LAÏCITÉ : POUR UN RÉVEIL COLLECTIF

LAÏCITÉ : POUR UN RÉVEIL COLLECTIF

Par Andréa Richard, écrivaine.

Janvier 2016 (publié dans le Huffington Post Québec )

L
orsque je suis sortie de communauté religieuse, à l’âge de 35 ans, j’avais une première préoccupation: je voulais savoir ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas. Je suis donc allée aux sources du savoir. Graduellement, j’ai appris que les religions ne viennent pas d’un dieu, mais des hommes. Que les dogmes des religions sont inventés et les doctrines erronées.

J’ai vite fait la différence d’avec la spiritualité. J’ai enseigné la spiritualité pendant plusieurs années. La spiritualité ne vient pas des religions. J’ai publié un livre, Au-delà de la religion, pour une spiritualité laïque, spiritualité positive et constructive, contrairement à la spiritualité religieuse négative, basée sur le sacrifice et, selon le terme utilisé, la mort à soi-même.

J’ai constaté, au fil des années qui ont suivi, que les églises se vidaient, que les gens étaient de moins en moins pratiquants. En quelque sorte, cela me réjouissait, car de plus en plus on s’en allait vers la laïcité. Je croyais à la séparation de l’État et de la religion. Le Parti québécois m’a fait rêver d’un pays que je souhaitais ardemment, et ce, parce que la province du Québec est, selon moi, la moins conservatrice et la plus évoluée de toutes les provinces du Canada. Délivré du joug fédéral et des religions, mon Québec pourrait ainsi devenir un « pays modèle », d’avant-garde. Les Québécois sont prêts pour la laïcité. Des experts assurent qu’en étant souverain, le Québec pourrait aussi devenir un modèle sur le plan économique, alors les hésitants, rassurez-vous!

Dans ma naïveté, je croyais que tous les universitaires et gens instruits ne pouvaient être croyants. Quelle ne fut pas ma surprise de voir des chapelles et, aujourd’hui, des mosquées à l’intérieur même de nos universités. Quelle honte! Ces universités qui sont censées être des écoles de sciences et du savoir. Quel illogisme!

DSC01952-AndreaRichardDe constater que des gens instruits se marient à l’église et ont des funérailles religieuses me surprend, et j’ai cherché à comprendre. Aujourd’hui, je pense comprendre.

C’est que tous les gens instruits, universitaires ou non, ne sont pas des philosophes ou des penseurs, ne sont pas des intellectuels ou des connaisseurs, et qu’ils peuvent même être très ignorants sur le plan religieux. Cette élite que je pensais super-intelligente est branchée dans une matière professionnelle qui ne rend ces spécialistes connaisseurs que de leur profession. Ce sont des gens qui ne prennent pas le temps de questionner leurs croyances ou les religions, qui ne réfléchissent pas ou ne se posent pas de questions.

Certains ont des doutes et voudraient se libérer, mais l’endoctrinement reçu obscurcit une partie de leur cerveau, et une crainte inavouée les empêche de sortir du carcan des religions.

Heureusement, certains en sortent et commencent à s’afficher publiquement pour dénoncer les religions. Je n’ai qu’à penser à Richard Dawkins.

Le fait que la religion, pour un temps, soit sortie des écoles du Québec me semblait être prometteur pour les jeunes qui n’en seraient plus les victimes. Car les religions empêchent l’évolution d’une société et sa maturité. Quelle déception pour moi de constater aujourd’hui que le cours Éthique et culture religieuse (ECR), qui se devait d’être donné avec une optique historique, voire critique, est en fait une véritable propagande des religions.

Dans un des manuels, comme devoir, il est demandé à l’enfant: «Que penses-tu que la Vierge Marie a éprouvé lorsque l’ange Gabriel lui a annoncé qu’elle serait mère de Dieu?»

Poser une telle question – et ce n’est pas la seule du genre – est la preuve que ce cours est donné de façon dogmatique. Pour le bien de nos enfants, il faut enlever du cours ECR le volet « culture religieuse ».

Avec l’arrivée des immigrants, les mosquées vont se multiplier alors que nos églises se ferment. Des immigrants avouent prier cinq fois par jour. C’est ce que les catholiques faisaient encore dans les années 1950: prière du matin, angélus du midi, une courte prière avant les repas qu’on appelait le bénédicité, les grâces à la fin du repas, le chapelet et la prière avant le coucher.

Certains rient de voir des hommes prosternés, tournés vers La Mecque, la tête par terre et le derrière en l’air. Cependant, peu de gens osent rire de l’hostie que le prêtre pose sur la langue ou donne dans la main comme étant le « corps » et le «sang» du Christ.

Peu encore remettent en question le fait de voir nos prêtres, costumés en robe d’apparat, aspergeant les fidèles d’eau dite bénite ayant de soi-disant pouvoirs de purification. Et la liste des rituels incantatoires est longue. Nous ne sommes pas encore sortis de l’obscurantisme.

Puisque les politiciens refusent de dire la vérité quant aux méfaits des religions, combien de temps vont prendre nos immigrants religieux avant que les mosquées ne soient délaissées? On va à reculons. On n’ose pas leur dire qu’ils sont des décennies en arrière. On passerait pour islamophobes. On préfère faire les hypocrites, non seulement en respectant leurs croyances, mais en leur laissant croire que c’est bon. Ce n’est pas les aider à évoluer.

Je respecte les personnes, mais pas des croyances idiotes.

Même si, autrefois, j’ai cru à ces sottises, aujourd’hui je suis Charlie! À l’époque, si des gens s’étaient moqué de mes superstitions, j’aurais évolué plus vite. Une laïcité qui se veut illogiquement « ouverte » est un non-sens. Nos pays sont en guerre au nom d’Allah ! Certains y voient là des guerres politiques ayant comme but de préserver la réputation des religions. Malheureusement, ces dérives sont, en fait, avant tout religieuses et, ensuite, politiques. Bref, les deux! Nous savons tous très bien qu’à travers les siècles, les religions ont toujours provoqué des guerres, alors que la laïcité unit.

Le seul espoir est en la laïcité. Une charte de la laïcité est urgente. Sans cela, attendons-nous à ce que les conflits entre athées et croyants [et entre croyants et croyants] perdurent. La philosophie populaire de Michel Onfray pourrait remplacer avantageusement les religions.

Tous les jours, je vois dans les nécrologies les départs de personnes âgées de 80 ans et plus. Alors, même si je ne suis pas aujourd’hui malade, je sais que viendra mon tour. Et lorsque je serai très malade, de grâce, docteurs, donnez-moi l’euthanasie afin que dignement je puisse m’éteindre. À ma mort, je ne veux pas d’obsèques religieuses. Je ne veux pas que mes cendres se rendent dans un cimetière. Ce n’est pas par manque de respect envers ma vie. Mes cendres ne sont pas moi. Elles peuvent être respectueusement jetées sous Terre ou dans la mer. Il y a aussi des cimetières virtuels, je préfère le mémoire virtuel.

Mesdames et messieurs les universitaires, mesdames et messieurs les politiciens, je vous prie, réveillez-vous, le peuple vous devance.

Mon dernier souhait avant que je ne quitte cette Terre: laïcité, laïcité, laïcité, et ce, pour tous les pays du monde. Ce sera un gage de paix.

 

Andréa RichardAprès dix-huit ans de vie religieuse, active et contemplative, Andréa Richard redevient laïque. Fondatrice, dans les années 1970 de mouvements d’avant-garde pour le renouvellement de l’Église. Elle exerce toujours la profession de conférencière et d’animatrice dans différents milieux, principalement au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Ontario et occasionnellement en France et aux États-Unis.

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