Pauvre Église! – Carlo Tarini

Carlo Tarini directeur des communications de l’Association des victimes de prêtres.

Pauvre Église!

Carlo Tarini

J’ai choisi de m’adresser à vous sous le titre Pauvre Église! Médiocre Église, oui.  Car son comportement mériterait la note « Médiocre » sur un bulletin… pour ne pas dire « Échec ». Ayant raté le coche des temps modernes, l’Église… et plus particulièrement l’Église québécoise… est aujourd’hui recalée à l’examen dela Vie. À preuve : les frasques du cardinal Ouellet et de sa joyeuse bande… et avant lui, celles du Cardinal Léger, de funeste mémoire (« Montréal. Voici ton prince ! »). Dans les années 50, Paule-Émile Léger a volontairement condamné des milliers d’enfants québécois à un véritable martyre dans les prisons qu’étaient les asiles psychiatriques où ils ont été parqués, et enterrés vivants, pour permettre à l’Église d’empocher la subvention bonifiée du gouvernement fédéral s’appliquant à des enfants prétendus fous… alors qu’ils ne l’étaient nullement. Puis-je vous faire un aveu, mes chers amis, c’est le drame scandaleux, surréaliste et intolérable des orphelins de Duplessis qui m’a amené à apostasier. Au nom de mon humanité. Car pour une bonne fois, la coupe était pleine.

Carlo TariniSi ce n’était déjà fait, je serais tenté de récidiver… après avoir entendu les propos égarés du présumé prêtre moderne l’abbé Raymond Gravel… curé populo-populaire, voyez comme il ensoleille nos vies et nous propose des certitudes traditionnelles resservies à la moderne. Quedire de l’argumentaire des avocats a 500$ l’heure mis de l’avant par cette institution qui aggrave sa banqueroute morale et intellectuelle chaque fois qu’elle intervient sur la place publique pour défendre ses intérêts corporatifs sous prétexte de prendre à sa charge l’honneur de Dieu. Rappelons que ces brillants avocats… du diable, délégués par les plus grands cabinets, sont payés pour museler les enfants victimes d’abus sexuels commis par l’armée de prêtres québécois qui régnaient jadis en rois et maîtres et qui exécutent maintenant leur danse des sept voiles devant nos tribunaux. Ces fonctionnaires [P1] de Dieu. Ils me déçoivent, mais je devrais plutôt leur rendre grâce de m’avoir acculé à la lucidité.

Outre que l’Église entretient ses fidèles dans l’illusion qu’elle est protégée par le long bras d’un Dieu omnipotent, infiniment bon, infiniment juste… et vengeur… comme toutes les religions organisées dont chaque pape, rabbin ou imam scande le slogan : « Mon Dieu est plus fort que le tien. »… l’Église catholique romaine trahit par ses actes les principes qu’elle prône et auxquels elle astreint ses fidèles. Pauvreté ? Ne me faites pas rire. Chasteté ? Il lui reste l’obéissance, carcan des insoumis, garante du bon ordre. Et encore… Une tournée au Vatican permet de constater le faste princier dans lequel ces prélats machistes, patriarcaux, archaïques, drapés de soie et de dentelle, se pavanent en toute obéissance… aux antipodes de la simplicité évangélique ou, mieux, de l’égalité citoyenne. Mais la chute de ces idoles est proche car leurs abus sur des enfants et leur tolérance pour la pédophilie contribuent à fragiliser l’institution ecclésiale qui prétend réduire au silence les démunis en les amenant à se confier tout entiers et aveuglément à la magie blanche de la prière, au destin que leur trace d’avance la providence… plutôt que d’éduquer et d’affiner leur raison afin de parvenir à l’autonomie de jugement citoyenne, plus revendicatrice, infiniment plus lucide et mieux informée, notamment grâce à une presse libre.

Un point, qui n’est pas de détail, en ce qui concerne la pauvreté. Onpeut se poser légitimement la question de savoir : quand l’Église, mère de toutes les miséricordes…  publiera-t-elle un bilan réaliste de l’aide  versée aux pauvres du Québec en contrepartie de ses rentrées de fonds publics ou provenant du public… pensons à l’exemption fiscale qui s’applique à toutes ses propriétés montréalaises, à l’investissement massif de l’État dans la réfection de lieux de culte, à la rançon d’un roi que coûte chaque visite papale, à la tranche des aumônes que la pompe à phynance de Rome aspire vers le sommet dela pyramide. Pauvre église…Église proverbialement pauvre comme un rat d’Église…  mais qui n’en continue pas moins de fonder son pouvoir sur l’ignorance populaire… tout en accumulant les richesses et en préservant son fonds de commerce, tandis que ses temples d’hier revendus au prix fort sont transfigurés – hop là !! – en condos de demain. Comme disait un  humoriste américain, Jésus « sauve »… et l’Église investit. Elle a de quoi payer!

Elle est moralement, juridiquement tenue d’indemniser ses victimes, d’autant plus qu’elle en a les moyens. Chacun le sait, chacun le souhaite, mais au Québec, le code civil prévoit la prescription – disposition unique à notre province qui après un délai de 3 ans libère les agresseurs et leurs employeurs de toute responsabilité civile envers les milliers de victimes de prêtres pédophiles. Dans l’état actuel des choses le  code civil est toujours la règle retenue en droit pour conforter les forts et affliger les faibles. Mais on y travaille à l’Association des victimes de prêtres. À suivre !

C’est un deuxième viol que cette atteinte aux droits des victimes au moyen de la prescription, et il a fallu entendre les plaidoyers des avocats de la SainteÉglise, dont les honoraires sont réglés à même l’argent quêté auprès de croyants vieillissants qui versent encore le denier de Saint-Pierre. Leur argument ? Les vicaires  et les curés ne sont pas des employés du diocèse. Le  diocèse n’est donc pas responsable de leurs agissements. Imaginez-vous donc.

On serait en mesure de s’attendre à mieux, à plus, de la part de ceux qui osent faire la morale à tout un chacun… alors qu’ils défendent les pédophiles membres de leur confrérie depuis des générations.

 Les pauvres prêtres pédophiles et la grande rigueur de l’Église illustrés par  le cas d’un évêque pervers

Alors qu’en Suisse, Monseigneur Tomasi, Observateur permanent du Vatican auprès des Nations Unies affirme que les abus sexuels sur des enfants au sein de l’Église catholique sont causés par des homosexuels et non par des pédophiles… et voilà un réquisitoire homophobe qui n’est pas innocent…  l’Église catholique canadienne est éclaboussée par un scandale pédophile impliquant un évêque Alors qu’en Suisse, Monseigneur Raymond Lahey du diocèse d’Antigonish.

Mgr Raymond Lahey a été arrêté à son arrivée à l’aéroport d’Ottawa, en possession d’une abondante collection de pornographie juvénile issue d’Internet… on n’arrête pas le progrès. Ces images compromettantes ont été trouvées dans son ordinateur portable, lors d’un contrôle de routine des douaniers.

Après cette découverte,  le prélat a été libéré et autorisé à quitter les lieux, sur promesse d’aller se présenter sans délai à la police. Entre temps, il a pris soin d’adresser au Vatican une requête demandant d’être déchargé de ses fonctions, ce qui lui a été accordé. Il a également écrit aux fidèles de son diocèse, pour leur annoncer sa démission, car il a précisé dans son message qu’il avait besoin de temps pour se consacrer tout entier à « un renouveau personnel ». Semble-t-il.

Comme il ne s’est pas présenté aux autorités compétentes tel que promis, à l’heure dite, un mandat d’arrêt a été émis contre lui par la police d’Ottawa. Monseigneur  Lahey s’est finalement pointé en cour. Après la lecture des accusations retenues, il a été libéré sur dépôt d’une caution de 9 000 dollars, en attendant son procès.

Précédemment, Monseigneur Raymond Lahey s’était attiré la sympathie de tous à cause de son rôle de médiateur dans le règlement négocié, suite au recours collectif pour les agressions sexuelles commises par les prêtres de son diocèse. Cette affaire avait été réglée à l’amiable, grâce notamment à sa médiation. L’arrangement avait par ailleurs fourni au prélat l’occasion d’exprimer ses regrets officiels pour « toutes les victimes et leurs familles ayant souffert de ces abus ».

Suite à la découverte de sa propre implication, la sympathie a fait place à l’indignation… d’autant plus que Mgr Lahey a depuis été accusé d’agression sexuelle sur un de ses ex-enfants de chœur.

À noter que par ailleurs l’autorité ecclésiastique ne cesse de condamner inconditionnellement l’homosexualité. Voilà une autre ambiguïté car, comme m’a raconté un ex-prêtre, l’homosexualité est acceptée dans les rangs de l’Église catholique où on peut enfreindre le vœu de célibat … pourvu que les apparences soient sauves.

Et pour terminer, je vous propose une prière en guise de conclusion …« Dieu tout puissant, si tu existes, je te prie, descends de ton Ciel radieux pour aider enfin les victimes de tes prêtres pédophiles. L’heure est grave ! Déplace toi en personne et ne nous envoie surtout pas ton fils le petit Jésus. Il sera trop difficile de le protéger des pédophiles qui habitent nos églises et du haut clergé qui les protège encore …Amen. »

 

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