Laïcité ouverte – nouvelle trahison des clercs?

Laïcité ouverte – nouvelle trahison des clercs?

M. Roger Léger est un membre de longue date de l’Association humaniste du Québec. Il siège également au conseil d’administration de la Fondation humaniste du Québec Ce texte a été publié en 2009, mais son propos est toujours d’actualité.

 « Malgré ses excès, encore une fois, l’Occident chrétien est une terre de liberté, de tolérance, de paix. Il n’est d’ailleurs pas question ici de foi personnelle ni de croyances, encore moins de pratiques liturgiques, mais de culture, de culture commune. » … « Refuser l’héritage culturel chrétien, refuser ses symboles et ses manifestations, c’est refuser l’histoire qui a fait ce pays, disons-le encore une fois. C’est aussi refuser le présent en niant les droits de la grande majorité des citoyens qui sont encore de culture chrétienne. » … « Refuser l’héritage, c’est hypothéquer l’avenir. Il n’y a pas d’avenir sans passé. »

Guy Durand (2004) 

« Vous ne vous attendez pas, je suppose, à ce que les Romains délaissent, pour embrasser votre foi, leurs traditions religieuses et civiles et invoquent votre Dieu, le Très-Haut ou de quelque nom que vous l’appeliez. » 

Celse (2e siècle) 

« C’est une tâche des plus éprouvante que de changer ses vieilles croyances. L’amour-propre et la vanité regardent comme une faiblesse d’admettre comme fausse une croyance à laquelle nous avons jadis adhéré. Nous nous identifions si profondément à une idée qu’elle devient partie de nous-mêmes, et nous nous portons à sa défense spontanément et nous fermons les yeux et  nous nous bouchons les oreilles à tout ce qui lui est étranger. »

John Dewey (1859-1952)

Une des plus tristes leçons de l’histoire est celle-ci : si nous avons été mystifiés suffisamment longtemps, nous avons tendance à rejeter toute évidence de la mystification. Nous ne sommes plus intéressés à trouver la vérité. La mystification nous tient prisonniers. Il est tout simplement trop pénible – même à nous-mêmes – de reconnaître que nous avons été crédules à ce point.

Carl Sagan (1934-1996)

 

Éthique et de culture religieuse

Le Devoir publiait, lundi le 24 novembre 2008, les trois présentations faites lors d’une table ronde portant sur les conclusions de la commission Bouchard-Taylor et la mise en œuvre du nouveau programme Éthique et culture religieuse. Cette table ronde se tenait au Cégep du Vieux-Montréal, jeudi le 20 novembre 2008, dans le cadre de la Journée internationale de philosophie. La vice-présidente du Mouvement laïque québécois et professeure de philosophie au Collège Ahuntsic, Marie-Michelle Poisson, présentait une défense passionnée d’une laïcité pure et claire, intitulée Offensives contre les droits de l’homme et la liberté de conscience; pour sa part, « le responsable de l’équipe d’écriture des programmes des 1er et 2e cycles du secondaire en Éthique et culture religieuse, de 2005 à 2007, au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport » et professeur de philosophie au Collège Montmorency, Benoît Mercier, y allait bien évidemment d’une défense de ce cours dans un texte intitulé Une réponse aux défis du pluralisme démocratique; quant à lui, Jacques Maclure, « auteur et professeur à la faculté de philosophie de l’Université Laval et analyste expert pour la commission Bouchard-Taylor », donnait Les raisons d’une laïcité ouverte.

 Je n’ai pas la prétention de répondre ici en profondeur au contenu de ces trois textes parus dans Le Devoir. Je tenterai plutôt d’indiquer brièvement les interrogations que suscite en moi la lecture de ces textes, et mes accords ou désaccords avec telles ou telles de leurs affirmations concernant ce vaste débat de société.

La première question qui me vient spontanément à l’esprit, lorsque l’on parle du cours Éthique et culture religieuse, est son libellé même et son contenu. Pourquoi Éthique et culture religieuse? Pourquoi pas Éthique et culture philosophique? A-t-on peur de la philosophie, même pour les enfants, de la philosophie qui serait un danger mortel pour l’humanité, disait Nietzsche? Est-il préférable de maintenir la jeunesse dans le cocon douillet des fables de la religion plutôt que dans la clarté mortelle de la philosophie? L’éthique et la morale ont-elles leur source dans les religions? Sans connaître les Évangiles, le Coran ou les supposées révélations faites au peuple juif, Aristote a pu écrire son Éthique à Nicomaque, Confucius affirmer que la vertu la plus élevée et le but ultime de l’éducation était l’amour de l’humanité (Analectes, XII, 22), Mo-Tseu proclamer son principe d’amour universel, Siddhârta Gautama souhaiter que nous nous comportions envers les autres comme nous le faisons envers nous-mêmes et que nous ayons le bonheur de tous comme seul objectif, les stoïciens, affirmer, eux aussi, le principe de l’universelle fraternité des hommes vivant sur terre, et Lao-Tseu, enfin, écrire que « le sage est bon envers les bons et bon aussi envers les méchants, ainsi il obtient la bonté comme telle. »

Avons-nous besoin de religion pour nous comporter moralement? Et toutes les religions de ce monde n’ont-elles pas, au cours de l’histoire, agi très immoralement en plus d’une occasion? Et ne le font-elles pas encore aujourd’hui? Lorsque Jean-Paul II et Benoît XVI après lui interdisent expressément l’utilisation du condom pour les couples dans des pays où sévit le sida, n’est-ce pas là agir très immoralement? Et quelles raisons invoquent-ils pour ces prêches inhumains? Parce qu’il est écrit dans un vieux livre que c’est la volonté de la divinité que l’œuvre de chair se fasse sans condom ou truc du genre. « Aussi longtemps que les hommes croiront en des absurdités, ils continueront de commettre des atrocités, » disait Voltaire. M‘est d’avis qu’il ne faut jamais faire de dogmes d’erreurs anciennes.

On condamne sur la foi du même vieux livre le mariage des prêtres, l’ordination des femmes, l’avortement et le droit à l’homosexualité, ou même encore le droit, selon Jean-Paul II, d’étudier scientifiquement le problème de l’origine de l’univers qui relèverait de Dieu seul et qui ne serait pas du domaine de la science, selon le Vatican, comme le rappelait récemment Stephen Hawking. Que ne croit-on pas dans toutes ces religions qui sont un défi au bon sens et à la raison? Vous croyez, vous, à l’existence de Satan et des anges gardiens? Les Papes infaillibles qui déraisonnent au Vatican y croient, eux, pourtant.

 Nous ne sommes plus aux temps des Croisades ou de l’Inquisition, ou du massacre dela Saint-Barthélemy, à Paris en 1572, massacre dont le Pape de Rome s’était réjoui en le commémorant par une messe solennelle de reconnaissance pour « cette insigne faveur faite au peuple chrétien qui sauvaitla Franceet le Saint Siège d’un grand péril. » Et pour perpétuer ce haut fait d’arme, le même Pape commandait au peintre Vasari un tableau illustrant le massacre, avec ces mots inscrits au bas du tableau : « Pontifex Colignii necem probat (le Pape approuve l’assassinat de Coligny) ».

 Je ne sais s’il existe un tableau illustrant cette autre scène mémorable de l’histoire occidentale, toute imprégnée de foi chrétienne, nous rappelle-t-on inlassablement ces temps-ci, où Arnaud, le délégué du pape Innocent III qui avait ordonné l’extermination des Albigeois, répondait à ceux qui lui demandaient, la veille de l’assaut final contre la ville de Béziers où il y avait aussi de nombreux Catholiques,  s’il fallait tuer tout le monde : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra bien  les siens. » Vingt milles personnes furent massacrées le lendemain, hommes, femmes et enfants. (1)

 Nous ne vivons plus en ces temps affreux. Aujourd’hui, le mal est plus subtil, moins dramatique (2). Il est celui du mensonge et de la malhonnêteté intellectuelle. Et du refus de la vérité. (3) Il faut être clair. Pas de faux-fuyant. Ni de bondieuserie philosophique.

 S’agit-il aujourd’hui de trouver, avant tout, une réponse aux défis du pluralisme démocratique, que représente l’existence des multiples croyances religieuses en ce monde, ou s’agit-il plutôt de trouver, en priorité, des réponses aux défis de l’existence des nombreux et énormes problèmes qui confrontent l’humanité en ce début du millénaire, problèmes qui ont été bien analysés dans le rapport des Nations unies Projet du Millénaire? Le problème de la coexistence des croyances et des pratiques religieuses dans une société démocratique pâlit en regard de ceux-là.

 Il me semble utile aussi de rappeler que le but ultime de la philosophie a toujours été, hier comme aujourd’hui, la recherche de la vérité et de la justice. Si la philosophie n’est pas une force active dans l’histoire, à quoi sert-elle? Mon propos n’est pas de vouloir minimiser, pour autant, le problème de l’existence des diverses croyances religieuses existant sur un même territoire. Je veux le placer dans un contexte plus large et rappeler, en passant, les exigences de la réflexion philosophique. Pour ce faire, il me semble aussi nécessaire de résumer ici succinctement les croyances centrales des grandes religions et ainsi situer autrement le débat qui fait rage, quand on parle de culture religieuse et de laïcité ouverte.

 

Les croyances fondamentales des grandes religions

 Voici donc, brièvement présentées, les croyances fondamentales – sur la nature de Dieu, le concept de Création, du Temps et de la vie après la mort, pour ne m’en tenir qu’à ces aspects-là – des six grandes religions que sont le Bouddhisme (6% de la population mondiale), le Christianisme (2 milliards 100 millions d’adhérents, dont plus d’un milliard de catholiques romains), l’Hindouisme (la troisième religion de la planète avec 950 millions d’adhérents), l’Islam (en deuxième place avec un milliard 340 millions de croyants ou 20% de la population de la terre habitant 25 pays dont c’est la religion d’État), le Judaïsme (13 millions d’adeptes à travers le monde dont 5 millions demeurent en Israël) et le Sikhisme (la religion de 24 millions de personnes dont 90% vivent en Inde, dans le Pendjab principalement). Il faudrait ajouter à cela les religions traditionnelles ainsi que l’agnosticisme, l’athéisme et le panthéisme (plus ou moins la religion cosmique d’Einstein, de Carl Sagan, de Lévi-Strauss et de Rachel Carson), afin d’avoir un portrait plus complet des croyances religieuses au début de ce millénaire. Toutes ces visions du monde se fractionnent en une multitude de croyances et de pratiques diverses. Je donne un seul exemple : il y a 33 000 cultes ou confessions chrétiennes qui partagent leurs allégeances à ce qu’on appelle le christianisme, d’après The Atlas of Religion, de Joanne O’brien et Martin Palmer! (4) Dont je m’inspire très largement dans les brèves descriptions qui suivent des différentes croyances religieuses.

Certains Bouddhistes croient en des êtres surnaturels ou de nature divine, mais les Bouddhistes ne croient pas en un dieu créateur tout puissant. Tous les Bouddhistes croient en une Vérité transcendante et certains d’entre eux croient en une réalité Bouddha qui irradierait tout ce qui existe. Le but du Bouddhisme est d’éteindre la flamme du désir ou de l’attachement à soi de telle sorte que cesse une réincarnation continuelle et que le nirvana soit atteint.

Les Bouddhistes, les Hindous et les Sikhs croient en un univers cyclique qui n’a pas eu de commencement et qui n’aura pas de fin. Les humains sont attachés à cette roue de souffrance (à cette vallée de larmes, disent les Chrétiens) de l’univers, condamnés qu’ils sont à la réincarnation. La création est partie prenante de cette roue de l’univers. À la mort, chaque vie continue dans une autre forme d’existence, humaine, divine ou animale, selon la vie que l’on aura menée dans la vie précédente.

Les Hindous croient en une Divinité qui existe en des formes multiples. Les trois principales sont : Brahmâ, le créateur de chaque univers, Vishnou, le supporteur et le défenseur, et Shiva, le destructeur et le recréateur. Vishnou a dix formes, ou avatars, qui viennent au secours de l’univers. Krishna et Rama sont de ces formes  secourables. La création étant cyclique pour les Indous, de la destruction d’un univers antérieur Brahmâ surgit pour créer un nouvel univers, un nouveau jour; Vishnou le soutient à travers un cycle de naissance, de croissance et de déclin; Shiva le détruit et le cycle recommence ainsi éternellement. Le monde connaît de multiples transformations de naissances, de croissances et de déclins. Nous vivons présentement dans une période de déclin. Le monde sera éventuellement détruit et un nouveau monde apparaîtra dans un futur lointain. Selon le Karma – les conséquences de nos actions en cette vie – à notre mort, notre âme (atman) renaît en une forme physique supérieure ou inférieure. Par la dévotion ou un comportement correct il est possible pour nous de monter dans l’échelle des réincarnations, être libéré du cycle des renaissances, et être uni àla Réalité Suprême.

Les Sikhs, pour leur part, reconnaissent un seul Dieu, qui est le vrai Guru ou Maître ou Pasteur. Non limité par le temps et l’espace, au-delà de toute définition humaine, Il se fait connaître à ceux qui sont prêts. Chaque individu a plusieurs réincarnations, mais être né un être humain signifie que l’âme est à la fin de ses réincarnations. Dieu juge chaque âme à la mort et peut soit la réincarner soit permettre qu’elle repose en lui.

 Les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans croient en un seul Dieu créateur de l’univers et que ce Dieu guide la vie et le destin de l’humanité; le livre de la Genèse affirme qu’il a créé tout ce qui existe en six jours et qu’il s’est reposé le septième. Dieu mettra fin à sa Création au moment de son choix. Le Messie, l’Oint de Dieu pour les Juifs, le Fils de Dieu pour les Chrétiens, viendra soit lorsque le monde sera devenu meilleur soit lorsqu’il aura atteint le moment du plus grand trouble sur terre. Le Messie amènera une ère de paix universelle. Pour les tenants de la tradition abrahamique, il n’y a qu’une seule vie. Ils croient aussi à un Jugement dernier où tous seront rappelés à la vie et jugés. Le Paradis sera accordé à ceux et celles qui auront mené une vie selon la volonté de Dieu et ceux qui ne l’auront pas fait ne pourront entrer au Paradis.

 Les Chrétiens conçoivent Dieu comme une trinité de personnes : Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ces trois aspects de Dieu coexistent dans une seule Divinité, un seul Être divin. Ce qui définit les Chrétiens plus particulièrement est leur croyance, fort répandue dans le monde antique sous diverses formes, à un homme dieu qu’ils appellent Jésus-Christ, deuxième personne d’une trinité divine, fils unique de ce qu’ils appellent le Père Éternel; ils croient qu’il a été conçu du Saint-Esprit et est né d’une vierge de Palestine il y a 2 000 ans pour le salut du genre humain. Ils croient qu’il a souffert sous Ponce-Pilate, qu’il a été crucifié, qu’il est mort et a été enseveli, qu’il est descendu aux enfers, qu’il est ressuscité après trois jours, qu’il est monté au Ciel quarante jours après sa résurrection et qu’il viendra jugé les vivants et les morts. (5)

 Pour les Chrétiens, le Temps est linéaire et non cyclique, bien qu’on le conçoive de deux manières différentes. L’une suggère que, par nos vies menées ici-bas, un monde renouvelé et pacifique verra le jour : le Royaume de Dieu sur terre. L’autre façon de voir affirme plutôt que ce monde deviendra si corrompu et si rempli d’iniquités qu’un Antéchrist apparaîtra, suscitant des conflits sans fin. Le Christ alors reviendra sur terre et vaincra l’Antéchrist dans une grande bataille qui inaugurera une ère de paix universelle.

 Pour éclairer davantage, s’il en était besoin, les conceptions chrétiennes à ce sujet, Benoît XVI ajoutait ces précisions concernant le Temps, ou plutôt les rappelait dans son homélie du 1er dimanche de l’Avant, le 30 novembre 2008 : « Oui : Dieu nous donne son temps, parce qu’il est entré dans l’histoire avec sa parole et ses œuvres de salut pour l’ouvrir à l’éternel, pour en faire une histoire d’alliance. Dans cette perspective, le temps est déjà en soi un signe fondamental de l’amour de Dieu : un don que l’homme est en mesure de valoriser ou au contraire, comme tout autre chose, de gaspiller, d’accueillir avec tout son sens ou de négliger avec une superficialité fermée », a-t-il expliqué. (6) Remarquez comment raisonnent les papes: si vous ne croyez pas en ce qu’ils croient, ils vous traitent très chrétiennement et très charitablement de superficiels et de fermés! Ah! La belle morale des papes!

« Il y a, continuait le Pape, trois grands « piliers » du temps, qui rythment l’histoire du salut : au début, la création, au centre, l’incarnation-rédemption et à la fin la « parousie, la venue finale qui comprend également le jugement dernier. » Il a expliqué que « même si la création est à l’origine de tout, elle est aussi continue et se réalise tout au long du devenir cosmique, jusqu’à la fin des temps. » Quant à l’incarnation-rédemption, dit le communiqué, même si elle s’est produite « à un moment historique précis, la période du passage de Jésus sur la terre, elle étend toutefois son champ d’action à toute la période précédente et à celle qui suit. » (7)

« Et à leur tour, selon Benoît XVI, l’ultime venue et le jugement dernier, dontla Croixdu Christ a été une anticipation décisive, exercent leur influence sur le comportement des hommes de chaque époque », a-t-il commenté.

Le pape, selon le communiqué du Vatican, a expliqué que le temps de l’Avent nous invite à « réveiller l’attente du retour glorieux du Christ » mais que « le Seigneur vient continuellement dans notre vie ». L’appel de ce premier dimanche de l’Avent « Veillez ! » est donc pour tous, car chacun, à l’heure que seul Dieu connaît, sera appelé à rendre compte de sa propre vie, a souligné le pape.

« Cela comporte un juste détachement des biens terrestres, un repentir sincère de ses fautes, une charité active envers le prochain et surtout un abandon humble et confiant entre les mains de Dieu, notre Père tendre et miséricordieux », a conclu Benoît XVI avant de se tourner vers Marie, « icône de l’Avent ». 

Il est à remarquer que le pape parle du jugement dernier mais ne mentionne pas de châtiment ou de condamnation à des peines éternelles. Les Chrétiens se font discrets sur ce point de leur doctrine deux fois millénaire et explicite dans les Évangiles. Les Chrétiens ne savent trop que faire de l’enfer. Un dieu infiniment bon qui punit pour l’éternité semble une notion difficile à accepter, à notre époque.  On laisse tomber, en espérant que plus personne ne mentionnera cette absurdité de leur doctrine; la gent théologique, cependant, parle, ici, de mystère et on passe outre; les théologiens ont toujours à leur disposition cette retraite facile dans le mystère; ça les dispense de penser sensément; tout est possible avec ce procédé; de toute façon, la masse des croyants continuera à demeurer fidèle à sa foi. Ce ne sont pas ces petits détails qui les empêcheront de croire, semble-t-il.

Benoît XVI ne parle pas également de l’Antéchrist ni dela GrandeBataille.Un oubli, sans doute. On a maîtrisé l’art de la propagande, depuis le temps, et on connaît à Rome l’infinie crédulité humaine.

Les Chrétiens croient que l’âme subit un jugement personnel immédiatement à son arrivée au Ciel, et qu’elle va soit au Paradis soit en Enfer, ou bien aux Limbes (quoique la croyance en cette dernière possibilité ait été abandonnée tout récemment). Une autre croyance à ce sujet veut qu’il y ait, à la fin des temps, un jugement dernier des humains ressuscités; les bons recevront une récompense éternelle et les méchants, une peine éternelle.

Les Chrétiens croient, du moins Jean-Paul II le croyait-il et Benoît XVI le croit-il toujours, qu’un être qu’ils appellent Satan existe et que chaque être humain possède son ange gardien. Benoît XVI rappelait cette dernière croyance dans un texte officiel, à l’automne 2008.

Les Musulmans croient que Allah (mot arabe pour Dieu) est indivise, n’a pas d’égal, et a parlé à l’humanité à travers de nombreux prophètes, dont Abraham, Moïse, Jésus entre autres, et ils croient que Mohammed est le dernier. Ils croient que le Coran est la parole définitive de Dieu et qu’elle ne peut être changée.

 Les Juifs croient qu’il y a eu une alliance tout à fait particulière entre eux et Dieu; ils ne croient pas que le Christ soit le Fils de Dieu; ils attendent toujours le Messie, le Sauveur d’Israël et de l’humanité; pour le reste, leurs croyances ressemblent, à des nuances près, à celles des Chrétiens et des Musulmans, sur Dieu, le Temps,la Création et la vie après la mort.

 Voilà, pour l’essentiel, ce qu’enseignent les grandes religions de ce monde. Telles sont leurs croyances fondamentales, tel est le fondement sur lequel repose les grandes cultures religieuses dont on dit qu’il est urgent d’imprégner la jeunesse québécoise par un cours d’Éthique et de culture religieuse. Je ne vois vraiment pas la pertinence ni encore moins l’urgence de cette démarche. Plus incroyables et extravagantes sont vos croyances, plus profonde, prétendez-vous, est votre spiritualité, est-ce cela qu’on doit comprendre?

 Je préfèrerais plutôt, pour ma part, des cours de philosophie dans nos école, de  la première année de l’élémentaire à la dernière année du secondaire, sur le modèle de ce qui existe depuis plus de trente ans au Mountclair Institute of Philosophy for Children, au New-Jersey, que j’ai eu le plaisir de visiter au début des années 1980; j’avais alors pu rencontrer le fondateur de cet Institut, Matthew Lippmann, et étudier cette approche pédagogique pendant le court séjour que j’y avais fait. Ce modèle est maintenant devenu un mouvement pédagogique, et de pensée au niveau universitaire à travers le monde et s’est implanté dans de nombreux pays, dontla France. Le ministère de l’Éducation du Québec a toujours refusé de créer les cours s’inspirant de cette démarche, qui me semble être la « seule valable » pour une formation intégrale de la jeunesse.

 Cela dit, il est souhaitable, par contre, sinon nécessaire, il me semble, que la jeunesse québécoise soit informée de l’existence des grandes traditions culturelles de l’humanité dans des cours gradués d’histoire des civilisations, dans lesquels on rappellerait toutes les composantes d’une civilisation qui se développent dans le temps: les mœurs, les arts, les techniques, les croyances religieuses, les connaissances, la morale, le droit, l’économie, la politique. Toutes les religions ont marqué à des degrés divers jusqu’ici et de façon indélébile, positive ou négative, toutes les sociétés dans lesquelles elles ont fleuri. Pour la plupart, elles étaient au centre de leur culture. Mais les sciences et un humanisme séculier prennent depuis peu lentement la relève.

 Il me semble peu valable de prétendre qu’on ne peut assurer le développement moral de l’enfant, ou qu’il faille le faire, qu’en lui présentant la diversité des croyances religieuses qui existent dans son milieu, et lesquelles croyances, par la force des choses, il doit tolérer et reconnaître; que ce n’est que par cette voie qu’on assure un développement moral harmonieux de l’enfant. Ça tombe sous le sens qu’on assure le développement moral des enfants et des jeunes gens par d’autres moyens. (8)

 Depuis septembre 2008, des cours d’éthique et de culture religieuse remplacent les cours de religion et de morale qui étaient offerts en option auparavant aux élèves du primaire et du secondaire. Ces cours d’éthique et de culture religieuse sont dorénavant obligatoires pour tous les élèves, sauf en troisième secondaire. Les élèves reçoivent soixante-douze heures d’enseignement par cycle au primaire (deux ans); cent heures en première et deuxième secondaire; et cent cinquante heures en quatrième et cinquième secondaire.

 Ce qui est étonnant, c’est que personne au Ministère de l’Éducation ne s’emble s’être demandé ce qui arriverait si des parents refusaient que leur enfant suive ces « cours de religion » maintenant devenus obligatoires. Peut-être, se disait-on au Ministère, que comme le but de ces cours était de « développer le sens moral des élèves et de les ouvrir à l’autre en apprenant les croyances, les coutumes et les rouages de toutes les religions présentes au Québec, christianisme, hindouisme, judaïsme, islamisme, etc. », personne ne s’opposerait à un but en apparence aussi noble.

 Cependant, ce qui devait arriver s’est produit assez rapidement; des milliers de parents du Québec ont demandé une exemption à ce cours pour leur enfant, selonla Coalitionpour la liberté en éducation (CLÉ). Elles ont toutes été refusées par le ministère de l’Éducation, selon l’enquête de la journaliste du Journal de Montréal, Geneviève Girard, qui relate dans son article du 16 décembre 2008 « qu’une école secondaire de Granby a récemment remis six avis de suspension à des élèves qui n’assistent pas aux cours d’éthique et de culture religieuse selon la préférence de leurs parents. Un cas unique au Québec, » écrit-elle.

 Comment alors résoudre ce problème? Probablement, en remettant en cause le concept même du cours et les justifications qu’on y apporte. Les concepteurs du cours font une joyeuse entourloupette en affirmant qu’il doit y avoir un cours consacré à l’éthique et la culture religieuse, et que par ce cours on va développer le sens moral des jeunes et les ouvrir à l’autre « en apprenant les croyances, les coutumes, et les rouages de toutes les religions au Québec, christianisme, hindouisme, judaïsme, islamisme, etc. »

 Je tiens à le répéter, on peut développer le sens moral de l’enfant et l’ouverture à l’autre par d’autres moyens et il est erroné de faire une connexion nécessaire entre développement moral et connaissance des diverses croyances religieuses présentes dans sa société; comme on dit en bon québécois » : ce n’est pas comme ça que ça marche; » il est nécessaire, cependant, de poursuivre ces deux objectifs – l’ouverture à l’autre et l’éducation morale – dans la formation de la jeunesse. Ce cours d’Éthique et de culture religieuse ne me semble qu’une manœuvre pour perpétuer la présence de l’enseignement religieux confessionnel traditionnel dans nos écoles, un détournement d’intention, un retour en arrière sous des dehors de modernité et d’ouverture, un tour de passe-passe, une nouvelle trahison des clercs : faire indirectement ce qu’on ne peut pas faire directement. On confond les domaines et les démarches.

 On nous dit que l’on ne doit pas couper les jeunes de la tradition, qu’il est essentiel qu’ils connaissent la religion de leurs pères et mères, que la religion de la majorité possède des droits, que l’on ne peut pas vivre sans religion. La tradition change continuellement, et ce, depuis qu’il existe des hommes et des femmes qui vivent en société sur terre. Personne n’enlève aux Catholiques le droit d’enseigner leur credo; c’est dans des cours d’histoire nationale que l’on peut transmettre une connaissance de ce que fut le passé, la tradition. Et c’est aux paroisses à faire connaître le catéchisme chrétien à toutes les familles qui le veulent bien, aux diverses religions à défendre et à illustrer leur foi. Toutes ont cette liberté. Et, pour paraphraser Voltaire, je défendrai cette liberté jusqu’à la dernière goutte de mon sang; je défendrai votre droit à penser différemment et à pratiquer votre religion, mais je vous refuserai le droit d’imposer vos croyances aux autres, parce que vous n’avez pas ce droit.

 Tous les élèves suivront obligatoirement ce cours d’éthique et de culture religieuse? Dans l’ancien programme, les élèves avaient le choix de s’inscrire à un cours de morale sans contenu proprement confessionnel. Combien d’heures seront consacrées à l’éthique et combien à la connaissance des religions dans le nouveau le cours Éthique et culture religieuse? C’est aux diverses religions, il me semble encore une fois, à s’occuper de leurs ouailles et de la défense et de la propagation de leur foi. La mission de l’école est de former des citoyens aptes à comprendre et à rendre habitable ce monde étonnant dans lequel nous vivons pour un temps. Et il est bon de se souvenir que l’éducation n’appartient pas à l’État, ni à l’Église, ni même aux parents, elle appartient à l’enfant et à sa future liberté, comme nous le rappelait Bakounine.

 

Le rationaliste, ce pelé, ce galeux

 Certains se plaignent : initier les jeunes Québécois à la pensée critique et à l’esprit démocratique, qui est au cœur de l’éducation des jeunes selon la démarche du Mountclair Institute of Philosophy for Children? Non, mais? Que faites-vous de nos traditions? Initier les jeunes à la pensée rationnelle? Que va dire le Cardinal? Que les Québécois sont instables et désorientés? Que vont dire nos intellectuels bien pensants? Apprendre à se servir de sa raison? Vous n’y pensez pas? Le rationaliste, ce pelé, ce galeux, n’est pas loin. « Sans la croyance, rien ne marcherait. C’est la faiblesse de la pensée rationaliste de s’imaginer que s’il n’y avait que la raison, tout marcherait, au contraire. On méprise la croyance, mais c’est par une vue incroyablement courte. » (9) Ainsi pense un de nos penseurs de souche.

 Qui ne voit que l’auteur de cette affirmation, de cette diffamation, notre bien aimé Pierre Vadeboncoeur, emploie le mot croyance sous deux acceptions différentes? La croyance religieuse et la croyance humaine ordinaire sont deux choses fort différentes. Croire en la divinité et la résurrection du Christ, à la résurrection des corps ou à la transmigration des âmes, à la transsubstantiation, à l’immaculée conception, au péché originel, à la survie après la mort, à un dieu trine ou … au supposé miracle à l’origine du centre de pèlerinage du Cap-de-la-Madeleine, aussi bien que croire en une personne divine distincte du monde, est une chose; croire aux grandes valeurs de la liberté de conscience, des droits de l’homme, de l’égalité des sexes, croire à la valeur des faits et des preuves, avoir foi en ses semblables, ou aux théories scientifiques, cela est une autre chose.

 Les croyances proprement religieuses ne sont fondées que sur des illusions, sur une volonté et un besoin irrépressible, souvent infantile, de croire; les croyances communes à la base de nos sociétés et de nos savoirs vérifiables sont le fait d’une adhésion prudente et progressive de notre part. Il est malhonnête intellectuellement d’écrire que le « rationaliste » méprise la croyance; il refuse les illusions religieuses et recherche la vérité avec tout son être, de toute son âme. Il est impératif de ne pas dénaturer la pensée de ceux que vous déclarez vos adversaires sous le nom infamant, à vos yeux, de rationalistes. Et il est éminemment malhonnête de le faire.

 Cette plainte et cette accusation de Vadeboncoeur me rappellent celles de Pascal quand il guerroyait contre les libertins de son temps :

– Quelle raison ont-ils de dire qu’on ne peut ressusciter? Quel est plus difficile, de naître ou de ressusciter, que ce qui n’a jamais été soit, ou que ce qui a été soit encore? Est-il plus difficile de venir en être que d’y revenir ? La coutume nous rend l’un facile, le manque de coutume rend l’autre impossible : populaire façon de juger.

– Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter, continue-t-il? Une poule ne fait-elle pas des œufs sans coq? Quoi les distingue par dehors d’avec les autres? Et qui nous a dit que la poule n’y peut former ce germe aussi bien que le coq?

– Qu’est-il plus difficile de produire un homme ou un animal, que de le reproduire?

– Qu’ont-ils à dire contre la résurrection et contre l’enfantement d’une vierge?

– Que je hais ces sottises, de ne pas croire l’Eucharistie, etc. Si l’Évangile est vrai, si Jésus-Christ est Dieu, quelle difficulté y a-t-il là? (10)

 C’est bien le grand Pascal qui raisonnait ainsi. C’est là où l’on en arrive quand on abandonne la raison et que la foi nous aveugle.

 Ces mystiques et leurs semblables ne méritent que la riposte cinglante de Spinoza : « Il faudrait être réduit au dernier désespoir ou avoir perdu tout bon sens, pour donner un congé définitif à la raison, pour mépriser tous les arts et les sciences en refusant la moindre certitude à la raison. Mais ne sont-ils pas alors d’autant plus inexcusables, qu’ils ont recours à la raison pour chasser la raison et cherchent un motif certain de nier sa certitude? » … « Mais il ne faut nullement se fier à leurs paroles, car nous montrerions sans peine qu’ils cèdent simplement à leurs passions ou à la vanité. » (Je serais ici moins dur et moins injuste que Spinoza, il y a d’autres possibilités; je dirais plutôt qu’ils cèdent à des illusions, à un besoin de croire, à une sentimentalité déplacée, à un refus de connaître, à un entêtement dans l’ignorance et l’erreur, à une peur panique devant l’absence d’un dieu personnel.) « Mais, continue Spinoza, quant à la vérité et la certitude, en matière de spéculation pure, nul Esprit n’en témoigne, si ce n’est la raison, seule à revendiquer le royaume de la vérité. Ceux donc qui prétendent, en dehors de la raison, être inspirés de quelque Esprit, auquel ils se fient pour être certains de la vérité, se livrent à de vaines rodomontades. Ce langage leur est dicté par leurs passions, ou bien ils craignent tellement d’être réfutés par les philosophes et exposés à la risée publique, qu’ils se réfugient dans le sacré. En vain, certes. Quel sanctuaire pourrait donner asile à celui qui a lésé la majesté de la raison? » (11)

 « Seule une conception du monde qui a accompli tout ce que le rationalisme a réalisé, rappelait Albert Schweitzer, a le droit de condamner le rationalisme. »

 Devant toutes les religions de ce monde, il me semble donc qu’il faut raison garder. La vérité, nous dit-on, nous rendra libres. Cherchons la, ensemble. Voilà, à mes yeux, la réponse qu’il faut donner aux défis d’un pluralisme démocratique de bon aloi et d’une laïcité ouverte à la raison, à la liberté et à la justice.

 

Laïcité, avancées et dérives

 Le théologien Guy Durand affirme, dans son livre Le Québec et la laïcité, avancées et dérives, (12) qu’«il existe un vague sentiment de culpabilité des Québécois (et de beaucoup d’Occidentaux) pour les excès passés de leur religion officielle, » et ajoute « quand ce n’est pas un complexe amour/haine non résorbé, nourri des frustrations, rancœurs et déceptions accumulées. »

 J’avoue que je n’ai jamais eu de sentiment de culpabilité pour les fautes commises par l’Église de Rome, ni de complexe amour/haine pour elle et qui  serait, de surcroît, non résorbé. Le propos central du livre de Durand est de rappeler que l’Église chrétienne a façonné la civilisation occidentale, a laissé sur elle une marque indélébile, ce qui est une évidence, et que sans elle, selon lui, cette civilisation n’aurait pas atteint les sommets qu’elle a connus. Ni ses abîmes, faut-il rappeler. Durand et ses semblables oublient de dire que l’Église elle-même a été façonnée par les civilisations qui l’ont précédée et engendrée.La Grècea connu les sommets que l’on sait sans avoir eu besoin des Évangiles. Nous serions très mal avisés, pense Guy Durand, de délaisser notre passé chrétien, nous nous nierions nous-mêmes dans un ridicule suicide spirituel.

 Nous avons délaissé notre héritage chrétien et fondé une autre tradition basée sur la science, je veux dire la méthode et l’esprit scientifiques qui ne viennent pas du Christianisme et de ses dogmes, ni d’ailleurs la démocratie et la liberté de conscience, que l’Église a niées jusqu’à tout récemment.

 Il faudrait tout un livre pour répondre aux affirmations de Guy Durand. Il écrit :

« Malgré ses excès, encore une fois, l’Occident chrétien est une terre de liberté, de tolérance, de paix. Il n’est d’ailleurs pas question ici de foi personnelle ni de croyances, encore moins de pratiques liturgiques, mais de culture, de culture commune … Refuser l’héritage culturel chrétien, refuser ses symboles et ses manifestations, c’est refuser l’histoire qui a fait ce pays, disons-le encore une fois. C’est aussi refuser le présent en niant les droits de la grande majorité des citoyens qui sont encore de culture chrétienne … Refuser l’héritage, c’est hypothéquer l’avenir. Il n’y a pas d’avenir sans passé. »

 Il n’y a rien de stable dans l’histoire. La « culture commune » change continuellement. Le christianisme est venu à un moment donné de l’histoire humaine, après l’Égypte, les cultures dela Mésopotamie, la juive comprise, aprèsla Grèceet Rome, après la culture plurielle de l’Antiquité, une Antiquité qui a trouvé solution à ses maux, solution assez boiteuse, faut-il le dire, en accouchant de cette nouvelle religion. Le christianisme n’a pu réussir qu’au prix d’adopter de grands pans de la culture qui avait cours à l’époque; il n’a pas détruit le paganisme; il l’a adopté et adapté. La culture de l’Antiquité en mourant s’est transformée en une vie, en une mouture nouvelle que sont la théologie et la liturgie chrétiennes.

 La langue grecque, qui avait dominé la philosophie pendant des siècles, est devenue le véhicule du rituel et de la littérature chrétienne; les mystères grecs ont passé dans le grand mystère de la messe. La synthèse chrétienne s’est alimentée aussi à d’autres sources. Les idées dela Trinité, du Jugement dernier, et d’une immortalité personnelle de récompenses et de punitions sont venues d’Égypte. D’Égypte également, l’adoration dela Mèreet de l’Enfant, ainsi que la théosophie mystique qui a donné naissance au Néoplatonisme et au Gnosticisme, qui tous deux ont jeté un voile d’obscurité sur le credo de cette nouvelle religion qui prenait forme; d’Égypte encore est venu le monachisme chrétien.

 Dela Phrygieest venue l’adoration dela GrandeMère;  dela Syrie, le drame de la résurrection d’Adonis; de Thrace probablement, le culte de Dionysos, le dieu qui meurt et qui sauve.

 Le millénarisme vient dela Perse; d’elle également les âges du monde, la conflagration finale, le dualisme de Satan et de Dieu, des Ténèbres et dela Lumière.

 Le culte de Mithra était si ressemblant au sacrifice eucharistique de la messe, que des Pères de l’Église ont accusé le diable d’avoir inventé ces similitudes pour tromper les fidèles.

 L’Église a christianisé les fêtes populaires; elle a remplacé les dieux des religions traditionnelles, devenus décidément peu crédibles et auxquels les païens eux-mêmes ne croyaient plus, par l’instauration du culte des saints chrétiens qui est toujours florissant aujourd’hui. L’épuration du concept de la divinité, commencée depuis des siècles chez les philosophes grecs et romains évoluant vers la conception d’un seul dieu suprême, s’est continuée dans le christianisme. Le monothéisme, cependant, n’a pas triomphé totalement dans le christianisme comme il l’a fait dans l’Islam. Un dieu trin, un homme dieu qui meurt et qui sauve, le culte toujours vivace à Marie Mère de Dieu et le culte omniprésent des saints, sont des signes de la permanence d’un certain paganisme et polythéisme dans la nouvelle religion.

 Il n’y a qu’un pas entre le dieu d’Épictète ou de Marc-Aurèle et celui des Chrétiens, entre celui du stoïcien Cléanthe et celui des Pères de l’Église. Dans son hymne à Zeus, Cléanthe résume ainsi ce que l’intelligentsia de l’Antiquité gréco-romaine pensait de la divinité suprême :

 Salut à toi, ô le plus glorieux des immortels, être qu’on adore sous mille noms, Zeus éternellement puissant ; à toi, maître de la nature ; à toi, qui gouvernes avec loi toutes choses ! C’est le devoir de tout mortel de t’adresser sa prière ; car c’est de toi que nous sommes nés, et c’est toi qui nous as doués du don de la parole, seuls entre tous les êtres qui vivent et rampent sur la terre. À toi donc mes louanges, à toi l’éternel hommage de mes chants !

Ce monde immense qui roule autour de la terre conforme à ton gré ses mouvements, et obéit sans murmure à tes ordres… Roi suprême de l’univers, ton empire s’étend sur toutes choses. Rien sur la terre, Dieu bienfaisant, rien ne s’accomplit sans toi, rien dans le ciel éthéré et divin, rien dans la mer ; hormis les crimes que commettent les méchants dans leur folie…

Zeus, auteur de tous les biens, dieu que cachent les sombres nuages, maître du tonnerre, retire les hommes de leur funeste ignorance ; dissipe les ténèbres de leur âme, ô notre père, et donne-leur de comprendre la pensée qui te sert à gouverner le monde avec justice.

Alors nous te rendrons en hommages le prix de tes bienfaits, célébrant sans cesse tes œuvres ; car il n’est rien de plus noble, et pour les mortels et pour les dieux, que de chanter éternellement, par de dignes accents, la loi commune de tous les êtres. (Traduction : Alfred Fouillée, 1838-1912).

 Les exploités de cette société esclavagiste qu’était l’Empire romain avaient, par-dessus tout, un pressant besoin de compassion humaine et d’amour du prochain. Les esclaves, les chevaliers et les patriciens, qui rejoignaient cette secte nouvelle naissant dans le sein de leur société, avaient soif de la bonne nouvelle d’un salut personnel dans un autre monde et de l’amour du prochain dans celui-ci. Les sociétés trouvent toujours, tant bien que mal, au sein d’elles-mêmes des remèdes à leurs maux.

 La victoire finale de cette nouvelle religion, cependant, est due à l’aventure personnelle d’un grand général nommé Constantin. L’Empire romain avait besoin d’unité et de paix, comme toutes les sociétés. Constantin a réussi à les lui a données, après une nième guerre civile de laquelle il sortit victorieux. Il avait besoin d’une religion pour consolider l’unité de son empire. Ce fut le rôle joué par le christianisme. La paix, par contre, fut longue à venir. Et quand, dans les deux siècles qui ont suivi la mort de Constantin, l’État romain d’Occident s’est effondré sous les coups des envahisseurs et qu’il n’y avait plus d’autorité autre que celle de la nouvelle religion d’État, celle-ci prit naturellement la direction à la fois morale, intellectuelle, et même administrative pour un temps, de la nouvelle civilisation qui naissait en Occident.

 Le christianisme fut la dernière grande création du monde « païen », écrit avec justesse Will Durant. (13)

 Si Rome n’avait pas unifié le bassin dela Méditerranéepar la force des armes et n’y avait pas créé une seule grande société, il n’y aurait pas eu cette religion chrétienne catholique qui s’est éventuellement étendue aux quatre coins de l’Occident; il y aurait eu plusieurs religions nationales ou régionales, et le paganisme n’aurait pas disparu aussi rapidement. Ni l’arianisme ou le mithraïsme. Tout a dépendu, en bonne partie, de la fortune des armes. Si Hannibal avait pris une autre décision après sa victoire à Cannes, si Constantin … L’histoire aussi est le fruit du hasard et de la nécessité et les principes de l’évolution des formes vivantes s’appliquent aussi, mutatis mutandis, aux sociétés humaines.

 Si l’Occident n’avait pas, à partir du XVe siècle, étendu ses tentacules aux quatre coins de la planète, il n’y aurait pas aujourd’hui deux milliards d’être humains de religion chrétienne. « L’Occident a conquis le monde non par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion, mais plutôt par l’application systématique d’une violence organisée. Les Occidentaux oublient souvent ce fait, les non Occidentaux, jamais. » (Samuel P. Huntington)

 Affirmer  sans broncher et sans plus, comme le fait Guy Durand, que « l’Occident chrétien, (en mettant l’accent sur chrétien), a donné naissance aux droits de la personne, à la liberté individuelle, à la valorisation de la femme, au souci des démunis », comme si tout avait commencé avec les Évangiles, est faire preuve d’une certaine ignorance de l’histoire. Le désir de liberté et l’aspiration à la justice sont vissés au cœur de l’homme. Faut-il rappeler que la démocratie, la liberté de conscience et l’État de droit sont nés péniblement et partiellement en Grèce, avec Solon en -594 avant notre ère, (14) si nous pouvons mettre une date et un lieu à de tels phénomènes. Tout se fait graduellement dans l’histoire. Rome, de son côté, a entrepris sa lutte pour la démocratie dès -509, lutte qui durera jusque vers -264 ; et elle connut un apogée de civilisation, inspiré par les penseurs stoïciens, entre 96 et 180 de notre ère, un État de droit qui n’a pas duré longtemps mais qui a laissé un souvenir impérissable dans la mémoire des peuples d’Occident.

 Voici, pour exemple, la vision du stoïcien Cicéron : « La vraie loi est la droite raison en accord avec la nature, universelle dans sa perspective, invariable, éternelle. … On ne peut s’y opposer ou l’altérer, on ne peut l’abolir, on ne peut se libérer de ses obligations envers elle par aucune législation, et on ne doit pas chercher ailleurs qu’en nous-mêmes la source de cette loi. Cette loi n’est pas différente à Rome ou à Athènes, dans le présent ou dans l’avenir ; …elle est et sera valide pour toutes les nations et pour tous les temps. …Qui lui désobéit se nie lui-même et sa propre nature. » (15) C’est là un résumé de l’idéal qui a été recherché, poursuivi, l’est encore aujourd’hui et le sera demain et aussi longtemps qu’il y aura une civilisation humaine qui luttera pour faire triompher cette idée et cet idéal.

 

Origine des droits de l’homme?

Les penseurs chrétiens d’aujourd’hui ne semblent pas se souvenir que le concept des droits de l’homme nous vient en droite ligne des philosophes stoïciens. Mais, évidemment, pour les chrétiens les droits de l’homme sont enracinés en Dieu, prétendait, ce mercredi 10 décembre 2008, Benoît XVI à l’occasion des 60 ans de la signature dela Déclaration universelle des droits de l’homme. (16) Il va de soi que c’est une affirmation faite sans preuve, comme toutes les affirmations religieuses.

 « Depuis toujours, l’Église rappelle que les droits fondamentaux, au-delà des différentes formulations et importances qu’ils peuvent prendre dans le cadre des diverses cultures, sont un fait universel, parce qu’inhérents à la nature même de l’homme », affirme le pape. Concept tout à fait stoïcien, s’il en est un.

 « La loi naturelle, inscrite par le créateur dans la conscience humaine, est un dénominateur commun à tous les hommes et à tous les peuples ; c’est un guide universel que tous peuvent connaître et sur la base desquels tous peuvent s’entendre », a-t-il ajouté.

C’est un leitmotiv, que les chrétiens répètent inlassablement, que « les droits de l’homme sont donc finalement enracinés en Dieu créateur, lequel a donné à chacun l’intelligence et la liberté. Si l’on fait abstraction de ce fondement éthique, les droits humains demeurent fragiles car privés d’un fondement solide », prétend Benoît XVI.

 Pour le pape, la célébration du 60ème anniversaire dela Déclarationdes droits de l’homme constitue donc, selon le communiqué du Vatican, une occasion pour vérifier « dans quelle mesure les idéaux, acceptés par la grande majorité de la communauté des nations en 1948, sont aujourd’hui respectés dans les différentes législations nationales, et plus encore dans la conscience des personnes et des collectivités ». 

 « Un long chemin a sans aucun doute été parcouru, mais une bonne partie reste encore à parcourir : des centaines de millions de nos frères et sœurs voient aujourd’hui encore leurs droits à la vie, à la liberté, à la sécurité, menacés ; l’égalité entre tous n’est pas toujours respectée ni la dignité de chacun, alors que de nouvelles barrières sont élevées pour des raisons liées à la race, à la religion, aux opinions politiques et à d’autres convictions. Que ne cesse donc pas l’engagement commun à promouvoir et mieux définir les droits de l’homme, et que s’intensifient les efforts pour en garantir le respect », a conclu le Pape.

 Dans la foulée de la commémoration du 60e anniversaire dela Déclaration universelle des droits de l’homme, le cardinal Martino, quant à lui, faisait observer, le 15 décembre 2008, qu’il existait une longue tradition catholique « sur la question des droits de l’homme », mais que « cet itinéraire historique de la tradition chrétienne des droits de l’homme n’est certainement pas un itinéraire pacifique ».

 Et d’expliquer : « Il y a eu aussi, en effet, de la part du magistère, de nombreuses réserves et condamnations devant l’affirmation des droits de l’homme faite dans le sillage de la Révolutionfrançaise ». 

Ces réserves venaient du fait, selon le cardinal Martino, que « ces droits étaient proposés et affirmés contre la liberté de l’Église, dans une perspective qui s’inspirait du libéralisme et du laïcisme ».

Il a souligné la notion fondamentale de « personne humaine », lit-on dans le communiqué du Vatican: « Dans la vision catholique, a-t-il précisé, une interprétation correcte et la protection de ces droits dépendent d’une anthropologie qui embrasse toutes les dimensions constitutives de la personne humaine. La dignité humaine, qui est égale chez chaque personne, est donc la raison ultime pour laquelle les droits peuvent être revendiqués pour soi et pour les autres avec une force majeure ».

Le cardinal Martino a souligné la source, aux yeux des chrétiens évidemment, d’où découlent ces droits, comme l’avait fait le pape : « Tous les êtres humains peuvent légitimement les revendiquer, avant tout parce qu’ils sont enfants du même et unique Père, et non pas d’abord en raison de leur appartenance ethnique, raciale et culturelle ».  

Les non chrétiens, tout comme Cicéron, Confucius ou Mo-Tseu, affirment plutôt que c’est parce qu’ils appartiennent tous au « genre humain ».

« L’ensemble des droits de l’homme, concluait le cardinal Martino, doit correspondre en conséquence à la substance de la dignité de la personne. Ils doivent avoir pour but la satisfaction de ses besoins essentiels, l’exercice de ses libertés, de ses relations avec les autres personnes et avec Dieu ».

La filiation stoïcienne de la notion des droits de l’homme dans la civilisation occidentale ne peut être plus claire, si l’on fait la comparaison des textes des voix autorisées du Vatican et des textes des penseurs stoïciens.

Le cardinal Martino fait un pudique oubli, cependant, de la longue tradition chrétienne de la négation des droits de l’homme par l’Église de Rome bien avantla Révolutionfrançaise. L’Église ne les a reconnus que bien tardivement et tout récemment dans l’histoire de l’Occident. Et ce n’est pasla Romechrétienne, je veux dire le Vatican d’où est sensé découler toute vérité, qui les a mis à l’ordre du jour de l’histoire.

Délaisser le passé?

 Guy Durand, pour y revenir, se plaint et s’indigne que l’on puisse délaisser l’héritage sacré et la foi de nos pères et mères. Refuser l’héritage, c’est hypothéquer l’avenir, il n’y a pas d’avenir sans passé, écrit-il. C’est exactement la plainte et l’accusation que Celse adressait vers 175 de notre ère aux Chrétiens : « Vous ne vous attendez pas, je suppose, à ce que les Romains délaissent, pour embrasser votre foi, leurs traditions religieuses et civiles, et invoquent votre Dieu, le Très-Haut ou de quelque nom que vous l’appeliez, … » (17)

 Encore quelques siècles, cependant, et Rome était devenue chrétienne, le glaive de Constantin et de Théodose aidant, et celui de beaucoup d’autres empereurs chrétiens, parce que les Romains « éclairés » ne croyaient plus aux dieux romains, et que « les masses » trouvaient consolations et refuge dans les  mystères venus du Moyen Orient et d’Égypte. Ces derniers semblaient convenir davantage à l’état de l’opinion publique et à la situation de l’Empire romain dans sa période de décadence. « Il est une nouvelle race d’hommes nés d’hier, sans patrie, ni traditions, ligués contre toutes les institutions religieuses et civiles, poursuivis par la justice, universellement notés d’infamie, mais se faisant gloire de l’exécration commune : ce sont les Chrétiens. » C’est par ces mots que Celse débutait son pamphlet contre les Chrétiens et voulait maintenir la tradition romaine qui s’étiolait. Et c’est ainsi que toujours les « conservateurs » réagissent aux idées nouvelles et aux traditions qui commencent, quelle que soit la nature de ce qui commence. Nous ne savons guère ce que sera l’avenir, mais nous savons qu’il sera différent du passé, et que le passé, on le sait aussi, dure longtemps.

 Durand n’est pas le premier défenseur de l’Église, et ne sera sans doute pas le dernier, à entonner le refrain de l’incommensurable supériorité de l’Église de Rome, quand il affirme avec une belle assurance qu’elle « a donné naissance aux droits de la personne, à la liberté individuelle, à la valorisation de la femme, au souci des démunis. » Toutes les religions ont eu leur part dans l’élévation morale de l’humanité, du Zoroastrisme à l’Islam, mais hélas, elles n’ont pas eu que cette fonction. Toutes ont eu leurs côtés sombres et ont conduit les hommes à des crimes horribles au nom du Très-Haut.

 Des livres ont été écrits, des colloques ont été tenus pour soutenir cette thèse de la supériorité et de l’indispensabilité du Christianisme dans l’histoire de l’Occident. (18) Des historiennes et des historiens distingués ont conclu leurs recherches par ces affirmations péremptoires et étonnantes. Le commun des mortels ou les accepte de bonne foi ou s’en indigne. Il s’étonne à tout le moins que les maîtres de l’Inquisition et du totalitarisme spirituel qui ont fait des petits au XXe siècle, que ceux qui niaient la liberté de conscience au Concile Vatican I, aient pu avoir donné naissance à la liberté individuelle et aux droits de l’homme, ou de la personne comme on dit aujourd’hui dans certains milieux, que ceux qui maintiennent encore la femme dans une position secondaire dans leur entreprise aient pu avoir quelque influence significative que ce soit sur la valorisation de la femme dans notre civilisation, et que ceux qui prêchaient aux pauvres la résignation aient pu avoir quelques soucis profonds d’éradiquer la pauvreté et les inégalités en ce monde, puisque c’était l’autre monde qui était le vrai. Celui-ci n’était qu’une vallée de larmes qu’il fallait accepter. L’Église des origines n’a jamais condamné l’esclavage, on le sait, et recommandait bien sagement aux femmes « d’être soumises à leurs maris ». La maturation de l’humanité se fait lentement dans l’histoire aux hasards des hommes et des circonstances.

 Aujourd’hui comme hier, l’Église a suivi l’évolution morale, culturelle et intellectuelle de son temps et en a été souvent l’incarnation bien imparfaite. Ce sont les dissidents, que l’Église a toujours combattus avant de les reconnaître, qui font avancer l’histoire humaine. L’Église, aujourd’hui, se fait la championne des droits de l’homme et de la dignité humaine. Et adresse quelques louanges à Galilée.  On ne s’en plaindra pas. Mais on se souvient. Et l’on n’est pas dupe.

Si l’Occident est devenu plus ou moins une terre de liberté, de tolérance et de paix, contre qui donc avons-nous dû lutter tous ces siècles pour y parvenir? L’Église faisait partie de la cohorte de ceux contre qui nous avons dû lutter. Avant les barbaries séculières du XXe siècle, nous avons connu les barbaries religieuses des siècles passés. Qui donc a exterminé les Albigeois, a prêché les Croisades et persécuté les Juifs et tous les dissidents et tous les hérétiques de ce monde? Qui a ensanglanté l’Europe des guerres de religions? Qui a été responsable du massacre de la Saint-Barthélemy? Qui a trahi sa parole et mis à mort Jean Hus et ses compagnons, à Prague, en 1415? Qui a brûlé vif Giordano Bruno à Rome, en 1600? Les dragonnades du siècle de Louis XIV ont été inspirées par qui? On massacrait au nom de la religion chrétienne à la fin du XVIIe siècle en France, faut-il le rappeler. Qui a empêché les Huguenots de venir de France en Nouvelle-France?

On excommuniait encore à qui mieux mieux, au 20ème siècle, dans cette Église dont on dit qu’elle est à l’origine des droits de l’homme et de la liberté de conscience. Quel cardinal primat d’Espagne déclarait, en 1936, quand les bombes de Franco semaient la mort en Espagne : « Qu’importe les canons, pourvu que dans les brèches qu’ils font puisse fleurir l’Évangile »? Sous Jean-Paul II et son successeur Ratzinger, la liberté d’enseignement n’existe guère dans les institutions catholiques. Allez en parler à Hans Küng, Eugen Drewermann, Bernard Besret, ancien prieur de Boquem, (19) et à tous ceux et celles qui ont été censurés ou ont perdu leur droit d’enseigner dans les séminaires et autres lieux de formation sous contrôle du Vatican, ces cinquante dernières années.

Contre toutes les religions, spirituelles ou séculières de ce monde, nous avons conquis de haute lutte le droit aux recherches libres de tout dogme; seules l’expérience et la raison sont nos guides. « Vous avez raison, mon cher sceptique, disait Einstein, seule l’expérience décide de la vérité, » (20) quand il s’agit de choisir entre des théories laquelle est la bonne.

Et voilà qu’un théologien de Montréal nous affirme que les quelques libertés dont nous jouissons et que les droits de l’homme qui sont incarnés dans nos lois sont des cadeaux de l’Église de Rome et qu’on trouve leurs origines dans les Évangiles. On ne le répètera jamais assez, ces derniers siècles l’Église catholique a plutôt suivi que précédé l’évolution morale et intellectuelle de l’Occident. Elle a admis la démocratie et la liberté de conscience bien tardivement et parce que forcée par l’environnement culturel laïque de l’Occident libéral.

 

Les valeurs chrétiennes

 Je suppose que si l’on veut chercher les valeurs chrétiennes, il faut les aller chercher dans les Évangiles. Contrairement à l’Église, le Jésus des Évangiles n’avait pas une aversion maladive et irrationnelle contre la femme, ne désirait pas le pouvoir et ne se servait pas de la faiblesse et de la perversion humaines supposées comme une excuse pour la tyrannie et l’oppression. Mais on ne peut certes pas absoudre, cependant, le Jésus des Évangiles des maux et des malheurs qu’a connus et subis l’humanité en son nom.

 Jésus, s’il a vraiment existé, n’était pas l’être que la tradition et la légende veulent bien nous laisser croire. Nous n’avons qu’à lire les Évangiles, rien que les Évangiles. Il n’était pas le modèle de la tolérance et de la modération qu’on nous peint dans l’imaginaire populaire. Lisez l’Évangile de Jean, et tous les autres d’ailleurs, vous y verrez un autre Jésus, assez intransigeant, immodéré et autoritaire. « Je suis la lumière du monde » lui fait dire Jean l’évangéliste. « Je suis la voie, la vérité et la vie, personne ne va à mon Père que par moi. Je suis le pain vivant… si quelqu’un mange de ce pain vivra éternellement… Qui a bu mon sang et a mangé ma chair aura la vie éternelle. » C’est assez cannibale comme métaphore ! (Si vraiment Jésus a dit cela.) « Ce langage là est trop fort », se plaignaient les disciples, « qui peut l’écouter? » (21)

 Si l’on ne se rebiffe pas contre de telles prétentions, ce n’est que parce que l’on accepte, que l’on croit que Jésus, le fils de Joseph et de Marie, est Dieu. Zoroastre ou le Bouddha ou Mahomet ou Confucius ou Lao-Tseu ou Manès ne se déclaraient pas Dieu ou Fils de Dieu, comme le fait l’humble Jésus de Nazareth. « Moi et mon Père ne font qu’un. » Aux Pharisiens qui doutaient, qui s’indignaient et qui lui jetaient quelques pierres, Jésus leur demandait: qu’ai-je fait pour mériter un tel opprobre? « Étant un homme, tu t’es fait Dieu. » On voit Jésus alors leur répondre qu’ils ne sont pas dignes de passer jugement sur lui. «Vous êtes de ce monde, je ne suis pas de ce monde », peut-on lire encore dans Jean. Tous les illuminés parlent ainsi.

 Je suis prêt à m’asseoir avec le théologien Guy Durand et à lire les Évangiles avec lui, rien que les Évangiles, qui sont censés être le dépôt de la révélation divine, nous assure-t-on. Pas les gros commentaires inutiles que les théologiens depuis 2000 ans ont écrits pour expliquer le message de Jésus de Nazareth.La Parolede Dieu a-t-elle donc besoin de tant de commentaires et d’éclaircissements ? Dieu ne peut-il pas parler plus clairement aux hommes, comme vous supposez qu’il l’a fait dans les Évangiles? Et, de grâce, ne nous rabattez pas les oreilles avec cette ineptie, qu’Il se conforme à l’esprit de ceux à qui Il parle.

 J’ai repris récemment la lecture des Évangiles. Je suis aussi abasourdi aujourd’hui, et même plus, que je ne l’ai été dans la vingtaine lorsque je les ai lus et que j’ai rejeté cette prétendue révélation divine, cette vision du monde faite d’un Dieu qui s’incarne « pour expier les péchés du monde » et apaiser la colère de son Père Céleste, notion assez absurde, d’un Jugement dernier, notion tout aussi absurde, où les bons et les méchants seront départagés et ces derniers seront projetés dans un feu éternel, tandis que les premiers recevront la récompense éternelle pour leur foi en Jésus. Mettez les Évangiles aux rayons des contes de fées, ne leur accordez pas plus de crédit qu’aux écrits mythiques de tous les peuples, et ne vous basez pas sur eux pour établir votre morale ou votre compréhension du monde.

 Jean-Paul II croyait en l’existence de Satan. Je suppose que Satan ne vit pas au Ciel. Voyez comment les Évangiles rapportent les paroles de Jésus sur les châtiments qui attendent ceux qui n’auront pas cru en lui, qui auront démérité de son Père céleste. Je ne trouve pas ni dans Confucius, ni dans Lao-Tseu, ni dans le Bouddha de telles extravagances. « Quand le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche. Alors le Roi dira à ceux de droite : venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde …. Alors il dira à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le Diable et ses anges. … Et ils s’en iront, ceux-ci à une peine éternelle et les justes à la vie éternelle. » (22) Et il est clair que pour Jésus l’enfer n’est pas une condition spirituelle mais un lieu de tourment physique  qui durera éternellement. Je passe sur la difficulté, qu’ont eu à résoudre les théologiens, de corps qui brûlent éternellement. C’est assez comique de les lire sur ce point. Mais il n’y a rien d’impossible aux théologiens.

 Si je ne suis plus chrétien, c’est parce que je ne crois plus aux dogmes de l’Église du Christ. Il y a toujours eu des chrétiens qui ont été embarrassés par les passages extravagants des Évangiles sur la damnation éternelle. Origène avait donné une interprétation originale et assez généreuse de ces passages troublants des Évangiles, où à la fin tout, même Satan et ses anges, serait réconcilié avec Dieu. Mais Augustin ne l’entendait pas de cette oreille, qui qualifiait la position d’Origène de sacrilège et surpassant toutes les erreurs dans sa perversité. Le christianisme sans l’enfer est impensable. C’est pourquoi Jean-Paul II croyait toujours dur comme fer à l’existence de Satan, tout comme il croyait aux anges gardiens, et à bien d’autres fantaisies.

 Le cinquième concile œcuménique (an 553) condamnait Origène comme un hérétique et dénonçait toute une liste de ses erreurs, surtout celle qui affirmait que l’enfer était un état de tourment spirituel qui durerait aussi longtemps que nécessaire, mais pas plus, pour la réhabilitation de l’homme déchu. « Tant de charité et de bonne volonté étaient intolérables, » commente une philosophe de l’Université de Regina, Shadia Drury. (23) La position d’Origène avait surtout le malheur de ne pas être conforme au texte évangélique. C’est pourquoi Augustin aussi bien que Thomas d’Aquin ont défendu avec âpreté la doctrine de l’enfer comme lieu de tourment physique éternel. Le Docteur très Angélique soutenait que les damnés seraient « punis non seulement dans leur âme mais aussi dans leur corps. » (24) Il insistait sur le fait que le feu de l’enfer était corporel et qu’il brûlerait les corps ressuscités des damnés pendant toute l’éternité.

 Quand nous lisons les textes « sacrés » de l’Église de Rome de façon impartiale, nous ne pouvons qu’être scandalisés. Nous y voyons une religion avec une compréhension diabolique de la réalité du monde. Nous nous trouvons dans un monde où nous avons tous été condamnés à un tourment éternel par le seul fait que nous sommes les descendants supposés d’un premier couple mythique, Adam et Ève, un monde où nous avons besoin d’être sauvés d’une colère céleste, et un monde où il n’y a aucun moyen pour nous d’obtenir par nous-mêmes notre propre salut. Il fallait que l’Être suprême envoie son Fils Unique expier la faute originelle. Seul Dieu décide de notre salut, et ses critères et ses choix sont incompréhensibles. Et les récompenses de ceux qui seront sauvés et qui seront admis en Paradis pour l’éternité incluront celle de voir éternellement les tourments éternels des damnés.

 Thomas d’Aquin explique, en effet, que la vue des tourments des damnés de l’enfer est partie intégrale du plaisir d’être au Ciel. Le saint homme déclarait que de pouvoir « voir parfaitement les souffrances des damnés » rendait le bonheur des sauvés « plus délicieux », et les rendait capables « de donner plus de reconnaissance à Dieu. » À la question de savoir si ces élus n’avaient pas de pitié ou de compassion pour les damnés, le docteur Angélique répondait, avec sa logique ordinaire, qu’avoir pitié consiste à participer au malheur d’autrui, « mais les élus ne peuvent connaître aucune tristesse », aucun chagrin, donc ils n’ont pas de pitié pour les damnés. Au contraire, disait ce profond théologien, les « bienheureux se réjouiront de la punition des méchants » considérée comme la manifestation de la justice de Dieu. Il ne faut pas prendre des Évangiles ce qui nous plait et rejeter ce qui fait problème. C’est notre cardinal Ouellet qui nous le rappelait lors de son élévation récente au cardinalat. Je suis ici assez d’accord avec le Cardinal. Une fois n’est pas coutume.

 La religion de Jésus n’a pas été pervertie par les Évêques de Rome, par Paul de Tarse que je ne peux qualifier de saint, par l’Église constantinienne ou augustinienne, et par tous ceux qui ont commis les plus grands crimes en son nom. L’intolérance, l’esprit vindicatif et impérieux aussi bien que l’amour du prochain se trouvent dans les paroles qu’on attribue au Jésus des Évangiles. « Je vomirai les tièdes de ma bouche, » « qui n’est pas avec moi est contre moi, » « n’allez pas croire que je suis venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (25) ; ce ne sont pas là des paroles d’un homme modéré et tolérant. Le Christ des Évangiles ne semble pas avoir surmonté ses contradictions et demeure pour moi un personnage ambigu. Socrate, le Bouddha ou Lao-Tseu me semblent lui être supérieurs. À côté du sermon admirable sur la montagne, fabriqué après coup par les évangélistes (les évangiles ne sont pas des narrations historiques), il y a dans les Évangiles de nombreuses et terribles condamnations aux feux de l’enfer proférées par Jésus lui-même.

 Pourquoi faut-il s’étonner si après 2000 ans nous ne croyons plus aux dogmes chrétiens? Ils ne nous conviennent plus, voilà tout, du moins à un certain nombre d’entre nous. Une nouvelle tradition prend forme depuis quelques siècles en Occident, ou plutôt renoue avec celle née en Grèce aux sixième et cinquième siècles avant ce que l’on appelle encore l’ère chrétienne. Nous avons la prétention de nous déclarer non chrétiens dorénavant, comme les chrétiens d’il y a 2000 ans eurent l’audace de ne plus s’appeler romains, refusant les dieux de Rome ; nous ne sommes plus des chrétiens parce que nous ne croyons plus aux dogmes chrétiens, bien que nous soyons forcément sortis d’une longue tradition chrétienne, qui a eu ses sommets et ses abîmes, tout comme les premiers chrétiens en leur temps surgissaient d’une longue tradition plurielle du bassin dela Méditerranée. Et, aujourd’hui, la vision chrétienne du monde, avec ses dogmes et sa morale particulière, ne semble plus convenir aux temps nouveaux de l’histoire.

 Il y a une incompatibilité radicale entre l’esprit religieux et l’esprit scientifique; l’un repose sur la croyance en un dieu et sa parole pour expliquer ultimement, en dernière analyse, les phénomènes de la nature et la manière dont nous devons nous comporter sur terre, l’autre ne se base que sur notre lumière naturelle et sur les faits et les preuves difficilement et graduellement apportés pour soutenir ses affirmations, sa vision du monde; l’un repose sur des textes dits révélés, l’autre repose sur ce que lui révèlent ses observations contrôlées et sur ce que lui dit la voix de sa conscience. « Oui, mon cher sceptique, seule l’expérience décide de la vérité. » « Philosophes et théologiens ont encore à apprendre qu’un fait physique est aussi sacré qu’un principe moral » (J.-Louis Agassiz), qu’une affirmation métaphysique ou qu’une croyance religieuse.

Notes

 

  1. Ce fait est rapporté par le moine cistercien Ceasarius de Heisterbach, vingt ans après l’événement, F. Guizot, Histoire de France; G. G. Coulton, Life in The Middle Ages, Cambridge University Press, 1930.
  2. Papal Sin, Structures of Deceit, Garry Wills, Doubleday, 2000.
  3. Écrit avant la dernière malhonnêteté intellectuelle de ce Pape dit intellectuel : les préservatifs ne combattent pas le sida, ils ne font qu’aggraver le mal!
  4. Atlas of Religion, Joanne O’Brien and Martin Palmer, University of California Press, Berkeley, Los Angeles, 2007.
  5. Le Compendium du catéchisme de l’Église catholique, Libreria Editrice Vaticana, 00120 Citte del Vaticano, 2005.
  6. Je cite l’intégralité du communiqué du Vatican; voir son site zenit.org. J’avais écrit l’essentiel de la première partie de ce texte avant l’assemblée annuelle du MLQ, le 30 novembre 2008; et je recevais ce communiqué le même jour par le truchement du site du Vatican auquel je suis abonné. J’ai lu le communiqué à mon retour chez-moi, le 30 au soir. Je ne pensais pas, en écrivant mon texte, avoir une confirmation aussi rapide et claire de la pensée chrétienne.
  7. Un écho de ce que Augustin affirmait, dans ses Retractationnes, I, 12, 3, il y a 1500 ans, « la réalité même que l’on appelle aujourd’hui la religion chrétienne existait déjà chez les Anciens. Elle n’a même jamais fait défaut depuis les commencements de l’humanité, jusqu’à ce que le Christ soit venu dans la chair. C’est depuis que l’on a simplement appelé chrétienne la véritable religion, qui a toujours existé. » Il n’y a rien, vous dis-je, que les théologiens ne puissent inventer, hier comme aujourd’hui!
  8. Voir les travaux de l’école de Jean Piaget, entre autres.
  9. Pierre Vadeboncoeur, Essais sur la croyance et l’incroyance, Bellarmin, 2005.
  10. Blaise Pascal, Œuvres complètes, Bibliothèque dela Pléiade, 1954.
  11. Benoît de Spinoza, Œuvres complètes, Bibliothèque dela Pléiade, (1967) Autorités théologique et politique, c.  XV, pp. 822-823.
  12. Guy Durand, Le Québec et la laïcité, avancées et dérives, collection « Sur le vif », les Éditions Varia, 2004.
  13. Will Durant, Story of Civilization, vol. 3, Christ and Caesar cc. XXIX et XXX et Epilogue, Simon & Schuster, NY, 1972 (1944).
  14. Will Durant, Histoire de la civilisation, traduction française, vol. IV, la vie de la Grèce, livre 2, c. 5, Athènes, IV, 3, la révolution de Solon, Payot, Paris 1949; André Bonnard, Civilisation grecque, 10-18, vol. 1, De l’Iliade au Parthénon, c. 6, Solon et les approches de la démocratie, (1954) 1965; Jean Hatzfeld, Histoire de la Grèce ancienne, c. 10, Disparition du régime aristocratique, tyrannie et démocratie, PBP 5, 1967; Charles Freeman, The Greek Achievement, the Foundation of the Western World, Viking, NY, 1999, p. 102-106.
  15. Cicéron, De re publica III, 22 ; De officiis, I, 23 ; De legibus, I, 15 ; Dela République, Des Lois, GF Flammarion, 1965.
  16. zenit.org
  17. Celse, Contre les Chrétiens, J. J. Pauvert éditeur, Liberté, no. 28, 1965, p. 160.
  18. Les grandes inventions du Christianisme, sous la direction de René Rémond, Bayard Éditions, Paris, 1999; voir le tout récent livre de Jean-Claude Guillebeaud Comment je suis redevenu chrétien, Albin Michel, 2007; c’est le même argumentaire que celui développé par Durand et un courant de pensée bien ancré et fort répandu chez la gent théologique chrétienne, qui commet l’erreur de prendre l’effet pour la cause, de croire erronément que l’immense phénomène de la naissance, du développement et de la victoire finale de cette nouvelle religion était de nature autre que naturelle, une conséquence et une solution possible aux maux de la société impérialiste et esclavagiste dela Rome décadente.
  19. Bernard Besret, cet ancien prieur de Boquem, docteur en théologie et initiateur d’un vaste mouvement de réformes après le Concile Vatican II; il fut démis de toutes ses fonctions; il quitta les ordres définitivement et publia son « Confiteor » chez Albin Michel, en 1988; en 1993, il publiait, chez le même éditeur, une « Lettre ouverte au Pape qui veut nous asséner la vérité absolue dans toute sa splendeur », une réaction à l’Encyclique du 6 août 1993, Veritatis Splendor de Jean-Paul II; « nous sommes las de vos leçons de morale. Apprenez-nous à être plus spirituels, et la morale nous sera donnée par surcroît », se lamente Besret s’adressant à Jean-Paul II; « Si au moins vous nous parliez en votre nom personnel, continue Besret. Mais non, c’est au nom de Dieu que vous nous assenez vos propres vérités. » … « Le Jésus des Évangiles était un maître spirituel, pas un juge », répond sans détour ce chrétien nostalgique d’un autre christianisme que celui que Jean-Paul II a instauré après le Concile Vatican II. Cette lettre ouverte de 157 pages se lit d’un trait, et elle va droit à l’essentiel de la foi chrétienne.
  20. Albert Einstein, On the Generalized Theory of Gravitation, in the Scientific American Book of the Cosmos, David H. Levy, éditeur, 2000, page 24; reprise d’un texte d’Einstein écrit pour SA probablement dans les années 1920.
  21. Bible de Jérusalem, Évangile selon saint Jean, pp. 1406-7.
  22. Ibid., Mathieu, 25, 28, p. 1324.
  23. Drury, Shadia B., Terror and Civilization, Christianity, Politics and the Western Psyche, Palgrave/Macmillan, N.Y. 2004.
  24. Thomas d’Aquin, Somme théologique, S94, articles 1, 2, 3.
  25. Bible de Jérusalem (1961), Évangile selon Mathieu, 10, 34, page 1302. Les zélotes pouvaient être confirmés dans leur lutte armée contre Rome, et bien des croisés de tout acabit justifiés d’employer leurs glaives contre les impies. Tout ça, c’est maintenant du passé pour le Vatican. À la longue, au cours de l’histoire, les religions se purifient toujours au contact de l’homme triomphant et trébuchant.

 

                                                           (25 novembre 2008– 25 janvier 2009)

 

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