Laïcité javellisante, réelle ou authentique? Un membre s’exprime.

Laïcité javellisante, réelle ou authentique? Un membre s’exprime.

Voici une autre réponse à l’article publié dans La Presse “non à la laïcité javellisante” celle-ci de M. Normand Rousseau, membre de l’AHQ qui n’a malheureusement pas été publié. Elle est reproduite ici avec la permission de son auteur.

L’auteur de ce texte a publié La Bible immorale, La Bible démasquée et Le Procès de la Bible aux éditions Louise Courteau.

Depuis les accommodements raisonnables, le débat sur la laïcité est mal parti et on l’expose à toutes sortes de dérives. Pourquoi? Parce qu’on présente la laïcité comme une forme de persécution des religions alors qu’elle est tout le contraire: une protection des religions et des non-religions.

Pour établir une laïcité authentique, il faut se baser sur des principes objectifs et non sur des principes religieux. Par exemple, si on interdit la burka ou le hicab, ce n’est pas parce qu’ils sont une forme d’assujettissement de la femme selon l’islam, mais parce que, dans une société démocratique laïque, il faut se montrer à ses semblables à visage découvert. Porter un masque est donc interdit. Dans les manifestations publiques, le port du masque permet aux casseurs de dissimuler leur identité aux policiers et leur permet de se livrer impunément à leurs sévices. La burka ou le hicab permet à une musulmane de s’enfuir du lieu d’un accident en échappant à son identification. Ce n’est pas pour rien que les bandits portent cagoule lors de leurs méfaits. Par contre, le port du masque est permis comme protection contre les blessures: gardiens de but ou receveurs au baseball, motards, escrimeurs, soudeurs, etc. Il faut faire une seule exception pour l’amusement des enfants qui peuvent porter un masque à l’Halloween.

De la même façon, il faut interdire aux fonctionnaires tout signe religieux, non pas parce que ces signes sont religieux, mais parce qu’un fonctionnaire ne doit pas afficher ses allégeances religieuses, politiques ou sportives. Par exemple, on accepterait difficilement qu’un médecin porte un signe d’allégeance politique; qu’un policier, un ambulancier ou un juge affiche son appui à une équipe sportive; qu’un prof s’identifie comme mormon ou bouddhiste. Exiger qu’un fonctionnaire soit neutre pendant son service ne brime en rien son identité personnelle et encore moins la liberté de conscience de qui que ce soit. En dehors de ses heures de service, on peut afficher ses convictions religieuses, politiques ou sportives comme bon nous semble. Aucune religion ne doit exiger le port d’un signe religieux.

Ainsi, une arme est une arme qu’elle soit un symbole religieux ou non. Elle doit donc être interdite en tout temps.

Un vêtement peut être un signe identitaire. Comment admettre qu’un policier vous arrête avec une tuque du Canadien ou un turban? Chaque fonction sociale a son costume dont le but est d’identifier le rôle social de celui qui le porte. On ne doit pas amalgamer les vêtements religieux aux costumes d’un fonctionnaire en service.

Quant aux prières publiques, elles ne doivent pas être interdites en tant que prières religieuses, mais en tant qu’imposition d’une coutume non acceptée par tous. Accepterait-on qu’un maire athée impose une prière au soleil? Aucune religion ne doit imposer une prière au début d’une assemblée publique quelconque. Les prières ont leur place dans le temple de chaque religion ou à domicile.

Quant au crucifix à l’Assemblée nationale, il n’a pas sa place parce qu’il est un symbole religieux du christianisme. Or, le gouvernement du Québec doit gouverner avec égalité tous les citoyens de la province qu’ils soient catholiques, protestants, musulmans, juifs, bouddhistes, athées ou agnostiques. On voit très bien que le crucifix ne représente pas toutes ces croyances et non croyances. On ne peut faire appel à aucune priorité historique (par exemple, nous sommes arrivés les premiers), ni aucune priorité patrimoniale (par exemple, c’est la coutume au Québec), pour imposer le crucifix à l’Assemblée nationale. L’État doit être neutre; il ne doit afficher ni symbole religieux, ni symbole athée.

À ce sujet, on ne doit pas assermenter les députés sur la Bible qui n’est le livre sacré que du christianisme. On doit les assermenter sur leur honneur. Encore une fois, l’État doit être neutre face à toutes les religions et non religions.

La stricte égalité entre l’homme et la femme au Québec ne doit tolérer aucune discrimination envers les femmes qu’il s’agisse de médecins ou de policières. L’intégration des immigrants ne doit pas être une porte qui ouvrirait sur la discrimination envers les femmes. Le principe d’égalité n’est pas religieux, mais humaniste. Il ne doit pas céder devant les dictats des religions.

En ce qui regarde les fêtes chômées, le gouvernement doit décréter des fêtes civiles en remplacement des fêtes catholiques. Ces fêtes civiles peuvent coïncider avec les fêtes actuelles, mais elles doivent porter un nom différent comme la fête de l’Enfance pour Noël ou la fête du Printemps pour Pâques. Cela n’empêche en rien les croyants de célébrer leurs fêtes religieuses à domicile ou au temple. Les centres commerciaux, lieux privés, peuvent bien tenir compte de toutes les fêtes religieuses, mais pas les gouvernements municipaux, provincial et fédéral. Donc aucune décoration dans les locaux des gouvernements. En dehors de ces fêtes civiles, on doit prendre congé à ses propres frais si on veut respecter des fêtes de notre religion. Aucune religion ne peut imposer à un État laïc ses propres fêtes.

Une Charte de la laïcité ne doit pas reconnaître la suprématie d’un dieu. Sinon, de quel dieu s’agirait-il? Celui des chrétiens, des musulmans, des juifs, des hindous, des Sicks imposant ses lois divines? L’interdiction du divorce par le dieu catholique, la charria des musulmans ou la Thora des juifs? Belle bataille en perspective! Si un Dieu existe, il se fout pas mal de nos constitutions et de nos chartes.

Quant au fameux problème de l’intégration des émigrantes, il faut être clair et ferme. L’intégration ne doit pas être la clé qui permet aux religions d’imposer leurs coutumes à une société laïque. Admettre de tels accommodements serait l’opposé d’une véritable laïcité; elle ferait place à une laïcité soi-disant ouverte qui se plierait à tous les dictats des religions. La société majoritaire québécoise ne doit pas imposer sa religion aux nouveaux arrivants (fêtes, prières, crucifix, Bible) et ces derniers ne doivent pas imposer leurs exigences à la société d’accueil. Le seul terrain où l’on peut se rencontrer est celui d’une laïcité authentique pour tout le monde.

Quant au respect de la liberté des religions, il faudrait d’abord que les trois monothéismes (christianisme, judaïsme et islam) respectent les chartes des droits de la personne. En interdisant le mariage aux homosexuels et aux femmes la possibilité de devenir prêtre, rabbin ou iman, ces trois religions font de la discrimination envers les femmes et les homosexuels. Avant d’exiger d’être respectées, les religions devraient respecter les chartes et s’abstenir de toute discrimination.

Normand Rousseau

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