Les valeurs humanistes ont-elles comme origine les valeurs judéo-chrétiennes ?

Les valeurs humanistes ont-elles comme origine les valeurs judéo-chrétiennes ?

Récemment, en 2010, M. Normand Rousseau, l’auteur de La Bible immorale, et moi avons proposé un projet de laïcité globale au Québec. Ce projet consiste à rendre l’État totalement neutre sur le plan religieux ; à respecter la pratique de toute croyance religieuse en privé ou dans les différents temples religieux, mais à l’interdire en public ; à exclure l’enseignement de toute forme de religion dans les écoles publiques et privées, tant au primaire qu’au secondaire, se contentant d’enseigner tout au plus l’histoire des religions ; à offrir en contre partie, toujours dans les écoles publiques et privées, également au primaire et au secondaire, des cours sur l’athéisme, l’humanisme, la philosophie et la pensée critique.

      Lorsque l’on explique ce projet, l’un des arguments qui revient souvent dans la bouche de ceux qui s’y opposent est que les valeurs humanistes modernes ont leurs racines dans les valeurs judéo-chrétiennes et que par conséquent l’État doit continuer à supporter l’Église catholique au Québec. De plus, plusieurs croyants actuels prétendent que les valeurs modernes laïques, comme la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, l’universalisme, etc., prennent leurs racines et leurs origines dans les évangiles. Qu’en est-il de la véracité de toutes ces affirmations ? Sont-elles fondées ou pas ? C’est ce que nous allons vérifier dans le présent article.

Dans un premier temps on peut se demander quelles sont ces valeurs judéo-chrétiennes qui plongent leurs racines dans le message de Jésus. Nous allons évaluer la crédibilité de ce message, mais également celle du messager, Jésus. On va s’apercevoir en découvrant la véritable personnalité de ce dernier qu’il ne mérite pas tout l’amour et le respect que les croyants lui portent. Tout ce qui sera rapporté sur Jésus sera recueilli dans les évangiles et les références seront données.

Le message ultime de Jésus est l’obligation de croire en un Dieu (Mc 16, 16). Jésus demande également aux hommes d’aimer ce Dieu tout puissant qui veille sur nous (Mt 6, 25) de notre vivant et qui nous accueillera au royaume des cieux (Mt 6, 7, 9, 21) après notre mort, tout au moins ceux qui le méritent, « Car il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. » (Mt 22, 14). Pour Jésus, aimer Dieu, c’est avant tout faire sa volonté, donc obéir à ses commandements (Mt 5, 17-19). Il n’est pas question vraiment d’amour, mais d’obéissance (Jn 15, 14, 17). Tu aimes, donc tu obéis. C’est une obligation. Il faut obéir aux commandements de ce Dieu intransigeant. La foi comme l’obéissance est essentielle.

Jésus nous demande d’aimer ce Dieu avant tout, mais jamais il n’affirme que ce Dieu lui aime les humains, ou au plutôt, oui il nous aime, mais à certaines conditions (Jn 15, 14). Ça, c’est de l’amour ! Dieu va aimer les hommes s’ils font sa volonté (Mt 7, 21). Toujours l’obéissance-amour. Ce qui est important, c’est que le règne de Dieu arrive et son règne arrivera quand tous les hommes lui obéiront (Mt 5, 20). On est davantage dans l’armée que dans une relation d’amour volontaire et libre. Si on n’obéit pas, c’est l’enfer (Mt 5, 22). Jésus dit que Dieu l’aime (Jn 3, 35), (Jn 5, 20), (Jn 10, 17), mais il ne dit pas qu’il aime les hommes.

Le message primordial de Jésus repose avant tout sur la croyance au divin. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de démontrer que toute divinité relève de la fabulation. On n’a aucune preuve que les dieux existent, on n’en a jamais vus. Son message repose donc sur un mensonge qui ne peut mener qu’à la déception. En cas de besoin, la croyance à une aide divine «magique» se fera toujours attendre, ne sera jamais au rendez-vous, car l‘imploration divine n’est rien d’autre qu’une chimère, une fiction, une illusion, basée sur une superstition. C’est une distraction qui empêche d’avoir recours à de vraies solutions, comme le développement d’une véritable force intérieure.

Jésus nous demande également d’aimer notre prochain comme nous-mêmes (Mt 22, 39), y compris nos ennemis (Lc 6, 27), afin de devenir fils de ce Père qui est aux cieux (Mt 5, 45). Jésus en fait un ordre : « Aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13, 34). C’est beau et noble, mais je ne pense pas que ce sentiment soit humainement possible. Ça me semble utopique. L’amour christique n’est pas un sentiment naturel ni un sentiment partagé, mais plutôt un véritable commandement universel qui nous enjoint d’aimer tout être humain. Sauf que l’amour ne se commande pas, et ne saurait être un devoir. En effet, on n’aime jamais par injonction. On aime par désir ou par plaisir, par pulsion ou par choix, jamais parce qu’on nous le commande. L’amour tel que le définit Jésus est un « idéal » auquel il est très difficile de souscrire. Il suffit de regarder les deux derniers millénaires d’histoire de guerres interminables, même récentes, d’inquisitions, de meurtres, de croisades, de crimes de tous genres contre l’humanité pour se rendre compte que son message fut un total échec. Jésus lui-même a passé sa vie à se chamailler avec les pharisiens. Il les détestait, les insultait même (Mt 23, 27-28). Il aurait été plus réaliste de dire « Ne fais pas aux autres, ce que tu ne veux pas que les autres te fassent. », ou parler de compassion comme le bouddhisme, ou encore de solidarité. C’est déjà plus humain. Voilà pour le message.

À propos du messager maintenant, Normand Rousseau, l’auteur de La Bible immorale et de La Bible démasquée, voit dans les évangiles deux Jésus. Il y a le Jésus noir que l’Église met en pratique et le Jésus blanc qu’elle prêche à ses fidèles. Le Jésus noir est un prophète violent (Mt 11, 12), (Lc 12, 45-48), (Jn 2, 15-21) comme tous les prophètes, qui n’est venu que pour sauver les juifs, qui approuve la violence (Mt 11, 12), qui accepte la peine de mort (Mt 18, 6), (Mc 9, 42), (Jn 8, 7), la torture (Mt 21, 33), l’esclavage (Mt 8, 10), (Mt 20, 27), (Lc 7, 1), (Jn 12, 26), la guerre (Lc 14, 31), (Mt 10, 34), (Lc 12, 51), qui justifie l’Inquisition en disant qu’il faut couper un arbre qui ne porte pas de fruit (Mt 3, 10) ou si un pécheur refuse d’écouter l’Église, qu’il soit considéré comme un païen (Mt 18, 17), (Lc 12, 49), qui fulmine des malédictions (Mt 23, 13-33), (Mt 12, 45), fait des profanations (Mt 7, 6), approuve les mutilations (Mt 18, 8-9), (Mc 2, 21), et même le vol (Lc 16, 6-7).

Jésus ne condamne pas l’infériorisation de la femme dans l’Ancien Testament, n’affirme jamais l’égalité de l’homme et de la femme et exerce personnellement une véritable discrimination à l’endroit de la femme : par exemple, Jésus n’a choisi aucune femme comme apôtre ; aucune femme n’enseigne et ne prêche comme les apôtres ; aucune ne fait des miracles, même pas Marie ; aucune n’est présente à la dernière Cène, même pas sa mère, ce qui fait qu’aucune femme ne peut recevoir la prêtrise. Les conséquences de cette attitude sont énormes. Les chrétiens, de même que les musulmans un peu plus tard, ne respecteront pas la femme. Ils la considèrent au mieux comme une servante de l’homme, mais la plupart du temps elle est persécutée, bafouée, maltraitée, etc., bonne qu’à faire une seule et unique chose : des enfants! Rien de plus. L’Église n’est guère mieux. Au cours de son histoire, elle a obligé les filles mères à donner leur enfant, a traité avec mépris les prostituées, brûlé les prétendues sorcières et a interdit l’avortement. Peut-on aimer ce Jésus et croire en son Église lorsqu’ils ne respectent pas 52% de la population mondiale ?

Jésus juge alors qu’il dit de ne pas juger (Mt 7, 1), est égocentrique (Lc 10, 16), (Jn 5, 39), (Jn 6, 65), (Mt 26, 6), un fieffé menteur (Mc 4, 12), (Jn 7, 8-10), (Jn 15, 37), un monstre d’orgueil (Mt 21, 9), (Mt 27, 11), (Jn 12, 23), (Jn 18, 11), un antisémite (Jn 10, 36), un xénophobe envers les païens et les Samaritains (Mt 15, 24), (Jn 4, 22), un rancunier (Mt 10, 33), un intolérant (Mt 7, 23), (Mc 16, 16), (Lc 13, 5), à la fois doux et colérique (Jn 2, 13), à la fois pacifique et violent (Jn 2, 13), un blasphémateur (Mc 2, 7).

Jésus n’aime pas sa mère (Lc 2, 48-49), (Jn 2, 1-12), détruit la famille (Mt 10, 21), (Mt 10, 37), (Mt 19, 29), (Lc 12, 51), exige l’abandon de sa femme et de ses enfants (Lc 18, 29), aime et maltraite les enfants (Mt 2, 16), ne pratique pas la morale qu’il prêche (Jésus nous ordonne d’aimer nos ennemis, mais il déteste sa génération, les pharisiens, lancent des malédictions, etc.), déteste ses ennemis tout en prêchant de leur pardonner (Lc 6, 27). Jésus nie la liberté (Lc 10, 16), la démocratie et affirme le droit divin des rois (Jn 19, 11). Il y en a long à raconter sur ce Jésus noir, le vrai Jésus qui forme la base des évangiles. Il suffit de lire attentivement les évangiles, de façon critique, pour s’en rendre compte. Je doute que les croyants puissent aimer et respecter ce Jésus noir.

Horrifié par ce Jésus noir, tout en mettant en pratique malgré tout ses enseignements fanatiques, l’Église a inventé un nouveau Jésus, le Jésus blanc, un Jésus doux et humble de cœur, qui prêche la paix, celui qui valorise ce qu’on appelle les valeurs humanistes, mais sans jamais mettre sa morale en pratique. L’Église a tout simplement trahi le Jésus blanc qu’elle prêche. Elle enseigne le Jésus blanc aux peuples chrétiens simplement pour les exploiter à loisir au nom de ce Jésus, pour qu’ils se résignent à leur ignorance et à leur pauvreté. Elle a prêché à ses fidèles l’obéissance. Il est très important d’obéir, ça évite de se poser trop de questions. Pendant ce temps, l’Église imitait le Jésus noir: esclavage, infériorisation de la femme, antisémitisme, chasse aux sorcières, croisades, inquisition, etc. L’Église ainsi est devenue une force fanatique et totalitaire que les peuples chrétiens rejettent peu à peu. Mais c’est dur et c’est long de rejeter un mensonge de deux mille ans.

Pour confirmer ces dires sur le plan personnel, je me rappelle dans mon enfance que l’Église prêchait l’amour d’un Dieu imaginaire au lieu de l’amour entre hommes et femmes et celui de leurs enfants. Elle m’enseignait des dogmes invraisemblables, le catéchisme, la messe, la confession, le carême, la prière, refrain répétitif d’une chanson monotone et ennuyante, alors que mes parents m’enseignaient le goût du travail, l’importance de l’instruction, la responsabilité de mes gestes, le respect de mes frères et sœurs, l’honnêteté, la curiosité intellectuelle, etc. Sur le plan humain, quelle éducation, pensez-vous, est-il préférable de recevoir ?

De plus, plusieurs croyants actuels prétendent que les valeurs modernes laïques, comme la démocratie, la liberté, l’égalité, la fraternité, l’universalisme, etc., prennent leurs racines et leurs origines dans le christianisme. Or, d’après Normand Rousseau, c’est tout le contraire. Vérifions ce qu’il en dit.

La démocratie a été inventée par les Grecs alors que Jésus, devant Pilate, consacre le droit divin des rois (Jn 19, 11). Et son Église va très bien suivre sa leçon jusqu’à la Révolution française, anticléricale et athée, qui va affirmer le pouvoir du peuple en opposition avec le pouvoir divin des rois.

La liberté est une valeur moderne totalement ignorée par Jésus et encore plus par le christianisme. Il n’y a pas de liberté dans les évangiles. Jésus a dit : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » (Mt 12, 30) Ce qui ne laisse aucune place à la liberté et est, au contraire, la source de tous les fanatismes et totalitarismes religieux, y compris celui du christianisme.

L’égalité est une valeur révolutionnaire, pas chrétienne. Jésus a remplacé la pyramide sociale de son temps par sa propre pyramide : Dieu le Père en tête, puis le Fils et le Saint-Esprit (ce qui justifie le droit divin des rois), ensuite Pierre (pape), les apôtres et leurs douze trônes (les évêques et leur cathedra), ceux qui croient en lui, puis les juifs, les païens, les femmes. L’Église va s’empresser de reproduire cette pyramide, pape, évêques, etc. Le christianisme est très monarchique : Royaume de Dieu, le règne de Dieu, Christ-Roi, Marie-Reine, le Prince de ce monde et des trônes partout. Relisez l’évangile, Jésus est très monarchique « que votre règne arrive », etc. Les chrétiens considèrent les autres humains comme des sous-hommes (Hors de l’Église point de salut). Les autres classes sociales sont les hérétiques, les juifs, les athées et les adeptes des autres religions.

En ce qui regarde la fraternité, Jésus demande à ses apôtres de s’aimer les uns les autres, mais pas nécessairement d’aimer tous les autres humains. La xénophobie de Jésus, son profond mépris des païens et sa haine envers ses ennemis (même s’il prêche l’amour des ennemis) en font foi. Il faisait partie d’une religion ethnique « Je suis venu pour sauver Israël » et non toute l’humanité. Ses déclarations adressées à toutes les nations ont été probablement ajoutées par les chrétiens hellénisants.

Les croyants affirment que le christianisme et l’islam ont des vocations universelles. Pour moi, je n’y vois que l’ambition de politiciens, de rois, d’empereurs, de califes, de sultans qui ont imposé leur religion et leur civilisation barbares sur tous les continents par la violence, les massacres, l’esclavage, l’Inquisition, la chasse aux sorcières, les excommunications, etc., pour mieux établir leur domination politique et économique. Il n’y a aucun universalisme à combattre les autres peuples pour leur imposer sa religion et sa civilisation. Au contraire, ce sont des crimes, l’expression du fanatisme religieux. Les deux vagues de colonialisme européen, chrétien et criminel font partie également de cet ignoble « universalisme ». Le prétendu universalisme du christianisme a donc fait le malheur de l’humanité. L’universalisme des Droits de l’homme ne vient pas du christianisme, mais plutôt des Révolutionnaires français athées, agnostiques, déistes, etc.

On s’aperçoit donc que les valeurs dites judéo-chrétiennes, celles qui pourraient enrichir l’être humain, comme les valeurs modernes, n’ont définitivement pas leur origine dans les évangiles, ou même dans la Bible, livres qui nous révèlent le fanatisme religieux d’une certaine époque, mais ces valeurs sont plutôt d’origine humaine.

Les valeurs humanistes qui découlent du message d’amour du Jésus blanc, comme la paix, le partage, la générosité, la solidarité, n’eurent guère plus de succès. Il suffit de regarder l’histoire de l’humanité pour s’en convaincre. En effet, les trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam ont généré au cours des deux derniers millénaires plus de violence, de haine, de sang, de morts, de brutalité que de paix.

À titre d’exemple, rappelons l’expansion de l’Islam au 7e siècle, les nombreuses guerres de religion en Europe, l’Inquisition et ses bûchers de sorcières, les croisades au moyen âge, les massacres, les meurtres religieux, l’esclavage, l’évangélisation forcée des indigènes durant l’époque coloniale, l’intolérance, etc., qui ont fait des millions de morts.

Rappelons quelques guerres récentes de religion, où l’Église n’a rien fait pour calmer les esprits : la guerre entre les protestants et les catholiques en Irlande, le génocide du Rwanda et celui de Bosnie-Herzégovine dans l’ex-Yougoslavie, l’actuelle montée de l’islamisme radical partout sur la planète.

Rappelons que l’Église a également soutenu des régimes fascistes comme ceux de Pinochet, de Franco, de Mussolini et d’Hitler qui ont été responsables de millions de morts. Et je ne parle pas du Darfour au Soudan, où l’Église encore une fois n’apporte aucune aide humanitaire.

Rappelons qu’au XXe siècle, nous avons connu les guerres les plus meurtrières de l’Histoire, les génocides les plus horribles et les plus inimaginables. Le communisme à lui seul a exterminé 100 millions d’humains en 70 ans seulement. Pourtant, tout ça se passait pendant que la religion était bien établie partout sur la planète. Ça montre son incapacité à empêcher des conflits extrêmement meurtriers.

Il faut donc admettre que toute cette violence a été et est encore puissamment encouragée par les grandes religions. Il ne faut pas perdre de vue que les monothéismes sont les religions les plus criminelles de l’histoire. En ce qui concerne le message de paix, les religions, et entre autres le christianisme, n’ont donc pas de leçon à nous donner. Aujourd’hui encore, il suffit de voir comment l’islamisme fait des ravages. C’est indubitable, de tout temps, les religions ont été utilisées comme instruments de servitude, de pouvoir et de manipulation ; elles ont été un frein à l’évolution de l’humanité, à la compréhension de l’univers, de l’être humain et de son bien-être.

Mais ce n’est pas tout. En plus de toute cette violence dont le christianisme est responsable, cette religion, à l’image du Jésus noir, n’a jamais supporté la démocratie, la liberté, n’a jamais déclaré que l’esclavage était une infamie avant 1839, a toujours encouragé l’infériorisation de la femme, n’a jamais fait la promotion de l’égalité hommes femmes, n’a jamais combattu la peine de mort, la torture, n’a jamais condamné les guerres offensives, n’a jamais respecté les enfants en leur enseignant des concepts religieux trop abstraits pour leur jeune âge. Bref, je vais montrer que l’Église, en plus d’avoir encouragé la violence depuis deux mille ans, en plus d’avoir trahi l’utopique message d’amour de Jésus, n’a jamais rien fait pour promouvoir les véritables valeurs humanistes.

À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, l’homme occidental est effondré par toute cette violence et son incapacité à éviter de telle guerre aussi meurtrière. Il se fait mea culpa, sa culpabilité l’écrase. Pour ne plus jamais avoir à revivre une telle tragédie, il décide de créer une nouvelle institution, les Nations Unies, laquelle adopte la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948. Cette initiative humanitaire très importante n’a pas été celle de la religion. Pourquoi ?

Le premier article de cette Déclaration proclame que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. Au contraire, la Bible a toujours supporté l’esclavage jusqu’à tout récemment (1839). Laquelle de ces institutions voulez-vous supporter ? Les Nations Unies ou l’Église ?

Les Nations Unies se sont engagées notamment à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015. Que fait l’Église à ce sujet ?

Est-ce l’Église qui est responsable de la décolonisation, de la fin de l’apartheid, de la destruction de l’empire soviétique, de la chute du Mur de Berlin ?

Plus récemment, est-ce que l’Église est responsable du renversement des régimes de dictateur en Tunisie, en Égypte, en Lybie et éventuellement en Syrie ?

Est-ce que l’Église dénonce le terrorisme pour que la non-violence devienne l’objectif principal de tous ceux qui dans le monde sont les adversaires de l’oppression ?

Est-ce que l’Église dénonce ce qui se passe à Gaza qui est une prison à ciel ouvert où un million et demi de Palestiniens doivent faire face à toutes les pénuries, une prison où les gens s’organisent tant bien que mal pour survivre ? Que fait l’Église pour lutter contre l’armée israélienne qui a bombardé la bande de Gaza pendant trois semaines en 2008, faisant 1400 morts – femmes, enfants, vieillards dans le camp palestinien, contre seulement cinquante blessés côté Israélien ; qui a commis des actes assimilables à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité en bombardant des hôpitaux et des écoles ?

En 2008, pendant que l’armée israélienne massacrait des Palestiniens, avec comme fond de scène une guerre de religion, les Chinois nous offraient des jeux olympiques grandioses, où la fraternité internationale régnait en maître au nom du sport, en l’absence de toute religion. N’est-ce pas magnifique ?

Que fait l’Église pour aider l’humanité à se nourrir, s’approvisionner en eau potable, se soigner, survivre, réduire la pauvreté, etc.?

Est-ce que le message du pape Benoît XVI est capable de rivaliser avec le message d’espoir d’un Mandela et d’un Martin Luther King ?

Que fait l’Église pour expliquer l’origine du mal, le pourquoi de la création, si les anges existent, ce qui nous attend après la mort ? Les quelques explications farfelues fournies par le catéchisme sont loin d’être satisfaisantes. Oh, bien sûr, on nous rappelle souvent que le Dieu d’amour et de miséricorde condamne ses propres créatures à un enfer éternel, si on ne croit pas en lui. Quelle belle façon de convaincre un croyant plus ou moins convaincu : par la peur !

Tous les êtres humains aspirent à s’épanouir et à vivre libres et heureux ici et maintenant. Ils souhaitent vivre leurs rêves de leur vivant, alors que la religion les invite à rêver d’une vie après la mort, dont on n’a aucune preuve, d’un bonheur céleste qui serait la récompense d’une vie terrestre faite de sacrifices et de renoncements. Je trouve inadmissible cette promesse sans fondement.

Je respecte sans réserve les croyants qui vouent leur vie au soulagement des maux qui affligent les êtres humains, mais je trouve inutile de faire accompagner ce dévouement admirable de dogmes absurdes; j´ai en sainte horreur les fables, les censures, les mensonges, les fabrications de faux, les inquisitions et les excommunications; et je n´ai que faire d´un dieu qui nous menace des feux de l´enfer tout en disant nous aimer.

Toute religion est inexorablement une source de confrontation, car chacune proclame qu’elle est l’unique auquel il faut croire. De là à dénigrer la religion des autres et à provoquer des conflits, il n’y a qu’un petit pas à franchir.

Toute conviction religieuse sincère et honnête mène la plupart du temps, pour ne pas dire toujours, à l’intolérance (dans le langage populaire, on dit que les gens sont bornés), au dogmatisme, au fanatisme, et à la violence.

En ce début du XXIe siècle, nous assistons à un retour turbulent des religions. Par exemple, au nom du judaïsme le peuple israélien opprime violemment le peuple palestinien. Au nom de l’islam, des terrorismes détruisent les tours du World Trade Center à New York. Au nom du christianisme, l’Église combat l’avortement, l’utilisation des moyens contraceptifs, canonise le Frère André, prépare le processus de canonisation du pape Jean-Paul II, se contente de réciter une messe en plein air pour le peuple haïtien suite à un tremblement de terre ayant détruit le pays et fait plus de 233 000 morts, à une tornade dévastatrice et à une épidémie de choléra. Je pense qu’une aide humanitaire en matériel, nourriture et médicaments aurait été plus appropriée. Pourquoi l’Église ne le fait-elle pas ? Faut-il rester indifférent à toute cette violence ou faire la promotion de l’humanisme ?

Claude Braun, l’auteur du livre Québec athée (2011), reconnaît que l’Église catholique au Québec, en dépit de son conservatisme a contribué à l’histoire du Québec en favorisant la natalité chez les Francophones et, en l’absence d’organismes publics, en prenant en charge de larges pans de l’éducation, de la santé et des services sociaux. Ce travail admirable de dévouement « accompli au service de Dieu » par les religieux aurait toutefois pu être réalisé au nom de valeurs strictement humaines; le résultat aurait été le même. Il n’empêche que si un certain nombre de Québécois éclairés et incroyants n’avaient pas osé relever la tête, exercer leur jugement critique et résister à cette Église omnipotente « nous vivrions encore aujourd’hui dans une société féodale arriérée, totalitaire, intolérante, obscurantiste et pauvre ». L’anticléricalisme a été une saine réaction à l’oppression religieuse et une lutte pour la liberté de pensée. Il est né du désir de bâtir un Québec moderne, libéral, ouvert, tolérant et plus humain.

Au fil des siècles, il est frappant de constater à quel point le clergé a été un frein à l’évolution du Québec et a retardé son entrée dans la modernité. Depuis le xviie siècle, l’Église d’ici a fait obstacle systématiquement aux idées libérales et progressistes. Cela ressort de façon éclatante au cours des moments forts de l’histoire du Québec. Claude Braun en fait la démonstration éclatante dans son livre. Par exemple, le clergé du Québec a dit NON à la publication des écrits de Voltaire et des autres grands écrivains du siècle des Lumières, NON à la publication de revues et de journaux à tendance libérale (certains journalistes ou intellectuels ont été emprisonnés ou forcés à l’exil), NON à des services sociaux universels et gratuits d’éducation et de santé, NON à un système scolaire laïque, NON à la séparation de l’Église et de l’État, comme le réclamait Louis-Joseph Papineau, NON à l’Institut canadien de Montréal fondé en 1844, qui mettait en circulation dans le grand public des livres à l’Index (le clergé réussit à faire fermer l’Institut en 1880), NON à un programme de vaccination obligatoire de la population lors d’une grave épidémie de petite vérole (1885), NON à la théorie de l’évolution de Charles Darwin, NON au programme de sir Wilfrid Laurier déclarant son gouvernement laïque et au service des « hommes aimant la justice, la liberté et la tolérance », NON à la création d’un ministère de l’Éducation évoquée dès 1897, NON au vote des femmes proposé en 1905 (les femmes l’obtiendront en 1919 au fédéral et en 1942 seulement au Québec), NON à la fondation de la première bibliothèque publique au Québec en 1903 (Mgr Bruchési s’y oppose), NON au droit des femmes d’ouvrir un compte en banque, NON au syndicalisme international favorisant la lutte des classes, NON à l’école obligatoire, NON à une loi de la protection de l’enfance en 1944 (la Direction de la protection de la jeunesse [DPJ] sera créée en 1977 seulement),  NON au programme national d’assurance-chômage financé par les salariés, NON aux aspects laïcisants de la réforme de l’éducation en 1964, NON à la création du ministère de l’Éducation, NON au cinéma, NON à l’abolition du Bureau de censure (8500 films bannis entre 1913 et 1967), NON à la danse, NON au ballet télévisé, NON à la contraception, NON à l’avortement (1969), NON à l’abolition de la peine de mort au Canada (1976), NON à la représentation de la pièce Les fées ont soif, NON à la déconfessionnalisation du système scolaire québécois (1997), NON au projet de loi 32 modifiant la définition de conjoint afin d’inclure les couples homosexuels et de leur accorder le même statut, les mêmes droits et les mêmes obligations que les couples hétérosexuels (1999), NON à l’enseignement de la sexualité dans les écoles, NON à l’abrogation d’une entente accordant un tarif d’électricité avantageux aux fabriques (2005), NON au programme gouvernemental de reproduction assistée, NON à l’euthanasie, NON au suicide assisté, etc.

On pourrait continuer à énumérer ainsi une longue liste des méfaits de la religion. Devant la démonstration écrasante des historiens, on ne peut plus nier les crimes de cette dernière, même le pape les a reconnus. On est donc obligé de conclure que l’Église est une source majeure de violence qui a toujours été néfaste à l’être humain, qu’elle a trahi l’utopique message d’amour de Jésus, que son message a sévèrement été bafoué et qu’elle n’a rien fait pour promouvoir les valeurs humanistes.

Ce qui est vrai par contre est que l’être humain a toujours possédé de tout temps des valeurs intrinsèques qui ne comprennent pas d’éléments surnaturels ou mystiques. Ces valeurs humaines ne sont pas d’origine divine, ne descendent pas du ciel; elles sont purement et simplement d’origine terrestre et innées dès la naissance. Les hommes seuls n’ont pas besoin d’en appeler à une puissance divine pour se donner des règles de conduite pour vivre en société. Ce comportement social, ou humanisme, ne propose rien en dehors du concret. Il provient du gros bon sens, de critères pratiques et pragmatiques, pour que l’on puisse vivre dans notre monde réel en paix. Il propose simplement une éthique essentiellement laïque, des règles de jeu, un code de conduite entre les hommes, une vision du monde purement humaniste pour arriver à vivre en paix, heureux et épanoui en société. L’humanisme est l’aboutissement ultime d’une longue évolution de l’humanité, et cet aboutissement n’est pas dû aux religions, mais bel et bien malgré les religions.

On s’entend que les valeurs humanistes sont celles de l’homme civilisé, mais elles ne sont surtout pas des valeurs judéo-chrétiennes. Par exemple, les révolutionnaires français ont aboli l’esclavage et Abraham Lincoln l’a également fait aux États-Unis (1863). Les suffragettes ont amorcé l’émancipation féminine. Les Conventions de Genève ont humanisé les guerres. Le marquis de Beccaria a fait abolir la peine de mort dans plusieurs pays. Henri Dunant a apporté plus d’humanité sur les champs de bataille. La fondation de l’ONU et la Déclaration des droits de la personne ont apporté de grands progrès sur le plan de la morale internationale. Des hommes comme Gandhi, Martin Luther King et Mandela ont préconisé la non-violence. Les syndicats ont défendu les droits des travailleurs. Le tribunal international peut maintenant juger les criminels de guerre, etc. Autant de progrès pour l’humanité sans impliquer la religion en aucune façon.

Au Québec, la société québécoise est parvenue à neutraliser les forces conservatrices religieuses qui tendaient à la figer dans un état d’immobilisme. Depuis le début des années 60, le Québec a connu une Révolution tranquille. Cette révolution a apporté de grands changements, entre autres, dans le domaine de l’éducation. Les enseignants(es) religieux(ses) ont été remplacés(es) par des enseignants(es) laïcs(ques), les écoles ghettos de gars et de filles ont été remplacées par des écoles mixtes, l’enseignement du catéchisme à de jeunes enfants a été supprimé, les parents peuvent choisir pour leurs enfants entre les cours de religion ou de morale, etc. Cette période a également permis l’émancipation des femmes, pour le plus grand bien de notre société. Il y a peu d’endroits au monde où les femmes sont aussi émancipées qu’au Québec. Le Québec s’est aussi doté d’un service d’assurance maladie envié par tous. Également, les églises se sont vidées, le nombre de prêtres a diminué, l’indifférence face à la pratique religieuse s’est graduellement installée au Québec. Bref, l’oppression de la religion catholique a fortement diminué. Le Québec s’est laïcisé. Ces quatre composantes : l’éducation, l’émancipation des femmes, l’assurance maladie, et la laïcité ont fortement contribué à faire du Québec la société moderne et prospère d’aujourd’hui où il fait bon vivre. Ce n’est pas grâce à la religion.

Je dénonce donc le fameux message d’amour de Jésus, qui n’en était pas un finalement, et je condamne la religion. Tous deux accusent un échec lamentable depuis deux mille ans. Le recul du catholicisme au Québec, en tant que religion pratiquée, semble inexorable. Il serait peut-être temps de commencer à penser à remplacer tout ça par autre chose de plus humain qui supprimerait toute croyance au divin. Ça s’appelle l’athéisme et l’humanisme. C’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Richard Rousseau

Chercheur scientifique (en physique des rayons X) à la Commission géologique du Canada et membre à vie de l’Association humaniste du Québec.

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