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	<title>Association humaniste du Québec&#187; Autres</title>
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	<description>Développer la pensée critique</description>
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		<title>Laïcité #3 &#8211; Entrevue avec Louise Mailloux</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Apr 2010 21:56:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
				<category><![CDATA[laïcité]]></category>

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		<description><![CDATA[Laïcité et égalité des sexes
La Laïcité au Québec – suite d’une série d’entrevues
Entrevue réalisée par Jocelyn Parent
 Bonjour madame Louise Mailloux.
 Vous êtes professeure de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et êtes aussi collaboratrice à L’Aut’journal où vous écrivez régulièrement. En mai 2009, avec Hafida Oussedik et Djemila Benhabib, suite à la position de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Laïcité et égalité des sexes</strong></p>
<p><strong>La Laïcité au Québec – suite d’une série d’entrevues</strong></p>
<p>Entrevue réalisée par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p> Bonjour madame Louise Mailloux.</p>
<p> Vous êtes professeure de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et êtes aussi collaboratrice à L’Aut’journal où vous écrivez régulièrement. En mai 2009, avec Hafida Oussedik et Djemila Benhabib, suite à la position de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) en faveur du port de symboles religieux chez le personnel de l’État, vous avez fondé le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (Cciel), qui est d’ailleurs en pleine effervescence.</p>
<p><strong>Au niveau de la promotion de la laïcité, qu’est-ce qui distingue le Cciel du Mouvement laïque québécois (MLQ)? Pourquoi l’avoir fondé?</strong><br />
 Nous avons une orientation franchement féministe qui fait que le principe d’égalité entre les femmes et les hommes est au centre de nos préoccupations. La raison en est bien simple : si nous avons les religions à l’œil, c’est parce qu’elles sont toutes misogynes et sexistes et bafouent constamment les droits des femmes. D’ailleurs, l’histoire en témoigne, à chaque fois que les religions gagnent du terrain dans l’espace public et se rapprochent du politique, les droits des femmes régressent. C’est immanquable! D’où l’importance de se battre pour la laïcité, qui suppose la séparation de la religion d’avec l’État et renvoie à la sphère privée tout ce qui relève du religieux. Cette lutte pour la laïcité nous apparaît donc comme le meilleur moyen pour empêcher les religions de remettre en question les acquis encore bien fragiles de la révolution féministe des dernières décennies. Voilà pourquoi nous considérons comme intimement liées l’égalité des sexes à la question de la laïcité, d’où le nom de notre Collectif. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à faire cette équation puisque la grande majorité des Québécois se méfient des religions justement parce qu’elles menacent l’égalité des femmes et des hommes, qui est une valeur non-négociable au Québec. C’est d’ailleurs toujours sur ce point précis que les protestations les plus vives concernant les accommodements religieux se font entendre.<br />
 Le second élément qui distingue notre Collectif du MLQ est une vigilance toute spéciale accordée à l’intégrisme, particulièrement l’intégrisme musulman, parce que ce sont dans les pays musulmans où les droits et la vie des femmes sont les plus niés et les plus bafoués, et que cet intégrisme est présent ici même au Québec, qu’il est financé et organisé et qu’il regroupe un certain nombre de militants politiques qui sont actifs dans certains groupes ou partis politiques. Les intégristes musulmans sont aussi actifs dans leur communauté d’immigration où ils suppléent aux carences de l’État en matière de soutien aux immigrants qu’ils aident et qu’ils dépannent. C’est ainsi qu’ils tissent des liens avec les nouveaux arrivants pour les couper de leur pays d’accueil, exigeant en retour la fréquentation de la mosquée et le port du voile. Ainsi des femmes qui ne portaient pas le voile en arrivant au Québec se sont mises à le porter quelque temps après.<br />
 Dans les religions, il y a toujours une frange conservatrice parmi les croyants qui n’acceptera jamais la laïcité et le fait que celle-ci les maintient à l’écart du politique pour les empêcher d’imposer à l’ensemble de la société leur morale et leurs règles de vie. Ces croyants chercheront donc de mille et une façons à contester le caractère laïque de nos institutions d’État en tentant d’y introduire à nouveau des signes ou des pratiques religieuses. Cette bataille n’a rien de spirituel, croyez-moi. Elle est essentiellement politique parce que le pouvoir religieux n’est rien d’autre qu’un pouvoir temporel et que la religion est une autre façon de faire de la politique.<br />
 L’intégrisme religieux réagit fortement à la libération des femmes que l’on veut renvoyer au foyer, pour qu’elles fassent des enfants et qu’elles soient soumises à leur mari. Il ne faut surtout pas perdre de vue que, pour les religions, on naît femme.<br />
 Voilà les deux axes principaux qui définissent et orientent le travail de notre Collectif pour qui le principe d’égalité des sexes est une valeur de premier plan.</p>
<p><strong>Est-ce que les Québécois sont des gens fermés, réfractaires à l’immigration? Je pose cette question parce que, à avoir entendu les commissaires Taylor et Bouchard et la ministre James (projet de loi 16), j’ai l’impression du contraire… Peut-être est-ce plutôt qu’il y a des immigrants qui refusent de s’ouvrir aux valeurs de la société d’accueil…</strong><br />
 Les demandes d’accommodements ont choqué les Québécois non parce qu’elles venaient d’un groupe ethnique particulier mais parce que trop souvent elles remettaient en question le statut des femmes pour des motifs religieux. De vouloir défendre l’égalité des sexes et la laïcité, ce n’est pas être fermé à l’immigration, pas plus que c’est du racisme ou de la xénophobie. Ce à quoi les Québécois sont fermés, ce n’est pas aux immigrants mais aux demandes d’accommodements religieux.<br />
 Du point de vue de la laïcité, depuis quelques décennies, les services sociaux, les hôpitaux et finalement l’éducation ont été laïcisés. Et les Québécois ne veulent surtout pas retourner en arrière. Ils ont raison de se méfier des religions qui nient les valeurs communes et démocratiques. Ce sont les lois civiles qui doivent nous gérer, non les lois religieuses. C’est pourquoi les Québécois souhaitent que la religion reste une affaire privée. D’ailleurs, beaucoup d’immigrants très scolarisés ne veulent rien savoir de la religion et encore moins des intégristes qu’ils détestent. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs fui les régimes totalitaires de leur pays d’origine pour venir s’établir ici justement parce qu’ils partagent nos valeurs de démocratie et laïcité.</p>
<p>Québec solidaire (QS) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) font fausse route en appuyant la «laïcité ouverte» et en étant en faveur de symboles religieux dans la fonction publique. En quoi cette position est-elle dommageable pour l’égalité des sexes?<br />
 Cette position est dommageable car le port de symboles religieux dans les institutions publiques, particulièrement celui du voile islamique, en plus de constituer une entorse à la neutralité de l’État, permettrait aux agentes de l’État d’arborer un symbole à la fois politique, celui de l’islamisme, et sexiste. Ce qui est carrément inacceptable de la part d’un agent de l’État qui doit être soumis à un devoir de réserve. Les symboles racistes ou homophobes ne sont pas, et avec raison, permis dans nos institutions, alors pourquoi le voile devrait-il l’être? Parce qu’il ne faut pas oublier que ce n’est qu’aux femmes à qui l’on demande de cacher leur corps et leurs cheveux. En étant contre l’interdiction du voile dans les institutions publiques, QS et la FFQ défendent non seulement les intégristes qui instrumentalisent le corps des femmes pour propager l’islam dans nos institutions démocratiques mais ils défendent aussi une position sexiste et anti-laïque. Pour des gens qui se prétendent progressistes et féministes, on se rapproche du ridicule!</p>
<p><strong>Dire non à certaines pratiques religieuses, ce n’est pas du racisme ni de la xénophobie, nous sommes d’accord. Alors pourquoi QS et la FFQ associent-ils le refus aux accommodements religieux à de tels propos qui ne se retrouvent pas chez la majorité des Québécois?</strong><br />
 Les Québécois sont en faveur de la laïcité. Ils ne souhaitent donc pas que la religion réapparaisse dans la sphère publique. Il faudra bien que QS et la FFQ nous explique, un bon jour en quoi cela est du racisme ou de la xénophobie. Vous savez, si demain matin, Mgr Ouellet demandaient aux femmes du Québec de se voiler, je suis persuadée que QS et la FFQ dénonceraient vivement une pareille initiative. Mais pourquoi laissez faire lorsque ce sont des musulmanes? Pourquoi accepter pour les femmes et les jeunes filles musulmanes, ce que nous n’accepterions absolument pas pour nous? Pour moi, il est là le véritable racisme. D’interdire le port du voile dans les institutions publiques, c’est de permettre à toutes les Québécoises quelle que soit leur origine d’être considérées de la même façon que toutes les autres québécoises, c’est-à-dire comme des femmes libres qui n’arborent pas un symbole qui stigmatise leur sexe. C’est du racisme, cela? Allons donc!<br />
 Taxez les gens de racistes ou de xénophobes a pour effet de faire taire ceux qui ne pensent pas comme nous mais vous devez convenir que cela ne fait pas tellement avancer le débat sur la laïcité.</p>
<p><strong>Considérez-vous que la hiérarchisation des droits et libertés soit un principe bon et sain pour parler des valeurs sociales et en faire la promotion?</strong><br />
 L’égalité des sexes devrait assurément primer sur la liberté religieuse mais cette position demeure insatisfaisante du point de vue de la laïcité parce qu’il y a des accommodements religieux qui ne sont pas acceptables, et qui n’ont aucun rapport avec l’égalité des sexes. Par exemple, les lieux de culte en milieu de travail concernent aussi la laïcité, mais pas l’égalité des sexes. La laïcité est une valeur plus large et plus inclusive. Une charte de la laïcité, comme nous le demandons, devrait donc donner des balises claires pour tout ce qui touche la religion dans les institutions publiques. Et forcément, elle donnerait aussi des indications précises concernant des accommodements religieux sexistes.</p>
<p><strong>Les jugements de la Cour suprême (CS) s’appuient sur une interprétation subjective de la religion, ne questionnant pas la religion et les croyances du croyant. Pour que les jugements aient une interprétation objective, que devraient prendre en considération ces juges?</strong><br />
 Cette question pose la limite de la liberté religieuse. La société a-t-elle à s’accommoder des croyances que les gens s’imposent eux-mêmes? La CS privilégie une vision subjective où il suffit au croyant d’affirmer qu’il a absolument besoin, par exemple, de son kirpan à l’école pour pratiquer sa religion. C’est avoir ici une vision essentialiste concernant les symboles religieux, laissant croire que ces symboles sont «essentiels» à la pratique de sa religion. En revanche, une interprétation objective devrait prendre en compte l’ensemble des pratiques de tous les croyants et considérer que bon nombre d’entre elles ne sont ni obligatoires, ni indispensables à leur foi puisque bon nombre de croyants n’observent pas les prescriptions de leur religion et vivent très bien leur foi sans pour autant la manifester d’une manière ostensible par des symboles.</p>
<p><strong>La neutralité de l’État face à la religion laisse non questionné l’au-delà des croyants, le paradis (et l’enfer). Au 21e siècle, est-ce qu’il serait temps que l’État s’affirme autrement en la matière, disons sur une base rationnelle, de sorte à inciter les croyants de tout horizon (incluant les créationnistes) à faire la preuve des croyances et dogmes auxquels ils se rattachent en tant qu’individu? Comprenons-nous bien : ce n’est pas l’État qui s’affirmerait athée mais il adopterait une attitude critique face à la religion, de sa portée politique (cachée dans sa prétention universaliste) et des convictions des croyants… Il serait temps que la religion soit questionnée publiquement par l’État pour que les <em>Lumières </em>soient vraiment allumées?</strong><br />
 Le rôle d’un État laïque n’est pas de critiquer les religions mais plutôt de préserver la neutralité de ses institutions de toute emprise religieuse, de n’en privilégier aucune, garantissant ainsi la liberté de conscience et l’égalité de tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. C’est à cela que se résume le rôle d’un État laïque. Cependant, l’école publique laïque a une fonction importante dans ce que vous soulevez puisqu’elle doit transmettre un savoir et développer l’esprit critique des élèves. De ce point de vue, les religions comme objet d’étude ne devraient pas échapper à la critique.<br />
 C’est pourquoi le Cciel est contre le cours Éthique et culture religieuse (ECR), parce qu’il fait l’apologie des religions au lieu d’en présenter une vision critique. Une approche historico-critique est nécessaire pour bien comprendre les religions et ce cours n’y répond pas. Ce qui fait que les élèves, sous prétexte de s’ouvrir à «l’autre», apprendront plutôt à devenir insignifiants et complaisants à l’égard des religions, ce qui les disposera favorablement à nombre d’accommodements religieux qui profiteront bien entendu aux intégristes. </p>
<p><strong>Parlez-nous des dangers des symboles religieux ostentatoires, notamment de ceux (burqa, etc.) qui infériorisent un sexe, nommément les femmes?</strong><br />
 Les religions sont basées sur le patriarcat qui veut contrôler le corps des femmes ; elles sont donc sexistes à la base. Par des règles religieuses spécifiques, les religions visent à limiter la sexualité des femmes pour contrôler leur fertilité et s’assurer de la légitimité des enfants. Parce qu’il ne faut pas oublier que pour l’homme, la paternité est toujours suspecte. D’où pour les femmes, l’exigence de virginité avant le mariage, celle de la fidélité durant le mariage alors que la polygamie est parfois permise pour les hommes, une punition plus sévère de l’adultère féminin qui va jusqu’à la lapidation dans certains pays musulmans, etc.. Bref, ce contrôle suppose aussi la non-mixité qui empêche les rapports entre les sexes et conduit jusqu’à l’étroite surveillance des femmes par les hommes de la famille lorsqu’elles sortent en dehors de la maison. Voilà pourquoi les femmes doivent cacher leur corps lorsqu’elles sont en public, d’où le port du hidjab, du tchador, du niqab ou de la burqa. Parce que sur elles, et sur elles seules, reposent toute l’honneur de la famille.<br />
 Le message qui est véhiculé ici, c’est que les femmes appartiennent aux hommes et que l’espace public n’est réservé qu’à ces derniers, même lorsqu’une femme voilée fréquente l’université. Elle pourra faire son doctorat, certes mais en devant toujours cacher son corps. De plus, une musulmane ne peut marier un non-musulman, à moins qu’il ne se convertisse à l’islam. C’est une autre façon de contrôler le corps des femmes, leur fertilité, leur progéniture, leur vie affective et sexuelle. Comment imaginer une femme libre dans de pareilles conditions?</p>
<p><strong>À propos des juifs hassidiques, eux qui se considèrent le «peuple élu», qu’y a-t-il à faire avec eux au Québec? Ils ne se sentent pas faire partie du «nous». Leur retirer des droits? Après tout, les droits et libertés modernes sont issus des Lumières, alors que les hassidiques et les musulmans pro-charia se réclament d’un passé révolu et qu’ils se moquent de la modernité par leur mode de vie mais surtout leurs idées rétrogrades. Il n’y avait pas de charte de droits à l’occidental, alors pourquoi faire bénéficier de nos avancées de modernes à des intégristes et des orthodoxes, qui ne veulent pas s’intégrer aux valeurs d’ici?</strong><br />
 Il est évident qu’ils ne souhaitent pas s’intégrer. D’ailleurs, ils font tout pour ne pas l’être mais nous ne pouvons soustraire une catégorie de citoyens des droits qui sont accordés à tous. Dans une démocratie, tous les citoyens sont égaux. Agir ainsi avec les juifs hassidiques reviendrait à faire de la discrimination en fonction de leur religion. Cependant, lorsque des demandes religieuses sont faites par eux, ces gens veulent que les lois divines priment sur les lois civiles. Et c’est là, où nous devons être fermes et refuser la préséance des lois divines sur les lois civiles parce que nous vivons dans une démocratie, non dans une théocratie.</p>
<p><strong>Que pensez-vous de la décision de la Commission des droits de la personne (CDPDJ), qui appuie la SAAQ et la RAMQ dans l’acceptation du voile islamique tout en refusant à un citoyen de se faire servir de façon neutre (i.e. sans religion affichée) par une employée de l’État?</strong><br />
 Cela montre que la CDPDJ donne préséance à la liberté religieuse sur la laïcité qui suppose la neutralité de l’État. Et que la religion jouit encore et toujours d’une grande immunité.</p>
<p><strong>Que pensez-vous des musulmans intégristes canadiens qui avaient demandé d’établir une banque islamique conforme à la charia?</strong><br />
 De telles demandes démontrent une autre façon de grignoter et fragiliser la laïcité de nos institutions en faisant primer dans le domaine économique les lois religieuses et donc d’avoir des droits différents parce que l’on se considère musulman. Les gens qui ont initié ce projet ne sont pas très loquaces parce qu’ils savent que cela déplaira à bon nombre de citoyens, car ce qu’on cherche à instaurer, c’est un droit différencié en fonction de la religion.</p>
<p><strong>Pour éviter la prolifération de l’intégrisme religieux, soit ce qui renie les valeurs des démocraties occidentales, faudrait-il confiner à la sphère privée –au sens stricte de l’expression− la religion, sous tous ses aspects? Par exemple, en interdisant le port de symboles religieux portant atteinte à l’égalité des sexes comme le voile islamique (et ses variantes, burqa et autres) chez les citoyens. Cela sera-t-il suffisamment pour se prémunir contre l’intégrisme religieux?</strong><br />
 La conception de la laïcité n’interdit pas les signes religieux dans l’espace public. On pourrait même dire que la laïcité permet le port de signes religieux dans la vie en générale. En France, à l’automne dernier, il y a eu une commission qui s’est penchée sur le port de la burqa. Et l’on n’a pu invoquer la laïcité pour interdire celle-ci dans les lieux publics puisque la laïcité concerne strictement ce qui relève de l’État.<br />
 Certes, la laïcité actuelle a ses limites, mais c’est un modèle encore pertinent qui permet de préserver les acquis féministes et demeure compatible avec les valeurs démocratiques. La laïcité, c’est le maximum d’ouverture que l’on puisse avoir quant à la liberté de conscience. Car il faut savoir qu’à chaque fois qu’une religion a été au pouvoir, il y a toujours eu une discrimination à l’égard de ceux qui ne partageait pas la religion d’État. Rien qu’ici, au Québec, avant 1970, il fallait être catholique pour être engagé et enseigner dans les écoles catholiques. Mettez une religion au pouvoir et c’est la perte de l’égalité entre les individus, l’infériorisation des femmes et le recul des valeurs démocratiques. Les laïques ne peuvent donc pas être taxés d’intolérance pas plus que de parler de laïcité fermée n’a de sens. Il y a la laïcité, point! Qui est déjà la position d’ouverture maximale. Mais est-ce ce qu’il y a de mieux pour contenir l’intégrisme? Probablement pas, mais c’est ce que nous avons trouvé de mieux jusqu’ici.</p>
<p><strong>Les confessions religieuses (catholique, juive, musulmane, etc.) bénéficient-elles des traitements particuliers face à la fiscalité de l’État du Québec/Canada? Une charte de la laïcité devrait-elle légiférer sur cet aspect, de sorte que les religions ne se distinguent pas des citoyens aux yeux de l’impôt à payer?</strong><br />
 Actuellement, les aumôniers sont payés par l’État, que ce soit dans l’armée, les écoles, les hôpitaux et les prisons. De mettre fin à ces salaires, oui, ce serait des éléments à intégrer dans une charte de la laïcité.<br />
 Quant aux bâtiments religieux, il faut aussi se pencher sur le financement que leur accorde l’État du Québec. Par contre, il faut prendre bien soin de distinguer ce qui relève du patrimoine culturel et du patrimoine religieux.<br />
 Concernant les écoles, le Cciel demande l’abolition des subventions d’État aux écoles privées confessionnelles, toutes religions confondues. </p>
<p><strong>En rapport avec les crimes d’honneur, rappelons-nous d’Aqsa Parvez (Ontario, 2007) et Zainab, Shar et Geeti Shafia et Roma Amir Mohammed (Québec, 2009). Qu’y aurait-il à faire pour prévenir de tels crimes?</strong><br />
 Ces femmes ont été assassinées car elles voulaient vivre comme nous, sans symboles religieux qui les stigmatisaient en fonction de leur sexe. Il faut arrêter de banaliser ces actes en pensant que cela relève de «leur» culture. Un crime d’honneur est un crime qui est commis généralement vis-à-vis les femmes avec la complicité de la famille parce qu’on juge que leur comportement a sali l’honneur de la famille. La justice canadienne ne tolère pas de tels actes. Mais pour les prévenir, les intervenants sociaux devraient être plus attentifs aux difficultés qu’éprouvent ces femmes dans leur famille simplement parce qu’elles veulent vivre comme nous.<br />
 Étrangement, la FFQ, qui dit être contre l’obligation du port du voile, n’a jamais protesté contre les crimes d’honneur que vous avez mentionnés. Mais concrètement, que propose la FFQ pour offrir une protection à ces femmes qui ne veulent pas porter le voile? Absolument rien!</p>
<p><strong>La laïcité doit-elle s’appliquer à tous, des religions minoritaires à celle de la majorité? Ou faut-il plutôt considérer qu’il y a des droits acquis à la religion de la majorité, ici catholique?</strong><br />
 La laïcité ne privilégie aucune religion, pas même celle de la majorité. D’ailleurs, le retrait récent des cours d’enseignement confessionnel catholique et protestant dans nos écoles publiques témoigne d’une volonté de laïciser l’éducation en mettant fin aux privilèges qu’avaient ces deux confessions. Avec la laïcité, toutes les religions sont sur le même pied et l’histoire n’est pas un gage de privilège. </p>
<p><strong>Que pensez-vous de l’instauration de congés laïques et politiques pour remplacer les congés catholiques?</strong><br />
 C’est une bonne idée. À l’heure actuelle, des employés peuvent demander un congé pour leur fête religieuse tout en bénéficiant aussi des mêmes congés que ceux qui sont prévus dans l’année. Cela crée une injustice et certaines frustrations en milieu de travail. Dans notre charte, nous proposons donc une banque de congés civils, le même nombre de jours pour tous, dont les gens pourraient se prévaloir à leur guise.</p>
<p><strong>Dans le préambule de la charte de la laïcité du Cciel, vous reconnaissez les limites que pourra avoir la laïcité québécoise à cause de la Cour suprême du Canada. À court terme, voyez-vous dans cette instance un changement de mentalité? Et dans le cas contraire, le Cciel voit-il sa charte dans un lien avec l’indépendance du Québec?</strong><br />
 C’est évident que dans un Québec indépendant, cela faciliterait les choses. Nous n’aurions pas sur le dos les jugements de la Cour Suprême qui ont préséance sur ceux des cours provinciales. La vision multiculturelle des Canadiens diffère de la vision républicaine des Québécois, laquelle favorise la protection des droits collectifs sur les droits individuels reconnus par les Chartes. Cette conception juridique a permis au Québec de se doter, par exemple, d’une Charte de la langue française qui protège les droits collectifs des francophones plutôt que d’accorder la primauté aux droits individuels en matière linguistique. Il en va de la survie de notre langue et de notre culture comme peuple francophone en Amérique. Nous croyons qu’une Charte québécoise de la laïcité pourrait offrir une protection semblable des valeurs qui définissent notre identité.</p>
<p><strong>Que penseriez-vous de l’idée que l’État créerait un organisme public permanent, tel un observatoire ou un ministère, qui analyserait au quotidien les usages politiques que font les religions, et qu’il partage ses analyses avec la population?</strong><br />
 C’est une question qui mérite réflexion mais le gouvernement se méfie trop peu des religions pour même penser à mettre en place un tel type d’organisme.</p>
<p><strong>Que dire à propos de la nourriture halal (cacher), issue de l’abattage rituel d’animaux?</strong><br />
 C’est sur un autre front, dans ce cas-ci l’alimentaire, une façon de contester la laïcité et d’avoir un traitement différencié en fonction de sa religion. C’est ni plus ni moins qu’une contestation de la modernité dans laquelle on veut réinjecter du religieux. Et c’est aussi une façon de se distinguer de la société d’accueil en disant que nous ne mangeons pas comme vous. Et les intégristes ne se privent pas pour faire des demandes en ce sens. Mais les compagnies ne sont pas sensibles à ces considérations politiques et ne voient malheureusement dans ces demandes qu’un marché à développer pour faire davantage de profits.</p>
<p> Merci de cet entretien, madame Louise Mailloux.</p>
<div id="_mcePaste" style="position: absolute; left: -10000px; top: 1706px; width: 1px; height: 1px; overflow-x: hidden; overflow-y: hidden;">Laïcité et Égalité des sexes3<br />
La Laïcité au Québec – début d’une série d’entrevues<br />
Entrevue réalisée par Jocelyn Parent<br />
Bonjour madame Louise Mailloux.<br />
Vous êtes professeure de philosophie au Cégep du Vieux-Montréal et êtes aussi collaboratrice à L’Aut’journal où vous écrivez régulièrement. En mai 2009, avec Hafida Oussedik et Djemila Benhabib, suite à la position de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) en faveur du port de symboles religieux chez le personnel de l’État, vous avez fondé le Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité (Cciel), qui est d’ailleurs en pleine effervescence.<br />
Au niveau de la promotion de la laïcité, qu’est-ce qui distingue le Cciel du Mouvement laïque québécois (MLQ)? Pourquoi l’avoir fondé?<br />
Nous avons une orientation franchement féministe qui fait que le principe d’égalité entre les femmes et les hommes est au centre de nos préoccupations. La raison en est bien simple : si nous avons les religions à l’oeil, c’est parce qu’elles sont toutes misogynes et sexistes et bafouent constamment les droits des femmes. D’ailleurs, l’histoire en témoigne, à chaque fois que les religions gagnent du terrain dans l’espace public et se rapprochent du politique, les droits des femmes régressent. C’est immanquable! D’où l’importance de se battre pour la laïcité, qui suppose la séparation de la religion d’avec l’État et renvoie à la sphère privée tout ce qui relève du religieux. Cette lutte pour la laïcité nous apparaît donc comme le meilleur moyen pour empêcher les religions de remettre en question les acquis encore bien fragiles de la révolution féministe des dernières décennies. Voilà pourquoi nous considérons comme intimement liées l’égalité des sexes à la question de la laïcité, d’où le nom de notre Collectif. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls à faire cette équation puisque la grande majorité des Québécois se méfient des religions justement parce qu’elles menacent l’égalité des femmes et des hommes, qui est une valeur non-négociable au Québec. C’est d’ailleurs toujours sur ce point précis que les protestations les plus vives concernant les accommodements religieux se font entendre.<br />
Le second élément qui distingue notre Collectif du MLQ est une vigilance toute spéciale accordée à l’intégrisme, particulièrement l’intégrisme musulman, parce que ce sont dans les pays musulmans où les droits et la vie des femmes sont les plus niés et les plus bafoués, et que cet intégrisme est présent ici même au Québec, qu’il est financé et organisé et qu’il regroupe un certain nombre de militants politiques qui sont actifs dans certains groupes ou partis politiques. Les intégristes musulmans sont aussi actifs dans leur communauté d’immigration où ils suppléent aux carences de l’État en matière de soutien aux immigrants qu’ils aident et qu’ils dépannent. C’est ainsi qu’ils tissent des liens avec les nouveaux arrivants pour les couper de leur pays d’accueil, exigeant en retour la fréquentation de la mosquée et le port du voile. Ainsi des femmes qui ne portaient pas le voile en arrivant au Québec se sont mises à le porter quelque temps après.<br />
Dans les religions, il y a toujours une frange conservatrice parmi les croyants qui n’acceptera jamais la laïcité et le fait que celle-ci les maintient à l’écart du politique pour les empêcher d’imposer à l’ensemble de la société leur morale et leurs règles de vie. Ces croyants chercheront donc de mille et une façons à contester le caractère laïque de nos institutions d’État en tentant d’y introduire à nouveau des signes ou des pratiques religieuses. Cette bataille n’a rien de spirituel, croyez-moi. Elle est essentiellement politique parce que le pouvoir religieux n’est rien d’autre qu’un pouvoir temporel et que la religion est une autre façon de faire de la politique.<br />
3 : Cette entrevue est parue dans le journal Unité Ouvrière, no.19, hiver 2010. Il s’agit de la version intégrale, non raccourcie pour les besoins du journal.<br />
15<br />
L’intégrisme religieux réagit fortement à la libération des femmes que l’on veut renvoyer au foyer, pour qu’elles fassent des enfants et qu’elles soient soumises à leur mari. Il ne faut surtout pas perdre de vue que, pour les religions, on naît femme.<br />
Voilà les deux axes principaux qui définissent et orientent le travail de notre Collectif pour qui le principe d’égalité des sexes est une valeur de premier plan.<br />
Est-ce que les Québécois sont des gens fermés, réfractaires à l’immigration? Je pose cette question parce que, à avoir entendu les commissaires Taylor et Bouchard et la ministre James (projet de loi 16), j’ai l’impression du contraire… Peut-être est-ce plutôt qu’il y a des immigrants qui refusent de s’ouvrir aux valeurs de la société d’accueil…<br />
Les demandes d’accommodements ont choqué les Québécois non parce qu’elles venaient d’un groupe ethnique particulier mais parce que trop souvent elles remettaient en question le statut des femmes pour des motifs religieux. De vouloir défendre l’égalité des sexes et la laïcité, ce n’est pas être fermé à l’immigration, pas plus que c’est du racisme ou de la xénophobie. Ce à quoi les Québécois sont fermés, ce n’est pas aux immigrants mais aux demandes d’accommodements religieux.<br />
Du point de vue de la laïcité, depuis quelques décennies, les services sociaux, les hôpitaux et finalement l’éducation ont été laïcisés. Et les Québécois ne veulent surtout pas retourner en arrière. Ils ont raison de se méfier des religions qui nient les valeurs communes et démocratiques. Ce sont les lois civiles qui doivent nous gérer, non les lois religieuses. C’est pourquoi les Québécois souhaitent que la religion reste une affaire privée. D’ailleurs, beaucoup d’immigrants très scolarisés ne veulent rien savoir de la religion et encore moins des intégristes qu’ils détestent. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs fui les régimes totalitaires de leur pays d’origine pour venir s’établir ici justement parce qu’ils partagent nos valeurs de démocratie et laïcité.<br />
Québec solidaire (QS) et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) font fausse route en appuyant la «laïcité ouverte» et en étant en faveur de symboles religieux dans la fonction publique. En quoi cette position est-elle dommageable pour l’égalité des sexes?<br />
Cette position est dommageable car le port de symboles religieux dans les institutions publiques, particulièrement celui du voile islamique, en plus de constituer une entorse à la neutralité de l’État, permettrait aux agentes de l’État d’arborer un symbole à la fois politique, celui de l’islamisme, et sexiste. Ce qui est carrément inacceptable de la part d’un agent de l’État qui doit être soumis à un devoir de réserve. Les symboles racistes ou homophobes ne sont pas, et avec raison, permis dans nos institutions, alors pourquoi le voile devrait-il l’être? Parce qu’il ne faut pas oublier que ce n’est qu’aux femmes à qui l’on demande de cacher leur corps et leurs cheveux. En étant contre l’interdiction du voile dans les institutions publiques, QS et la FFQ défendent non seulement les intégristes qui instrumentalisent le corps des femmes pour propager l’islam dans nos institutions démocratiques mais ils défendent aussi une position sexiste et anti-laïque. Pour des gens qui se prétendent progressistes et féministes, on se rapproche du ridicule!<br />
Dire non à certaines pratiques religieuses, ce n’est pas du racisme ni de la xénophobie, nous sommes d’accord. Alors pourquoi QS et la FFQ associent-ils le refus aux accommodements religieux à de tels propos qui ne se retrouvent pas chez la majorité des Québécois?<br />
Les Québécois sont en faveur de la laïcité. Ils ne souhaitent donc pas que la religion réapparaisse dans la sphère publique. Il faudra bien que QS et la FFQ nous explique, un bon jour en quoi cela est du racisme ou de la xénophobie. Vous savez, si demain matin, Mgr Ouellet demandaient aux femmes du Québec de se voiler, je suis persuadée que QS et la FFQ dénonceraient vivement une pareille initiative. Mais pourquoi laissez faire lorsque ce sont des musulmanes? Pourquoi accepter pour les femmes et les jeunes filles musulmanes, ce que nous n’accepterions absolument pas pour nous? Pour moi, il est là le véritable racisme. D’interdire le port du voile dans les institutions publiques, c’est de permettre à toutes les Québécoises quelle que soit leur origine d’être considérées de la même façon que toutes les autres Québécoises, c’est-à-dire comme des femmes libres qui n’arborent pas un symbole qui stigmatise leur sexe. C’est du racisme, cela? Allons donc!<br />
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Taxez les gens de racistes ou de xénophobes a pour effet de faire taire ceux qui ne pensent pas comme nous mais vous devez convenir que cela ne fait pas tellement avancer le débat sur la laïcité.<br />
Considérez-vous que la hiérarchisation des droits et libertés soit un principe bon et sain pour parler des valeurs sociales et en faire la promotion?<br />
L’égalité des sexes devrait assurément primer sur la liberté religieuse mais cette position demeure insatisfaisante du point de vue de la laïcité parce qu’il y a des accommodements religieux qui ne sont pas acceptables, et qui n’ont aucun rapport avec l’égalité des sexes. Par exemple, les lieux de culte en milieu de travail concernent aussi la laïcité, mais pas l’égalité des sexes. La laïcité est une valeur plus large et plus inclusive. Une charte de la laïcité, comme nous le demandons, devrait donc donner des balises claires pour tout ce qui touche la religion dans les institutions publiques. Et forcément, elle donnerait aussi des indications précises concernant des accommodements religieux sexistes.<br />
Les jugements de la Cour suprême (CS) s’appuient sur une interprétation subjective de la religion, ne questionnant pas la religion et les croyances du croyant. Pour que les jugements aient une interprétation objective, que devraient prendre en considération ces juges?<br />
Cette question pose la limite de la liberté religieuse. La société a-t-elle à s’accommoder des croyances que les gens s’imposent eux-mêmes? La CS privilégie une vision subjective où il suffit au croyant d’affirmer qu’il a absolument besoin, par exemple, de son kirpan à l’école pour pratiquer sa religion. C’est avoir ici une vision essentialiste concernant les symboles religieux, laissant croire que ces symboles sont «essentiels» à la pratique de sa religion. En revanche, une interprétation objective devrait prendre en compte l’ensemble des pratiques de tous les croyants et considérer que bon nombre d’entre elles ne sont ni obligatoires, ni indispensables à leur foi puisque bon nombre de croyants n’observent pas les prescriptions de leur religion et vivent très bien leur foi sans pour autant la manifester d’une manière ostensible par des symboles.<br />
La neutralité de l’État face à la religion laisse non questionné l’au-delà des croyants, le paradis (et l’enfer). Au 21e siècle, est-ce qu’il serait temps que l’État s’affirme autrement en la matière, disons sur une base rationnelle, de sorte à inciter les croyants de tout horizon (incluant les créationnistes) à faire la preuve des croyances et dogmes auxquels ils se rattachent en tant qu’individu? Comprenons-nous bien : ce n’est pas l’État qui s’affirmerait athée mais il adopterait une attitude critique face à la religion, de sa portée politique (cachée dans sa prétention universaliste) et des convictions des croyants… Il serait temps que la religion soit questionnée publiquement par l’État pour que les Lumières soient vraiment allumées?<br />
Le rôle d’un État laïque n’est pas de critiquer les religions mais plutôt de préserver la neutralité de ses institutions de toute emprise religieuse, de n’en privilégier aucune, garantissant ainsi la liberté de conscience et l’égalité de tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions. C’est à cela que se résume le rôle d’un État laïque. Cependant, l’école publique laïque a une fonction importante dans ce que vous soulevez puisqu’elle doit transmettre un savoir et développer l’esprit critique des élèves. De ce point de vue, les religions comme objet d’étude ne devraient pas échapper à la critique.<br />
C’est pourquoi le Cciel est contre le cours Éthique et culture religieuse (ECR), parce qu’il fait l’apologie des religions au lieu d’en présenter une vision critique. Une approche historico-critique est nécessaire pour bien comprendre les religions et ce cours n’y répond pas. Ce qui fait que les élèves, sous prétexte de s’ouvrir à «l’autre», apprendront plutôt à devenir insignifiants et complaisants à l’égard des religions, ce qui les disposera favorablement à nombre d’accommodements religieux qui profiteront bien entendu aux intégristes.<br />
Parlez-nous des dangers des symboles religieux ostentatoires, notamment de ceux (burqa, etc.) qui infériorisent un sexe, nommément les femmes?<br />
Les religions sont basées sur le patriarcat qui veut contrôler le corps des femmes ; elles sont donc sexistes à la base. Par des règles religieuses spécifiques, les religions visent à limiter la sexualité des femmes pour contrôler leur fertilité et s’assurer de la légitimité des enfants. Parce qu’il ne faut pas oublier<br />
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que pour l’homme, la paternité est toujours suspecte. D’où pour les femmes, l’exigence de virginité avant le mariage, celle de la fidélité durant le mariage alors que la polygamie est parfois permise pour les hommes, une punition plus sévère de l’adultère féminin qui va jusqu’à la lapidation dans certains pays musulmans, etc.. Bref, ce contrôle suppose aussi la non-mixité qui empêche les rapports entre les sexes et conduit jusqu’à l’étroite surveillance des femmes par les hommes de la famille lorsqu’elles sortent en dehors de la maison. Voilà pourquoi les femmes doivent cacher leur corps lorsqu’elles sont en public, d’où le port du hidjab, du tchador, du niqab ou de la burqa. Parce que sur elles, et sur elles seules, reposent toute l’honneur de la famille.<br />
Le message qui est véhiculé ici, c’est que les femmes appartiennent aux hommes et que l’espace public n’est réservé qu’à ces derniers, même lorsqu’une femme voilée fréquente l’université. Elle pourra faire son doctorat, certes mais en devant toujours cacher son corps. De plus, une musulmane ne peut marier un non-musulman, à moins qu’il ne se convertisse à l’islam. C’est une autre façon de contrôler le corps des femmes, leur fertilité, leur progéniture, leur vie affective et sexuelle. Comment imaginer une femme libre dans de pareilles conditions?<br />
À propos des juifs hassidiques, eux qui se considèrent le «peuple élu», qu’y a-t-il à faire avec eux au Québec? Ils ne se sentent pas faire partie du «nous». Leur retirer des droits? Après tout, les droits et libertés modernes sont issus des Lumières, alors que les hassidiques et les musulmans pro-charia se réclament d’un passé révolu et qu’ils se moquent de la modernité par leur mode de vie mais surtout leurs idées rétrogrades. Il n’y avait pas de charte de droits à l’occidental, alors pourquoi faire bénéficier de nos avancées de modernes à des intégristes et des orthodoxes, qui ne veulent pas s’intégrer aux valeurs d’ici?<br />
Il est évident qu’ils ne souhaitent pas s’intégrer. D’ailleurs, ils font tout pour ne pas l’être mais nous ne pouvons soustraire une catégorie de citoyens des droits qui sont accordés à tous. Dans une démocratie, tous les citoyens sont égaux. Agir ainsi avec les juifs hassidiques reviendrait à faire de la discrimination en fonction de leur religion. Cependant, lorsque des demandes religieuses sont faites par eux, ces gens veulent que les lois divines priment sur les lois civiles. Et c’est là, où nous devons être fermes et refuser la préséance des lois divines sur les lois civiles parce que nous vivons dans une démocratie, non dans une théocratie.<br />
Que pensez-vous de la décision de la Commission des droits de la personne (CDPDJ), qui appuie la SAAQ et la RAMQ dans l’acceptation du voile islamique tout en refusant à un citoyen de se faire servir de façon neutre (i.e. sans religion affichée) par une employée de l’État?<br />
Cela montre que la CDPDJ donne préséance à la liberté religieuse sur la laïcité qui suppose la neutralité de l’État. Et que la religion jouit encore et toujours d’une grande immunité.<br />
Que pensez-vous des musulmans intégristes canadiens qui avaient demandé d’établir une banque islamique conforme à la charia?<br />
De telles demandes démontrent une autre façon de grignoter et fragiliser la laïcité de nos institutions en faisant primer dans le domaine économique les lois religieuses et donc d’avoir des droits différents parce que l’on se considère musulman. Les gens qui ont initié ce projet ne sont pas très loquaces parce qu’ils savent que cela déplaira à bon nombre de citoyens, car ce qu’on cherche à instaurer, c’est un droit différencié en fonction de la religion.<br />
Pour éviter la prolifération de l’intégrisme religieux, soit ce qui renie les valeurs des démocraties occidentales, faudrait-il confiner à la sphère privée –au sens stricte de l’expression− la religion, sous tous ses aspects? Par exemple, en interdisant le port de symboles religieux portant atteinte à l’égalité des sexes comme le voile islamique (et ses variantes, burqa et autres) chez les citoyens. Cela sera-t-il suffisamment pour se prémunir contre l’intégrisme religieux?<br />
La conception de la laïcité n’interdit pas les signes religieux dans l’espace public. On pourrait même dire que la laïcité permet le port de signes religieux dans la vie en générale. En France, à l’automne dernier, il y a eu une commission qui s’est penchée sur le port de la burqa. Et l’on n’a pu invoquer la<br />
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laïcité pour interdire celle-ci dans les lieux publics puisque la laïcité concerne strictement ce qui relève de l’État.<br />
Certes, la laïcité actuelle a ses limites, mais c’est un modèle encore pertinent qui permet de préserver les acquis féministes et demeure compatible avec les valeurs démocratiques. La laïcité, c’est le maximum d’ouverture que l’on puisse avoir quant à la liberté de conscience. Car il faut savoir qu’à chaque fois qu’une religion a été au pouvoir, il y a toujours eu une discrimination à l’égard de ceux qui ne partageait pas la religion d’État. Rien qu’ici, au Québec, avant 1970, il fallait être catholique pour être engagé et enseigner dans les écoles catholiques. Mettez une religion au pouvoir et c’est la perte de l’égalité entre les individus, l’infériorisation des femmes et le recul des valeurs démocratiques. Les laïques ne peuvent donc pas être taxés d’intolérance pas plus que de parler de laïcité fermée n’a de sens. Il y a la laïcité, point! Qui est déjà la position d’ouverture maximale. Mais est-ce ce qu’il y a de mieux pour contenir l’intégrisme? Probablement pas, mais c’est ce que nous avons trouvé de mieux jusqu’ici.<br />
Les confessions religieuses (catholique, juive, musulmane, etc.) bénéficient-elles des traitements particuliers face à la fiscalité de l’État du Québec/Canada? Une charte de la laïcité devrait-elle légiférer sur cet aspect, de sorte que les religions ne se distinguent pas des citoyens aux yeux de l’impôt à payer?<br />
Actuellement, les aumôniers sont payés par l’État, que ce soit dans l’armée, les écoles, les hôpitaux et les prisons. De mettre fin à ces salaires, oui, ce serait des éléments à intégrer dans une charte de la laïcité.<br />
Quant aux bâtiments religieux, il faut aussi se pencher sur le financement que leur accorde l’État du Québec. Par contre, il faut prendre bien soin de distinguer ce qui relève du patrimoine culturel et du patrimoine religieux.<br />
Concernant les écoles, le Cciel demande l’abolition des subventions d’État aux écoles privées confessionnelles, toutes religions confondues.<br />
En rapport avec les crimes d’honneur, rappelons-nous d’Aqsa Parvez (Ontario, 2007) et Zainab, Shar et Geeti Shafia et Roma Amir Mohammed (Québec, 2009). Qu’y aurait-il à faire pour prévenir de tels crimes?<br />
Ces femmes ont été assassinées car elles voulaient vivre comme nous, sans symboles religieux qui les stigmatisaient en fonction de leur sexe. Il faut arrêter de banaliser ces actes en pensant que cela relève de «leur» culture. Un crime d’honneur est un crime qui est commis généralement vis-à-vis les femmes avec la complicité de la famille parce qu’on juge que leur comportement a sali l’honneur de la famille. La justice canadienne ne tolère pas de tels actes. Mais pour les prévenir, les intervenants sociaux devraient être plus attentifs aux difficultés qu’éprouvent ces femmes dans leur famille simplement parce qu’elles veulent vivre comme nous.<br />
Étrangement, la FFQ, qui dit être contre l’obligation du port du voile, n’a jamais protesté contre les crimes d’honneur que vous avez mentionnés. Mais concrètement, que propose la FFQ pour offrir une protection à ces femmes qui ne veulent pas porter le voile? Absolument rien!<br />
La laïcité doit-elle s’appliquer à tous, des religions minoritaires à celle de la majorité? Ou faut-il plutôt considérer qu’il y a des droits acquis à la religion de la majorité, ici catholique?<br />
La laïcité ne privilégie aucune religion, pas même celle de la majorité. D’ailleurs, le retrait récent des cours d’enseignement confessionnel catholique et protestant dans nos écoles publiques témoigne d’une volonté de laïciser l’éducation en mettant fin aux privilèges qu’avaient ces deux confessions. Avec la laïcité, toutes les religions sont sur le même pied et l’histoire n’est pas un gage de privilège.<br />
Que pensez-vous de l’instauration de congés laïques et politiques pour remplacer les congés catholiques?<br />
C’est une bonne idée. À l’heure actuelle, des employés peuvent demander un congé pour leur fête religieuse tout en bénéficiant aussi des mêmes congés que ceux qui sont prévus dans l’année. Cela crée une injustice et certaines frustrations en milieu de travail. Dans notre charte, nous proposons donc une<br />
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banque de congés civils, le même nombre de jours pour tous, dont les gens pourraient se prévaloir à leur guise.<br />
Dans le préambule de la charte de la laïcité du Cciel, vous reconnaissez les limites que pourra avoir la laïcité québécoise à cause de la Cour suprême du Canada. À court terme, voyez-vous dans cette instance un changement de mentalité? Et dans le cas contraire, le Cciel voit-il sa charte dans un lien avec l’indépendance du Québec?<br />
C’est évident que dans un Québec indépendant, cela faciliterait les choses. Nous n’aurions pas sur le dos les jugements de la Cour suprême qui ont préséance sur ceux des cours provinciales. La vision multiculturelle des Canadiens diffère de la vision républicaine des Québécois, laquelle favorise la protection des droits collectifs sur les droits individuels reconnus par les Chartes. Cette conception juridique a permis au Québec de se doter, par exemple, d’une Charte de la langue française qui protège les droits collectifs des francophones plutôt que d’accorder la primauté aux droits individuels en matière linguistique. Il en va de la survie de notre langue et de notre culture comme peuple francophone en Amérique. Nous croyons qu’une Charte québécoise de la laïcité pourrait offrir une protection semblable des valeurs qui définissent notre identité.<br />
Que penseriez-vous de l’idée que l’État créerait un organisme public permanent, tel un observatoire ou un ministère, qui analyserait au quotidien les usages politiques que font les religions, et qu’il partage ses analyses avec la population?<br />
C’est une question qui mérite réflexion mais le gouvernement se méfie trop peu des religions pour même penser à mettre en place un tel type d’organisme.<br />
Que dire à propos de la nourriture halal (cacher), issue de l’abattage rituel d’animaux?<br />
C’est sur un autre front, dans ce cas-ci l’alimentaire, une façon de contester la laïcité et d’avoir un traitement différencié en fonction de sa religion. C’est ni plus ni moins qu’une contestation de la modernité dans laquelle on veut réinjecter du religieux. Et c’est aussi une façon de se distinguer de la société d’accueil en disant que nous ne mangeons pas comme vous. Et les intégristes ne se privent pas pour faire des demandes en ce sens. Mais les compagnies ne sont pas sensibles à ces considérations politiques et ne voient malheureusement dans ces demandes qu’un marché à développer pour faire davantage de profits.<br />
Merci de cet entretien, madame Louise Mailloux.<br />
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Louise Mailloux</div>
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		<title>Laïcité #2 &#8211; Entrevue de Michel Virard</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 17:07:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
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		<description><![CDATA[HUMANISME  et  LAICITÉ
La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par Jocelyn Parent
Bonjour Michel Virard.
 
 L’Association humaniste du Québec (AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous pouvons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>HUMANISME  et  LAICITÉ</strong></p>
<p>La Laïcité au Québec – Seconde d’une série d&#8217;entrevues sur la laïcité parues dans le journal Unité ouvrière et réalisées par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p><strong>Bonjour Michel Virard.</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> L’<em>Association humaniste du Québec </em>(AHQ) existe depuis 2005. Vous en êtes le président et l’avez fondé avec Bernard Cloutier et Normand Baillargeon. L’humanisme est, si nous pouvons dire, le terme d’usage positif pour désigner les athées, qui est perçu comme un terme négatif. Vous exercer aussi le métier de d’ingénieur conseil en Recherche et Développement. Avez-vous écrit des textes et livres que nous pourrions suggérer aux lecteurs?</strong></p>
<p>Je n’ai pas la prétention d’avoir inventé l’humanisme moderne et les textes que j’ai écrits sont souvent périphériques aux concepts centraux de l’humanisme athée que nous pratiquons. Pour la définition de l’humanisme moderne je préfère renvoyer vos lecteurs à deux textes importants pour nous. D’abord <span style="text-decoration: underline;">L’humanisme moderne, une définition</span> de Pat Duffy Hutcheon, paru en 1995. Il s’agit d’un texte court par une personne, sociologue de son état, qui fut <em>Humanist of the Year</em> au Canada en 2000. Ce texte est actuellement sur notre site web à : <a href="http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/">http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/</a></p>
<p>L’autre texte a été produit par Matt Cherry, un humaniste américain qui s’est donné la peine de produire une sorte de cours <em>Humaniste 101</em>, cours que nous avons entrepris de traduire. Mon collègue Michel Pion a fait la traduction des deux premiers chapitres et ceux-ci seront sur le site internet (<a href="http://www.assohum.org">www.assohum.org</a>) à partir de janvier 2010.</p>
<p>Pour ceux qui s’intéressent à l’aspect « spirituel » de l’humanisme, j’ai écrit un article qui a été publié par une revue catholique « Les cahiers de spiritualité ignacienne », en 2009. Il est maintenant en ligne ici :</p>
<p><a href="http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/">http://assohum.org/2009/12/que-signifie-la-spiritualite-pour-un-humaniste-athee/</a></p>
<p><strong>L’humanisme est une éthique de la responsabilité liée à la socialité des humains. Pouvez-vous nous résumer ce que l’humanisme apporte au genre humain, tant d’un point de vue individuel que collectif?</strong></p>
<p>L’humanisme comprend effectivement une telle éthique. Il y a d’ailleurs plusieurs associations humanistes américaines qui se définissent d’abord comme « ethical » et aussi la fédération internationale à laquelle nous sommes associés : l’<em>International Humanist and Ethical Union</em> (IHEU), basée en Grande-Bretagne. Toutefois l’humanisme englobe non seulement une éthique mais aussi une cosmologie, ce qui, en passant, est le dénominateur commun des religions : elles ont toutes à la fois une « explication du monde », c’est-à-dire une narration sur le monde et une morale liée en tout ou en partie à cette cosmologie. On appelle cela une vision du monde (en anglais « worldview ») et la nôtre a ceci de particulier que cette vision du monde est définie par ce que nous appelons aujourd’hui la Science de la Nature et ne laisse aucune place à des croyances au surnaturel. Cela signifie qu’il n’y a pas de divinité ni de survie après la mort. Une autre conséquence est l’abandon de la dualité matière-esprit. Pour nous l’esprit, ou l’âme pour reprendre un terme religieux, est un processus complexe exécuté sur un organe matériel, le cerveau humain. Sans ce support matériel, le processus disparaît. Ce que nous appelons « conscience » est une propriété émergente des réseaux neuroniques complexes tels que notre cerveau.</p>
<p>Ce que je viens d’énoncer défini l’athéisme mais il ne définit par l’humanisme, lequel va plus loin en ce sens qu’il est une philosophie de l’action basée sur la conviction que notre situation humaine est unique dans le monde vivant et que nous serions bien fous de ne pas en tirer le meilleur parti, d’abord pour nous même et ceux qui nous sont chers, mais aussi pour tous les membres de notre espèce puisque c’est avec eux que nous devrons composer une société planétaire qui ne soit pas une menace ou un enfer pour qui que ce soit. Il s’agit moins de créer une société nouvelle que d’utiliser nos outils scientifiques et éthiques pour améliorer de façon continue les conditions de vie de tous et chacun. À partir des années 1940, les humanistes ont plus ou moins cessé de considérer l’action politique directe comme leur responsabilité première et les mouvements humanistes actuels, sauf peut-être en Inde, se démarquent généralement des partis politiques auxquels ils préfèrent donner de l’inspiration plutôt qu’un chèque en blanc. L’expérience nous a montré qu’aucun parti politique ne peut espérer représenter pleinement le courant humaniste, avec sa diversité d’intérêts et d’opinions.</p>
<p><strong>Au niveau du lien entre l’humanisme et la laïcité, comment l’AHQ articule-t-elle cette liberté individuelle dans la responsabilité sociale de ses membres à l’égard de la collectivité, tant de la ville jusqu’au niveau plus large qui est celui de la planète?</strong></p>
<p>L’AHQ est bien sûr un pilier fidèle de la laïcité des institutions et de l’espace public, cependant, pour des raisons stratégiques liées à notre statut d’œuvre de charité, nous préférons que cette action se fasse au travers d’autres organismes, en particulier le <em>Mouvement laïque québécois</em> (MLQ) que nous soutenons indirectement en achetant de la publicité dans sa revue, <span style="text-decoration: underline;">Cité laïque</span>. Nous encourageons systématiquement nos membres à devenir membres du MLQ. Plus récemment nous avons donné notre soutien au <em>Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité</em> (CCIEL) qui a un projet de charte de la laïcité pour le Québec.</p>
<p>Au-delà des frontières du Québec, nous soutenons l’humanisme par des campagnes de lettres aux autorités pour rappeler à l’ordre des États qui se prétendent plus ou moins laïques mais qui, par laxisme ou par opportunisme électoral, continuent de violer allègrement leur propre constitution. Ce fut le cas en Italie avec l’affaire Tosti où nous avons écrit, de concert avec des humanistes d’autres pays, au Conseil de la Magistrature pour les convaincre de laisser tomber leur<del datetime="2010-01-31T11:28" cite="mailto:Michel%20Virard">s</del> accusation contre le juge Tosti qui refusait de juger sous un crucifix. De même nous avons été très actifs durant la campagne contre la charia en Ontario. Nous sommes heureux que dans ces deux cas, la voix de la raison ait finalement prévalu.</p>
<p><strong>En quoi la laïcité est-elle si importante pour une société? Dit autrement, pourquoi la religion doit être une affaire personnelle, tant qu’elle n’enfreint pas les lois, cela dit?</strong></p>
<p>Le contraire de la laïcité c’est lorsque une ou un petit nombre de religions sont officiellement reconnues par l’État. Dès cet instant, l’État se trouve contraint à devoir définir ce qui constitue une religion et aussi les devoirs et obligations de chaque partie. Dès le départ, c’est un exercice périlleux si l’on veut maintenir un semblant d’égalité entre les différentes religions, or cette égalité est une exigence de la démocratie et est largement réclamée dans les pays occidentaux. C’est, par exemple, le cas de la Belgique et de la Grande-Bretagne, obligées à de remarquables contorsions constitutionnelles pour ménager la chèvre et le chou. Cela a conduit la Belgique à créer et payer pour des Maisons de la laïcité afin de ne pas paraître pénaliser les non-croyants par rapport aux cultes reconnus.</p>
<p>Si l’État a une population stable, cette reconnaissance des cultes semble acceptable à bien des citoyens qui y trouvent leur compte. Toutefois, s’il s’agit d’un État dont la population subit des changements importants de composition ethno-religieuse sur des périodes relativement courtes, comme une génération ou deux, alors survient une kyrielle de problèmes parce que, qu’il le veuille au non, l’État démocratique non laïque est forcé de s’occuper de religion. Il doit, par exemple, légiférer pour permettre aux administrations de distinguer ce qui constitue véritablement une religion d’une association sans mérite religieux. Cela peut conduire à d’étranges décisions. Par exemple, l’Église de scientologie est reconnue comme religion aux États-Unis mais pas en France, deux pays où la séparation des Églises et de l’État est pourtant inscrite dans la constitution, mais où les régimes fiscaux continuent d’accorder des privilèges indus aux églises reconnues. De fait, aussi bien les États-Unis que la France trahissent l’esprit et la lettre de leur constitution. Il est nécessaire de distinguer les œuvres de bienfaisances (charités) sous la tutelle des églises, des lieux de culte eux-mêmes. C’est-à-dire que, indépendamment de la présence où de l’absence d’œuvres de charité, les lieux de cultes sont exemptés des taxes normalement imposées sur des locaux et sur le personnel. Or ces lieux sont en fait similaires à ceux employés, par exemple, par des compagnies de croissance personnelle ou une bibliothèque, telle que c’est le cas avec la <em>Bibliothèque humaniste du Québec</em> (BHQ). Pour reprendre le jargon religieux, dans tous ces cas, l’organisme tente d’apporter une  aide aux « âmes de ses clients », cependant seules les églises reconnues bénéficient de cet avantage fiscal qui s’accumule évidemment d’année en année. On le voit très bien à Montréal! Il y est inscrit dans la pierre.</p>
<p>En pratique, aucun État actuel, même très démocratique, n’arrive à traiter équitablement les différentes religions pratiquées sur son territoire. Il en résulte de graves distorsions dans la répartition du fardeau fiscal et des aides. Toutefois, le pire se situe sur un autre plan. L’inégalité des religions se traduit aussi au plan politique et il suffit de voir la hargne avec laquelle les religions qui étaient religions d’État jusqu’à récemment s’accrochent à un pouvoir politique qui commencent à leur échapper aussi bien dans les institutions judiciaires (cas du Juge Tosti) que dans les institutions d’enseignement (cas de l’Ontario avec ses écoles publiques catholiques).</p>
<p>La conclusion sans équivoque de ces observations est que l’État est un bien mauvais juge de ce qui constitue une religion et si même cela fait partie de ses attributions. L’État conserve une fonction fondamentale d’arbitre. Si en plus l’État se veut démocratique, il ne peut faire autrement que de se déclarer arbitre incompétent en matière religieuse et donc il se doit de renvoyer toutes les religions à la sphère privée et de ne favoriser ni subventionner directement ou indirectement aucun culte.</p>
<p><strong>Au printemps 2009, il y a eu la campagne des autobus de la STCUM avec vos annonces « Dieu n’existe probablement pas. Alors cessez de vous inquiétez et profitez de la vie. » Comment les gens y ont réagi? Qu’en a-t-il résulté pour l’AHQ et les humanistes au Québec?</strong></p>
<p>La campagne des autobus athées avaient réellement deux buts distincts. D’abord affirmer publiquement que les athées, non seulement existent, mais qu’ils revendiquent leur droit à la parole. On peut dire qu’il s’agissait alors pour beaucoup d’athées d’une sortie de placard.</p>
<p>L’autre but était évidemment de rejoindre les athées, dont certains sont très isolés, et de leur dire : « Vous n’êtes pas seuls et non, vous n’êtes pas forcement anormaux ou immoraux parce que vous ne croyez pas en des divinités. »</p>
<p>Nous pensons avoir atteint nos deux buts : nous sommes passés de 170 membres à 290 dans les mois qui ont suivi la campagne et nous avons reçu des dons comme jamais dans les quatre années précédentes. De plus les médias savent maintenant que nous existons puisque nous avons fait beaucoup d’entrevues en mars à cause de cette campagne. Par exemple, nous sommes passés à <em>Second regard</em>, émission sur les religions, ce qui a, de fait, mis notre organisation sur un pied d’égalité avec les églises.</p>
<p><strong>Que pensez-vous du cours <em>Éthique et culture religieuse</em> (ECR)? Quels seraient les bienfaits pour la relève québécoise de lui enseigner l’humanisme?</strong></p>
<p>Dans sa forme actuelle, le cours d’ECR est une insulte aux humanistes athées pour deux raisons majeures. D’abord le cours ne fait pratiquement aucune mention des spiritualités non-religieuses, le ministère considérant le terme « athée » comme trop négatif. Il est cependant possible que les éducateurs et les auteurs de livres scolaires ne suivent pas le ministère sur ce terrain et réinsèrent les philosophies athées. Nous avons eu une requête en ce sens d’un éditeur québécois.</p>
<p>Ensuite, la volonté de mélanger Éthique et Religions dans un même cours lance un message pernicieux laissant croire qu’il ne saurait y avoir d’éthique en dehors d’un contexte religieux. Cela nous offense d’autant plus que l’éthique représente pour nous une alternative à la morale religieuse et non un de ses composants.</p>
<p>La mission très officielle de l’AHQ est le développement de la pensée critique dans la population, nous pensons donc qu’il est crucial pour l’avenir de notre société que les jeunes soit entraînés, dès qu’ils en ont l’âge, à la fois aux mécanismes indispensables de défense intellectuelle à un citoyen et aux raisonnements éthiques indispensables à la construction de son identité. De plus nous pensons qu’ils devraient être exposés aux valeurs humanistes, lesquelles sont, en pratique, largement partagées par une partie de plus en plus grande des populations occidentales, y compris par une large majorité de ceux qui se réclament d’une religion. Ce que nous appelons aujourd’hui « droits de la personnes » ont d’abord été des valeurs proposées par ceux que nous considérons comme nos précurseurs puisqu’ils s’occupaient en priorité d’humains et non de divinités. Je pense que cet héritage mérite d’être connu de nos jeunes au moins autant que les exploits de Vishnou, de Mahomet ou de St-François d’Assise.</p>
<p><strong>Donc, si l’athéisme et l’humanisme étaient enseignés aux jeunes, ils seraient plus en mesure d’avoir un jugement critique et seraient mieux outillés pour donner sens à leur existence sans le support religieux? Mais faut-il tout de même enseigner la religion, et surtout de quelle manière? En comprenant qu’enseigner n’est certes pas « endoctriner »…</strong></p>
<p>C’est la différence entre donner un sens à sa vie et se faire donner un sens à sa vie! Les humanistes préfèrent la première option mais ils acceptent que d’autres individus peuvent, après mure réflexion, choisir de se débarrasser de cette tâche difficile en s’en remettant à des personnes, des organismes en qui ils ont confiance. Nous pensons que cette confiance est souvent mal placée mais nous acceptons que chaque individu soit libre de décider en autant qu’on lui ait donné un minimum d’outils pour distinguer sinon le vrai du faux, du moins le probable de l’improbable. C’est cela la pensée critique. Donner un sens à sa vie c’est construire son identité, ce n’est jamais facile et jamais complété sinon le jour de sa mort.</p>
<p>Personnellement je pense que l’enseignement de la religion ne devrait se faire que dans l’optique de l’enseignement des courants de pensée et de l’histoire mais d’autres humanistes pourraient défendre d’autres idées sur cette question.</p>
<p>Il est peut-être présomptueux de ne vouloir jamais « endoctriner » des enfants. De fait, les plus jeunes sont forcément « endoctrinés » à ne pas taper sur leur voisin, à respecter leur parents, leurs professeurs, à faire leur devoirs et apprendre leurs leçons. Sans cette douce dictature des parents sur les enfants, il n’y aurait même pas de possibilité de passer à la phase suivante, qui est un passage de comportements imposés à des comportements autonomes socialement acceptables. C’est seulement à l’adolescence que les questions métaphysiques peuvent être abordées de façon intelligente et qu’alors le développement de la pensée critique prend tout son sens.</p>
<p><strong>Que pensez-vous de la position de la Fédération des Femmes du Québec, adoptée au printemps 2009, concernant le voile et l’intégration des femmes (immigrantes)?</strong></p>
<p>L’AHQ soutient la position la position du CCIEL qui s’oppose avec véhémence à ce que la FFQ accepte de bafouer deux principes qui nous sont chers, la laïcité des institutions et l’égalité des sexes, en vue de faciliter l’intégration des femmes immigrantes. De plus, nous pensons que les résultats seront exactement contraires aux objectifs déclarés.</p>
<p><strong>De part le monde, il existe divers modèles de laïcité dans les États ‒explicitement affirmés ou non. Pour s’en rendre compte, il y n’a qu’à regarder des pays comme les États-Unis, la France, la Turquie et le Canada. Quel serait le modèle qu’apprécierait voir au Québec l’AHQ?</strong></p>
<p>Il n’y a pas actuellement de modèle spécifique prôné par l’AHQ sinon qu’il devra rendre compte des spécificités du Québec et de sa situation de province dans une fédération officiellement déiste et dont le chef d’État, la Reine de Grande-Bretagne, est constitutionnellement chef de l’église anglicane.</p>
<p><strong>Cette laïcité, lorsqu’elle est encadrée par les droits philosophiques que sont ceux de nos chartes, permet une relation critique aux religions et aux traditions. De la sorte, l’État et ses institutions fournissent et remplissent des fonctions émancipatrices. Qu’y rajouteriez-vous?</strong></p>
<p>La laïcité de l’État ne garantie pas en soi que les citoyens vont acquérir automatiquement une forme de pensée critique, mais c’est vrai que le refus de l’État d’entériner une ou des religions a des conséquences sur la crédibilité des religions. La majesté de l’État, expression de la volonté populaire de l’ensemble des citoyens, ne peut plus être détournée au profit d’une religion pratiquée par une fraction de cette population. Il devient possible de critiquer une religion, même puissante, sans pour autant attenter à la sûreté de l’État, ce qui n’est pas un mince progrès. Et inversement, critiquer l’État cesse d’être blasphématoire, ce qui est une liberté nouvelle pour le citoyen.</p>
<p><strong>La laïcité qu’un État adopte, faut-il la réduire à la neutralité face à la religion, ou doit-elle être comprise comme une affirmation de la raison dans l’enseignement et dans l’espace public, notamment la sphère des institutions étatiques?</strong></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Comme je l’ai signalé plus haut, la laïcité de l’État est une déclaration d’incompétence en matière religieuse, il ne reste donc pour guider les actions de l’État, que ce soit en matière d’enseignement <del datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">‒</del><ins datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">(</ins>ou tout autre domaine de sa responsabilité<ins datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">)</ins><del datetime="2010-01-31T11:35" cite="mailto:Michel%20Virard">‒</del> que deux outils acceptables aux yeux d’une majorité de citoyens : la science, autrement dit une vision du monde fondée sur l’observation et la raison, et la philosophie éthique. Bien sûr, l’État doit toujours s’appuyer sur les meilleurs praticiens de ces deux domaines car il s’agit dans les deux cas d’aventures humaines. Bien sûr nous avons parlé de l’État et non du gouvernement, car ce dernier subit une contrainte supplémentaire : il ne peut ignorer l’opinion publique, mais lorsque cette dernière semble contredire la science ou l’éthique, le gouvernement a le devoir d’expliquer clairement et honnêtement pourquoi sa position est celle du vrai ou pourquoi elle est celle du bien. Un cas concret s’est présenté le mois dernier avec la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1).</p>
<p><strong>Le gouvernement du Québec finance-t-il des religions et la réfection de certains de leurs bâtiments? Qu’en pensez-vous?</strong></p>
<p>À dire vrai, le Québec est actuellement moins généreux vis-à-vis des religions que la très laïque France qui paye 100% des salaires des profs des établissements scolaires religieux qui enseignent le curriculum officiel. Bien sûr, ce n’est pas une excuse mais disons que cela relativise un peu nos doléances. Je ne connais pas de pays occidental qui ne subventionne pas en partie l’enseignement religieux, pas nécessairement parce qu’il est « religieux » mais surtout parce qu’il est « privé », une nuance importante. Lorsque le gouvernement socialiste majoritaire de la France a voulu couper les vivres aux écoles privées (écoles catholiques à 95%), il s’est fait rabrouer publiquement par deux millions de Français qui ont défilé à Paris ; la plus grande manifestation jamais organisée en France. Il y a de quoi y penser à deux fois. Pourquoi cette opposition farouche sachant que les Français ont un taux de pratique religieuse extrêmement bas? Les Français ont vu dans le geste du gouvernement une tentative de créer un nouveau monopole d’éducation, cette fois-ci en faveur de l’école publique laïque. Mais l’idéal démocratique s’accommode mal d’une source unique de sagesse en matière d’éducation et les Français, même athées, qui ont défilé en faveur des écoles privées ont pu considérer que l’aiguillon de la concurrence et la pluralité des méthodes étaient peut-être trop importants pour être abandonnés, même si cela faisait l’affaire d’un clergé qu’ils ne portent pas tous dans leur cœur.</p>
<p>Les humanistes sont d’ailleurs partagés sur cette question. Je crois personnellement qu’en distinguant bien le « privé » du « religieux » on y verra plus clair. Plutôt que d’assécher le privé,  il s’agit d’avantage de s’assurer que les deniers publics ne sont pas détournés au profit des enseignements véritablement religieux et encore moins au prosélytisme religieux. On peut discuter sans fin sur le taux  de subvention de l’État au privé, qui, rappelons-le quand même, évite une dépense substantielle à l’État. Le taux de couverture actuel de 60% des frais de scolarisation pour le curriculum commun à tous est peut-être un insupportable compromis pour les puristes des deux bords mais il est quand même très inférieur à ce qu’on voit ailleurs, à commencer par nos voisins de l’Ontario qui subventionnent totalement un réseau complet d’écoles catholiques publiques.</p>
<p>En résumé, l’État n’a évidemment pas à financer les religions et il doit être vigilant à ce que les subventions légitimes aux organismes qui le décharge d’une tâche légitime, telle que l’enseignement régulier, ne soit pas détournées à d’autre fins, dont le prosélytisme.</p>
<p><strong>Avec un État qui reconnaît le droit individuel d’adhésion à une religion chez l’individu, soit de pouvoir faire une place à la religion pour l’affirmation de son identité, y a-t-il un risque que l’État fasse en même temps une place à un renouveau religieux, dont les accommodements raisonnables pourraient en être la partie évidente?</strong></p>
<p>Je ne crois pas que l’État fasse actuellement consciemment une place à un renouveau religieux, ce serait prêter beaucoup de clairvoyance à nos politiciens. La sécularisation de l’État québécois n’a jamais été faite au grand jour comme une laïcisation voulue mais très souvent par petits bouts, par une succession de changements qui ont paru inévitable dans leur contexte d’époque. Le fil conducteur de ces changements n’a jamais été un désir de sécularisation comme tel mais un désir de plus de liberté, de plus d’autonomie, ce qui n’est pas exactement la même chose, même si un des effets de cette recherche de liberté a été de jeter à la poubelle le carcan imposé par le clergé catholique. Dans cette opération de rejet je suis persuadé que les acteurs qu’on y trouve comprennent certainement encore plus de catholiques tannés du clergé que de véritables mécréants. On peut donc difficilement parler d’un « retour en arrière » vu qu’on n’est jamais allé très loin en avant! Je parlerais plutôt de piétinement sur place. Après tout le crucifix à l’Assemblée Nationale était déjà là, personne ne l’a installé récemment. On n’a pas avancé, mais on n’a pas reculé non plus, sauf peut-être au niveau de l’enseignement religieux dans le réseau publique anglophone qui, avec le nouveau cours d’ECR, se retrouve maintenant avec un supplément d’enseignants de la religion, un domaine qu’il avait pratiquement abandonné il y a longtemps.</p>
<p>La nécessité d’accommodements religieux, puisque c’est de cela qu’il s’agit, et non pas des accommodements raisonnables qui couvrent bien d’autres choses, ne va pas disparaître par un coup de baguette magique. Ce qu’il nous manque c’est une façon juste et simple de régler ces cas. En l’absence d’un charte claire sur ce que devraient être les principes directeurs gérant la séparation des églises de l’État, la neutralité des institutions publiques et le partage des espaces publics, les décisions sont prises au coup par coup, sans garantie de cohérence. Il en résulte de nombreux cas d’appel puisque la jurisprudence est douteuse et laisse à chaque plaignant l’espoir que l’instance supérieure penchera de son coté. En faisant table rase de cette jurisprudence douteuse, une charte de la laïcité réduirait considérablement les cas litigieux, ce qui est certainement un avantage pour une société qui aspire à mieux vivre ensemble malgré les divergences religieuses.</p>
<p><strong>Pensez-vous qu’il soit pertinent et primordial que les élus et autres dirigeants de la société québécoise s’affirment et agissent sur des bases humanistes? Des mots pour les convaincre…</strong></p>
<p>Je doute que la majorité de nos élites soit consciente que les droits humains dont ils se gargarisent assez facilement sont très directement le produit d’idées proposées par des penseurs  qui ont tourné le dos aux religions, parce qu’ils étaient athées ou encore déistes, une position parfaitement défendable avant Darwin. C’est le résultat d’une formation biaisée de nos élites qui ont été privées pendant fort longtemps (et même encore aujourd’hui) du contact avec les penseurs humanistes des <em>Lumières</em> et des siècles suivants. Combien ont lu d’Holbach, Voltaire, Thomas Paine, Condorcet, Constant, Robert, Ingersoll, Bertrand Russell? La <em>Bibliothèque Humaniste du Québec </em>que la Fondation et l’<em>Association humaniste du Québec </em>ont mis en place tente de combler ce vide immense dont bien peu de Québécois sont conscients. J’invite nos dirigeants de la région de Montréal à s’inscrire à la BHQ. Les prêts sont gratuits!</p>
<p><strong>Les humanistes ont leurs moments de festivités laïques, les agapes humanistes, à chacun des solstices et équinoxes de l’année. Quels pourraient être les fêtes et/ou congés laïques dont pourraient bénéficier l’ensemble de la société?</strong></p>
<p>Nos collègues humanistes anglophones ont déjà proposé l’anniversaire de naissance de Charles Darwin, le 12 février, étant donné l’importance de son livre, <span style="text-decoration: underline;">L’Origine des espèces</span>, lequel nous a libéré du besoin d’avoir un Grand horloger pour expliquer la diversité du vivant, incluant l’homme. Comme nous ne sommes pas riches en congés légaux entre janvier et mars, pourquoi pas!</p>
<p><strong>À ce propos, il y a beaucoup de cérémonies et de rituels qu’il faudrait laïciser. Pensons à l’Ontario qui s’est doté d’</strong><strong>« officiants » et qui peut maintenant participer avec ses humanistes à des cérémonies remplies de sens tout en étant dégagées de dogmes et de liens avec le surnaturel…</strong></p>
<p>Oui, nous savons qu’une partie de la population non-croyante est intéressée par des cérémonies non religieuses mais plus attrayantes que les cérémonies civiles déjà disponibles. Nous y travaillons actuellement et il y aura des « célébrants » humanistes, puisque c’est comme cela que le Ministère de la justice les appelle, à partir du mois de mai 2010. Les célébrants humanistes seront licenciés par l’<em>Association humaniste du Québec </em>selon des modalités comparables à ce qui se fait actuellement en Ontario et pourrons faire des mariages.</p>
<p>Merci, Michel Virard. Ce fut un entretien intéressant qui nous parle des valeurs sociales et collectives dont notre société a pourtant bien besoin.</p>
<p>Merci Jocelyn, et au plaisir de la prochaine entrevue.</p>
<p><em>Avec la permission du <strong>Journal Unité Ouvrière</strong> en appui à la laïcité<br />
 Les Éditions Sociales<br />
 C.P. 65 064, Longueuil, Québec, J4K 5J4<br />
 uniteouvriere@hotmail.com</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Laïcité #1 &#8211; Entrevue de Daniel Baril</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2010 16:52:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La laïcité au Québec.
Réalité et Enjeux des années 80 à 2000.
La Laïcité au Québec – Première d’une série d’entrevues parue dans le Journal Unité ouvrière et  réalisées par Jocelyn Parent
Bonjour M. Baril.
Vous êtes militant de longue date pour la laïcité au Québec et êtes membre du Mouvement laïque québécois (MLQ), fondé en 1981 et issu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong>La laïcité au Québec.</strong></p>
<p align="center"><strong>Réalité et Enjeux des années 80 à 2000.</strong></p>
<p>La Laïcité au Québec – Première d’une série d’entrevues parue dans le Journal Unité ouvrière et  réalisées par <strong>Jocelyn Parent</strong></p>
<p>Bonjour M. Baril.</p>
<p>Vous êtes militant de longue date pour la laïcité au Québec et êtes membre du <em>Mouvement laïque québécois</em> (MLQ), fondé en 1981 et issu de l’<em>Association québécoise pour l’application du droit à l’exemption de l’enseignement religieux </em>(AQADER). Par le passé, vous avez exercé diverses fonctions au sein du MLQ, dont celle de Président, et êtes maintenant conseiller national. Aussi, vous êtes l’auteur de quelques livres critiques des religions, pensons à <span style="text-decoration: underline;">La  Grande Illusion</span> (MultiMondes, 2006) et <span style="text-decoration: underline;">Les mensonges de l’école catholique</span> (VLB, 1995). Récemment, vous avez participé à la coréalisation de la parution <span style="text-decoration: underline;">Heureux</span><span style="text-decoration: underline;"> sans Dieu</span>, avec Normand Baillargeon. Vous allez nous parler des avancées de la laïcité québécoise depuis les années 1980…</p>
<p><strong>Depuis que </strong><strong>la Constitution</strong><strong> canadienne a été rapatriée en 1982, et de l’insertion par Pierre Elliott Trudeau du multiculturalisme dans celle-ci, quelles ont été les répercussions –négatives et positives− pour le vivre-ensemble québécois?</strong></p>
<p>De façon positive, nous pouvons souligner la clause dérogatoire de la Charte canadienne de 1982 qui doit être reconduite à tous les cinq ans alors. Comme la confessionnalité du système scolaire québécois était contraire à la charte, il fallait donc recourir à cette clause pour maintenir les dispositions confessionnelles. Sans la réévaluation périodique imposée par la charte canadienne, nous aurions sans doute été pris avec des écoles confessionnelles pendant de nombreuses années encore puisque la charte québécoise n’oblige pas à réévaluer la dérogation.</p>
<p>L’aspect négatif, c’en est le multiculturalisme qui est l’âme, si l’on peut dire, de la Charte fédérale des droits et libertés. Et le multiculturalisme conduit aux accommodements raisonnables et à l’intrusion de la religion dans la sphère de l’État. La Cour suprême peut donc faire fi des valeurs québécoises pour accommoder des groupes culturels particuliers. Le kirpan à l’école et le turban dans la GRC sont des exemples frappants.</p>
<p>Au Québec, on prétend appliquer l’interculturalisme, mais dans les faits c’est la même chose.</p>
<p><strong>Quels liens pouvons-nous effectuer entre la laïcité et la ghettoïsation?</strong></p>
<p>La ghettoïsation est le risque du multiculturalisme. Avec la laïcité, les lois sont les mêmes pour tout le monde, ce qui favorise l’intégration à la société d’accueil. Cela n’empêche pas une communauté de pratiquer sa religion dans la mesure où elle respecte ce qui, au Québec, est non négociable, comme la défense et la promotion du français, les droits fondamentaux dont l’égalité des sexes et la laïcité, bien qu’elle ne fasse pas encore l’objet d’une loi.</p>
<p><strong>Depuis </strong><strong>la <em>Révolution</em></strong><strong><em> tranquille</em> notamment, il y a eu des avancées pour la cause de la laïcité au Québec. Qu’est-ce qui a été fait? Pensons à la déconfessionnalisation du système public d’enseignement par l’abrogation de l’Article 93 de </strong><strong>la Constitution</strong><strong> canadienne (1867)…</strong></p>
<p>Il y a d’abord eu l’exemption à l’enseignement religieux accordée au début des années 70. Ceci fut remplacé par l’option entre l’enseignement moral ou religieux. Puis, suite à une résolution unanime du gouvernement québécois, en 1997, le Québec a été soustrait de l’Article 93 de la constitution canadienne de 1867 – l’AANB – qui protégeait les commissions scolaires confessionnelles, ce qui a permis d’instaurer des commissions scolaires linguistiques. Suite au rapport Proulx, on a aboli les statuts confessionnels des écoles ainsi que les comités confessionnels du Conseil supérieur de l’Éducation. L’enseignement religieux confessionnel a alors été remplacé par le cours Éthique et culture religieuse (ECR).</p>
<p>Il y a aussi eu l’instauration des cégeps à la fin des années 60, qui forment un réseau public et laïque, issus directement du rapport Parent.</p>
<p>Cependant, le gouvernement a créé le Comité aux affaires religieuses (CAR) qui est l’héritier des comités confessionnels et qui gère le cours ECR. Évidemment, si ce cours venait à être aboli, je pense que le CAR tomberait vite en désuétude…</p>
<p>Comme nous le savons, le cours ECR a été implanté à la grandeur du Québec. Bien que l’étiquette catholique et protestante ait été retirée de l’appellation officielle, ECR n’est rien de moins qu’une continuité de l’enseignement religieux élargi aux autres religions. Le gouvernement a donc opté pour la multiconfessionnalité, ce qui est une forme de multiculturalisme.</p>
<p>Auparavant, un élève pouvait se soustraire à l’enseignement religieux, ce qui n’est plus le cas avec ECR. Sans exception, dès le primaire, les élèves reçoivent la somme des mythologies de l’humanité. C’est un cours de glorification de l’appartenance religieuse. L’athéisme n’est abordé seulement qu’en secondaire 4 ; c’est donc neuf années de mythologies diverses avant le droit au raisonnement critique sur les religions.</p>
<p>En résumé, cela a pris quelques quarante années pour déconfessionnaliser le réseau d’enseignement public. Mais déconfessionnaliser, ce n’est pas encore de la laïcité, laquelle transporte un message beaucoup plus clair que « dé-confessionnalisation ».</p>
<p><strong>Toujours sur la laïcité, quels ont été les reculs que la société québécoise a essuyés?</strong></p>
<p>Reconnaissons que les avancées sur le sujet auraient été plus rapides si les groupes de pression conservateurs ne s’y étaient pas opposés. Ils ont retardé les progrès moraux et éthiques que notre société requiert aujourd’hui.</p>
<p>Comme autres vestiges de la société cléricale, il y a le crucifix à l’Assemblé nationale. Il est déplorable que les élus aient adopté à l’unanimité, et avec empressement, son maintient. C’était aller à l’encontre de l’une des recommandations les plus laïques du rapport Bouchard-Taylor.</p>
<p>Aussi, il y a encore des maires qui récitent des prières lors des assemblées publiques municipales. Pensons à Saguenay qui a refusé de se soumettre au jugement du Tribunal des droits de la personne condamnant cette pratique. Pensons aussi à l’immobilisme du gouvernement Charest qui refuse d’établir une loi sur la question de la laïcité afin de fournir des balises claires et cohérentes pour les divers ministères et organismes aux prises avec des demandes d’accommodements religieux.</p>
<p>Il y a aussi la procédure d’assermentation dans les tribunaux fédéraux où l’on est supposé donner le choix entre une affirmation solennelle et une assermentation sur la Bible ; que ce soit dans les tribunaux ou ailleurs, l’État ne devrait reconnaître que la procédure laïque consistant à jurer de dire la vérité. La même vaut pour l’assermentation des ministres.</p>
<p><strong>Dans les suites à donner à Bouchard-Taylor, y a-t-il eu des partis politiques qui ont appuyé la démarche d’établir une loi sur la laïcité? Qu’ont-ils dit à ce propos?</strong></p>
<p>Québec solidaire s’est montré récemment ouvert à un débat sur une charte de la laïcité, mais quelle forme cela prendrait, ça reste à voir. Plus récemment encore, dans le cadre du débat sur le projet de loi 16 sur la diversité culturelle, le PQ et l’ADQ ont ramené cette idée, mais le premier ministre Charest leur a fermé la porte au nez.</p>
<p>Le projet de loi 16 −qui pourrait conduire à faire prévaloir les principes religieux sur l’égalité des sexes − montre que le gouvernement Charest persiste dans la ligne des accommodements religieux et continue de procéder à la pièce plutôt que d’adopter des balises claires comme une charte de la laïcité.</p>
<p><strong>Que reste-t-il à faire à propos de la laïcité au Québec? Que faire des congés religieux par exemple?</strong></p>
<p>C’est sûr que la plupart de nos congés sont d’origine religieuse, mais cela ne me dérange pas trop. On pourrait toujours les remplacer par des congés saisonniers à date fixe et attribués à tout le monde. <em>La loi sur les normes du travail</em> pourrait aussi accorder un certains nombre de congés mobiles que chacun pourrait prendre à la date de son choix et pour le motif de son choix, ce qui permettrait à certaines communautés de célébrer leurs fêtes religieuses.</p>
<p><strong>Avec la cadre fédéral actuel et le multiculturalisme, quelles seraient les limites de l’établissement d’une charte québécoise de la laïcité?</strong></p>
<p>Nul doute que la charte fédérale continuerait d’avoir prépondérance sur une charte québécoise de la laïcité. Soulignons que le préambule de la Constitution de 1982 reconnait la suprématie de Dieu et que la procédure d’amendement de cette constitution est cadenassée.</p>
<p>Cependant, il est certain que l’adoption d’une charte sur la laïcité qui recevrait l’adhésion d’une vaste majorité de la population enverrait un message clair à Ottawa. Cela démontrerait que la société québécoise veut un autre système que le multiculturalisme. Par le même fait, cela démontrerait les limites et les contradictions du système canadien.</p>
<p>De plus, toute constitution québécoise devrait s’affranchir de la monarchie. L’autorité suprême du Canada reste reliée à la religion car la reine détient ce titre «par la grâce de Dieu» : <em>Dei Gratia Regina,</em> comme on peut le lire sur la monnaie canadienne. Et la reine du Canada est aussi la papesse des anglicans. Dans une république, les gouvernants sont redevables au peuple, non à Dieu, et leur serment d’allégeance est fait envers le peuple et non envers un monarque.</p>
<p>Ce que nous réclamons, c’est une république laïque où le peuple est souverain et où les lois n’ont plus à être entérinées par un monarque. C’est d’ailleurs l’essentiel des propos qui sont tenus dans le <span style="text-decoration: underline;">Manifeste pour une république laïque</span> (que l’on peut retrouver sur le site du MLQ).</p>
<p><strong>Y a-t-il des exemples d’États fondés sur la dignité humaine, comme par exemple l’humanisme?</strong></p>
<p>Oui et non. En fait, ce n’est pas si précis que cela. Prenons le cas de la France : c’est sous-jacent à sa devise, <em>Liberté, Égalité, Fraternité</em>. Mais cela demeure symbolique ; la France doit aussi faire face à des problèmes d’intégration de ses minorités.</p>
<p>Quant à la devise du Canada, elle est géographique et elle ne veut rien dire sur le plan humain. Ce qui est dommage, mais c’est tout de même mieux que celle des États-Unis, <em>In God we trust</em>. D’autant plus que l’assermentation de leur président inclut un appel à Dieu : <em>So help me God</em>.</p>
<p>Merci de cet entretien, M. Baril.</p>
<p><em>Avec la permission du <strong>Journal Unité Ouvrière</strong> en appui à la laïcité<br />
 Les Éditions Sociales<br />
 C.P. 65 064, Longueuil, Québec, J4K 5J4<br />
 uniteouvriere@hotmail.com</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Le code pour une éthique globale</title>
		<link>http://assohum.org/2009/06/le-code-pour-une-ethique-globale/</link>
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		<pubDate>Mon, 22 Jun 2009 18:20:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéos]]></category>
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		<description><![CDATA[«Le monde a besoin d’un nouveau code humaniste d’éthique globale. Rodrigue Tremblay défend avec éloquence cette forme d’humanisme rationnel. Nous devons travailler ensemble, recommande-t-il, si nous voulons contribuer à l’amélioration des conditions de vie sur la planète. Il met en avant dix principes fondamentaux dans le cadre d’un code global d’éthique pour nous y guider.»<br />
(Paul Kurtz)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-medium wp-image-1251" title="rodtremblay1" src="http://assohum.org/wp-content/uploads/2009/06/rodtremblay1-193x300.jpg" alt="rodtremblay1" width="193" height="300" /></p>
<p><strong>Aperçu</strong></p>
<p>«Cet ouvrage propose un code universel de droits et de responsabilités devant s’appliquer à tous les individus, qu’ils soient simples citoyens ou dirigeants de pays, de sociétés et d’organisations religieuses. Un tel code repose sur les principes de l’humanisme rationnel dans un monde caractérisé par un rétrécissement géographique et par une plus grande interdépendance politique et économique. On y trouvera aussi, en parallèle, une critique des codes moraux fondés sur des religions sectaires, qui n’ont pas été à la hauteur des attentes de l’humanité dans le passé. Pour nous, l’humanisme repose sur des notions d’idéalisme, de compassion et de tolérance, selon une vision vraiment humaine. Nous espérons apporter ainsi une contribution à cette entreprise toujours à recommencer de construire un meilleur monde pour l’humanité.»<br />
 (Rodrigue Tremblay)</p>
<p>«Le monde a besoin d’un nouveau code humaniste d’éthique globale. Rodrigue Tremblay défend avec éloquence cette forme d’humanisme rationnel. Nous devons travailler ensemble, recommande-t-il, si nous voulons contribuer à l’amélioration des conditions de vie sur la planète. Il met en avant dix principes fondamentaux dans le cadre d’un code global d’éthique pour nous y guider.»<br />
 (Paul Kurtz)</p>
<p>Table des matières<br />
 Chapitre 1   Dignité et égalité<br />
 Chapitre 2   Respect<br />
 Chapitre 3  Tolérance<br />
 Chapitre 4   Partage<br />
 Chapitre 5  Antiexploitation et antidomination<br />
 Chapitre 6   Raison<br />
 Chapitre 7   Environnement<br />
 Chapitre 8  Violence, guerre et paix<br />
 Chapitre 9   Démocratie<br />
 Chapitre 10   Éducation<br />
 Chapitre 11   La moralité dans le vécu de tous les jours<br />
 Conclusion   Pour un monde meilleur et plus moral<br />
 Annexe   Trois séries de commandements</p>
<p>L&#8217;ouvrage est accompagné d&#8217;une bibliographie et d&#8217;un index.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<hr />
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><img class="alignleft size-medium wp-image-1258" title="rodriguetremblayn-b300" src="http://assohum.org/wp-content/uploads/2009/06/rodriguetremblayn-b300-287x300.jpg" alt="rodriguetremblayn-b300" width="287" height="300" /></p>
<p><strong>Auteur</strong> : Rodrigue Tremblay</p>
<p>Économiste, homme politique et humaniste, Rodrigue Tremblay est professeur émérite de l’université de Montréal où il enseigne l’économie depuis 1967. Au cours d’une carrière très active, il a notamment été ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement du Québec, président de la North American Economics and Finance Association, aviseur à la Banque du Canada et président de la Société canadienne d’économique. Spécialiste de macroéconomique, de finances publiques et de finances internationales, il est l’auteur prolifique de nombreux ouvrages d’économie et de politique.</p>
<p align="right"><a href="http://assohum.org/en-vente/livres/le-code-pour-une-ethique-globale/">Pour acheter à notre boutique en-ligne<br />
 </a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Les éléments de la pensée</title>
		<link>http://assohum.org/2008/12/les-elements-de-la-pensee/</link>
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		<pubDate>Sun, 07 Dec 2008 02:28:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>

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		<description><![CDATA[Commencer à réfléchir sur votre propre façon de raisonner
Le raisonnement est un processus par lequel vous tirez des conclusions basées sur des considérations. En apparence, le raisonnement peut sembler simple, tout comme s’il n’avait pas d’éléments de structure. Toutefois, en observant de plus près, le raisonnement implique l’habileté à vous engager dans un ensemble de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Commencer à réfléchir sur votre propre façon de raisonner</h3>
<p>Le raisonnement est un processus par lequel vous tirez des conclusions basées sur des considérations. En apparence, le raisonnement peut sembler simple, tout comme s’il n’avait pas d’éléments de structure. Toutefois, en observant de plus près, le raisonnement implique l’habileté à vous engager dans un ensemble de processus intellectuels interreliés.</p>
<p>Il est utile de vous entraîner à rendre consciente la pensée de votre inconscient. Vous pouvez ainsi mieux comprendre ce qui se passe sous la surface de vos pensées.</p>
<h3>Les éléments de la pensée : un premier aperçu</h3>
<p>Il est possible de reprendre chacun des éléments de la pensée dans une seule et même phrase complexe.</p>
<blockquote><p><em>Chaque fois que vous raisonnez, vous le faites pour une raison, des questions sont soulevées sur la matière en discussion, des informations sont recherchées (données, faits, observations, expériences), des interprétations et inférences sont faites pour identifier des solutions et tirer des conclusions qui sont basées sur une série de concepts (théories, définitions, postulats, principes, modèles), à partir desquels des hypothèses sont formulées et des implications et conséquences sont considérées, et ce, en vue d’énoncer votre point de vue.</em></p>
</blockquote>
<p><strong>raisonnement</strong>, nous nous attendons à ce que vous donniez un sens à quelque chose en le rattachant à une signification représentative dans votre esprit. En pratique, toutes formes de pensée exigent que nous donnions un sens à toutes les activités de pensée que nous entreprenons. Lorsque nous entendons un coup de griffes à la porte, nous nous disons « C’est le chien ». Lorsque nous apercevons des nuages gris dans le ciel, nous pensons « Il va pleuvoir ». Certaines de ces activités se produisent au niveau de notre inconscient. Par exemple, toutes les images et tous les sons que j’ai de moi-même ont une signification explicite pour moi sans que j’aie à les considérer plus en profondeur. Presque tout notre raisonnement s’accomplit simplement. Cependant, notre raisonnement devient plus explicite lorsque nous sommes mis au défi de le défendre (« Pourquoi dis-tu que Jacques est déplaisant? Je le trouvais plutôt amusant »?) Tout au cours de notre vie, nous commençons avec un but ou une intention et nous cherchons des moyens pour les atteindre. Le raisonnement, à travers nos idées et nos représentations, nous permet d’arriver à prendre ces décisions</p>
<p>Ce raisonnement a une raison d’être, nous comprenons que lorsque nous, les humains, pensons au monde ici-bas, nous le faisons en lien avec nos buts, nos désirs, nos besoins et nos valeurs plutôt que par pur hasard. Notre pensée fait partie intégrale d’un modèle qui détermine notre façon de nous comporter sur terre et, même lors de situations peu complexes, nous agissons de manière à atteindre une finalité. Pour comprendre la pensée des autres – incluant notre propre pensée – nous devons comprendre les fonctions auxquelles elle répond, ce qu’elle représente, la direction qu’elle prend, les finalités auxquelles elle se rattache. Ce que nous recherchons le plus souvent dans notre pensée n’est pas évident pour nous. Amener à la conscience les buts et désirs humains est une tâche essentielle en pensée critique.</p>
<p><strong>En raisonnement pour émettre un point de vue</strong>, nous entendons que notre pensée comprend différents angles et courants. Notre pensée détermine un point de vue en évaluant différents angles. Nous pouvons changer notre point de vue ou l’angle vers lequel converge notre pensée. Nous pouvons souvent nommer l’angle à partir duquel nous pensons. Par exemple, nous pourrions évaluer une question à partir d’une perspective politique, scientifique, poétique ou philosophique. Nous pouvons observer cette même question de façon libérale ou conservatrice, relieuse ou laïque. Nous pouvons aussi l’examiner d’une perspective culturelle ou financière ou les deux. Lorsque nous comprenons comment les gens abordent une question ou un sujet (la compréhension qu’ils ont selon les divers angles), nous sommes davantage en mesure de comprendre l’ensemble de leur pensée.En utilisant les concepts dans le raisonnement, nous pensons aux catégories générales aux idées dans lesquelles s’insèrent notre interprétation, notre classification ou notre regroupement d’information utilisés pour former notre pensée. Par exemple, dans ce cours, les concepts « pensée critique » et « pensée non critique » sont importants. Tout ce qui est écrit sur le sujet peut être classé dans un effort pour expliquer l’un ou l’autre de ces deux idées importantes. Chacune de ces idées est expliquée en recourant à d’autres idées. Alors, le concept de la « pensée critique » est expliqué par l’intermédiaire d’un autre concept comme celui des « normes intellectuelles de la pensée ». Tous les sujets que nous retrouvons dans les diverses disciplines (chimie, géologie, littérature, mathématiques) développent leur propre ensemble de concepts ou vocabulaire technique pour faciliter la pensée. Tous les sports exigent un vocabulaire de concepts qui donne un sens à tous ceux qui veulent comprendre ou de maîtriser le jeu. Essayez d’expliquer comment jouer au baseball à quelqu’un en évitant d’utiliser cette terminologie : retrait, coup sûr, balle, frappeur, coup de circuit, batte, marbre, gant, lanceur, manche, receveur, champ gauche ou droit. Pour jouer, nous devons pouvoir interpréter tout ce que nous faisons en recourant à des concepts tels que ceux-ci. Les règles du jeu n’auraient aucun sens sans ces concepts. La partie serait incompréhensible.</p>
<p><strong>En raisonnant à travers une série de questions, sur des sujets ou des problèmes, nous comprenons que lorsque nous pensons au monde terrestre en lien avec nos buts, nos désirs, nos besoins et nos valeurs, nous faisons souvent face à des questions répondre, des problèmes à résoudre, des sujets à élucider. </strong>Par conséquent, lorsque nous nous retrouvons devant une difficulté, il est alors raisonnable de dire « Quelle est la question qui nécessite une réponse? » ou « Quel est le problème à résoudre? », ou « Quel est le sujet que nous devons élucider? ». Pour améliorer notre habileté à penser efficacement, il est important d’apprendre comment poser les questions, résoudre le problème ou élucider le sujet auxquels nous sommes confrontés, et ce, de façon claire et distincte. Si nous changeons la question, nous modifions le critère à appliquer pour la trancher. Si nous remplaçons le problème, nous devons modifier la façon pour le résoudre. Si nous changeons le sujet en cours, nous devrons tenir compte des nouvelles considérations pour l’élucider de façon pertinente.</p>
<p><strong>En utilisant l’information dans notre raisonnement</strong>, nous entendons l’utilisation de faits, de données ou d’expérience pour appuyer nos conclusions. Chaque fois que quelqu’un effectue un raisonnement, il est raisonnable de demander « Sur quels faits ou informations bases-tu ton raisonnement? » La base factuelle pour raisonner peut être importante. Par exemple, dans une rubrique publiée dans un journal, les informations suivantes ont été utilisées pour appuyer l’argument contre la peine de mort.</p>
<ul>
<li>« Puisque la peine de mort a été réintégrée par la Cour suprême des États-Unis en 1976, pour chaque sept prisonniers exécutés, un prisonnier en attente de son exécution a été acquitté après avoir été déclaré innocent; par conséquent, il a été libéré. » </li>
<li>« Au moins 381 convictions pour homicides ont été renversées depuis 1963 parce que les procureurs ont dissimulé des preuves pouvant innocenter les détenus ou encore, ils ont présenté des preuves falsifiées. »</li>
<li>« Une étude effectuée par le Bureau général de comptabilité des États-Unis (U.S. General Accounting Office) a retrouvé des préjugés raciaux dans les jugements condamnant à la peine de mort… : les meurtriers de blancs risquaient davantage la peine de mort que les meurtriers de noirs. »</li>
<li>« Depuis 1984, 34 individus souffrant de retards mentaux ont été exécutés (New York Times, 22 novembre 1999). </li>
</ul>
<p>Vous pouvez constater à quel point des informations telles que présentées ci-dessus peuvent donner du poids au raisonnement. En contrepartie, on voudrait évidemment avancer sa propre information pour tenter de la défier ou aller à l’encontre de cette information. Vérifiez vos faits! Vérifiez vos données! Ce sont deux importants postulats de la pensée critique.</p>
<p><strong>En dégageant des conclusions, nous voulons dire qu’il faut se baser sur un sujet ou une question que nous croyons bien connaître afin de l’admettre en vertu de sa liaison avec d’autres certitudes déjà admises. </strong>Agir ainsi nous permet d’effectuer des inférences. Par exemple, si vous marchez vers moi sans me saluer, je pourrais en conclure (inférer) que vous êtes fâché contre moi. Si la bouilloire sur la cuisinière commence à siffler, je conclurais (inférerais) que l’eau s’y trouvant a commencé à bouillir. Dans toutes les situations de la vie courante, nous faisons continuellement des inférences (tirons des conclusions) à propos des gens, des choses, des lieux et des événements de notre vie.</p>
<p><strong>Quant au raisonnement basé sur les suppositions, nous voulons dire tout ce que nous prenons pour acquis en vue de trouver une solution à autre chose</strong>. Ainsi, si vous inférez que puisqu’un candidat est libéral, il saura soutenir un budget équilibré, vous supposez que tous les libéraux soutiennent un budget équilibré. Si vous inférez que les chefs d’état étrangers dont il est question dans l’actualité et présentés dans les médias sont soit les « alliés » soit les « ennemis » du Canada et qu’ils sont en fait « alliés » ou « ennemis », votre supposerez que les médias sont toujours exacts dans la transmission de l’information sur la renommée de ces chefs d’état internationaux. Si vous inférez que lorsque quelqu’un vous invite chez lui, en fin de soirée, après une fête, pour poursuivre la conversation en progression, mais qu’il est davantage intéressé par le romantisme ou la sexualité, vous supposez alors que son seul intérêt pour vous est l’aspect romantique ou sexuel. Tout raisonnement contient des bases de suppositions que nous faisons, mais que nous évitons d’exprimer ouvertement. En ce qui a trait aux implications du raisonnement, il s’agit de celles qui suivent notre pensée. En d’autres mots, il s’agit des implications vers lesquelles nous mène notre pensée. Si vous dites à quelqu’un que vous l’aimez, vous donnez à entendre que vous êtes concerné par son bien-être. Si vous faites une promesse, vous donnez à entendre que vous avez l’intention de tenir cette promesse. Si vous qualifiez un pays de « démocratique », vous donnez à entendre que le pouvoir politique est dans les mains du peuple en général (plutôt que dans les mains d’une minorité puissante). Si vous vous dites« féministe », vous donnez à entendre que vous êtes en faveur pour l’égalité des sexes dans les domaines politique, social et économique. Souvent, nous vérifions la crédibilité des gens en observant s’ils tiennent leur parole. « Dites ce que vous voulez dire et respectez votre parole » (say what you mean and mean what you say) est un principe solide en pensée critique (tout comme c’est un principe solide pour l’intégrité personnelle).</p>
<h3><strong>Exemple : Jacques et Ginette</strong></h3>
<p>Regardons d’abord l’exemple et ensuite analysons-le. Il s’agit d’une situation qui peut se produire entre deux amoureux qui arrivent à des conclusions différentes à propos d’une situation qu’ils ont les deux vécue. Supposons que Jacques et Ginette, qui vivent une relation intime, se rendent à une fête au cours de laquelle Jacques passe la plupart de son temps à parler à Joanne. En revenant chez eux, Jacques remarque que Ginette semble bouleversée. Il lui demande alors « Qu’est-ce qui ne va pas? »<br />
 Après un moment d’hésitation, Ginette répond « Je n’ai pas du tout apprécié que tu passes toute ta soirée à flirter avec Joanne! ».</p>
<p>Jacques : Flirter … flirter. Je ne flirtais pas! Ginette : Comment nommerais-tu ce comportement alors?<br />
 Jacques : J’étais amical. Je ne faisais qu’être amical.<br />
 Ginette : Quand un homme passe toute sa soirée en compagnie d’une femme, s’assoit près d’elle, la regarde de façon romantique, la touche en passant, j’appelle ça flirter.<br />
 Jacques : Et quand une femme passe toute sa soirée à regarder ce que son copain fait, qui recueille les faits comme si elle se préparait passer en cour, un copain qui lui a toujours été fidèle, elle s’engage dans ce que j’appelle paranoïaque.<br />
 Ginette : Paranoïaque? Comment oses-tu m’appeler comme ça!<br />
 Jacques : Comment veux-tu que je décrive autrement ton comportement? Tu es évidemment méfiante et peu sûre de toi. Tu m’accuses sans raison justifiée de le faire.<br />
 Ginette : N’agis pas comme si c’était la première fois que tu le faisais. J’ai entendu de tes amis que tu étais vraiment un homme à femmes avant que nous formions un couple.<br />
 Jacques : Et j’ai entendu de tes amis que tu étais possessive et jalouse. Je crois que tu dois travailler sur tes propres problèmes avant de me lancer des pierres. Tu as peut-être besoin de suivre une thérapie.<br />
 Ginette : Tu es vraiment le modèle typique des hommes! Tu crois devoir te mesurer au nombre de tes conquêtes féminines. Tu es tellement centré à compter les bons coups pour apaiser ton ego masculin que tu ne peux même plus voir ou admettre ce que tu fais. Si tu ne te crois pas capable de modifier ton comportement, je devrai interroger la raison d’être de notre couple.<br />
 Jacques : Je suis d’accord. Moi aussi je m’interroge sur notre couple, mais je le questionne sur la base de ta paranoïa. Je crois mériter des excuses.</p>
<h3>Analyse de l&#8217;exemple – Jacques et Ginette</h3>
<p>Analysons maintenant cet échange entre Jacques et Ginette en utilisant les éléments de la pensée.</p>
<h4>Raison d&#8217;être de la pensée</h4>
<p>Il est à croire que Jacques et Ginette cherchent tous deux une relation intime qui réussit. C’est leur intention ou objectif commun.</p>
<h4>Question soulevée</h4>
<p>Ils voient un problème qui leur fait obstacle, un problème qu’ils conceptualisent différemment. Pour Jacques, le problème se définit comme étant « Quand est-ce que Ginette fera face à sa paranoïa? » Pour Ginette, le problème se définit comme étant « Quand est-ce que Jacques prendra ses responsabilités face à son comportement de flirteur? »</p>
<h4>Interprétations et inférences</h4>
<p>Les inférences (conclusions) de Jacques et Ginette en ce qui a trait à la situation dérivent des mêmes comportements dans les mêmes circonstances, mais ils voient clairement les comportements différemment. Pour Jacques, son comportement doit être vu et compris comment étant simplement « amical ». Pour Ginette, le comportement de Jacques est vu et compris comme étant un « flirt »</p>
<h4>Informations</h4>
<p>Les faits bruts de la situation incluent tout ce que Jacques a dit et fait lors de la fête. D’autres faits pertinents incluent le comportement de Jacques face aux autres femmes dans le passé. D’autres faits supplémentaires impliquent le comportement de Ginette face à ses copains précédents et tous les autres faits qui consistent à savoir si elle agit par manque de confiance ou à cause d’une paranoïa.</p>
<h4>Suppositions</h4>
<p>Jacques suppose qu’il ne se fait pas d’illusion quant aux raisons qui le poussent à agir comme il le fait avec Joanne et les autres femmes. Jacques suppose aussi qu’il a la compétence pour identifier un comportement paranoïaque chez d’autres personnes. De plus, il prétend qu’une femme ne réagirait pas comme l’a fait Ginette sans être parano. Ginette suppose que le comportement de Jacques n’est pas compatible avec celui de la simple amitié. Tous deux supposent que ce qu’ils ont entendu des amis de l’autre est juste. Ils voient unilatéralement chacun leur comportement justifié dans cette  situation.</p>
<h4>Concepts</h4>
<p>On retrouve quatre concepts clés dans ce raisonnement : le flirt, l’amitié, la paranoïa et l’ego masculin.</p>
<h4>Implications</h4>
<p>Jacques et Ginette croient vraiment qu’ils ont chacun raison de par leur raisonnement et que l’autre est entièrement à blâmer pour les différences qui existent entre eux quant au comportement de Jacques à la fête. Tous deux prétendent que leur couple est sans espoir.</p>
<h4>Point de vue</h4>
<p>Il est possible que Jacques et Ginette voient l’autre à travers son propre regard biaisé selon qu’il est un homme et qu’elle est une femme. Ils se voient tous deux comme la victime de l’autre. Ils se considèrent, chacun de leur côté, irréprochables et sans tâche. Sachant ce que l’on sait du conflit qui les concerne, il n’est pas possible d’évaluer qui a raison et qui a tort et jusque dans quelle mesure ils ont raison ou tort. Pour décider de l’interprétation de la situation qui est la plus plausible, nous aurions besoin de plus de faits. Il y aurait un certain nombre de comportements subtils, mais observables (si nous avions pu les vérifier en regardant Jacques en présence de Joanne), qui pourraient nous aider à conclure que Ginette a raison puisque le comportement de Jacques en était un de flirt. Si nous avions entendu la conversation personnellement, nous pourrions avancer que la réaction de Ginette était injustifiée.Si vous comprenez les éléments de la pensée, vous pouvez poser les questions mportantes impliquées dans chacun de ces éléments.</p>
<h4>Les éléments de la pensée dans une relation de couple</h4>
<p>La façon de procéder pour apprendre les éléments de la pensée est d’exprimer ces idées dans un grand nombre de contextes différents jusqu’à ce que la relation non linéaire commence à devenir intuitive pour vous. Par exemple, vous pourriez faire l’analogie de visualiser les parties qui forment les éléments de la pensée comme si elles étaient des parties essentielles du corps humain. Elles sont toutes présentes, qu’elles soient en santé ou non. Comme les parties du corps, les parties des éléments de la pensée fonctionnent de manière interdépendante. Une façon d’exprimer ces interrelations est de reconnaître que· notre raison d’être détermine la façon que l’on pose des questions; la manière dont nous posons les questions détermine l’information que nous recueillons;</p>
<ul>
<li>l’information que nous recueillons détermine la façon dont nous l’interprétons;</li>
<li>notre façon d’interpréter l’information détermine notre façon de la conceptualiser;</li>
<li>notre façon de conceptualiser l’information détermine les suppositions que nous faisons;</li>
<li>les suppositions que nous faisons déterminent les implications qui découlent de notre<br />
 raisonnement;</li>
<li>les implications qui découlent de notre raisonnement déterminent notre façon de voir les choses, notre point de vue.</li>
</ul>
<h3>Penser par vous-même</h3>
<p>Choisissez une conclusion importante que vous avez raisonné – par exemple, votre décision à vous inscrire au Collège. Identifiez les circonstances qui vous ont amené prendre la décision et des inférences que vous avez faites qui ont contribué au processus de décision (coûts impliqués et les avantages). Énoncez les implications probables de votre décision, les conséquences qu’elles ont eu dans votre vie, l’information que vous avez prise en considération en décidant de vous inscrire au Collège, la façon dont vous avez représenté la question pour vous-même, la façon dont vous avez visualisé votre vie et votre avenir (en raisonnant pour répondre à la question). Tentez de saisir l’interrelation de chaque élément de votre pensée. Ne soyez pas surpris si vous constatez que cette tâche est difficile.</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Le crédo d&#8217;un athée</title>
		<link>http://assohum.org/2008/12/le-credo-dun-athee/</link>
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		<pubDate>Sat, 06 Dec 2008 21:56:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
				<category><![CDATA[Réflexions]]></category>
		<category><![CDATA[athéisme]]></category>
		<category><![CDATA[humanisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Je crois qu´il est souhaitable et possible de connaître les lois simples qui gouvernent l´ensemble de l´univers et président à son évolution inexorable; que ces lois sont éternelles comme l´univers, objectives, extérieures à nous, invariables, universelles, et vérifiables.
Je crois qu´elles sont progressivement connues des humains, que ces lois ne sont pas de pures créations de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je crois qu´il est souhaitable et possible de connaître les lois simples qui gouvernent l´ensemble de l´univers et président à son évolution inexorable; que ces lois sont éternelles comme l´univers, objectives, extérieures à nous, invariables, universelles, et vérifiables.</p>
<p>Je crois qu´elles sont progressivement connues des humains, que ces lois ne sont pas de pures créations de leur cerveau, et qu´elles ne sont pas la propriété de l´un ou de l´autre sexe, ou de quelques cultures particulières.</p>
<p>Je crois que tous les humains peuvent y avoir accès et que, si d´aventure il y a d´autres roseaux pensants dans l´univers, ils découvriront les mêmes lois de la nature que nous et expliqueront de la même manière la naissance et la mort des étoiles, l´explosion des supernovas, la formation des trous que l´on dit noirs, et la structure des protons, des atomes ou de l´ADN.</p>
<p>Je crois que notre destin est de ce monde, où nous pourrions être seuls, et où nous avons fait irruption par la plus grande des chances et le plus incroyable des hasards.</p>
<p>Je crois comme Aristote que ce qui est engendré par hasard n´est pas engendré en vue d´un but; et je crois comme Stephen Jay Gould que les humains sur cette planète sont de simples possibles et non pas le but recherché et nécessaire de l´univers, semblables en cela aux abeilles, aux dinosaures, aux roses et aux nénuphars, aussi bien, hélas, qu´aux rats, à la mouche tsé-tsé, à la peste, à la variole et aux plantes vénéneuses.</p>
<p>Je crois comme Parménide que l´univers est incréé et éternel, je crois comme Martin Rees qu´un multivers est possible, et je crois comme Bertrand Russell qu´il est sans compagnon divin inutile.</p>
<p>Je crois comme Pascal, Lao-Tseu et le Bouddha qu´il y a un infini et que nous en ignorons la cause et la nature; et je crois comme la Bible qu´il ne faut pas invoquer le nom de dieu en vain. Je veux dire, ici, qu´il est, en effet, vain et inutile de se référer à un dieu pour expliquer le monde.</p>
<p>Je crois que la planète Terre et la vie qu´elle supporte sont pour nous ce qu´il y a de plus précieux dans l´Univers, que notre lot, notre devoir, notre souci, ou même notre mission, est de prêter vie, notre vie, si l´on peut, à cet univers pour le temps qu´il durera dans le multivers; que c´est là la plus sacrée de nos tâches de Terriens, notre joie, notre passion et notre dramatique aventure.</p>
<p>Je crois que rien de nous ne subsistera après notre mort que les descendants et les souvenirs que nous laisserons après nous, et que les atomes dont nous étions faits et qui seront recyclés dans l´Univers; je crois que nous serons éternellement anéantis, et qu´il faut accepter notre destin sans se plaindre. Pas de vaine et consolatrice espérance.</p>
<p>Je crois que nous devons nous reconnaître pour ce que nous sommes, des êtres finis et mortels qui participons tous de l´infirmité commune : rien ne pourra jamais totalement nous satisfaire, et nous serons toujours irrémédiablement ignorants du secret ultime des choses. Nobliau ou grand seigneur de l´Univers, notre destin est fait de joies et de peines terrestres passagères, et de connaissances limitées. Évitons les peines, si l´on peut, et combattons notre ignorance. Sachons nous contenter de notre condition; sortis de l´Univers, connaissons l´Univers. Là est notre tâche et notre destin, là est la sagesse humaine, là, le bonheur des Terriens.</p>
<p>Je crois que nous ne savons pas pourquoi il en est ainsi. Mais je crois qu´il en est ainsi.</p>
<p>Voilà mon credo.</p>
<p>Je ne crois pas en un Dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre; on sait assez comment la Terre a été formée et les cieux étoilés ont été allumés au-dessus de nos têtes. Et nous n´avons pas besoin de “cette hypothèse” pour expliquer le Big Bang.</p>
<p>Je ne crois pas à la fable du dénommé Jésus-Christ, Fils unique de ce que l´on appelle le Père Éternel, qu´il ait été conçu du Saint-Esprit, et soit né d´une vierge de Palestine il y a 2000 ans pour le salut du genre humain.</p>
<p>Je peux admettre qu´un Galiléen ait souffert sous Ponce-Pilate, ou sous un autre, qu´il ait été crucifié, qu´il soit mort et ait été enseveli; ce sont là des choses que l´on peut vérifier, qui peuvent donc être vraies ou fausses, et qui arrivent lorsque l´on n´est pas raisonnable et que l´on se prend pour le fils de Dieu et le Roi des Juifs.</p>
<p>Il est absurde de dire que ce crucifié soit descendu aux enfers, qu´il soit ressuscité, et qu´il ait monté au ciel.</p>
<p>Il est prétentieux et absurde d´affirmer qu´un faux prophète de Palestine soit assis à la droite d´un être éternel, et qu´il viendra juger les vivants et les morts.</p>
<p>Il est inutile et également absurde de croire à un saint-esprit, troisième personne d´un dieu trine.</p>
<p>Je n´estime guère l´Église catholique qui se qualifie elle-même de sainte, et je lis son histoire avec tristesse, horreur, colère et indignation.</p>
<p>J´admire sans réserve les croyants en une divinité qui vouent leur vie au soulagement des maux qui affligent les Terriens, mais je trouve inutile de faire accompagner ce dévouement admirable de dogmes absurdes; j´ai en sainte horreur les fables, les censures, les mensonges, les fabrications de faux, les inquisitions et les excommunications; et je n´ai que faire d´un dieu qui nous menace des feux de l´enfer tout en disant nous aimer.</p>
<p>Je ris franchement de la communion des saints et de la résurrection de la chair, comme je ris de la transmigration des âmes, mais je crois de tout mon être en la solidarité nécessaire de tous les humains sur terre.</p>
<p>Je trouve inadmissible d´affirmer sans preuve qu´il y a une vie éternelle.</p>
<p>Quant à la rémission des péchés, nous avons les tribunaux pour les crimes contre l´hu- manité, les vols, les viols et les évasions fiscales; nous invitons les humains à se corriger de leurs défauts et à se repentir de leurs fautes, et nous faisons ce que nous pouvons pour faire progresser l´humanité et lui enlever de l´esprit de fausses et d´inutiles croyances.</p>
<p>Abandonnons ces mysticismes inquiétants qui troublent les coeurs et qui égarent les esprits, ces dogmes et ces dévotions inutiles qui distraient les humains de la vérité la plus haute: l´Univers est comme un temple et la vie est sacrée; il n´y a pas d´autre dieu à chercher; seul est véritablement religieux, qui sert, qui respecte et qui sauve les vivants.</p>
<p>Je ne vois pas ce que l´affirmation gratuite d´un dieu muet, caché, silencieux et distinct du monde, donc à toutes fins utiles inexistant, vient ajouter de lumières à ce monde ténébrescent qu´il nous faut, ombres noctiluques, illuminer de nos connaissances, de nos rêves, de nos chants, de nos désirs, de nos amours et de nos créations.</p>
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		<title>Affirmations humanistes</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Nov 2008 03:08:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
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		<category><![CDATA[humanisme]]></category>
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		<description><![CDATA[
Nous nous engageons à privilégier le recours à la raison et à la science pour comprendre l’univers et pour résoudre les problèmes qui confrontent les humains.
Nous déplorons les efforts ayant pour objectif de dénigrer l’intelligence humaine, d’expliquer le monde en termes surnaturels, et de  chercher le salut en dehors de la nature.
Nous croyons que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<ul>
<li>Nous nous engageons à privilégier le recours à la raison et à la science pour comprendre l’univers et pour résoudre les problèmes qui confrontent les humains.</li>
<li>Nous déplorons les efforts ayant pour objectif de dénigrer l’intelligence humaine, d’expliquer le monde en termes surnaturels, et de  chercher le salut en dehors de la nature.</li>
<li>Nous croyons que les découvertes scientifiques et la technologie peuvent contribuer à améliorer le sort des humains.</li>
<li>Nous croyons en une société ouverte et plurielle et que la démocratie est la meilleure garantie de protection des droits humains contre les élites autoritaires et les majorités répressives.</li>
<li>Nous sommes engagés à défendre le principe de la séparation de l’Église et de l’État.</li>
<li>Nous cultivons les arts de la négociation et du compromis comme moyens pour résoudre les différences et atteindre une entente commune.</li>
<li>Nous voulons que la société soit  juste et équitable et que la discrimination et l’intolérance y soient éliminées.</li>
<li>Nous croyons que nous devons porter secours aux désavantagés et aux handicapés de sorte qu’il soient à même de s’aider eux-mêmes.</li>
<li>Nous faisons l’effort de dépasser l’esprit de clocher et les tendances tribales fondées sur la race, la religion, le sexe, la nationalité, la foi, la classe sociale, l’orientation sexuelle, et l’ethnie et nous cherchons à travailler ensemble pour le bien commun de l’humanité.</li>
<li>Nous voulons protéger et améliorer la Terre, la préserver pour les générations futures, et éviter d’infliger des souffrances inutiles aux autres espèces.</li>
<li>Nous croyons que nous devons jouir de la vie sur  la Terre et dans le présent (ici et maintenant) et que nous devons développer nos talents créatifs à leurs plus haut point.</li>
<li>Nous croyons que nous devons cultiver l’excellence morale.</li>
<li>Nous respectons le droit à la vie privée. Tout adulte doit pouvoir réaliser ses aspirations,  exprimer ses préférences sexuelles, exercer son droit de reproduction, avoir accès à des soins de santé complets et bien documentés, et enfin, avoir le droit de mourir avec dignité.</li>
<li>Nous croyons dans les convenances morales communes : l’altruisme, l’intégrité, l’honnêteté, la sincérité, la responsabilité. L’éthique humaniste est sujette à l’examen critique et raisonnable.  Il y a des standards normatifs que nous découvrons ensemble. Les principes moraux sont soumis à l’épreuve de leurs conséquences.</li>
<li>Nous sommes profondément concernés par l’éducation morale de nos enfants. Nous voulons nourrir la raison et la compassion.</li>
<li>Nous sommes engagés à promouvoir les arts autant que les sciences.</li>
<li>Nous sommes des citoyens de l’univers et excités à l’idée des découvertes à venir dans le cosmos.</li>
<li>Nous sommes sceptiques vis à vis les prétentions de connaissances non vérifiées et ouvert à de nouvelles idées et nous cherchons des nouvelles pistes et des nouveaux départs dans la pensée.</li>
<li>Nous affirmons que l’humanisme est une alternative aux théologies du désespoir et aux idéologies de la violence et est une source  riche de sens personnel et de satisfaction authentique au service des autres.</li>
<li>Nous croyons dans l’optimisme plutôt qu’au pessimisme, à l’espoir plutôt qu’au désespoir, à la connaissance plutôt qu’au dogme, à la joie plutôt qu’à la culpabilité et au péché, à la tolérance à la place de la peur, à l’amour plutôt qu’à la haine, à la compassion plutôt qu’à l’égoïsme, à la beauté plutôt qu’à la laideur, et à la raison plutôt qu’à la foi aveugle et irrationnelle.</li>
<li>Nous croyons dans la réalisation de tout ce qu’il y a de bien et de plus noble dans l’être humain.</li>
</ul>
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		<title>L&#8217;humanisme moderne &#8211; Pat Duffy Hutcheon</title>
		<link>http://assohum.org/2008/11/lhumanisme-moderne-selon-pat-duffy-hutcheon/</link>
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		<pubDate>Fri, 07 Nov 2008 03:04:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Autres</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de fond]]></category>
		<category><![CDATA[éthique]]></category>
		<category><![CDATA[évolution culturelle]]></category>
		<category><![CDATA[méthode scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[naturalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[L’humanisme moderne – Une définition
Pat Duffy Hutcheon, Humanist in Canada (Printemps 1995), p.30-33.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Où en sommes-nous ?</h3>
<p>Il y a une question qui pèse sur la condition présente et le potentiel futur de notre mouvement et qui continue de m’intriguer et de m’affliger. Dans une culture mondiale marquée par une perte générale de la foi religieuse traditionnelle, comment se fait-il que l’humanisme officiel gagne si peu de convertis ? Il semble tristement exact que la plupart des gens en Amérique du Nord qui tendent à se présenter comme « libre penseur » ou « non-croyant » ne se sentent pas poussés à se joindre à une organisation humaniste. Et, même lorsque des groupes parapluie ont été formés, la désunion organisationnelle et la confusion au sujet de nos racines philosophiques, historiques, et nos objectifs actuels sont trop souvent à l’ordre du jour. C’est un problème qui cause des soucis. Cependant, en y repensant, peut-être ne devrais-je pas être surprise par notre manque d’intégration. Un coup d’œil en arrière sur notre longue histoire révèle bien des variations à l’intérieur de la pensée humaniste et même des désaccords sur les prémisses fondamentales. Ce problème m’a forcé à conclure qu’il est grand temps d’identifier, en termes clairs et positifs, les frontières conceptuelles de cette vision ambiguë du monde à laquelle nous nous référons. J’aimerais contribuer à une ré-évaluation et une mise à jour de l’humanisme en tant que philosophie de la vie, et j’invite tout un chacun à faire la même chose.</p>
<h3>La genèse de l’humanisme</h3>
<p>Nous devons comprendre que l’humanisme moderne est le produit d’au moins vingt six siècles d’évolution culturelle: c’est à dire du développement cumulatif et de l’adaptation d’un courant de pensée particulier. Il a trouvé ses racines dans les idées de personnes comme Bouddha et Confucius en Asie, et dans les théories d’un groupe de penseurs Ioniens, appelés l’École des atomistes de Milet, et qui vécurent 500 avant JC. Ces germes ont été nourris par des philosophes grecs plus récents, les plus remarquables d’entre eux pourraient fort bien avoir été Protagoras, Démocrite et Épicure. Ces graines furent préservées pendant les siècles sombres et hostiles par des Grecs hellénistiques qui déménagèrent à Rome, par des poètes romains tels que Lucrèce et Lucain, et éventuellement, par les descendants d’Asie centrale hellénisés présents dans les empires byzantin et musulman à leurs débuts. Enfin les graines de l’humanisme ont été répandues par les Maures à Cordoba, en Espagne, et de là, par des juifs itinérants vers les monastères chrétiens éloignés où des moines ont travaillé à conserver et transmettre un message dont ils ne comprirent que bien vaguement la signification. Un qui avait probablement compris, et qui a donné un nouveau souffle à l’idée d’humanisme, fut Érasme; mais il n’osa pas en prononcer le nom. Il laissa aux pionniers de la pensée des Lumières, tels que Montaigne, Hobbes, Hume et Voltaire, le soin de définir, en termes modernes, la nature de l’intuition qui propulsait la perspective humaniste. Finalement, Charles Darwin lui a fourni son ultime base philosophique, bien que les implications de cette percée pour la culture et la conduite humaine restent bien peu comprises.</p>
<h3>La prémisse primordiale : le naturalisme</h3>
<p>Quelle était donc cette grande idée et quelle était la source de son énergie à survivre ? Ce n’était rien de moins que la prémisse définissant l’existant, et la place de l’humanité à l’intérieur de cette existence. Elle concerne une communauté et une continuité parmi toutes les formes inorganiques et organiques. Elle affirme que les humains sont une partie intégrale de la matière de l’univers, pas moins naturelle que tout autre partie. Cela implique qu’aucun composant spirituel mystérieux n’a été injecté à aucun moment durant le processus de notre émergence, et que nous n’avons aucun accès mystérieux a une conscience au delà de celle créée par l’accumulation de notre commune expérience de la nature. Et cela implique que les actions et relations humaines sont sujettes aux lois de causes et effets comme celles de n’importe qu’elle autre entité. Ce fut donc la prémisse philosophique du naturalisme.</p>
<p>Cette prémisse a été appelée par différents noms à différentes étapes de l’histoire : « monisme » pour la distinguer des diverses versions des dualismes établis « corps/esprit » et « ciel/enfer » ; « matérialisme » pour la distinguer de la croyance en un Esprit ou une Conscience transcendantale ; ou &#8220;naturalisme&#8221; en opposition à &#8220;surnaturalisme&#8221;. Dans tous les cas le concept de base a été le même, et il a toujours défié la sagesse conventionnelle de l’époque.</p>
<h3>La seconde prémisse : le caractère distinct de l’humanité</h3>
<p>La prémisse du naturalisme, bien qu’absolument nécessaire à la pensée humaniste, est, néanmoins, insuffisante en elle-même. Sa reconnaissance cruciale de l’enracinement dans la nature a permis aux pionniers de ce point de vue minoritaire de se focaliser sur une seconde prémisse. Cela a à voir avec le caractère distinctif de l’espèce humaine, jusqu’à présent le seul et unique animal ayant développé une conscience critique et une culture. C’est une source et une justification de l’emphase donné par l’humanisme à la signification de l’animal humain dans le schéma des choses – d’abord, dans son rôle de Connaisseur, et en second, comme Artiste et Évaluateur.</p>
<h3>L’outil de la connaissance : la science</h3>
<p>Les humanistes croient que nous les humains sommes à ce jour la seule espèce à avoir évolué la capacité de construire une connaissance fiable de notre environnement et de nous-même. Par conséquent nous n’avons plus besoin de nous appuyer sur des mythes de révélation d’en haut, ou des fictions sur de mystérieux messages intuitifs issus de forces inconnaissables et au delà de ce qui est accessible à l’expérience humaine. A la place, nous pouvons nous concentrer sur notre origine naturelle et sur l’utilisation d’instruments évolués pour observer et expliquer nos expériences et aussi pour valider ces explications : des instruments tels que la raison, le langage et les sens. C’est seulement par ces moyens que les humains ont construit des connaissances capables de prédire et, par conséquent, d’influencer le cours des évènements. Les autres prétendues sources de vérité nous ont invariablement conduit à de coûteuses erreurs, car, à la différence de la science, elles ne comprennent aucun mécanisme d’autocorrection. C’est pourquoi les humanistes modernes reconnaissent la science comme la meilleure méthode découverte à ce jour pour construire le savoir et valider sa fiabilité. Et c’est pourquoi nous insistons sur l’unité, l’universalité de l’approche scientifique comme moyen d’identifier les opérations de cause et d’effet – dans les conduites personnelles et dans les sociétés humaines aussi bien que dans les formes d’existence organiques et inorganiques. Nous comprenons que la science, au sens large et approprié, est simplement l’usage discipliné de la somme des capacités conceptuelles humaines: (1) dans l’observation et la comparaison des preuves de &#8220;ce qui est réellement arrivé&#8221; dans les situations historiques et expérimentales ; et (2) dans la construction d’hypothèse et les tentatives pour les tester et les falsifier selon une méthode préétablie, publique, de collecte de preuves et de leur communication. Cette première sorte de connaissances décrit les circonstances passées et présentes aussi précisément et objectivement que possible. La seconde sorte nous fournit les moyens d’exercer un certain contrôle sur le futur.Les propositions qui survivent ce processus scientifique d’investigation se sont montrées, au cours de l’histoire, être les fondations les plus fiables que nous, humains faillibles, étions en mesure de découvrir pour baser nos actions. Elles germent d’une approche de la connaissance qui a émergée de cette même capacité de manipuler les symboles qui mena à l’originalité de notre espèce. Ce fut une version primitive de ce même processus qui amena nos ancêtres à l’utilisation et au contrôle du feu, ainsi qu’à l’élevage et à l’agriculture. L’approche scientifique, donc, n’est pas simplement un affaire de goût pour les humanistes, devant être appliquée ou ignorer à discrétion. Elle est, au contraire, intégrale à l’humanisme, car elle découle nécessairement des prémisses qui nous gouvernent : le naturalisme et le caractère distinct des humains.</p>
<h3>Les dérives</h3>
<p>Il est vrai que, périodiquement, les fondations de notre mouvement ont été attaquées de l’intérieur par l’attrait temporaire du romantisme et du subjectivisme. Malgré cela il est toujours resté un noyau dur de porteurs du message de base : que c’est la méthode de l’investigation ouverte et auto-régulée qui définie et rend possible notre précieux héritage humaniste. Ces derniers étaient donc les gens qui réalisèrent que l’authenticité et la survie de la plante dépend de l’intégrité de ses racines. Ces attaques internes ont par le passé été menées par des humanistes auto-déclarés bien intentionnés, tels qu’Henri Bergson, Jean Paul Sartre, et même Erich Fromm : tous ont commencé comme des naturalistes philosophiques mais finirent par s’éloigner de l’approche de la science. La plupart furent séduit par l’appel des sirènes pour une entité autonome &#8220;intuitive&#8221; ou &#8220;vitale&#8221;. Ils avaient besoin de croire qu’un cœur spirituel de l’humanité, essentiellement mystérieux, s’y trouvait. Aujourd’hui la même mission subversive est entreprise par divers penseurs &#8220;postmodernes&#8221; et &#8220;nouvel âge&#8221;, qui se réclament de l’humanisme pour des raisons sociales-politiques, ou parce qu’il se trouve qu’ils partagent notre passion pour la justice. Cependant, leurs croyances sur la nature, les sources et les justifications du savoir sont très différentes de celles à la racine de l’humanisme, et cette différence est cruciale.</p>
<h3>La créativité</h3>
<p>Les humanistes identifient un second aspect du caractère distinctif des humains : notre capacité créative. Nous croyons que l’évolution a donné à l’espèce humaine une imagination qui nous permet d’envisager des possibilités inaccessibles immédiatement dans notre expérience passée ou courante. C’est cette reconnaissance qu’on trouve derrière notre désir de célébrer la valeur des productions artistiques et imaginatives telles que l’architecture, la musique, la littérature et les arts visuels. Nous chérissons ces magnifiques créations qui ont enrichi la culture mondiale au travers des siècles. Nous les chérissons non pas parce qu’ils furent inspirés par quelque &#8220;esprit&#8221; transcendant – mais en tant que remarquable produits de l’imagination humaine. S’ils méritent notre révérence, c’est à cause de leur origine humaine et de leurs inévitables limitations – et non en dépit de ces dernières.</p>
<h3>L’éthique</h3>
<p>L’humanisme se concentre particulièrement sur la signification d’un troisième aspect du caractère distinctif des humains – la capacité morale de l’humanité. Par cela, nous voulons dire notre propension à acquérir des valeurs, de créer des idéaux, et de faire des choix : des choix qui opèrent pour diriger et former le caractère individuel, et, finalement, pour fournir une direction à la culture même qui en fut l’origine. Bien que notre souci d’éthique et de moralité soit partagé par tous les systèmes théologiques et philosophiques, nous différons de tous les autres dans notre croyance quant à la source et la justification – et les critères – des valeurs, des principes moraux et des lois. Nous croyons que ces derniers sont enracinés dans la totalité de l’expérience de la race humaine, de temps immémoriaux. Nous ne reconnaissons aucune autre source. Notre justification pour la moralité est le test de l’expérience – sur la plus longue période possible et sur le plus vaste territoire possible concevable qui sera touché par les vagues de conséquences issues de nos actions. Pour un choix particulier, notre critère ultime est le degré d’accomplissement personnel atteint (ou la qualité de vie sur la période) pour les individus et pour les groupes sociaux dont ils forment une partie intégrale. Ce critère implique un rôle central pour la justice, la gentillesse, et le pacifisme dans les affaires humaines. Nous ne voyons aucun conflit inhérent entre le bien-être du groupe et celui de l’individu. Aucune chose imposant un dommage à long terme au pool génétique humain ne peut être bonne pour l’organisme individuel condamné à porter ces gènes et à être formé par eux. Exactement de la même façon, aucune chose qui endommage une culture humaine sur le long terme ne peut être bénéfique à l’individu, car les identité individuelles sont crées par les interactions sociales, autant que les organismes sont créés à partir des interactions sexuelles. C’est la raison pour laquelle la liberté individuelle – bien que désirable à l’intérieur de limites – ne peut jamais être le critère ultime, pas même le principal, pour juger de la moralité. Personne ne peut recevoir la liberté de mettre en péril l’évolution de notre espèce, soit en endommageant l’environnement physique (y compris les autres formes de vie) qui déterminent finalement la nature de notre pool génétique, ou en polluant les cultures qui créent et élèvent notre être social. C’est précisément parce que nous reconnaissons le rôle critique d’éthique dans l’évolution culturelle qui désormais influence l’évolution organique que ce sujet est absolument central à la philosophie de l’humanisme. Comme nous croyons que le futur de l’évolution (et donc de toute vie sur terre) est déterminé par les actions des humains plutôt que des dieux, nous sommes forcés de nous concentrer sur le besoin de valeurs et de directives valables, et pour des choix éthiques responsables. Nous ne pouvons pas faire autrement.</p>
<h3>L’erreur politique</h3>
<p>Les organisations humanistes ont fait de sérieuses erreurs en tentant de définir notre mouvement en termes politiques plutôt que philosophiques. Les problèmes auxquels l’humanité doit faire face sont bien trop complexes pour que nous supposions qu’un programme particulier (qu’il soit socialiste, populiste, libéral ou conservateur) soit la seule façon correcte de faire. Un engagement envers l’approche scientifique dans la quête de solutions moralement justifiables aux maux de la société implique une volonté d’évaluer et de modifier les moyens politiques de façon continue, à la lumière des nouvelles évidences acquises de l’expérience. Une telle approche ne garantit pas la &#8220;rectitude politique&#8221; ou la vérité éternelle. Arrêtons d’aliéner ces nombreux adeptes de la philosophie naturaliste qui trouvent nos positions politiques dogmatiques à la fois de mauvais goût et injustifiées. Je suis convaincue que ce seul changement dans notre approche résulterait dans une expansion rapide de notre nombre, avec un accroissement concomitant de notre cohésion en tant que groupe et de notre influence dans la société dans son ensemble.</p>
<h3>Conclusion</h3>
<p>Je soumets donc que l’humanisme moderne peut être compris seulement en terme des prémisses du naturalisme en tant que condition nécessaire. Cela implique aussi trois croyances additionnelles découlant de la prémisse majeure qui affirme l’origine commune de l’humanité et des animaux. Toutes les trois ont germé à partir du caractère distinct de l’espèce humaine à l’intérieur de cette nature commune. Elles ont à voir avec (1) l’emphase sur le processus de connaissance des humains et sur la priorité et l’universalité de l’approche scientifique comme moyen de construire le savoir ; (2) une appréciation des produits de l’imagination et des habilités techniques humaines ; et (3) une focalisation sans conteste sur l’éthique comme responsabilité unique de l’humanité. Les gens qui se sont engagés envers certaines mais pas toutes ces prémisses peuvent être considérés comme des compagnons de route, mais ils ne peuvent raisonnablement proclamer qu’ils possèdent la vision de l’humanisme moderne.</p>
<p>(*) Madame Pat Duffy Hutcheon a été nommée Humaniste de l’année 2000.Elle est sociologue. Elle est l’auteure de (entre autres):</p>
<p>- Leaving the Cave: Evolutionary Naturalism in Social-Scientific Thought, 1996- Building Character and Culture, 1999</p>
<p>- The Road to Reason, 2000</p>
<p>Les titres des sections sont un ajout du traducteur.</p>
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