Le crédo d’un athée


Un credo post religieux

 

Le credo d’un athée

« Je crois que c’est notre devoir de chercher la vérité, et si nous ne la pouvons trouver, d’adhérer à celle qui nous semble la plus juste et la plus difficile à réfuter, et de s’y accrocher comme à un radeau sur les eaux agitées de la vie. »

Platon (428-348 av. n. e.)

« Le mot « Dieu » n’est pour moi rien de plus que l’expression et le produit de l’humaine faiblesse, et la Bible un recueil de légendes, certes honorables, mais primitives, et néanmoins très puériles. »  

Albert Einstein (1879-1955)

« La recherche de la vérité est la plus noble occupation de l’homme; la diffuser est un devoir. »

Anne Louise Germaine de Staël (1766-1817)

« Les masses n’ont jamais eut soif de la vérité. Quiconque peut leur apporter des illusions est facilement leur maître; quiconque tente de détruire leurs illusions est toujours leur victime. »

Gustave Le Bon (1841-1931) La psychologie des foules (1895)

« Ce ne sont pas les rayons du soleil ni les traits lumineux du jour

qu’il faut pour dissiper cette terreur et ces ténèbres de l’âme,

mais l’étude de la nature et son explication raisonnée.

Le principe dont nous nous servirons comme point de départ,

c’est que rien ne peut être engendré de rien

par une intervention divine.

Si la crainte subjugue tous les mortels,

c’est que sur la terre et dans le ciel ils voient beaucoup de choses

dont ils ne peuvent en aucune façon apercevoir les causes

et ils pensent que cela arrive par une puissance divine.

C’est pourquoi, quand nous aurons vu que rien ne naît de rien,

alors nous verrons plus facilement ce que nous cherchons :

d’où provient chaque chose et comment toutes choses se forment,

sans l’aide des dieux. »

Lucrèce, De rerum natura, I, 146-158

Mes croyances ne sont pas absolues, mais relatives et évolutives;

on peut les étudier, les remettre en question et les changer.

Ce que je crois n’est pas basé sur des textes dits révélés,

sur la fantaisie, le rêve ou une vaine espérance,

 mais sur la réalité,

quelque obscure et problématique elle puisse être,

une réalité que nous devons étudier, connaître et accepter,

quelles que soient les conclusions auxquelles nous arrivons

et quel que soit l’Univers qui nous est ainsi révélé.

 Je ne peux pas prouver tout ce que je crois,

mais du plus profond de mon être

je ne peux pas croire autrement.

Je crois qu’il est souhaitable et possible

de connaître les « lois » (1) simples

qui gouvernent l’ensemble de l’univers

et qui président à son évolution inexorable ;

que ces « lois », ces régularités observées,

sont éternelles comme lui, objectives, extérieures à nous, « invariables », universelles, et vérifiables.

Je crois que ces « lois » de l’Univers

sont progressivement connues des humains,

qu’elles ne sont pas de pures inventions de leur cerveau, (2)

et qu’elles ne sont pas la propriété de l’un ou de l’autre sexe,

ou de quelques cultures particulières. (3)

Je crois que tous les humains peuvent y avoir accès (4) et que,

si d’aventure il y a d’autres roseaux pensants dans l’univers,

ils découvriront les mêmes « lois de la nature » que nous,

et expliqueront de la même manière

la naissance et la mort des étoiles,

l’explosion des supernovas,

la formation des trous que l’on dit noirs,

et la structure des protons, des atomes ou de l’ADN.

Je crois que notre destin est de ce monde (5),

où nous pourrions être seuls (6),

et où nous avons fait irruption par la plus grande des chances

et le plus incroyable des hasards. (7)

Je pense comme Aristote que « ce qui est engendré par hasard

n’est pas engendré en vue d’un but » ; (8)

je crois comme Leucippe que « rien n’arrive pour rien

mais tout pour une raison et par nécessité ; »

qu’il ne faut pas pour autant croire à la stricte et universelle nécessité;

car je considère comme Stephen Jay Gould

que les humains sur cette planète ne sont que de simples possibles

et non pas le but recherché et nécessaire de l’Univers,

semblables en cela aux abeilles, aux dinosaures,

aux roses et aux nénuphars,

aussi bien, hélas, qu’aux rats, à la mouche tsé-tsé,

à la peste, à la variole et aux plantes vénéneuses.

Je crois comme Héraclite et le Bouddha,

Parménide et Épicure, Aristote et Lucrèce,

que l’Univers est incréé et éternel,

j’opine comme Martin Rees, Andrei Linde et Lisa Randall

qu’un Multivers est possible, (9)

et je conclus comme Bertrand Russell

qu’il est sans compagnon divin inutile.

Je crois comme Lao-Tseu, Aristote et Newton qu’il y a un infini (10)

et que nous ignorerons toujours la raison d’être de son existence ;

je crois qu’il n’y a pas de début absolu à l’Univers,

que le Big Bang dont on parle n’est qu’un moment,

qu’un épisode dans l’infini déploiement des choses,

dans l’éternité du monde ;

et je crois comme la Bible qu’il ne faut pas

invoquer le nom de dieu en vain ;

je veux dire, ici, qu’il est, en effet, vain et inutile

de se référer à un dieu pour expliquer le monde.

Je crois que la planète Terre et la vie qu’elle abrite

sont pour nous ce qu’il y a de plus précieux dans l’Univers,

que notre lot, notre devoir, notre souci, ou même notre mission,

est de prêter vie, notre vie, si l’on peut, à cet Univers

pour le temps qu’il durera dans le Multivers ;

que c’est là la plus sacrée de nos tâches de Terriens,

notre joie, notre passion et notre dramatique aventure.

Je crois que ce qui subsistera de nous après notre mort

seront les descendants et les souvenirs

que nous laisserons après nous,

et les atomes dont nous étions faits

et qui seront recyclés dans l’Univers ;

je crois que nous serons éternellement anéantis,

quoi qu’en pensait Pascal et espérait Socrate, (11)

et, comme Chouang-Tseu, Épictète et Marc-Aurèle, je crois

qu’il faut accepter notre destin sans se plaindre … comme Job,

et sans trop gémir comme Cioran. (12)

Je suis d’avis que nous devons nous reconnaître

pour ce que nous sommes, des êtres finis et mortels

qui participons tous de l’infirmité commune :

jamais rien ne pourra totalement nous satisfaire,

et nous serons probablement toujours irrémédiablement ignorants

du secret ultime des choses.

Nobliau ou grand seigneur de l’Univers,

« notre destin est fait de joies et de peines terrestres passagères,

et de connaissances limitées. Évitons les peines, si l’on peut,

et combattons notre ignorance. » (Voltaire)

Sachons nous contenter de notre condition ;

sortis de l’Univers, connaissons l’Univers.

Là est notre tâche et notre destin,

là est la sagesse humaine, là, le bonheur des Terriens.

Je crois que nous ne savons pas pourquoi il en est ainsi.

Mais je crois qu’il en est ainsi.

Voilà mon credo.

Je ne crois pas en un dieu qui aurait créé le Ciel et la Terre ; (13)

on sait assez comment la Terre a été formée

et les cieux étoilés ont été allumés au-dessus de nos têtes.

Et nous n’avons pas besoin de “cette hypothèse”

pour expliquer le Big Bang. (14)

Je crois qu’il faut résolument écarter de nos esprits

tous les dieux de la terre

et ne plier jamais genoux devant de fictive divinité

ni devant aucune humaine autorité.

Je ne crois pas à la fable du dénommé Jésus-Christ,

fils unique de ce que l’on appelle le Père Éternel,  

qu’il ait été conçu d’un Saint-Esprit,

et soit né d’une vierge de Palestine, il y a 2000 ans,

pour le salut du genre humain. (15)

Je peux admettre, à la rigueur, qu’un Galiléen

ait souffert sous Ponce-Pilate, ou sous un autre,

qu’il ait été crucifié, qu’il soit mort et ait été enseveli ;

ce sont là des choses que l’on peut vérifier,

qui peuvent donc être vraies ou fausses,

et qui arrivent lorsque l’on n’est pas raisonnable

et que l’on se prend pour le fils de Dieu et le Roi des Juifs.

Il est absurde de dire que ce crucifié soit descendu aux enfers,

qu’il soit ressuscité, et qu’il ait monté au ciel. (16)

Il est extravagant d’affirmer qu’un faux prophète (17) de Palestine soit assis à la droite d’un Être éternel,

et qu’il viendra juger les vivants et les morts. (18)

Il est inutile et également absurde de croire en un Saint-Esprit, troisième personne d’un dieu trin. (19)

Il est indigne de proposer à la croyance des Terriens

cette histoire d’un dieu qui, courroucé

par une prétendue faute originelle

d’un supposé premier couple d’humains,

damne l’humanité entière aux feux éternels d’un enfer absurde ;

et il est risible de penser que cette humanité

ne puisse être sauvée de la damnation éternelle,

édictée par un Être Suprême,

que par l’envoi sur terre de son fils unique,

qui devra expier par sa mort sur une croix

la faute autrement irréparable.

Je n’estime guère l’Église catholique

qui se qualifie elle-même de sainte,

et je lis son histoire avec tristesse, horreur, colère et indignation.

J’admire sans réserve les croyants en une divinité

qui vouent leur vie au soulagement des maux

qui affligent les Terriens,

mais il me semble tout à fait inutile de faire accompagner

ce dévouement admirable de dogmes absurdes ;

j’ai en sainte horreur les fables, les censures, les mensonges,

les fabrications de faux, les inquisitions et les excommunications ;

et je n’ai que faire d’un dieu

qui nous menace des feux de l’enfer (voir les Évangiles)

tout en disant nous aimer. (20)

Je trouve inutile de croire en la communion des saints

mais absolument nécessaire de promouvoir

la solidarité de tous les humains sur Terre ;

« de reconnaître les bienfaits par des bienfaits,

et ne se venger jamais des injures ;

de faire aux autres comme à soi-même, » (Confucius)

comme le recommandent tous les codes moraux de la terre.

Quant à la rémission des péchés, nous avons les tribunaux pour les crimes contre l´humanité, les vols, les viols  et les évasions fiscales; nous invitons les humains à se corriger de leurs défauts et à se repentir de leurs fautes ; nous faisons ce que nous pouvons pour faire progresser l´humanité et lui enlever de l´esprit de fausses et d´inutiles croyances, et nous travaillons avec acharnement et quelque succès à neutraliser les papes qui déraisonnent au Vatican,  les cardinaux, les archevêques, les évêques et les prêtres qui pontifient et qui fabulent dans les églises et les cathédrales, les rabbins qui font de même dans les synagogues, les bonzes qui marmonnent dans les pagodes, et les imans et les mollahs qui prient et crient dans les mosquées.

Il est inadmissible, me semble-t-il, d’affirmer sans preuve

 que l’individu survit à la mort de son corps,

qu’il y ait une vie éternelle, (21)

et je crois comme Chouang-Tseu et Albert Einstein

« qu’il n’y a que des âmes faibles qui entretiennent une telle pensée

par peur ou par un égotisme ridicule. » (22)

Enfin, je crois que notre vie serait plus belle et plus riche,

plus vite nous réaliserions que la mort est un terme,

une fin, et non un commencement,

que « le ciel est sous nos pas et non au-dessus de nos têtes,

que le seul Dieu que nous devons vénérer

est notre frère et sœur en humanité » ; (Vivekananda) (23)

qu’il n’y a pas de Providence qui nous guide et nous protège,

pas de Christ qui nous aime et qui nous sauve,

pas de résurrection des corps ni de transmigration des âmes,

qu’il n’y aura pas de Paradis pour nous accueillir

et nous procurer un bonheur éternel,

(ni d’enfer pour nous rôtir éternellement),

que la vie que nous vivons est la seule qui nous sera donnée.

Dura lex, sed lex.

Dures vérités, mais vérités tout de même.

Abandonnons ces mysticismes débilitants

qui troublent les cœurs et qui égarent les esprits,

ces dogmes et ces dévotions inutiles

qui distraient les humains de la vérité la plus haute :

l’Univers est comme un temple et la vie est sacrée ;

il n’y a pas d’autre dieu à chercher ;

seul est véritablement religieux

qui étudie les mystères du monde

et qui sert, qui respecte et qui sauve les vivants.

Je ne vois pas ce que l’affirmation gratuite

d’un dieu caché, silencieux, muet et sourd,

donc à toutes fins utiles inexistant,

vient ajouter de lumières à ce monde ténébrescent

que nous devons illuminer,

ombres noctiluques que nous sommes,

de nos désirs et de nos amours,

de nos rêves et de nos chants,

de nos connaissances et de nos créations.

Allons, du courage,

la vérité nous libérera,

de dogmes extravagants,

de craintes inutiles

et de vaines espérances.

Il nous revient de chérir et de célébrer la vie,

De prendre soin de la terre,

 De compatir aux souffrances de nos semblables,

de s’étonner du Silence cosmique,

de l’inexistence d’un dieu,

de s’extasier devant l’infinie puissance

et créativité de l’Univers,

et, réparateurs obscurs des lacunes de Dieu (V. Hugo),

de palier à ses manques,

d’exalter la présence de l’Homme,

de chanter malgré tout les beautés éphémères du monde

pendant le peu de temps qu’on y passe.

Voilà nos seules jubilations,

nos seules obligations,

 nos seules adorations,

voilà nos seules prières.

Notes

    ;1. J’ai mis le mot « lois » entre parenthèse pour indiquer l’ambiguïté du mot dans l’expression  « lois de la nature », et le problème qui est soulevé quand on parle des lois de la nature, car immédiatement on pense à un législateur suprême; Voltaire ne savait trop que répondre à l’objection de l’existence des êtres organisés et des lois qui gouvernent le mouvement des étoiles et des planètes: « je ne puis concevoir une horloge sans un horloger » ; une meilleure compréhension de la mécanique céleste que Laplace a mise au point en 1796, la théorie de l’évolution de Darwin publiée en 1859 et la physique moderne vont lever définitivement l’impasse dans laquelle se trouvait Voltaire qui a combattu l’athéisme toute sa vie; voir entre beaucoup d’autres textes : L’histoire de Jenni ou le sage et l’athée, ainsi que sa Première Homélie sur l’athéisme et le chapitre un des Éléments de la philosophie de Newton ; le Baron d’Holbach, le prince des athées, avait pourtant publié son Système de la nature en 1770 … J’emploi l’expression « régularités observées » immédiatement après l’expression « lois de la nature. » Ces régularités observées sont certainement objectives, extérieures à nous, universelles, mais sont-elles invariables, et éternelles? Voir J. Webb « Are the Laws of Nature Changing with Time? » in Physics World, Vol.16, Part 4, pages 33-38, avril 2003; aussi Scientific American, juillet 2005, l’article « Inconstant Constants »; aussi « Dreams of a Final Theory, the Search for the Fundamental Laws of Nature », du prix Nobel de Physique, Steven Weinberg, Pantheon Books, 1993; encore, de Roger Penrose « The Road to Reality, a Complete Guide to the Laws of the Universe », Alfred A. Knopf, 2005 (2004); encore, du prix Nobel de physique Richard Feynman « La nature de la physique », Seuil, sciences, 1980; voir l’incontournable The Comprehensible Cosmos, Where Do the Laws of Physics Come From, de Victor J. Stenger, Promotheus Books, 2007, toute son œuvre est à lire ; le dernier livre de Paul Davies The Cosmic Jackpot, why our Universe is just right for life, chez Houghton Mifflin, (2007)donne un point de vue tout à fait opposé à celui de Stenger. C’est le Grand Débat… Enfin, lire The Grand Design de Stephen Hawking et Leonard Mlodinow, Bantam Books, 2010.

 

    2…comme l’affirment certains tenants du postmodernisme : « Les lois de la gravitation n’existaient pas avant Newton »! disent certains philosophes des sciences. Bien évidemment qu’elles n’existaient pas telles que formulées par Newton, mais la gravitation existait belle et bien. Nos connaissances scientifiques, qui s’expriment dans des théories et des lois, ne reflètent que partiellement et progressivement la réalité;  certains postmodernes disent qu’elles ne la reflètent pas du tout, qu’elles ne sont que de pures créations de nos cerveaux.

 

    3. Elles ne seraient que de mythologiques narrations de mâles blancs d’Occident, prétend tout un mouvement de pensée qui sévit principalement sur les campus américains et qui réunit des féministes et des philosophes postmodernes; la science, pour eux et elles, est une narration comme une autre, un mythe parmi d’autres mythes qui jalonnent l’histoire des mythes et des religions. C’est l’extrême où est tombé le postmodernisme; livres à lire : « Impostures intellectuelles », des professeurs Jean Bricmont et Alan Sokal, chez Odile Jacob, 1997, et « Higher Superstition, the Academc Left and its Quarrels with Science » des professeurs Paul R. Gross et Norman Levitt, Johns Hopkins UP, 1998 (1994). On peut consulter l’œuvre abondante du philosophe de McGill, Mario Bunge, pour une critique dévastatrice des thèses postmodernistes : Social Science under Debate, University of Toronto Press, 1998, Finding Philosophy in Social Science, Yale University Press, 1996, et The Sociology-Philosophy Connection, (1999) Transactions Publishers, USA.

 

    4. Quelque difficiles que soient devenues les sciences à la fin de ce millénaire, et particulièrement difficiles d’accès au commun des mortels, je pose qu’en théorie tous les humains peuvent y avoir accès, si on y met les efforts et le temps voulus, contrairement aux dogmes des religions qui nous seront à jamais incompréhensibles, et inutiles dans notre tâche d’expliquer le monde.

 

    5. Il n’y a pas d’autre monde, de paradis ou d’enfer; si l’enfer n’est plus de mise aujourd’hui, il doit en être de même du paradis; nous sommes un merveilleux et étonnant épiphénomène temporaire de l’univers.

 

    6. Le livre à lire est « Rare Earth », Copernicus (1999), des professeurs Peter D. Ward et Donald Brownlee, sur la probable rareté sinon la probable unicité de l’espèce humaine dans l’univers; c’est un grand débat scientifique; seule l’observation déterminera l’exactitude de la thèse ici rappelée; les faits semblent nous diriger vers cette conclusion, malgré les découvertes récentes de nombreuses planètes dans d’autres systèmes solaires; il faut cependant attendre la fin de l’histoire, c’est-à-dire des recherches en cours; à lire aussi : Destiny or Chance, our solar system and its place in the cosmos, du grand astronome australien Stuart Ross Taylor, (1998) Cambridge University Press; à lire aussi « A Glorious Accident, Understanding Our Place in the Cosmic Puzzle » (1997) sous la direction de Wim Kayser; une série d’entretiens avec Oliver Sacks, S. J. Gould, Stephen Toulmin, Freeman Dyson, Daniel C. Dennett et l’impayable et désolant Rupert Sheldrake.

 

    7. « Le hasard est le chemin que Dieu emprunte quand il veut voyager incognito, » disait Einstein. Or, comme le mot dieu pour Einstein est un autre mot pour Univers… Il n’y a pas de dieu personnel pour Einstein. Consulter « Destiny or Chance, our solar system and its place in the Cosmos » de l’astronome australien, spécialiste des planètes, Stuart Ross Taylor, paru chez CUP en 1998; l’histoire du système solaire (la position de la terre par rapport au soleil, l’existence accidentelle de la lune, sa grosseur et le moment de son impact, l’existence de Jupiter, etc.), et de la vie sur terre (la disparition accidentelle des dinosaures grâce à un météorite il y a 65 millions d’années) sont des preuves suffisantes du caractère hasardeux de l’existence de l’espèce humaine sur terre et dans l’Univers; nous aurions pu ne pas être; nous ne sommes pas une nécessité, encore moins le but de l’univers. C’est ce que semble nous indiquer nos connaissances actuelles ; donc jusqu’à nouvel ordre, je crois que nous sommes autorisés à conclure que l’humanité n’est qu’un simple possible, comme tous les autres êtres vivants qui existent, qui ont existé ou qui existeront un jour sur terre. Il n’y a pas pur hasard ni entière nécessité. Tout est le fruit étonnant du hasard (si on définit hasard : la rencontre de deux lignes causales indépendantes) et de la nécessité.

 

    8. Finalisme, thèse qui veut que l’univers existe en vue d’un but; dans l’opuscule « Invitation à la philosophie », Éditions mille et une nuits, 1998, page 14, Aristote a cette petite phrase : « or aucune chose engendrée par hasard n’est engendrée en vue d’un but, et il n’y a pas pour elle d’accomplissement. » Darwin disait que Cuvier et Linné étaient des nains à côté d’Aristote. Une apparente finalité, la téléonomie, existe  dans les formes vivantes. Mais la grande question est de savoir si l’être humain est le but de la vie sur terre, le but de l’évolution des formes vivantes sur cette planète, et si Dieu est le but de l’univers dans son ensemble. Livres à lire : l’Origine des espèces de Darwin (1859), Évolution, the triumph of an idea, (2001) sous la direction de Carl Zimmer, HarperCollin; aussi : « Book of Life » sous la direction de Stephen J. Gould, W.W. Norton & Company, 2001.  « The Fith Miracle, the Search for the Origin and Meaning of Life, » Simon & Schuster (1999) de Paul Davies défend âprement la thèse de la finalité de toutes choses, de la vie et de l’intelligence réflexive, de la conscience humaine, inévitable résultat des lois de la nature ; de Jean Staune, Notre existence a-t-elle un sens, une enquête scientifique et philosophique, préface de Trinh Xuan Thuan (2007) Presses de la Renaissance, Paris, 538 pages; dans la veine de Paul Davies; l’auteur répond par l’affirmative : l’univers nous indique qu’il y a un sens; il interprète les données de la science moderne dans un sens spiritualiste. Une somme impressionnante, mais à mon sens fautive. Lire plutôt Challenging Nature, The Clash of Science and Spirituality at the frontiers of life (2006), Lee M. Silver, HarperCollins Publishers, 444 pages; voir aussi: Human, the science behind what makes us unique, (2008), Michael S. Gazzaniga, Ecco, HarperCollins Publishers, ou encore The Structure of Evolutionary Theory, Stephen Jay Gould (2002) Belknap Press of Harvard University Press (en 1433 petites pages!). Je recommande la lecture du livre riche et dense de Robert Bernier L’Enfant, le lion, le chameau, une pensée pour l’homme sans Dieu, 2010, chez l’auteur.

 

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    9. Voir Andrei Linde, « An Eternally Inflationary Self-Replicating Universe », Scientific American, 1999; et de Martin Rees « Our Cosmic Habitat », Princeton University Press, 2001, et Just Six Numbers, the deep forces that shape the Universe, Basic Books, 2000 (1999), et surtout Before the Beginning, Our Universe and Others, (1997), AddisonWesley, Foreword by Stephen Hawking ; aussi de Lisa Randall, Warped passages: unravelling the mysteries of the universe’s hidden dimensions (2006) Ecco HarperCollins, New-York, 499 pages.

 

10. Certains pourront m’accuser ici de contradiction flagrante : si on admet   un infini, on admet un Être distinct du monde, etc., on admet alors Dieu, le Dieu des théologiens et des philosophes spiritualistes. J’ai   volontairement employé le mot infini pour illustrer l’infini mystère des origines, qui ne nous indique pas pour autant l’existence d’un Dieu personnel, créateur de l’Univers; nous ne savons pas! Ce que nous savons de l’Univers, par contre, ne nous indique aucunement l’existence d’un dieu personnel. On ne doit pas invoquer le nom de Dieu en vain! Et je ne peux accepter le dieu inutile de Spinoza et d’Einstein. Il y a l’Univers. Natura!

11. Platon, le Phédon.

 

12. Cioran, Œuvres, Quarto, Gallimard, Paris, 1995, 1818 pages.

13. Je suis ici le credo officiel de l’Église contenu dans le Compendium du   catéchisme de l’Église catholique, (2005) et je le nie point par point.

14. The first Three Minutes of the Universe, Steven Weinberg, 1977.

15. Alvar Ellegard, Jesus, One Hundred Years Before Christ, A Study in  Creative mythology, 1999, The Overlook Press, Woodstock, New-York ; la conclusion de son étude se démarque totalement de toutes les autres sur le sujet, il conclut que a) Jésus n’a pas existé physiquement tel que rapporté dans les Évangiles, ses disciples et ses prétendus contemporains

          ne l’ont jamais vu que dans des visions; c’est de toute évidence le cas de

          Paul, des disciples d’Emmaüs et des Apôtres réunis après « sa mort et sa

         résurrection » et sur qui tombaient des langues de feu ; b) le Jésus des

         Évangiles est une invention du 2e siècle de notre ère, comme solution à

         des conflits internes d’une Église en rapide expansion ; c) le Jésus réel a

         existé en 100 av. J.C. et il a été le fondateur du mouvement réformateur

         des Esséniens.

16. Les Chrétiens ont emprunté cette croyance aux croyances « païennes »  

     de l’Antiquité gréco-romaine : « descendre dans l’Hadès ».

17. Les prophéties affirmées par le Jésus des Évangiles et qui sont       manifestement fausses.

18. Il en est de même du jugement dernier, présent dans toutes les mythologies du bassin méditerranéen.

19. Hans Küng, Dieu existe-t-il? Seuil, 1980, p. 808.

20. Il est amusant de voir les théologiens en particulier et les croyants en   général minimiser les passages franchement extravagants, scandaleux ou carrément absurdes des Évangiles, du Nouveau et de l’Ancien  Testament, qui sont censés avoir été inspirés par Dieu et écrits sous sa  dictée. L’excuse qu’ils donnent est aussi extravagante que leurs croyances : Dieu devait se conformer à l’esprit des hommes auxquels Il parlait. L’absurde n’a jamais fait reculer les croyants, bien au contraire. Ils  croient ce qui est absurde et, pour certains, parce que c’est absurde.  S’abaisser à des explications naturelles n’est pas leur fait. Douter? Vous n’y pensez pas! Se servir de sa raison? Quelle absurdité!

21. La croyance en la vie éternelle est à la base des grandes religions, et il   semble bien qu’une grande partie de l’humanité ne puisse se passer de cette croyance. Gibbon en fait l’une des cinq causes de la victoire finale de la religion chrétienne sur ses concurrentes, le mithraïsme et le gnosticisme entre autres, … quoique le glaive de Constantin et de bien d’autres empereurs chrétiens aient eu quelque part à cette victoire …; voir son The History of the Decline and Fall of the Roman Empire, chapter XV.

22. Living Philosophies, a series of intimate credos, World Publishing Company, chapter one : Albert Einstein, p. 6, 1943 (1930).

23. Will Durant, Story of Civilization, Simon & Schuster, vol. 1, Our Oriental Heritage, 1963, (1935), chapter 22, and p. 618. <
Roger Léger

2003-2011

Une réponse à “ Le crédo d’un athée ”

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