Studia Humanitatis #1 – Le mythe #1 sur l’athéisme

Studia Humanitatis #1 – Le mythe #1 sur l’athéisme

DSC_0656-Parc-Lafontaine-rMythe #1: L’athéisme est incompatible avec la moralité et les valeurs morales.

Très largement inspiré d’un article d’Austin Cline (atheism.about.com) – Traduction Michel Virard

Mythe: En l’absence de Dieu, de l’âme et du libre arbitre, vous êtes juste une collection de réactions chimiques. Ceci serait incompatible avec l’idée que quelque chose a plus de valeur qu’une autre ou que quelque chose a une valeur morale «intrinsèque» (indépendante de toute évaluation externe).

Réponse: Un argument populaire chez les théistes (Chrétiens, Musulmans, Juifs…) est que la négation de leur divinité préférée signifie nier la possibilité d’une source de valeur intrinsèque, ce qui signifierait que rien dans l’Univers n’a de valeur objective. Par conséquent cela empêcherait les athées d’attribuer une valeur à la vie humaine, et donc les athées ne devraient pas condamner le meurtre, le viol, le génocide, etc..

Mais qu’est-ce qu’une “valeur” ?

Il est absolument impossible de discuter de ce problème sans d’abord comprendre la nature du mot “valeur”. Que signifie donc donner une “valeur” à quelque chose ?

Donner une valeur à quelque chose est simplement la trouver importante, ou de la trouver préférable (à une autre). Mais la clef de cette action est la présence d’un «être» capable de faire cette évaluation. Une chose ne peut être évaluée que par un être capable d’avoir des «intérêts» et des «préférences». Cela signifie que la notion de valeur «intrinsèque» est incohérente parce qu’elle présuppose une valeur indépendante des êtres capables de l’évaluer. Si des valeurs «intrinsèques» existaient réellement, alors, en théorie, un univers sans aucune vie et sans aucun dieu(x) pourrait contenir des objets ou des évènements ayant une «valeur». Pensez-vous que cela ait le moindrement du sens ?

La valeur des «valeurs humaines»

Dans le mythe décrit ci-dessus, l’erreur des théistes – et il s’agit d’une erreur majeure – est d’ignorer que, indépendamment se savoir si les choses ont ou non une valeur intrinsèque, nous, les êtres humains, nous existons et nous sommes parfaitement capables d’évaluer la valeur morale des choses et des évènements.

Il ya des choses comme la valeur morale, l’importance, la signification qui ne peuvent nous être imposées d’en haut; elles ne peuvent venir que de nous-mêmes et sont basées sur ce qui nous importe. Elles ne sont pas «découvertes» mais sont en fait créées par notre interaction avec le monde qui nous entoure. En pratique, le simple fait de s’occuper de quelque chose crée du sens, des valeurs et, en fin de compte, une moralité.

Les dieux ne peuvent prescrire ni valeurs ni sens.

La signification de quelque chose pour vous dérive nécessairement de sa valeur et de son importance pour vous. Quelque chose sans valeur et sans importance n’a pas grande signification pour vous. A l’inverse, quelque chose de grande valeur pour vous et importante pour vous sera chargé de signification pour vous.

Aucune entité externe ne peut vous forcer à donner de la valeur à une chose ou lui donner de l’importance. Une entité externe peut vous persuader de donner de la valeur à une chose, ou de lui donner de l’Importance et il ya beaucoup de chose qui peuvent influencer la signification qu’une chose a pour nous. Mais il n’y aucune obligation dans tout cela, ce qui implique nécessairement que ce qu’une chose signifie pour nous doit venir ultimement de nous-mêmes et non de l’extérieur.

Les valeurs et la responsabilité humaine

Le fait que nous devons créer du sens, des valeurs et une moralité plutôt que les «découvrir» a de profondes conséquences. La première est que nous sommes entièrement responsables de nos valeurs et notre moralité – bonnes ou mauvaises. Cela inclut aussi les conséquences de notre choix de valeurs et de moralité. Impossible de les attribuer aux dieux ou aux démons.

A l’inverse, l’autorité morale des théiste est déplacée des individus vers la communauté (la responsabilité tribale reste encore très forte) et plus loin encore vers des divinités invisibles, autocratique et éloignées. En donnant à ces êtres éloignés l’autorité sur la signification, les valeurs et la moralité, il devient bien plus facile pour ceux en charge de maintenir leur propre autorité sur les communautés parce qu’il devient très difficile pour ceux au bas de la hiérarchie de contester ou de nier cette autorité.

La réalisation que nous, individus membres d’une communauté, sommes responsables des valeurs et de la moralité de cette communauté, implique forcément que nous pouvons, nous devons débattre de ces valeurs et de la moralité qui en découle. Cette capacité d’en débattre étant aussi une capacité de les changer, pour mieux ou pire, il s’ensuit que l’exercice de cette capacité entrera inévitablement en conflit avec les intérêts de ceux en charge de la permanence et de l’influence du mythe que nous avons dénoncé, en premier lieu les institutions religieuses mais également des institutions politiques dont l’intérêt est lié à la soumission du grand nombre aux mythes religieux.

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PS: naturellement, il y aura à déterminer comment déterminer ces valeurs et ces morales sans référence au divin. Ce sera justement une bonne partie des capsules à venir mais il faut au moins savoir au départ que toute valeur et toute morale est effectivement une création humaine, même (et surtout) celles qui se prétendent de source divine.

Michel Virard

Une Réponseà “Studia Humanitatis #1 – Le mythe #1 sur l’athéisme”

  1. Catherine Florès dit :

    Ne plus attendre qu’un bon génie tout-puissant nous dise comment agir et nous comporter, prendre la responsabilité de nos actes, réfléchir aux valeurs qui prennent réellement sens pour nous, le tout à titre individuel mais aussi en tant que groupe formant une société… Ça s’appelle devenir adulte. Il est grand temps que l’humanité devienne adulte.