Le biais anti-laïcité de “Second regard”

Le biais anti-laïcité de “Second regard”

Michel Lincourt, PhD (Georgia Tech), auteur de Mémoire de Lumières et membre de l’Association humaniste du Québec est l’auteur de la lettre qui suit qui se veut une réponse suite à la diffusion de l’émission “Second Regard” le 13 octobre 2013 d’un reportage intitulé “Immigration; le choc des valeurs

 

Messieurs,

Je désire porter plainte contre la propagande religieuse véhiculée sans aucun recul critique depuis des années par l’émission Second Regard et, dans le contexte du débat sur la laïcité, contre le reportage biaisé intitulé Immigration : le choc des valeurs, diffusé le dimanche, 13 octobre 2013.

Ce reportage est un exemple parfait de journalisme baisé, et malhonnête au-delà de tout entendement.

Qui est responsable des choix éditoriaux de Second Regard, émission de propagande religieuse? Mystère. Et Radio-Canada ne fait aucun effort pour nous en informer. Qui est responsable du choix de ce reportage sur les immigrants et de sa facture? Est-ce Claude Labbé? Qui est-il? Radio-Canada nous cache son parcours.

Plutôt que d’adopter une approche équilibrée comme le commande le code de déontologie des journalistes de Radio-Canada, Claude Labbé a choisi de nous balancer son préjugé, à savoir prouver absolument que la future loi sur la laïcité brime les droits religieux fondamentaux des immigrants. Or, toute analyse sérieuse et objective démontre qu’il n’en est rien. La laïcité ne brime en rien la liberté de religion de qui que ce soit. En Europe par exemple, là où la laïcité est inscrite dans la loi de plusieurs pays, les gens y peuvent en toute liberté pratiquer la religion de leur choix. Il en sera de même ici, après la promulgation de la laïcité.

La laïcité que veut instaurer le Gouvernement québécois promulgue simplement la neutralité de l’État en matière de religion. Elle dit en plus que les agents de l’État, sur leur lieu de travail et durant les heures de travail, s’abstiennent de faire du prosélytisme en faveur de leur croyance, et s’abstiennent d’arborer un signe religieux ostentatoire. Ce devoir de réserve est nécessaire à cause notamment du respect qu’ils doivent porter aux usagers de l’État qui ne partagent pas les mêmes convictions religieuses qu’eux. Même plus : si l’agent de l’État est un enseignant, il doit respecter l’enfant qui a, lui, le droit d’aller à l’école sans se faire endoctriner. L’émission de Claude Labbé aurait dû insister sur cette vérité : une fois la loi sur la laïcité adoptée au Québec, tous les Québécois, même les immigrants « religieux », pourront continuer à pratiquer la religion de leur choix. Ou de n’en pratiquer aucune. Et pourront continuer de fréquenter l’église ou le centre communautaire de leur choix. Mais comme tous les citoyens, ils auront le devoir de respecter la loi. Et s’ils veulent devenir fonctionnaires, ils devront accepter les règles du jeu en vigueur.

Aussi, les gens de Second Regard devraient savoir qu’aucune religion n’exige le port de signes religieux ostentatoires. Le devoir de réserve en matière religieuse exigé par la loi sur la laïcité ne brime pas plus la liberté religieuse que le même devoir de réserve exigé par l’actuelle Loi sur la fonction publique en matière politique brime la liberté d’opinion ou d’expression. Voilà. C’est tout. Laisser entendre autre chose, par exemple que la laïcité brime les convictions religieuses des immigrants, c’est abusif et carrément malhonnête. Et c’est ce que fait le reportage de Claude Labbé.

Plutôt que de dire la vérité, Claude Labbé pratique la désinformation.

Son émission s’affiche ainsi : ‘’On constate que pour la plupart de ces nouveaux Québécois qui débarquent avec leur culture, leurs valeurs et convictions, la quête d’une nouvelle Terre d’accueil passer . . . par le religieux.’’

On constate, on constate? L’émission ne donne aucune preuve de cette fameuse constatation. L’émission démarre par l’affirmation que ce ne sont pas tous les immigrants qui ‘’passent par le religieux’’. Mais par la suite, elle ne parle que de ceux-ci. En somme, Claude Labbé fait du profilage pour diffuser ses mensonges à sa guise.

Les immigrants débarquent avec leur culture, leurs valeurs et leurs convictions, annoncez-vous. Mais dès leur arrivée, ne doivent-ils pas aussi – et surtout ! – adopter la culture, les valeurs et les convictions de la société d’accueil? Le reportage de Claude Labbé ne mentionne jamais cette responsabilité élémentaire des immigrants.

Le reportage dit que l’intégration passe par les églises et les centres communautaires religieux. Mais ne pourraient=on pas émettre un doute à propos de cette thèse? Peut-être que cette pratique ne favorise en rien l’intégration. Peut-être qu’elle engendre plutôt l’enfermement, le communautarisme, le passéisme et la ghettoïsation. Il aurait été intéressant que Claude Labbé explore cette possibilité.

Il y a un autre problème relié à la question des convictions religieuses. Elle est celle-ci : à quel moment, les convictions religieuses deviennent du fanatisme? Ces immigrants interviewés dans le cadre du reportage de Claude Labbé, sont-ce des gens raisonnables, posés, tolérants, larges d’esprit. À écouter Radio-Canada ces jours-ci, tous les immigrants sont gentils et sincères, et tous les Québécois qui les accueillent sont d’affreux xénophobes. Si nous sommes si peu fréquentables, pourquoi se bouscule-t-on au tourniquet pour entrer? Le Québec a-t-il mandat d’accommoder le fanatisme religieux? Ces immigrants qui apparaissent dans le reportage, sont-ils des fanatiques ? Oh, direz-vous, on ne doit pas faire un procès d’intention. Je suis d’accord. Mais n’est-ce pas ce que vous faites, monsieur Labbé, en calomniant la laïcité, en triturant la vérité dans le sens de votre thèse?

Même plus, à ces mêmes immigrants, Claude Labbé aurait pu poser quelques questions. Par exemple : Comment arrivent-ils à concilier leurs croyances avec le principe de l’égalité des femmes et des hommes? Car après tout, leur religion proclame le contraire. Et que dit leur religion à propos des homosexuels? Sont-ils d’accord pour les exterminer en les brûlant du feu du ciel, comme le propose la Bible? Veulent-ils lapider les femmes infidèles, comme le prescrivent les hadiths? Et sont-ils d’accord avec le verset 34 de la sourate 4 du Coran qui ordonne au mari ceci : « Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité. Reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais ne leur tenez pas rigueur si elles vous obéissent. Allah est élevé et grand. » Peut-être qu’en débarquant ici, ces gens devraient laisser derrière eux des parcelles de leur culture, quelques-unes de leurs valeurs ou de leurs convictions, en somme toutes celles qui ne sont pas compatibles avec les nôtres. Je prends pour acquis que, voulant favoriser l’intégration, les responsables des églises ou des centres communautaires décrits dans le reportage tiennent un discours en ce sens. Mais on n’en sait rien parce que Claude Labbé a négligé de nous informer de ce détail.

Les invités de Claude Labbé disent tous la même chose. Tous abondent dans le sens voulu par le journaliste. C’est suspect, non? Il est inutile de souligner que cette façon de procéder est manifestement biaisée. Car n’importe qui pourrait trouver quatre ou cinq immigrants qui diraient le contraire des invités du reportage. J’en connais, des immigrants musulmans qui militent en faveur de la laïcité, qui vous diront que celle-ci ne brime en rien leurs convictions religieuses ou leurs valeurs culturelles, et qui veulent être reconnus comme citoyens et non comme adeptes d’une croyance. Mais Claude Labbé n’a pas l’honnêteté de donner la paroles à ceux-là.

Dans l’émission Second regard, les reportages penchent toujours dans le même sens : promouvoir la religion et dénigrer l’humanisme. Second Regard ne dénigre pas l’humanisme, objectez-vous? Vous avez raison. Second Regard ne parle que de religion. Là est le manquement au code de déontologie de Radio-Canada, code qui exige une approche équilibrée. Ça fait combien de temps que ça dure, cette propagande religieuse? Trente ans, plus ou moins? Est-ce ça? Vous ne pensez pas que ça a assez duré. Vous ne pensez pas que dans le contexte du débat sur la laïcité, pour pourriez avoir une petite gêne, et ne pas nous empoisonner de vos préjugés. Si vous êtes incapables d’avoir une approche honnête, équilibrée et sensée, au moins gardez le silence.

Ce que je réclame de Second Regard, et de la Direction et de l’ombudsman de Radio-Canada, c’est ceci :

1. Par souci d’équilibre des points de vue, diffuser de toute urgence deux émissions : une qui montrera que la laïcité ne brime en rien la liberté de religion, et une autre qui présente des immigrants qui proposent de s’intégrer à la société d’accueil en valorisant la laïcité et les valeurs citoyennes.

2. Publier la politique éditoriale de Second Regard. Et expliquer en quoi elle respecte la code de déontologie des journalistes de Radio-Canada.

3. Pour l’avenir, toujours équilibrer un reportage qui fait la promotion de la religion par un reportage équivalent qui fait la promotion de l’humanisme, de l’agnosticisme, de l’athéisme ou de la philosophie des Lumières.

4. Ce souci d’équilibre doit s’appliquer non seulement à Second Regard mais à toutes les émissions de Radio-Canada. Actuellement, la quasi-totalité des émissions, autant à la radio qu’à la télévision, sont honteusement biaisées contre le projet de laïcité. Une sévère correction est exigée.

Cordialement,

Michel Lincourt PhD

 

 

 

 

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