’il n’était valable que pour les personnes, non pour les groupes ; c’est donc un droit individuel. Aussi, il n’y a pas d’obligation d’accommodement dans les cas de coûts excessifs ; la Cour l’a reconnu. Mais si la religion est un droit individuel auquel un croyant a librement choisi d’adhérer, pourquoi les coûts (même non excessifs) liés à son accommodement sont-ils aux frais de l’État ou de l’entreprise, pas à lui ? N’est-ce pas lui qui a choisi de s’auto-discriminer en adhérant en toute liberté à une religion qui le contraint à un code particulier ? Convenons que l’adhésion à une religion n’est pas du même acabit qu’un handicap physique ou mental, auquel une personne ne consent généralement pas…</strong></p>
<p>Dans un arrêt de principe, <em>R.</em> c. <em>Big M Drug Mart Ltée<a href="#_ftn5"><strong>[5]</strong></a></em>, la Cour suprême a statué qu’une société vraiment libre peut accepter une grande diversité de croyances, de goûts, de visées, de coutumes et de normes de conduite. Une société libre vise à assurer à tous l’égalité quant à la jouissance des libertés fondamentales. Selon la Cour, le concept de la liberté de religion se définit essentiellement comme le droit de croire ce que l’on veut en matière religieuse, le droit de professer ouvertement des croyances religieuses sans crainte d’empêchement ou de représailles et le droit de manifester ses croyances religieuses par leur mise en pratique et par le culte ou par leur enseignement et leur propagation.</p>
<p>Et la plus haute cour du pays d’ajouter que la liberté au sens large comporte l’absence de coercition et de contrainte et le droit de manifester ses croyances et pratiques. La liberté signifie que, sous réserve des restrictions qui sont nécessaires pour préserver la sécurité, l’ordre, la santé ou les mœurs publiques ou les libertés et droits fondamentaux d&#8217;autrui, nul ne peut être forcé d’agir contrairement à ses croyances ou à sa conscience. Le juge Dickson, rédacteur du jugement, opina qu’une majorité religieuse, ou l’État à sa demande, ne peut, pour des motifs religieux, imposer sa propre conception de ce qui est bon et vrai aux citoyens qui ne partagent pas le même point de vue. La <em>Charte</em> protège les minorités religieuses contre la menace de «tyrannie de la majorité», de conclure la Cour.</p>
<p>Bien que la liberté de croyance puisse être vaste, la liberté d’agir suivant ces croyances est beaucoup plus restreinte. Cette proposition émane de la Cour suprême dans l’affaire <em>Université Trinity Western </em>c<em>. College of Teachers<a href="#_ftn6"><strong>[6]</strong></a></em>. C’est ici qu’entre en ligne de compte l’arbitrage des accommodements raisonnables.</p>
<p>Merci de cet entretien, Me Hébert.</p>
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<p><a href="#_ftnref1">[1]</a> : Cette entrevue est parue dans le journal <em>Unité Ouvrière</em>, no.20, hiver/printemps 2010. Il s’agit de la version intégrale, non raccourcie pour les besoins du journal.</p>
<p><a href="#_ftnref2">[2]</a> : <em>Les droits et libertés énoncés dans la présente Charte sont garantis également aux femmes et aux hommes</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref3">[3]</a> : <em>Alberta c. Hutterian Brethren Colony</em>, qui fut rendu en juillet 2009 (CSC 37).</p>
<p><a href="#_ftnref4">[4]</a> : <em>Une distinction, exclusion ou préférence fondée sur les aptitudes ou qualités requises par un emploi, ou justifiée par le caractère charitable, philanthropique, religieux, politique ou éducatif d&#8217;une institution sans but lucratif ou qui est vouée exclusivement au bien-être d&#8217;un groupe ethnique est réputée non discriminatoire</em>.</p>
<p><a href="#_ftnref5">[5]</a> : [1985] 1 R.C.S. 295.</p>
<p><a href="#_ftnref6">[6]</a> : [2001] 1 R.C.S. 772.</p>
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		<title>Laïcité #2 &#8211; Entrevue de Michel Virard</title>
		<link>http://assohum.org/2010/01/laicite-2-entrevue-de-michel-virard/</link>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 17:07:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Denis Gingras</dc:creator>
				<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>
		<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
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		<description><![CDATA[HUMANISME  et  LAICITÉ La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par Jocelyn Parent Bonjour Michel Virard. L’Association humaniste du Québec (AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>HUMANISME  et  LAICITÉ</strong></p>
<p>La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p><strong>Bonjour Michel Virard.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> L’<em>Association humaniste du Québec </em>(AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous pouvons dire, le terme d’usage positif pour désigner les athées, qui est perçu comme un terme négatif. Vous exercer aussi le métier de d’ingénieur conseil en Recherche et Développement. Avez-vous écrit des textes et livres que nous pourrions suggérer aux lecteurs?</strong></p>
<p>Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé l’humanisme moderne et les textes que j’ai écrits sont souvent périphériques aux concepts centraux de l’humanisme athée que nous pratiquons. Pour la définition de l’humanisme moderne je préfère renvoyer vos lecteurs à deux textes importants pour nous. D’abord <span style="text-decoration: underline;">L’humanisme moderne, une définition</span> de Pat Duffy Hutcheon, paru en 1995. Il s’agit d’un texte court par une personne, sociologue de son état, qui fut <em>Humanist of the Year</em> au Canada en 2000. Ce texte est actuellement sur notre site web à : <a href="http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/">http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/</a></p>
<p>L’autre texte a été produit par Matt Cherry, un humaniste américain qui s’est donné la peine de produire une sorte de cours <em>Humaniste 101</em>, cours que nous avons entrepris de traduire. Mon collègue Michel Pion a fait la traduction des deux premiers chapitres et ceux-ci seront sur le site internet (<a href="http://www.assohum.org">www.assohum.org</a>) à partir de janvier 2010.</p>
<p>Pour ceux qui s’intéressent à l’aspect « spirituel » de l’humanisme, j’ai écrit un article qui a été publié par une revue catholique « Les cahiers de spiritualité ignacienne », en 2009. Il est maintenant en ligne ici :</p>
<p><a href="http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/">http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/</a></p>
<p><strong>L’humanisme est une éthique de la responsabilité liée à la socialité des humains. Pouvez-vous nous résumer ce que l’humanisme apporte au genre humain, tant d’un point de vue individuel que collectif?</strong></p>
<p>L’humanisme comprend effectivement une telle éthique. Il y a d’ailleurs plusieurs associations humanistes américaines qui se définissent d’abord comme « ethical » et aussi la fédération internationale à laquelle nous sommes associés : l’<em>International Humanist and Ethical Union</em> (IHEU), basée en Grande-Bretagne. Toutefois l’humanisme englobe non seulement une éthique mais aussi une cosmologie, ce qui, en passant, est le dénominateur commun des religions : elles ont toutes à la fois une « explication du monde », c’est-à-dire une narration sur le monde et une morale liée en tout ou en partie à cette cosmologie. On appelle cela une vision du monde (en anglais « worldview ») et la nôtre a ceci de particulier que cette vision du monde est définie par ce que nous appelons aujourd’hui la Science de la Nature et ne laisse aucune place à des croyances au surnaturel. Cela signifie qu’il n’y a pas de divinité ni de survie après la mort. Une autre conséquence est l’abandon de la dualité matière-esprit. Pour nous l’esprit, ou l’âme pour reprendre un terme religieux, est un processus complexe exécuté sur un organe matériel, le cerveau humain. Sans ce support matériel, le processus disparaît. Ce que nous appelons « conscience » est une propriété émergente des réseaux neuroniques complexes tels que notre cerveau.</p>
<p>Ce que je viens d’énoncer défini l’athéisme mais il ne définit par l’humanisme, lequel va plus loin en ce sens qu’il est une philosophie de l’action basée sur la conviction que notre situation humaine est unique dans le monde vivant et que nous serions bien fous de ne pas en tirer le meilleur parti, d’abord pour nous même et ceux qui nous sont chers, mais aussi pour tous les membres de notre espèce puisque c’est avec eux que nous devrons composer une société planétaire qui ne soit pas une menace ou un enfer pour qui que ce soit. Il s’agit moins de créer une société nouvelle que d’utiliser nos outils scientifiques et éthiques pour améliorer de façon continue les conditions de vie de tous et chacun. À partir des années 1940, les humanistes ont plus ou moins cessé de considérer l’action politique directe comme leur responsabilité première et les mouvements humanistes actuels, sauf peut-être en Inde, se démarquent généralement des partis politiques auxquels ils préfèrent donner de l’inspiration plutôt qu’un chèque en blanc. L’expérience nous a montré qu’aucun parti politique ne peut espérer représenter pleinement le courant humaniste, avec sa diversité d’intérêts et d’opinions.</p>
<p><strong>Au niveau du lien entre l’humanisme et la laïcité, comment l’AHQ articule-t-elle cette liberté individuelle dans la responsabilité sociale de ses membres à l’égard de la collectivité, tant de la ville jusqu’au niveau plus large qui est celui de la planète?</strong></p>
<p>L’AHQ est bien sûr un pilier fidèle de la laïcité des institutions et de l’espace public, cependant, pour des raisons stratégiques liées à notre statut d’œuvre de charité, nous préférons que cette action se fasse au travers d’autres organismes, en particulier le <em>Mouvement laïque québécois</em> (MLQ) que nous soutenons indirectement en achetant de la publicité dans sa revue, <span style="text-decoration: underline;">Cité laïque</span>. Nous encourageons systématiquement nos membres à devenir membres du MLQ. Plus récemment nous avons donné notre soutien au <em>Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité</em> (CCIEL) qui a un projet de charte de la laïcité pour le Québec.</p>
<p>Au-delà des frontières du Québec, nous soutenons l’humanisme par des campagnes de lettres aux autorités pour rappeler à l’ordre des États qui se prétendent plus ou moins laïques mais qui, par laxisme ou par opportunisme électoral, continuent de violer allègrement leur propre constitution. Ce fut le cas en Italie avec l’affaire Tosti où nous avons écrit, de concert avec des humanistes d’autres pays, au Conseil de la Magistrature pour les convaincre de laisser tomber leur<del datetime="2010-01-31T11:28" cite="mailto:Michel%20Virard">s</del> accusation contre le juge Tosti qui refusait de juger sous un crucifix. De même nous avons été très actifs durant la campagne contre la charia en Ontario. Nous sommes heureux que dans ces deux cas, la voix de la raison ait finalement prévalu.</p>
<p><strong>En quoi la laïcité est-elle si importante pour une société? Dit autrement, pourquoi la religion doit être une affaire personnelle, tant qu’elle n’enfreint pas les lois, cela dit?</strong></p>
<p>Le contraire de la laïcité c’est lorsque une ou un petit nombre de religions sont officiellement reconnues par l’État. Dès cet instant, l’État se trouve contraint à devoir définir ce qui constitue une religion et aussi les devoirs et obligations de chaque partie. Dès le départ, c’est un exercice périlleux si l’on veut maintenir un semblant d’égalité entre les différentes religions, or cette égalité est une exigence de la démocratie et est largement réclamée dans les pays occidentaux. C’est, par exemple, le cas de la Belgique et de la Grande-Bretagne, obligées à de remarquables contorsions constitutionnelles pour ménager la chèvre et le chou. Cela a conduit la Belgique à créer et payer pour des Maisons de la laïcité afin de ne pas paraître pénaliser les non-croyants par rapport aux cultes reconnus.</p>
<p>Si l’État a une population stable, cette reconnaissance des cultes semble acceptable à bien des citoyens qui y trouvent leur compte. Toutefois, s’il s’agit d’un État dont la population subit des changements importants de composition ethno-religieuse sur des périodes relativement courtes, comme une génération ou deux, alors survient une kyrielle de problèmes parce que, qu’il le veuille au non, l’État démocratique non laïque est forcé de s’occuper de religion. Il doit, par exemple, légiférer pour permettre aux administrations de distinguer ce qui constitue véritablement une religion d’une association sans mérite religieux. Cela peut conduire à d’étranges décisions. Par exemple, l’Église de scientologie est reconnue comme religion aux États-Unis mais pas en France, deux pays où la séparation des Églises et de l’État est pourtant inscrite dans la constitution, mais où les régimes fiscaux continuent d’accorder des privilèges indus aux églises reconnues. De fait, aussi bien les États-Unis que la France trahissent l’esprit et la lettre de leur constitution. Il est nécessaire de distinguer les œuvres de bienfaisances (charités) sous la tutelle des églises, des lieux de culte eux-mêmes. C’est-à-dire que, indépendamment de la présence où de l’absence d’œuvres de charité, les lieux de cultes sont exemptés des taxes normalement imposées sur des locaux et sur le personnel. Or ces lieux sont en fait similaires à ceux employés, par exemple, par des compagnies de croissance personnelle ou une bibliothèque, telle que c’est le cas avec la <em>Bibliothèque humaniste du Québec</em> (BHQ). Pour reprendre le jargon religieux, dans tous ces cas, l’organisme tente d’apporter une  aide aux « âmes de ses clients », cependant seules les églises reconnues bénéficient de cet avantage fiscal qui s’accumule évidemment d’année en année. On le voit très bien à Montréal! Il y est inscrit dans la pierre.</p>
<p>En pratique, aucun État actuel, même très démocratique, n’arrive à traiter équitablement les différentes religions pratiquées sur son territoire. Il en résulte de graves distorsions dans la répartition du fardeau fiscal et des aides. Toutefois, le pire se situe sur un autre plan. L’inégalité des religions se traduit aussi au plan politique et il suffit de voir la hargne avec laquelle les religions qui étaient religions d’État jusqu’à récemment s’accrochent à un pouvoir politique qui commencent à leur échapper aussi bien dans les institutions judiciaires (cas du Juge Tosti) que dans les institutions d’enseignement (cas de l’Ontario avec ses écoles publiques catholiques).</p>
<p>La conclusion sans équivoque de ces observations est que l’État est un bien mauvais juge de ce qui constitue une religion et si même cela fait partie de ses attributions. L’État conserve une fonction fondamentale d’arbitre. Si en plus l’État se veut démocratique, il ne peut faire autrement que de se déclarer arbitre incompétent en matière religieuse et donc il se doit de renvoyer toutes les religions à la sphère privée et de ne favoriser ni subventionner directement ou indirectement aucun culte.</p>
<p><strong>Au printemps 2009, il y a eu la campagne des autobus de la STCUM avec vos annonces « Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiétez et profitez de la vie. » Comment les gens y ont réagi? Qu’en a-t-il résulté pour l’AHQ et les humanistes au Québec?</strong></p>
<p>La campagne des autobus athées avaient réellement deux buts distincts. D’abord affirmer publiquement que les athées, non seulement existent, mais qu’ils revendiquent leur droit à la parole. On peut dire qu’il s’agissait alors pour beaucoup d’athées d’une sortie de placard.</p>
<p>L’autre but était évidemment de rejoindre les athées, dont certains sont très isolés, et de leur dire : « Vous n’êtes pas seuls et non, vous n’êtes pas forcement anormaux ou immoraux parce que vous ne croyez pas en des divinités. »</p>
<p>Nous pensons avoir atteint nos deux buts : nous sommes passés de 170 membres à 290 dans les mois qui ont suivi la campagne et nous avons reçu des dons comme jamais dans les quatre années précédentes. De plus les médias savent maintenant que nous existons puisque nous avons fait beaucoup d’entrevues en mars à cause de cette campagne. Par exemple, nous sommes passés à <em>Second regard</em>, émission sur les religions, ce qui a, de fait, mis notre organisation sur un pied d’égalité avec les églises.</p>
<p><strong>Que pensez-vous du cours <em>Éthique et culture religieuse</em> (ECR)? Quels seraient les bienfaits pour la relève québécoise de lui enseigner l’humanisme?</strong></p>
<p>Dans sa forme actuelle, le cours d’ECR est une insulte aux humanistes athées pour deux raisons majeures. D’abord le cours ne fait pratiquement aucune mention des spiritualités non-religieuses, le ministère considérant le terme « athée » comme trop négatif. Il est cependant possible que les éducateurs et les auteurs de livres scolaires ne suivent pas le ministère sur ce terrain et réinsèrent les philosophies athées. Nous avons eu une requête en ce sens d’un éditeur québécois.</p>
<p>Ensuite, la volonté de mélanger Éthique et Religions dans un même cours lance un message pernicieux laissant croire qu’il ne saurait y avoir d’éthique en dehors d’un contexte religieux. Cela nous offense d’autant plus que l’éthique représente pour nous une alternative à la morale religieuse et non un de ses composants.</p>
<p>La mission très officielle de l’AHQ est le développement de la pensée critique dans la population, nous pensons donc qu’il est crucial pour l’avenir de notre société que les jeunes soit entraînés, dès qu’ils en ont l’âge, à la fois aux mécanismes indispensables de défense intellectuelle à un citoyen et aux raisonnements éthiques indispensables à la construction de son identité. De plus nous pensons qu’ils devraient être exposés aux valeurs humanistes, lesquelles sont, en pratique, largement partagées par une partie de plus en plus grande des populations occidentales, y compris par une large majorité de ceux qui se réclament d’une religion. Ce que nous appelons aujourd’hui « droits de la personnes » ont d’abord été des valeurs proposées par ceux que nous considérons comme nos précurseurs puisqu’ils s’occupaient en priorité d’humains et non de divinités. Je pense que cet héritage mérite d’être connu de nos jeunes au moins autant que les exploits de Vishnou, de Mahomet ou de St-François d’Assise.</p>
<p><strong>Donc, si l’athéisme et l’humanisme étaient enseignés aux jeunes, ils seraient plus en mesure d’avoir un jugement critique et seraient mieux outillés pour donner sens à leur existence sans le support religieux? Mais faut-il tout de même enseigner la religion, et surtout de quelle manière? En comprenant qu’enseigner n’est certes pas « endoctriner »…</strong></p>
<p>C’est la différence entre donner un sens à sa vie et se faire donner un sens à sa vie! Les humanistes préfèrent la première option mais ils acceptent que d’autres individus peuvent, après mure réflexion, choisir de se débarrasser de cette tâche difficile en s’en remettant à des personnes, des organismes en qui ils ont confiance. Nous pensons que cette confiance est souvent mal placée mais nous acceptons que chaque individu soit libre de décider en autant qu’on lui ait donné un minimum d’outils pour distinguer sinon le vrai du faux, du moins le probable de l’improbable. C’est cela la pensée critique. Donner un sens à sa vie c’est construire son identité, ce n’est jamais facile et jamais complété sinon le jour de sa mort.</p>
<p>Personnellement je pense que l’enseignement de la religion ne devrait se faire que dans l’optique de l’enseignement des courants de pensée et de l’histoire mais d’autres humanistes pourraient défendre d’autres idées sur cette question.</p>
<p>Il est peut-être présomptueux de ne vouloir jamais « endoctriner » des enfants. De fait, les plus jeunes sont forcément « endoctrinés » à ne pas taper sur leur voisin, à respecter leur parents, leurs professeurs, à faire leur devoirs et apprendre leurs leçons. Sans cette douce dictature des parents sur les enfants, il n’y aurait même pas de possibilité de passer à la phase suivante, qui est un passage de comportements imposés à des comportements autonomes socialement acceptables. C’est seulement à l’adolescence que les questions métaphysiques peuvent être abordées de façon intelligente et qu’alors le développement de la pensée critique prend tout son sens.</p>
<p><strong>Que pensez-vous de la position de la Fédération des Femmes du Québec, adoptée au printemps 2009, concernant le voile et l’intégration des femmes (immigrantes)?</strong></p>
<p>L’AHQ soutient la position la position du CCIEL qui s’oppose avec véhémence à ce que la FFQ accepte de bafouer deux principes qui nous sont chers, la laïcité des institutions et l’égalité des sexes, en vue de faciliter l’intégration des femmes immigrantes. De plus, nous pensons que les résultats seront exactement contraires aux objectifs déclarés.</p>
<p><strong>De part le monde, il existe divers modèles de laïcité dans les États ‒explicitement affirmés ou non. Pour s’en rendre compte, il y n’a qu’à regarder des pays comme les États-Unis, la France, la Turquie et le Canada. Quel serait le modèle qu’apprécierait voir au Québec l’AHQ?</strong></p>
<p>Il n’y a pas actuellement de modèle spécifique prôné par l’AHQ sinon qu’il devra rendre compte des spécificités du Québec et de sa situation de province dans une fédération officiellement déiste et dont le chef d’État, la Reine de Grande-Bretagne, est constitutionnellement chef de l’église anglicane.</p>
<p><strong>Cette laïcité, lorsqu’elle est encadrée par les droits philosophiques que sont ceux de nos chartes, permet une relation critique aux religions et aux traditions. De la sorte, l’État et ses institutions fournissent et remplissent des fonctions émancipatrices. Qu’y rajouteriez-vous?</strong></p>
<p>La laïcité de l’État ne garantie pas en soi que les citoyens vont acquérir automatiquement une forme de pensée critique, mais c’est vrai que le refus de l’État d’entériner une ou des religions a des conséquences sur la crédibilité des religions. La majesté de l’État, expression de la volonté populaire de l’ensemble des citoyens, ne peut plus être détournée au profit d’une religion pratiquée par une fraction de cette population. Il devient possible de critiquer une religion, même puissante, sans pour autant attenter à la sûreté de l’État, ce qui n’est pas un mince progrès. Et inversement, critiquer l’État cesse d’être blasphématoire, ce qui est une liberté nouvelle pour le citoyen.</p>
<p><strong>La laïcité qu’un État adopte, faut-il la réduire à la neutralité face à la religion, ou doit-elle être comprise comme une affirmation de la raison dans l’enseignement et dans l’espace public, notamment la sphère des institutions étatiques?</strong></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Comme je l’ai signalé plus haut, la laïcité de l’État est une déclaration d’incompétence en matière religieuse, il ne reste donc pour guider les actions de l’État, que ce soit en matière d’enseignement <del datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">‒</del><ins datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">(</ins>ou tout autre domaine de sa responsabilité<ins datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">)</ins><del datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">‒</del> que deux outils acceptables aux yeux d’une majorité de citoyens : la science, autrement dit une vision du monde fondée sur l’observation et la raison, et la philosophie éthique. Bien sûr, l’État doit toujours s’appuyer sur les meilleurs praticiens de ces deux domaines car il s’agit dans les deux cas d’aventures humaines. Bien sûr nous avons parlé de l’État et non du gouvernement, car ce dernier subit une contrainte supplémentaire : il ne peut ignorer l’opinion publique, mais lorsque cette dernière semble contredire la science ou l’éthique, le gouvernement a le devoir d’expliquer clairement et honnêtement pourquoi sa position est celle du vrai ou pourquoi elle est celle du bien. Un cas concret s’est présenté le mois dernier avec la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1).</p>
<p><strong>Le gouvernement du Québec finance-t-il des religions et la réfection de certains de leurs bâtiments? Qu’en pensez-vous?</strong></p>
<p>À dire vrai, le Québec est actuellement moins généreux vis-à-vis des religions que la très laïque France qui paye 100% des salaires des profs des établissements scolaires religieux qui enseignent le curriculum officiel. Bien sûr, ce n’est pas une excuse mais disons que cela relativise un peu nos doléances. Je ne connais pas de pays occidental qui ne subventionne pas en partie l’enseignement religieux, pas nécessairement parce qu’il est « religieux » mais surtout parce qu’il est « privé », une nuance importante. Lorsque le gouvernement socialiste majoritaire de la France a voulu couper les vivres aux écoles privées (écoles catholiques à 95%), il s’est fait rabrouer publiquement par deux millions de Français qui ont défilé à Paris ; la plus grande manifestation jamais organisée en France. Il y a de quoi y penser à deux fois. Pourquoi cette opposition farouche sachant que les Français ont un taux de pratique religieuse extrêmement bas? Les Français ont vu dans le geste du gouvernement une tentative de créer un nouveau monopole d’éducation, cette fois-ci en faveur de l’école publique laïque. Mais l’idéal démocratique s’accommode mal d’une source unique de sagesse en matière d’éducation et les Français, même athées, qui ont défilé en faveur des écoles privées ont pu considérer que l’aiguillon de la concurrence et la pluralité des méthodes étaient peut-être trop importants pour être abandonnés, même si cela faisait l’affaire d’un clergé qu’ils ne portent pas tous dans leur cœur.</p>
<p>Les humanistes sont d’ailleurs partagés sur cette question. Je crois personnellement qu’en distinguant bien le « privé » du « religieux » on y verra plus clair. Plutôt que d’assécher le privé,  il s’agit d’avantage de s’assurer que les deniers publics ne sont pas détournés au profit des enseignements véritablement religieux et encore moins au prosélytisme religieux. On peut discuter sans fin sur le taux  de subvention de l’État au privé, qui, rappelons-le quand même, évite une dépense substantielle à l’État. Le taux de couverture actuel de 60% des frais de scolarisation pour le curriculum commun à tous est peut-être un insupportable compromis pour les puristes des deux bords mais il est quand même très inférieur à ce qu’on voit ailleurs, à commencer par nos voisins de l’Ontario qui subventionnent totalement un réseau complet d’écoles catholiques publiques.</p>
<p>En résumé, l’État n’a évidemment pas à financer les religions et il doit être vigilant à ce que les subventions légitimes aux organismes qui le décharge d’une tâche légitime, telle que l’enseignement régulier, ne soit pas détournées à d’autre fins, dont le prosélytisme.</p>
<p><strong>Avec un État qui reconnaît le droit individuel d’adhésion à une religion chez l’individu, soit de pouvoir faire une place à la religion pour l’affirmation de son identité, y a-t-il un risque que l’État fasse en même temps une place à un renouveau religieux, dont les accommodements raisonnables pourraient en être la partie évidente?</strong></p>
<p>Je ne crois pas que l’État fasse actuellement consciemment une place à un renouveau religieux, ce serait prêter beaucoup de clairvoyance à nos politiciens. La sécularisation de l’État québécois n’a jamais été faite au grand jour comme une laïcisation voulue mais très souvent par petits bouts, par une succession de changements qui ont paru inévitable dans leur contexte d’époque. Le fil conducteur de ces changements n’a jamais été un désir de sécularisation comme tel mais un désir de plus de liberté, de plus d’autonomie, ce qui n’est pas exactement la même chose, même si un des effets de cette recherche de liberté a été de jeter à la poubelle le carcan imposé par le clergé catholique. Dans cette opération de rejet je suis persuadé que les acteurs qu’on y trouve comprennent certainement encore plus de catholiques tannés du clergé que de véritables mécréants. On peut donc difficilement parler d’un « retour en arrière » vu qu’on n’est jamais allé très loin en avant! Je parlerais plutôt de piétinement sur place. Après tout le crucifix à l’Assemblée Nationale était déjà là, personne ne l’a installé récemment. On n’a pas avancé, mais on n’a pas reculé non plus, sauf peut-être au niveau de l’enseignement religieux dans le réseau publique anglophone qui, avec le nouveau cours d’ECR, se retrouve maintenant avec un supplément d’enseignants de la religion, un domaine qu’il avait pratiquement abandonné il y a longtemps.</p>
<p>La nécessité d’accommodements religieux, puisque c’est de cela qu’il s’agit, et non pas des accommodements raisonnables qui couvrent bien d’autres choses, ne va pas disparaître par un coup de baguette magique. Ce qu’il nous manque c’est une façon juste et simple de régler ces cas. En l’absence d’un charte claire sur ce que devraient être les principes directeurs gérant la séparation des églises de l’État, la neutralité des institutions publiques et le partage des espaces publics, les décisions sont prises au coup par coup, sans garantie de cohérence. Il en résulte de nombreux cas d’appel puisque la jurisprudence est douteuse et laisse à chaque plaignant l’espoir que l’instance supérieure penchera de son coté. En faisant table rase de cette jurisprudence douteuse, une charte de la laïcité réduirait considérablement les cas litigieux, ce qui est certainement un avantage pour une société qui aspire à mieux vivre ensemble malgré les divergences religieuses.</p>
<p><strong>Pensez-vous qu’il soit pertinent et primordial que les élus et autres dirigeants de la société québécoise s’affirment et agissent sur des bases humanistes? Des mots pour les convaincre…</strong></p>
<p>Je doute que la majorité de nos élites soit consciente que les droits humains dont ils se gargarisent assez facilement sont très directement le produit d’idées proposées par des penseurs  qui ont tourné le dos aux religions, parce qu’ils étaient athées ou encore déistes, une position parfaitement défendable avant Darwin. C’est le résultat d’une formation biaisée de nos élites qui ont été privées pendant fort longtemps (et même encore aujourd’hui) du contact avec les penseurs humanistes des <em>Lumières</em> et des siècles suivants. Combien ont lu d’Holbach, Voltaire, Thomas Paine, Condorcet, Constant, Robert, Ingersoll, Bertrand Russell? La <em>Bibliothèque Humaniste du Québec </em>que la Fondation et l’<em>Association humaniste du Québec </em>ont mis en place tente de combler ce vide immense dont bien peu de Québécois sont conscients. J’invite nos dirigeants de la région de Montréal à s’inscrire à la BHQ. Les prêts sont gratuits!</p>
<p><strong>Les humanistes ont leurs moments de festivités laïques, les agapes humanistes, à chacun des solstices et équinoxes de l’année. Quels pourraient être les fêtes et/ou congés laïques dont pourraient bénéficier l’ensemble de la société?</strong></p>
<p>Nos collègues humanistes anglophones ont déjà proposé l’anniversaire de naissance de Charles Darwin, le 12 février, étant donné l’importance de son livre, <span style="text-decoration: underline;">L’Origine des espèces</span>, lequel nous a libéré du besoin d’avoir un Grand horloger pour expliquer la diversité du vivant, incluant l’homme. Comme nous ne sommes pas riches en congés légaux entre janvier et mars, pourquoi pas!</p>
<p><strong>À ce propos, il y a beaucoup de cérémonies et de rituels qu’il faudrait laïciser. Pensons à l’Ontario qui s’est doté d’</strong><strong>« officiants » et qui peut maintenant participer avec ses humanistes à des cérémonies remplies de sens tout en étant dégagées de dogmes et de liens avec le surnaturel…</strong></p>
<p>Oui, nous savons qu’une partie de la population non-croyante est intéressée par des cérémonies non religieuses mais plus attrayantes que les cérémonies civiles déjà disponibles. Nous y travaillons actuellement et il y aura des « célébrants » humanistes, puisque c’est comme cela que le Ministère de la justice les appelle, à partir du mois de mai 2010. Les célébrants humanistes seront licenciés par l’<em>Association humaniste du Québec </em>selon des modalités comparables à ce qui se fait actuellement en Ontario et pourrons faire des mariages.</p>
<p>Merci, Michel Virard. Ce fut un entretien intéressant qui nous parle des valeurs sociales et collectives dont notre société a pourtant bien besoin.</p>
<p>Merci Jocelyn, et au plaisir de la prochaine entrevue.</p>
<p><em>Avec la permission du <strong>Journal Unité Ouvrière</strong> en appui à la laïcité<br />
 Les Éditions Sociales<br />
 C.P. 65 064, Longueuil, Québec, J4K 5J4<br />
 uniteouvriere@hotmail.com</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Laïcité #1 &#8211; Entrevue de Daniel Baril</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 16:52:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean-Denis Gingras</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Entrevues]]></category>
		<category><![CDATA[laïcité]]></category>
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		<description><![CDATA[La laïcité au Québec. Réalité et Enjeux des années 80 à 2000. La Laïcité au Québec – Première d’une série d’entrevues parue dans le Journal Unité ouvrière et  réalisées par Jocelyn Parent Bonjour M. Baril. Vous êtes militant de longue date pour la laïcité au Québec et êtes membre du Mouvement laïque québécois (MLQ), fondé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>La laïcité au Québec.</strong></p>
<p align="center"><strong>Réalité et Enjeux des années 80 à 2000.</strong></p>
<p>La Laïcité au Québec – Première d’une série d’entrevues parue dans le Journal Unité ouvrière et  réalisées par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p>Bonjour M. Baril.</p>
<p>Vous êtes militant de longue date pour la laïcité au Québec et êtes membre du <em>Mouvement laïque québécois</em> (MLQ), fondé en 1981 et issu de l’<em>Association québécoise pour l’application du droit à l’exemption de l’enseignement religieux </em>(AQADER). Par le passé, vous avez exercé diverses fonctions au sein du MLQ, dont celle de Président, et êtes maintenant conseiller national. Aussi, vous êtes l’auteur de quelques livres critiques des religions, pensons à <span style="text-decoration: underline;">La  Grande Illusion</span> (MultiMondes, 2006) et <span style="text-decoration: underline;">Les mensonges de l’école catholique</span> (VLB, 1995). Récemment, vous avez participé à la coréalisation de la parution <span style="text-decoration: underline;">Heureux</span><span style="text-decoration: underline;"> sans Dieu</span>, avec Normand Baillargeon. Vous allez nous parler des avancées de la laïcité québécoise depuis les années 1980…</p>
<p><strong>Depuis que </strong><strong>la Constitution</strong><strong> canadienne a été rapatriée en 1982, et de l’insertion par Pierre Elliott Trudeau du multiculturalisme dans celle-ci, quelles ont été les répercussions –négatives et positives− pour le vivre-ensemble québécois?</strong></p>
<p>De façon positive, nous pouvons souligner la clause dérogatoire de la Charte canadienne de 1982 qui doit être reconduite à tous les cinq ans alors. Comme la confessionnalité du système scolaire québécois était contraire à la charte, il fallait donc recourir à cette clause pour maintenir les dispositions confessionnelles. Sans la réévaluation périodique imposée par la charte canadienne, nous aurions sans doute été pris avec des écoles confessionnelles pendant de nombreuses années encore puisque la charte québécoise n’oblige pas à réévaluer la dérogation.</p>
<p>L’aspect négatif, c’en est le multiculturalisme qui est l’âme, si l’on peut dire, de la Charte fédérale des droits et libertés. Et le multiculturalisme conduit aux accommodements raisonnables et à l’intrusion de la religion dans la sphère de l’État. La Cour suprême peut donc faire fi des valeurs québécoises pour accommoder des groupes culturels particuliers. Le kirpan à l’école et le turban dans la GRC sont des exemples frappants.</p>
<p>Au Québec, on prétend appliquer l’interculturalisme, mais dans les faits c’est la même chose.</p>
<p><strong>Quels liens pouvons-nous effectuer entre la laïcité et la ghettoïsation?</strong></p>
<p>La ghettoïsation est le risque du multiculturalisme. Avec la laïcité, les lois sont les mêmes pour tout le monde, ce qui favorise l’intégration à la société d’accueil. Cela n’empêche pas une communauté de pratiquer sa religion dans la mesure où elle respecte ce qui, au Québec, est non négociable, comme la défense et la promotion du français, les droits fondamentaux dont l’égalité des sexes et la laïcité, bien qu’elle ne fasse pas encore l’objet d’une loi.</p>
<p><strong>Depuis </strong><strong>la <em>Révolution</em></strong><strong><em> tranquille</em> notamment, il y a eu des avancées pour la cause de la laïcité au Québec. Qu’est-ce qui a été fait? Pensons à la déconfessionnalisation du système public d’enseignement par l’abrogation de l’Article 93 de </strong><strong>la Constitution</strong><strong> canadienne (1867)…</strong></p>
<p>Il y a d’abord eu l’exemption à l’enseignement religieux accordée au début des années 70. Ceci fut remplacé par l’option entre l’enseignement moral ou religieux. Puis, suite à une résolution unanime du gouvernement québécois, en 1997, le Québec a été soustrait de l’Article 93 de la constitution canadienne de 1867 – l’AANB – qui protégeait les commissions scolaires confessionnelles, ce qui a permis d’instaurer des commissions scolaires linguistiques. Suite au rapport Proulx, on a aboli les statuts confessionnels des écoles ainsi que les comités confessionnels du Conseil supérieur de l’Éducation. L’enseignement religieux confessionnel a alors été remplacé par le cours Éthique et culture religieuse (ECR).</p>
<p>Il y a aussi eu l’instauration des cégeps à la fin des années 60, qui forment un réseau public et laïque, issus directement du rapport Parent.</p>
<p>Cependant, le gouvernement a créé le Comité aux affaires religieuses (CAR) qui est l’héritier des comités confessionnels et qui gère le cours ECR. Évidemment, si ce cours venait à être aboli, je pense que le CAR tomberait vite en désuétude…</p>
<p>Comme nous le savons, le cours ECR a été implanté à la grandeur du Québec. Bien que l’étiquette catholique et protestante ait été retirée de l’appellation officielle, ECR n’est rien de moins qu’une continuité de l’enseignement religieux élargi aux autres religions. Le gouvernement a donc opté pour la multiconfessionnalité, ce qui est une forme de multiculturalisme.</p>
<p>Auparavant, un élève pouvait se soustraire à l’enseignement religieux, ce qui n’est plus le cas avec ECR. Sans exception, dès le primaire, les élèves reçoivent la somme des mythologies de l’humanité. C’est un cours de glorification de l’appartenance religieuse. L’athéisme n’est abordé seulement qu’en secondaire 4 ; c’est donc neuf années de mythologies diverses avant le droit au raisonnement critique sur les religions.</p>
<p>En résumé, cela a pris quelques quarante années pour déconfessionnaliser le réseau d’enseignement public. Mais déconfessionnaliser, ce n’est pas encore de la laïcité, laquelle transporte un message beaucoup plus clair que « dé-confessionnalisation ».</p>
<p><strong>Toujours sur la laïcité, quels ont été les reculs que la société québécoise a essuyés?</strong></p>
<p>Reconnaissons que les avancées sur le sujet auraient été plus rapides si les groupes de pression conservateurs ne s’y étaient pas opposés. Ils ont retardé les progrès moraux et éthiques que notre société requiert aujourd’hui.</p>
<p>Comme autres vestiges de la société cléricale, il y a le crucifix à l’Assemblé nationale. Il est déplorable que les élus aient adopté à l’unanimité, et avec empressement, son maintient. C’était aller à l’encontre de l’une des recommandations les plus laïques du rapport Bouchard-Taylor.</p>
<p>Aussi, il y a encore des maires qui récitent des prières lors des assemblées publiques municipales. Pensons à Saguenay qui a refusé de se soumettre au jugement du Tribunal des droits de la personne condamnant cette pratique. Pensons aussi à l’immobilisme du gouvernement Charest qui refuse d’établir une loi sur la question de la laïcité afin de fournir des balises claires et cohérentes pour les divers ministères et organismes aux prises avec des demandes d’accommodements religieux.</p>
<p>Il y a aussi la procédure d’assermentation dans les tribunaux fédéraux où l’on est supposé donner le choix entre une affirmation solennelle et une assermentation sur la Bible ; que ce soit dans les tribunaux ou ailleurs, l’État ne devrait reconnaître que la procédure laïque consistant à jurer de dire la vérité. La même vaut pour l’assermentation des ministres.</p>
<p><strong>Dans les suites à donner à Bouchard-Taylor, y a-t-il eu des partis politiques qui ont appuyé la démarche d’établir une loi sur la laïcité? Qu’ont-ils dit à ce propos?</strong></p>
<p>Québec solidaire s’est montré récemment ouvert à un débat sur une charte de la laïcité, mais quelle forme cela prendrait, ça reste à voir. Plus récemment encore, dans le cadre du débat sur le projet de loi 16 sur la diversité culturelle, le PQ et l’ADQ ont ramené cette idée, mais le premier ministre Charest leur a fermé la porte au nez.</p>
<p>Le projet de loi 16 −qui pourrait conduire à faire prévaloir les principes religieux sur l’égalité des sexes − montre que le gouvernement Charest persiste dans la ligne des accommodements religieux et continue de procéder à la pièce plutôt que d’adopter des balises claires comme une charte de la laïcité.</p>
<p><strong>Que reste-t-il à faire à propos de la laïcité au Québec? Que faire des congés religieux par exemple?</strong></p>
<p>C’est sûr que la plupart de nos congés sont d’origine religieuse, mais cela ne me dérange pas trop. On pourrait toujours les remplacer par des congés saisonniers à date fixe et attribués à tout le monde. <em>La loi sur les normes du travail</em> pourrait aussi accorder un certains nombre de congés mobiles que chacun pourrait prendre à la date de son choix et pour le motif de son choix, ce qui permettrait à certaines communautés de célébrer leurs fêtes religieuses.</p>
<p><strong>Avec la cadre fédéral actuel et le multiculturalisme, quelles seraient les limites de l’établissement d’une charte québécoise de la laïcité?</strong></p>
<p>Nul doute que la charte fédérale continuerait d’avoir prépondérance sur une charte québécoise de la laïcité. Soulignons que le préambule de la Constitution de 1982 reconnait la suprématie de Dieu et que la procédure d’amendement de cette constitution est cadenassée.</p>
<p>Cependant, il est certain que l’adoption d’une charte sur la laïcité qui recevrait l’adhésion d’une vaste majorité de la population enverrait un message clair à Ottawa. Cela démontrerait que la société québécoise veut un autre système que le multiculturalisme. Par le même fait, cela démontrerait les limites et les contradictions du système canadien.</p>
<p>De plus, toute constitution québécoise devrait s’affranchir de la monarchie. L’autorité suprême du Canada reste reliée à la religion car la reine détient ce titre «par la grâce de Dieu» : <em>Dei Gratia Regina,</em> comme on peut le lire sur la monnaie canadienne. Et la reine du Canada est aussi la papesse des anglicans. Dans une république, les gouvernants sont redevables au peuple, non à Dieu, et leur serment d’allégeance est fait envers le peuple et non envers un monarque.</p>
<p>Ce que nous réclamons, c’est une république laïque où le peuple est souverain et où les lois n’ont plus à être entérinées par un monarque. C’est d’ailleurs l’essentiel des propos qui sont tenus dans le <span style="text-decoration: underline;">Manifeste pour une république laïque</span> (que l’on peut retrouver sur le site du MLQ).</p>
<p><strong>Y a-t-il des exemples d’États fondés sur la dignité humaine, comme par exemple l’humanisme?</strong></p>
<p>Oui et non. En fait, ce n’est pas si précis que cela. Prenons le cas de la France : c’est sous-jacent à sa devise, <em>Liberté, Égalité, Fraternité</em>. Mais cela demeure symbolique ; la France doit aussi faire face à des problèmes d’intégration de ses minorités.</p>
<p>Quant à la devise du Canada, elle est géographique et elle ne veut rien dire sur le plan humain. Ce qui est dommage, mais c’est tout de même mieux que celle des États-Unis, <em>In God we trust</em>. D’autant plus que l’assermentation de leur président inclut un appel à Dieu : <em>So help me God</em>.</p>
<p>Merci de cet entretien, M. Baril.</p>
<p><em>Avec la permission du <strong>Journal Unité Ouvrière</strong> en appui à la laïcité<br />
 Les Éditions Sociales<br />
 C.P. 65 064, Longueuil, Québec, J4K 5J4<br />
 uniteouvriere@hotmail.com</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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